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SIXIEME ANNEE N° 187 6 IF. 1er SEPTEMBRE 1930 L'ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTERAIRES LEXINGRAD. — LA VISITE DU MUSÉE. DIRECTION-REDACITION 146, Rue Westmarine, PARIS (5e) ADMINISTRATION ET VERTES: LIBRAIRIE LABOUSSE 12-19, Rue du Montparnasse, PARIS (6e) Rédacteur en chef Florent FELS Discoverteurs - Pousvoures : Jacques QUENNE et Maurice MARTIN du GARD

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Galerie MARCEL BERNHEIM 3h°, Rue Caumartin PARIS (9°) TABLEAUX MODERNES Téléphone: CENTRAL 88-28 Télég.: MABERNECO, PARIS --- VENTE — EXPERTISES — ACHAT --- GALERIE BERNIER 10, Rue Jacques-Cailot (rue de Seine) VI° SCULPTURES ET DESSINS DE JANE POUPELET --- Ee A. DROUANT FABRIQUE DE PRODUITS POUR LES ARTS COULEURS POUR ARTISTES — TOILES À PEINDRE CADRES EN BOIS SCULPTÉ couleurs armand drouant USINES A PUTEAUX 10, RUE BELLINI — TEL. WAGRAM 56-50 DEUX MAISONS DE VENTE A PARIS 14, RUE DES BEAUX-ARTS — Téléphone DANTON 61-23 33 bis. Bd de C.LICHY — Téléphone TRINITÉ 55-77 --- EXPOSITION PERMANENTE DPS PAPIERS CANSON ET MONTVAL ÉCHANTILLONNAGE 42, Rue Bonaparte --- CHEMIN DE FER DU NORD EXPOSITION INTERNATIONALE DE LIÈGE 1950 Industries, Sciences et applications Art wallon ancien Pour faciliter la visite de l’Exposition de Liège, la Compagnie du Chemin de fer du Nord met en marche, jusqu’au 4 octobre 1930, un train bloc « Valeureux Liégeois », qui effectue le parcours Paris- Liège et inversement — 367 km. — en 4 heures exactement et sans aucun arrêt intermédiaire, suivant l’horaire ci-dessous : Ailer : Départ de Paris à 7 h. 45. — Arrivée à Liège à 11 h. 45. Retour : Départ de Liège à 19 h. 45. — Arrivée à Paris à 23 h. 45. --- v. de margouliès & l. shotte 27, rue saint-georges, 27 paris (IX°) trudaine 66-44 tableaux modernes de l’impressionnisme à nos jours œuvres de bombois et vivin

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LA RÉORGANISATION DES MUSÉES en Russie Soviétique Les dirigeants de la Russie des Soviets font, dans les documents de la propagande intérieure et extérieure du régime, une grande place à leurs efforts en faveur des progrès de la « culture » : recherches scientifiques, explorations, réorganisation des musées sont en quelque sorte à l'ordre du jour de la nation. Il y a en U.R.S.S. une « mystique » de la culture : on y honore la Science, mais comme une divinité abstraite, et surtout en la regardant comme un signe du régime nouveau, presque comme un engin de guerre contre le capitalisme. C'est une « culture de classe » qu'on exalte, « une culture prolétarienne » qu'on oppose à la « culture bourgeoise » : celle-ci « irrémédiablement déchue », celle-là en « pleine ascension victorieuse ». Les comptes rendus d'expéditions polaires enregistrant des découvertes d'ilots spécifient bien qu'il ne s'agit point « d'aventures impérialistes » ni de « records sportifs », et si l'on distribue des appareils de T.S.F. dans des contrées reculées, c'est seulement dans un « esprit d'aide fraternelle ». Il y a incontestablement en Russie une activité scientifique, et elle est à l'honneur. L'Académie des Sciences de Leningrad est dotée de subsides qui lui permettent d'entreprendre des travaux coûteux, et plusieurs savants âgés reçoivent des pensions. Pourtant, ce dont le régime veut s'enorgueillir, c'est moins de l'efficacité de la recherche proprement dite que de cette activité qu'il patronne et qu'il respecte ; il s'honore de sa sollicitude et de ces dépenses. On exalte les voyages scientifiques à travers le Pamir, les montagnes du Thibet, les déserts de Mongolie, les raids d'automobilistes et d'explorateurs traversant des contrées délaissées, banquises et sables, au même titre que des missions recherchant les richesses naturelles, ou établissant des programmes d'organisation, d'exploitation ou d'aménagement économique, en vue d'une industrialisation du pays, inspirée du modèle américain. Même, les savants de cabinet ou de laboratoire : mathématiciens, chimistes, physiciens, biologistes, disposent de moyens matériels souvent plus considérables qu'à l'époque impériale ; parmi les intellectuels, ils sont les plus favorisés : plus que les littérateurs et les artistes. D'ailleurs il leur est plus aisé de manifester la loyauté et le conformisme politiques exigés. Voulant que l'art ne soit plus le privilège des classes socialement les plus élevées, les Soviets ont réorganisé les musées russes, reclassé les œuvres d'art, intégré les collections privées dans les Galeries d'Etat et ouvert nombre de musées spéciaux : mais au lieu d'être comme jadis des manifestations du dilettantisme et l'une des expressions suprêmes de la fortune et du raffinement intellectuel, les musées ont été réorganisés selon une formule, une tendance édifiante et éducative. Les théories qui ont guidé cette réforme des Galeries et des Collections appartiennent à l'ensemble d'idées, on pourrait dire à cette « mystique », d'inspiration à la fois allemande et américaine (la technique allemande et l'efficacité américaine) qu'on rencontre couramment dans les initiatives des dirigeants rouges. On y retrouve ce vocabulaire de mots savants ou à prétention scientifique (ils disent la Muséographie), les mots prenant à leurs yeux un peu la valeur de réalités, d'actes. Il y a une « technique » des musées ; elle a été appliquée en U.R.S.S. C'est une « organisation rigoureusement systématique des musées » que les Soviets ont voulu réaliser. Ces encouragements à la culture sont-ils efficaces et, jusqu'à quel point, en ce qui concerne le nouvel aspect des musées, les dirigeants de l'U.R.S.S. ont-ils réussi à élever spirituellement le peuple russe en lui ouvrant l'accès du trésor d'art de la nation ? Le nombre des entrées dans les musées est soigneusement enregistré et répandu urbi et orbi. Mais le livre récent de Panaït Istrati ne permet guère de se faire des illusions sur l'efficacité des « promenades d'ouvriers excursionnistes » dans les musées... --- Avant la révolution, certains musées ressortissaient du Ministère de la Cour : c'étaient ceux de l'Ermitage, de Tzarskoié-Sélo, de Peterhoff, de Gatchina...; d'autres relevaient de diverses administrations ou de sociétés privées ou bien demeureraient la propriété de leur fondateur. Ainsi en France, encore à l'heure actuelle, le Louvre appartient à l'Etat, mais le Petit Palais est à la Ville de Paris, le musée de l'Armée à la Guerre et celui de la Marine au Ministère de la rue Royale ; d'autres collections sont la propriété de Chambres de Commerce ou de particuliers... Les anciens musées impériaux, constitués par les acquisitions personnelles des Tsars, avaient pour origine le Cabinet des Curiosités fondé par Pierre le Grand. Le Tsar réformateur avait voulu réunir des objets naturels bizarres, les envois des jeunes peintres qu'il avait désignés pour aller s'instruire à Rome, et des œuvres d'art acquises... Mais le premier musée dont le caractère se rapproche de notre conception actuelle fut le musée du Palais, galerie privée des Empereurs, qui fut installée par Catherine II à l'Ermitage et dans une aile du Palais d'Hiver. Bien que ce fût surtout une collection d'œuvres d'art, on y trouvait aussi des armes, des trophées conquis dans les guerres de Suède, de Pologne et contre les Turcs. Catherine ne s'occupait guère des curiosités naturelles proprement dites ; elle était au contraire très attachée à ses collections d'œuvres d'art. Elle recevait les indications, les conseils de ses correspondants occidentaux, tels que Diderot et surtout Grimm, qui la tenaient au courant des productions, des modes, des idées esthétiques et qui négociaient ses achats. Elle acquit plusieurs collections en France durant notre révolution ; son petit-fils Alexandre Ier, de même, acheta entre autres en 1814 la collection de la Malmaison, formée par l'Impératrice Joséphine ; Nicolas Ier également acheta la collection Barberigo et celle de Guillaume II, roi de Hollande. C'est ce qui explique la haute qualité des richesses des musées Impériaux ; le musée de l'Ermitage fut ouvert au public vers 1850. Diverses villes se constituaient des musées au cours du XIXe siècle ; ils dépendaient des municipalités ou des Ministères : Intérieur ou Instruction publique, etc... De même les collections d'archives étaient divisées entre diverses administrations. Enfin une partie du Trésor d'art de l'Empire se trouvait dans les demeures privées de particuliers ou de grands seigneurs ; le plus souvent elles n'étaient pas ouvertes au

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L'ART VIVANT public. Telles étaient les Collections Stroganov, Chouvalov, Chérémétiov, Youssoupov... Des collections privées avaient été constituées par des amateurs, tels que le musée d'art décoratif de M. Stiglitz, fabricant de drap ; celui de M. Trétiakov était une galerie de peinture nationale avec une section française ; celui de M. Kamenko, à Kiev, fabricant de sucre ; ceux de MM. Morosov et Stchoukine, à Moscou, musées de l'école française de peinture de la seconde moitié du XIXe siècle contenant des dizaines de Renoir, de Manet, de Van Gogh, de Gauguin, de Matisse... Les fouilles archéologiques étaient entreprises sous la direction de l'Etat, à qui la loi réservait la propriété des objets découverts, moyennant indemnité au propriétaire de la surface. La Commission archéologique impériale, fondée vers la moitié du XIXe siècle, centralisait les recherches, qui étaient exécutées par les commissions locales ou diverses sociétés savantes des provinces. Des musées d'objets appartenant aux civilisations des anciens slaves, gréco-slaves, scythes, asiatiques, romaines... avaient été constitués en diverses provinces, mais surtout dans le Sud. De même pour ce qui concerne l'art religieux, les objets de la plus grande valeur artistique avaient été retirés des églises et des monastères. A l'époque de la révolution, on peut dire que la plupart des œuvres présentant un intérêt capital, une valeur internationale, étaient rassemblés dans les musées impériaux : les collections provinciales réunissaient peu d'objets de grande valeur. * L'U.R.S.S. se déclara propriétaire des collections privées comme des galeries impériales. Une direction centralisée assure à présent l'administration des musées, « la protection des monuments du passé, de l'art, de la nature, des us et coutumes nationaux et populaires, et du mouvement révolutionnaire ». Les collections privées nationalisées devinrent dans les villes les « noyaux » des musées locaux. Cette prise de possession eut-elle pour résultat de préserver le patrimoine d'art du pays pendant les troubles de la révolution et de la guerre civile, comme le disent les documents officiels ? Il semble qu'alors les camps opposés étaient totalement étrangers à toute idée de cette sorte, et que l'acharnement du combat dominait dans les esprits toute autre préoccupation, totalement et exclusivement. Les Rouges ni les Blancs, devant Kiev ou devant Kostov, ne pensaient aux Rembrandt ou aux Titien, aux manuscrits ou aux ivoires qui s'y trouvaient ; les bibliothèques des châteaux ou des palais étaient tout simplement des bivouacs, ou même pis encore, tout comme des salons et des écuries... Nous avons eu assez de révolutions en France, et nous en mesurons encore assez les ravages, pour avoir sur un tel sujet une opinion précise. Les conditions violentes dans lesquelles cette manipulation a été opérée laissent croire en effet que bien des vols et des dégradations ont été commis. C'est dans le tumulte que les pièces ont été enlevées des immeubles, des hôtels particuliers, des palais, des églises, des monastères... et cette opération s'appelait « la liquidation » d'un édifice. Pendant une première période, les objets ont été « rassemblés » dans des dépôts, ensuite ils ont été « répartis » dans les musées centraux et locaux. Evidemment « rassemblement » et « répartition » sont des euphémismes honorables pour désigner des opérations moins bien ordonnées... ; on ne peut en effet répudier entièrement tout ce qui a été dit des pillages et des destructions auxquels l'envahissement des édifices a donné lieu. Les objets confisqués étaient dépouillés des richesses qui les décoraient, tels les revêtements d'or et d'argent des icônes et des reliques, les cadres précieux de bois sculpté des tableaux français. Les caisses étaient vidées à Moscou, où elles formaient, disent les témoins, des tas informes, et la pillerie pouvait encore une fois se donner carrière. Les musées soviétiques n'ayant pas seulement pour objet la conservation des œuvres d'art et leur classement pour la commodité des visiteurs, amateurs, chercheurs et curieux, mais ayant reçu pour principale destination la tâche « de résoudre les problèmes les plus variés : l'étude d'une région déterminée du point de vue économique ou physique, ou du point de vue de la population dans le passé et à présent », etc..., on a ouvert une série de musées : historiques, de la civilisation, de la révolution, des us et coutumes... à côté de musées d'ethnographie, de « musées commémoratifs... » et même de musées d'art. C'est dans cette direction « sociale » que l'U.R.S.S. a aimé à s'orienter ; la lecture des documents relatifs à l'organisation des musées montre quelle confusion s'est établie ainsi dans l'esprit des chefs soviétiques, entre la notion de collection et celle d'université populaire. * Les musées ethnographiques principaux sont ceux de Moscou et de Leningrad. Le musée d'ethnographie de Moscou a été constitué d'abord par les collections de l'ancien musée Roumiantzev transférées dans un local plus vaste ; les produits de nombreuses missions et expéditions y ont été joints ; on y trouve une « exposition des conditions d'existence des nombreuses nationalités de l'U.R.S.S. ». C'est une démonstration, en forme de leçon de choses, de la politique des Soviets à l'égard des populations allogènes, et des efforts déployés pour « le relèvement des minorités nationales arriérées ». De nombreux objets rapportés récemment de Sibérie, du Caucase, de la Yakoutie et d'Asie centrale ont été classés depuis peu de temps. Le nombre des objets est passé de 32.000 (dans l'ancien musée Roumiantzev) à 60.000. La section ethnographique du musée russe à Leningrad, fort riche, a été ouverte au public en 1922. Une autre collection de ce type est le musée d'anthropologie et d'ethnographie de l'Académie des Sciences, établie dans le palais de cette très ancienne société. Il est universel, mais riche surtout en objets relatifs aux populations arriérées, notamment de l'Hindoustan ; le musée organise des expositions sur des thèmes particuliers : l'habitation, l'histoire du Feu... En province, des musées analogues ont été ouverts : à Bakhtchisarai, à Yalta, à Smiféropol, à Kazan, à Saratov, à Kharkov, à Minsk, à Tiflis... Les musées de la production se proposent « la vulgarisation des connaissances polytechniques parmi les masses ». Le principal en est le musée polytechnique de Moscou, qui ouvre des expositions sur les questions spéciales : la technique de la T.S.F., de la lumière, etc... On y fait des démonstrations de physique, de chimie agricole... Le musée d'agriculture à Leningrad, dans cet ordre d'idées, a créé dans l'île Krestovski un parc d'animaux domestiques pour donner des séances de démonstration ; on y a installé aussi une université ouvrière pour l'agriculture. En province, à côté des maisons des paysans, des musées agricoles locaux ont été généralement installés, dont l'objet est le « relèvement de la technique agricole ».

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MUSÉES SOVIÉTIQUES LÉNINGRAD. LA FEMME DE TOBIE. DE REMBRANDT AU MUSÉE DE L'ERMITAGE. LÉNINGRAD. L'ERMITAGE. LE PAVILLON LAMOTTE. LÉNINGRAD. L'ERMITAGE. LA VISITE A VOLTAIRE. Photos Rapp.

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MUSÉES SOVIÉTIQUES LÉNINGRAD. LE MUSÉE DE L'ERMITAGE AUTOUR DU CHEF-D'ŒUVRE DE RUBENS «L'UNION DE LA TERRE ET DE L'EAU». LÉNINGRAD LE MUSÉE DE L'ERMITAGE. LA SALLE DES PORCELAINES RARES. LÉNINGRAD. LE MUSÉE DE L'ERMITAGE. LA SALLE DES ARMURES. Photos Rabb.

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L'ART VIVANT Les musées de la révolution « de Moscou et de Léningrad réunissent les souvenirs glorifiant l'établissement du régime bolchevique. Celui de Moscou est établi dans l'ancien Club Anglais ; à celui de Léningrad est consacrée une partie du Palais d'Hiver ». Ce sont « de véritables foyers d'éducation politique pour les larges masses ». Des sections provinciales ont été ouvertes dans maintes villes. Les musées des us et coutumes sont des palais-musées, des églises-musées, des châteaux-musées, des monastères-mu- sées, ayant pour objet de conserver le cadre de la vie antérévolutionnaire, ainsi que de « vulgariser la conception marxiste des époques féodales et bourgeoises ». Tels sont les palais-musées de Peterhof, de Dietskoié-Sélo, d'Oranienbaum, de Gatchina... Des hôtels aristocratiques ont de même été « classés », tels le palais Youssoupov, le palais Chouvalov... qui mettent « en relief le caractère de classe de la société féodale de cette époque ». Il fallait faire une place aux édifices religieux, essentiels pour l'histoire de l'art russe — les premières, les principales, les meilleures manifestations « de la création nationale et populaire », dans le domaine de l'architecture et de la peinture, ayant été l'église et l'icone. Des monastères ont été classés comme monuments-musées : tels celui de la Lavra, près de Moscou, après maints pillages d'ailleurs et des scènes de profanation odieuses ; divers monastères du Don, celui de Novodievtchii. Leurs salles sont converties en musées locaux, mais en les « transformant en autant de foyers de propagande anti-religieuse ». Les principales églises-musées sont celle de Sainte-Sophie de Novgorod qui date de 1059 ; Sainte-Sophie de Kiev, les cathédrales du Kremlin, l'église de Basile le Bienheureux ; le Kremlin de Rostov, les églises d'Yaroslav, de Vologda... Il y a d'autres types de musées des us et coutumes, tel celui qui a été ouvert dans l'aile restaurée du musée russe de Léningrad. C'est une des initiatives « muséographiques » dont les bolchevistes sont le plus fiers. Deux rangées parallèles de vitrines ou de galeries montrent dans l'ordre chronologique les « conditions d'existence des classes exploi-tantes et des classes exploitées ». Le musée historique de Moscou doit adopter un plan analogue ; il est en cours d'installation. Il montrera la civilisation de tous les peuples vivant sur le territoire de la Russie. Déjà des expositions des XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles ont été organisées. A cette branche sont rattachés les musées et collections archéologiques centrales et régionales : telles celles de Kertch et de Chersonése... Des missions nombreuses sont envoyées périodiquement sur les champs de fouilles de la Russie du Nord, du Sud, ou d'Asie centrale, composées d'étudiants travaillant sous la conduite de leurs professeurs ; ce sont un peu comme des séances de « travaux pratiques ». Elles sont organisées par les universités et les musées ; l'une d'elles vient de rentrer, après avoir fouillé dix tumuli dans le gouvernement de Novgorod, ayant trouvé des documents importants sur la période primitive de la ville, lorsqu'elle était encore indépendante. Ces tumuli remontent aux Xe-XIe siècles. Cette expédition était organisée par le musée historique, la première université de Moscou et le commissariat du Peuple pour l'instruction publique de Karélie. Des trouvailles remontant au IIIe siècle ont été ainsi mises au jour. Les musées des arts ont regroupé les objets d'art proprement dits. L'Ermitage a recueilli les richesses des palais impériaux et des diverses résidences de la couronne, ainsi que diverses collections privées. Ainsi la galerie Stroganoff avec l'hôtel qui la contenait, et la collection Stiglitz ont été annexées à l'Ermitage. Ce musée, déjà illustre, rivalise à présent avec les plus riches d'Europe. Le nombre des numéros exposés a triplé. La section d'art du musée russe de Léningrad s'est également enrichie d'un nombre considérable de tableaux enlevés à divers possesseurs et même au musée de l'Aca-démie des Arts. La galerie Trétiakov à Moscou a doublé d'importance et a dû s'étendre en annexant l'immeuble voisin. Peut-être devra-t-elle encore s'agrandir. C'est la plus importante collection d'art français de la fin du XIXe siècle au monde. Avec la collection Morosov, elle constitue le musée de l'Art de l'Europe occidentale : on y voit plus de 40 Matisse ! Le musée des Beaux-Arts de Moscou a été également « complété ». D'un musée de moulages, il est devenu un rival de l'Ermitage, grâce à des apports provenant surtout d'envois du sud de la Russie. Ses collections égyptiennes et copies sont très riches ; elles ont fait l'objet de diverses expositions temporaires. Enfin un musée des Civilisations orientales a été ouvert à Moscou ; il est encore en cours d'organisation. P. MICHAUT.

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L'ART VIVANT PEINTRES ROUGES Ce rouge-ci n'est fait que de simples garances ; Devant tel autre, on songe à d'honnêtes ardeurs, A des coquelicots dans les blés des romances, Aux pommes dont la pluie a verni les couleurs. Mais celui-ci m'alerte ainsi qu'une fanfare De cors lointains sonnant dans un bois automnal ; Il vit comme une braise, il est puissant et rare, Eclatant, furieux, cruel, impérial. Les carmins d'une brune et le rubis liquide De la plus généreuse et robuste liqueur Ont bien moins de chaleur que ce rouge torride... Il n'est qu'à Delacroix, et c'est le sang d'un cœur !.... EUGÈNE BOUDIN Toilettes à volants moulant des tailles fines, Ombrelles, longs gants blancs et roses capelines... Des bleus de jour férié sous les brumes d'argent D'un ciel marin léger, délicat et changeant. A l'horizon de perle un clair navire croise. L'assemblée est cossue, élégante et bourgeoise ; Et, sur le sable gris que le flot a baigné, Boudin a, dans un coin, lisiblement signé, Et son nom est ainsi pareil à ceux des plages Gravés en rouge, au bord nacré des coquillages, Qu'aux bazars les baigneurs ont longtemps achetés, Souvenirs de Cabourg et de ses beaux étés... CONSTANTIN GUYS Guys... un cocher au Bois conduit à grande allure, Grave comme un mylord et comme un sapajou, Deux pur-sang dont Gautier vantait, sous la ramure, La maigreur élégante et l'éclat d'acajou ». Des beautés en tablier, le soir, cherchent fortune, L'œil bien cerné de noir, près des Variétés, Toutes sentent le musc, le péché, la peau brune, Et les nuits de l'empire au déclin des étés. Elles ont toutes l'air de fauves mulâtresses, Et Baudelaire retrouvait, en connaisseur, Autour des falbalas de ces belles drôlesses, Le vénéneux parfum de « mon enfant, ma sœur ».... CAMILLE PISSARO et ARMAND GUILLAUMIN Le père Pissaro, le père Guillaumin Ont maçonné dès l'aube et crépi la muraille ; Ils ont planté leurs choux, serré, jusqu'au chemin, Et trainé la brouette et porté la pierraille. Ils savent, quand l'hiver vient frapper au carreau, Noter, en réparant leur bêche ou leur armoire, Ce qu'au champ sous la neige a pesé le corbeau, Ce que pèse la neige à quelque branche noire. C'est là du bon travail que l'on fait en sabots, Il n'est pas luxueux mais il fallait le faire, Et, paysans futés, vêtus de gros tricots, Ils sont sûrs qu'on payera cher leurs pommes de terre. SISLEY C'est un lundi matin, sur le Loing, en octobre. Un peintre japonais aimerait ce moment, Et ce métier léger, irréprochable et sobre Où rien ne pèse, où tout s'accorde doucement. Sisley... le peuplier abandonne une feuille... Tout est aérien, limpide, essentiel ; Il a plu quelque part et l'azur se recueille Comme s'il conservait un reflet d'arc-en-ciel... Léo LARGUIER.

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L'ART VIVANT BARYE, PEINTRE ET AQUARELLISTE A force de rencontrer ses fauves sur tous les bureaux, sur toutes les commodes, on s'imagine les connaître : on a cessé de les voir. L'Amérique a traqué les modèles qu'il reciselait ou les épreuves qu'il poinçonnait lui-même : les modernes pullulent, infidèles, amollies par de lourdes patines. Ces bêtes tout en muscles, en griffes, en mâchoires, n'ont plus qu'un sang pauvre; la fatigue des moules trahit de plus en plus des beautés qui, trop multipliées, perdent leur pouvoir. C'est ainsi qu'on omet, contre toute justice, de situer Antoine-Louis Barye sur le même plan que Delacroix, que Daumier, que Corot, qui furent ses amis et ses compagnons de lutte. De même que Daumier ne fut admis longtemps que comme caricaturiste, Barye, enfermé dans une spécialité, fut littéralement livré aux fauves. C'est exceptionnellement qu'on lui a permis de réaliser de vastes ouvrages. Les admirables figures monumentales qui ornent les façades du Louvre, ses statues équestres, ses petites esquisses, d'une ampleur magnifique, montrent qu'il ne fut pas qu'un animalier génial. Seuls les médiocres se confinent une fois pour toutes dans un genre. Les plus grands peintres de l'Orient ne sont pas les Orientalistes; ce n'est pas aux peintres militaires qu'il faut demander les vraies images de la guerre, ni celles de la fleur aux peintres de fleurs. *** Son caractère demeure impénétrable. Tous ceux qui l'ont approché s'accordent à décrire un homme peu communicatif et qui traversa les épreuves avec stoïcisme. « Son caractère réservé, pour ne pas dire plus, écrit Delacroix, écartait l'épanchement. » Sylvestre, dans le vivant portrait que consacre à Barye l'Histoire des Peintres vivants, évoque « un corps cimenté à la romaine, une figure pleine d'intelligence, d'énergie et de probité, des lèvres minces et presque toujours scellées par la sagesse ». « Sensible et non sentimental, invinciblement convaincu de sa valeur, mais supérieur à toute vanité », il vécut pauvre et fier. Quelque douceur qu'il attachât à l'amitié, nous l'imaginons surtout solitaire. Il n'a pas eu de confident; aucun écrit de lui qui nous révèle sa conception de la vie et de l'art. Sur le dessin d'un de ses élèves, au Muséum, il a mis simplement la note suivante: Du courage! Et c'est comme une devise. Pour imaginer Barye il faut étudier son œuvre et la partie la plus secrète de son œuvre, celle qu'il exposait rarement : ses peintures et ses aquarelles. On les connaît mal. Peu nombreux sont ceux qui se sont arrêtés devant les chefs-d'œuvre où il a gravé, comme avec un poinçon, sa signature. Il faut interroger à Bayonne le musée Bonnat, à Montpellier la donation Bruyas, au Louvre les collections Thomy-Thierry, Camondo, et surtout une petite salle qui devrait s'appeler salle Zoubaloff. Assisté dans son admiration pour Barye par André Schoeller (qui conçut un des premiers l'importance du peintre et de l'aquarelliste), ce mécène acquit, en même temps qu'un ensemble unique de plâtres et de modèles originaux, tous les dessins ou tableaux qu'il rencontra et en fit don à la France. Ces œuvres peu nombreuses, que Barye conserva jalousement (1), n'ont guère circulé; quelques-unes ont passé en vente publique à la dispersion des collections Rouart, Beurdeley, Strauss, etc. (1) Le catalogue de la vente posthume (février 1876) comptait seulement une centaine de peintures et soixante-dix aquarelles. Nous connaissons les liens qui unirent, dès leurs débuts, Barye, dont Gros fut le maître, et Delacroix. Passionnés pour Géricault, tous deux de compagnie, à la foire de Saint-Cloud, dessinèrent au crayon ou à l'encre des fauves, qui rappellent ceux de Rembrandt, ou firent, au Jardin des Plantes, des études d'après la même lionne écorchée. Dans une de ses lettres à Pierret (1828), Delacroix nous apprend que Barye lui confia quelques maquettes. Par un autre billet — inédit — il le prie de lui fournir de la terre, ce qui confirmerait l'hypothèse d'un Delacroix sculpteur. La collection Lefuel renferme en même temps que la célèbre page du Tigre marchant, le croquis, très libre, que Delacroix fit d'après elle : « Jamais, aurait-il dit, je ne pourrai tordre une queue de tigre comme cet homme-là ». La plupart des lithographies de Barye ont paru dans l'Artiste; certaines faisaient partie d'un album; d'autres étaient destinées sans doute à former une suite pareille à celle que Fielding publia chez Motte en 1829. Echelonnées à partir de 1832, elles sont, par conséquent, postérieures au Cheval sauvage terrassé par un tigre et au Lion et au Tigre de Delacroix. Si Le Cerf et le Lynx — unique eau-forte — semble la traduction du groupe que l'artiste exposait au Salon de 1834, les autres pièces durent être exécutées parallèlement aux aquarelles. La part du peintre s'y révèle aussi importante que celle du sculpteur. Jamais, évidemment, Barye ne serait arrivé au pouvoir d'évocation de la lithographie de L'Ours du Mississippi — pareille à une cire perdue — s'il n'avait modelé auparavant la masse redoutable de cette bête dont la respiration remplit tout le paysage et qui, bien que représentée de profil, semble décrite en mouvement et sous toutes ses faces. C'est avec le Tigre au repos, d'un si tragique modelé (et que souligne encore cette espèce de terrasse naturelle sur laquelle le fauve est allongé) l'estampe la plus sculpturale de Barye. On remarquera combien son métier lithographique est simple : il n'a pas fait usage, comme Delacroix, du lavis ni du grattoir. L'orfèvre, qui si souvent collabore avec le sculpteur, n'apparaît pas ici. Dans ses dessins sur pierre comme dans ses aquarelles, Barye reste absolument libre, et c'est justement la franchise avec laquelle il a conçu ces ouvrages, en dehors des règles des professionnels, qui en fait la grandeur. Ses aquarelles ont l'aspect de peintures tant est complexe une technique qui, tour à tour ou simultanément, emploie les couleurs à l'eau, la gouache, le pastel et peut-être même l'huile. Le blanc du papier n'est point réservé : les accents les plus clairs sont exprimés par des rehauts. La feuille même apparaît grenue, croustillante, mate et recuite. Aucune recherche de transparence; les couches se superposent; souvent quelques touches vives, de petites localités éclatantes, viennent rehausser un fond sombre. Ces affirmations sont jetées avec une franchise toute mêlée de douceur : telle est à la fois la vigueur et la subtilité du coloris que nous pensons souvent (tant les jaunes, les orangés, les bruns, les bleus mauves ont de délicatesse) aux ouvrages des Persans. Des gris chauds — gris lilas, gris bleus, gris bruns, gris verts — flottent sur ces pages. D'autre part de fortes cernures soulignent, en même temps que les ondulations de la bête, celles du sol, de manière à exprimer ces correspondances qui abondent entre toutes les formes, entre tous les rythmes, entre tous les règnes. Les pinceaux de Barye excellent dans ces fortes et graves affirmations par lesquelles il domine à la fois son sujet et la Nature, ramassant les circonstances, simplifiant l'action, et ne visant, en grand dramaturge, qu'à l'expression du « caractère ». Inutile d'insister sur la somme d'observations dépensée