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CINQUIEME ANNEE N° 117 5 fr. 1er NOVEMBRE 1929 --- L'ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTERAIRES ANDRÉ FAVORY. — BAIGNEUSE. Dans ce numéro : LE SALON D'AUTOMNE DIRECTION-REDACTION 146, Rue Montmartre, PARIS (3e) ADMINISTRATION ET VENTE: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse, PARIS (6e) DIRECTEURS - PONDATEURS : Jacques GUENNE et Maurice MARTIN du GARD RÉDACTRICE EN CHEF: Florent FELS

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GALERIE DRU 11, rue Montaigne (Rond-Point des Champs-Élysées) --- DU 9 AU 30 NOVEMBRE: Petits tableaux de Ch. LACOSTE DU 3 AU 23 DÉCEMBRE: AQUARELLES & PASTELS et DESSINS --- GALERIE TEMPO 48, rue Laffitte, 48 TRUD.: 19-58 --- PEINTURES • AQUARELLES SCULPTURES MODERNES EXPOSITIONS PERMANENTES --- GALERIE DANTHON 29, Rue La Boétie - PARIS Élysées 12-14 PEINTURES MODERNES SCULPTURES DE RODIN ET BOURDELLE --- GALERIE BERNIER 10, Rue Jacques-Cailot (rue de Seine) - VI° TABLEAUX MODERNES Tél.: LITTRÉ 44-94 --- J. WATELIN 11, RUE AUBER TABLEAUX DE L’ÉCOLE FRANÇAISE DU XIX° SIÈCLE TEL.: OPÉRA 00.22 --- Galerie MARCEL BERNHEIM 2nd, Rue Caumartin PARIS (9°) TABLEAUX MODERNES Téléphone.: CENTRAL 88-28 Télégr.: HABERNECO, PARIS VENTE — EXPERTISES — ACHAT ---

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Les STELLAS RENAULT représentent la perfection dans l'automobile Tenir la route en glissant dans un silence absolu, ignorer les cahots parce que la suspension est inégalée, franchir allègrement les côtes grâce à la réserve de puissance du moteur, obéir doci- lement au plus léger appel d'une direction douce et de freins puissants, n'est-ce pas là le propre de la voiture de grande classe ? Toutes ces qualités sont celles des STELLAS, voitures de luxe, voitures modernes à 6 ou 8 cylindres, créées par RENAULT. Avec leurs nouvelles carrosseries STELLA aussi impeccables de présentation que luxueuses et confortables, les modèles 1930 représentent l'expression la plus fidèle de l'esprit français, fait de logique, de conscience et de bon goût. Nous sommes certains qu'un essai vous convaincra de la per- fection inégalée de la REINASTELLA, de la NERVASTELLA 8 cylindres, de la VIVASTELLA, de la MONASTELLA 6 cylindres. RENAULT 53, Champs-Elysées, PARIS et BILLANCOURT (Seine)

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F. LINEL COULEURS FINES - AQUARELLE - DÉTREMPE - GOUACHE - HUILE --- TABLEAUX MAROULAGE PLAFONDS PANORAMAS DÉCORS TOILES DE QUALITÉ A. BINANT DE BELLES COULEURS SUR DE BONNES TOILES --- Galerie de France 2bis, rue de l'Abbaye, Paris (6e) Téléphone: DANTON 72-21 Métro: Saint-Germain-des-Pres --- Derain, Gauguin, Modigliani, Renoir, Picasso, Utrillo, Rouault, Biétry, Borès, Fautrier, Goerg --- SCULPTURES: Despiau, Henri Laurens --- ŒUVRES D’ART NÈGRE --- DIMEA 14, Avenue Victor-Emmanuel III Ellysées 23-94 23-95 L’ART du décorateur est l’art de mettre en harmonie les proportions de votre intérieur et les préférences de votre goût. Nous nous inspirerons tout ensemble de l’un et de l’autre si vous voulez bien nous demander un projet que nous serons heureux de vous soumettre sans qu’il vous engage en rien.

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POUR LE SOIR HERMÈS 24, Faubourg Saint-Honoré PARIS ALGER, BIARRITZ, CANNES, SAUMUR PAU, ST-CYR, CHANTILLY (Note: The image also contains a sketch of a woman in a flowing dress and a stack of books with various items on top, but these are visual elements and not textual content to be converted to Markdown.)

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HALL DU COMTE DE MUN. DIM. 40, rue du Colisée --- FONTAINE ET CIE Serrurerie Décorative Ancienne et Moderne Suretés à clé Progrès. PARIS 190, Rue de Rivoli NEW-YORK 424, Madison Avenue

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EXPOSITION ANNA SEMENOFF PEINTURE - SCULPTURE DU 15 AU 30 NOVEMBRE 1929 Galerie de la Renaissance 11, Rue Royale - Paris GALERIE BARREIRO 30, Rue de Seine Téléph.: Littré 98-50 PEINTURES DE: Antral, Asselin, Benatow, Derain, Raoul Dufy, Léon Detroy, Durey, Eberl, Friesz, Kvapil, Laprade, André Lhote, Marquet, Marcel Bach, Ortiz, Henri Ottmann, Ramey, Utrillo, Vlaminck, Suzanne Valadon, Vergé Sarrat, Waroquier, Zingg. LES COULEURS EXTRA-FINES SENNELIER-PARIS SONT LES MEILLEURES COUACHE AQUARELLE TEMPERA PASTELS HUILE VERNIS Demandez-les à votre marchand de couleurs ou à Paris, chez SENNELIER et FILS, 3, Quai Voltaire (vii°) DURAND-RUEL 37, Avenue de Friedland, Paris (8°) TABLEAUX MODERNES New-York -- 12 East 57th Street ÉDITIONS DES CHRONIQUES DU JOUR Direction: 100, Rue d'Assas — PARIS (VI°) COLLECTION XIX° SIÈCLE VIENT DE PARAÎTRE: LE DESSIN FRANÇAIS DE DAVID À CÉZANNE PAR WALDEMAR GEORGE 97 planches en héliogravure 100 pages de texte Dessins de: David, Girodet, David d'Angers, Gérard, Gros, Géricault, Delacroix, Descamps, Michel, Th. Rousseau, Millet, Corot, Barye, Ruhe, Carpeaux, Courbet, Manet, Boudin, Monet, Sisley, B. Morisot, Renoir, Degas, Toulouse-Lautrec, Henri- Rousseau, Van Gogh, Seurat, Cézanee, etc. Les Caricaturistes Prix de l'ouvrage ........................................... 175 fr. En préparation dans, la même collection: COROT, par Élie FAURE GALERIE CARDO 61, Avenue Kléber, 61 Du 12 au 27 Novembre 1929 Les charmes de l'horreur "Les charmes de l'horreur n'enivorent que les forts." Baudelaire. Tél.: PASSY 08-45 **

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BRUNET-MEUNIÉ & Cme 13, rue d'Uzès PARIS (2°) LEURS CRÉATIONS MODERNES LEURS ÉTOFFES D’AMEUBLEMENT LEURS SOIERIES LEURS TAPIS LEURS REPRODUCTIONS D’ANCIEN Tél.: CENTRAL 42-14 GUTENBERG 26-35 --- POUR ORNER LA TABLE ET EMPELLIR LE HOME LES PLUS BELLES PORCELAINES DE LIMOGES OBJETS D’ART CRISTAUX VERRERIE ECLAIRAGE ORFEVRERIE FAIENCE ET GRES EXPOSITION PERMANENTE ŒUVRES DE L’EUTE DES ARTISTES ET ARTISANS LE GRAND DEPOT 21 ET 23 RUE DROUOT AGENT EXCLUSIF POUR PARIS DE LA MANUFACTURE NATIONALE DE SEVRES MANUFACTURE ROYALE DE COPENHAGUE DELAHERCHE-LALIQUE-JALLOT-SUBES Envoi du catalogue contre 5 francs remboursés à la première commande --- AMEUBLEMENT DECORATION & EJ DENNERY FABRICANTS. PARIS 6 RUE MOREAU 6 TEL. DIDEROT. 85-60. 85-61. 85-62 usine à bourg la Reine Léon Bouchet directeur artistique --- jean perzel luminaire 1, rue henri-becque, paris-xim téléphone : gobelins 77.24 sur rendez-vous par téléphone

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L'ART VIVANT LE SALON D'AUTOMNE Le Salon d'Automne s'ouvre le jour des morts. C'est un programme ! Je me rappelle cette phrase de Maurice Barrès, à la fin de son Greco : « Que de fois, à la Chambre des Députés, après des discours irréprochables et même qu'il fallait admirer, mais secrètement insupportables de conventions et d'artifices, j'ai vu avec soulagement un homme quelconque prendre la parole. Dieu soit loué ! En voilà un qui ne parle pas très bien ! Et s'il avait une âme, eût-il bégayé, qu'il me reposait ! » Encore ému par le vertige des cimes où sa pensée venait d'atteindre, Barrès aimait, ainsi, à brusquement descendre et à jeter un exemple commun. Barrès ! Comme il dut souffrir dans cette assemblée de moyennes qu'est un parlement, à l'instar des Salons de peinture, quand sa logique lui commandait d'approuver d'insupportables paroles. Du moins, sut-il ne jamais sacrifier son ironie, suprême pudeur d'une intelligence trop sensible. Combien d'œuvres sommes-nous, à notre tour, contraints d'admirer, si elles nous apparaissent parfaitement inutiles, parce que nous devons tenir compte de l'effort qui assura leur difficile création. Au reste, dans l'étalage le plus médiocre, n'avons-nous pas, trop souvent, la déplorable bassesse de choisir. Nous ne pouvons plus ignorer combien le spectacle de ces étalages de peinture est déprimant. Le Salon de qualité serait celui qui grouperait les meilleures peintures d'aujourd'hui et les très rares révélations de l'année. Et ce Salon n'existe pas. Au reste, il n'est pas inutile que notre esprit soit parfois en révolte. Pour se maintenir, l'esprit a besoin de colère. Le matin où j'abordai l'Automne, il faisait beau. La vie bondissait irrésistible, ardente aux recommencements. L'univers s'était levé, impatient de retrouver un autre amour. J'avais contrôlé le jeu de mes muscles et le son de ma voix, essayé mon regard sur le premier passant. Ma vie circulait bien. C'était bien le jour pour entrer dans l'asile des morts ! Car cette idée se développait en moi qu'il fallait que tous ces gens fussent décédés pour ne pas exalter, avec ces mots merveilleux que leur offrent les couleurs, les multiples raisons de la vie. Ces artistes, dont l'intelligence voit par les yeux, n'ont-ils donc jamais regardé ? Du moins n'ont-ils jamais surpris ce que, chaque jour, nous essayons de contrôler : cette mobilité des êtres et des choses qui entraîne le monde et dont la folle diversité, sans cesse, renouvelle notre désir d'aimer. Une âme, disait Barrès ! On demande une âme. Comment n'ai-je pas promené ce cri parmi tant de mourants. Une âme ! Imaginez les miaulements de ces fauves domestiqués, aux ongles bien rognés, s'ils eussent entendu l'appel à l'incendie. Une âme ! Mais de quel feu voulions-nous donc parler? Tout n'était-il pas ici désormais en bon ordre? La tradition, cette bonne ménagère, n'achevait-elle pas de mettre en place les formes et les couleurs? Et la fortune n'était-elle pas à la maison ? Oui ! Les hommes acceptent vite de s'installer dans l'habitude des sentiments faciles. Ils appellent cela le bonheur. On s'est accoutumé à aimer. On aime. On a décidé de peindre. On peint. On demeure amant et peintre quand, à sa toile ou à la femme, il ne reste plus rien à dire. Combien ont le courage d'avouer qu'ils n'aiment plus ou qu'ils n'ont plus de génie. Ne vaut-il pas mieux trouver des accommodements avec son cœur et son esprit? La société, du reste, se charge bien de vous délivrer de tout scrupule. Vous exposerez pendant dix ans au Salon d'Automne. Vos envois, chaque année, différeront aussi peu que possible de ceux de l'an passé ! Vous serez, bientôt un habitué. On vous nommera sociétaire. Puis, vous ferez partie du jury. Vous aurez alors le droit de juger vos contemporains. Comme cette dame d'une image (retrouvée dans un journal d'il y a vingt ans) et dont pas un ne se souvient, vous voterez. Vous ne serez ni plus, ni moins ridicule. C'est une question de tailleur. Comme elle, pour approuver, vous lèverez votre parapluie. D'abord, vous accepterez tout, par camaraderie. Une heure après, vous refuserez les meilleurs envois au nom des principes éternels de l'art : vous ferez, en un mot, comme le jury de cette année. Vous rejeterez tel peintre authentique comme Salvado, telle page éblouissante de Mintchine, tel noble essai de Choumanovitch, tel artiste comme Falk qui, depuis vingt ans, défend en Russie la peinture française. Vous les refuserez au nom d'une très louable xénophobie. Et puis, vous accepterez les chromos violacés d'un M. Morisset. Vous offrirez une salle à un M. Géo Weiss, élève de Didier Pouget (les bruyères, c'est pour l'automne). Ces peintres vous gênent moins, n'est-ce pas? Et comme vous manquerez par-dessus tout de logique, oh! ne vous excusez pas, vous ouvririez vos bras aux jolies dames de M. Tanaka. Faust-Camille Maucclair vous reconnaîtra du talent. Vous finirez bien aussi par vous en consoler. La médiocrité, cette limace, traîne sa trace glaireuse sur les murs tristes de ce palais. La médiocrité? Ne s'insinue-t-elle pas partout dans la vie? Il n'est pas un homme sain qui, dans chaque entreprise, n'aît à chasser sa répugnance. L'objet est beau, qui correspond à son utilité. Un bel objet utile que vous prenez dans votre main ajoute à votre satisfaction d'homme. Chaque être, dans son ordre, dans sa mesure, si courte soit-elle, peut être ou n'être pas un médiocre. Le contact de qui ne correspond pas à sa raison d'être est aussi déprimant qu'un objet chargé d'ornements inutiles. L'intelligence, au contraire, provoque un rayonnement dont chaque esprit bénéficie. Le spectacle de la santé d'une belle jeunesse, m'a toujours vivifié, tandis que l'exemple du malade m'avilt. Cet homme est dans la vérité, je le dis aujourd'hui, qui accorde moins à son amitié, quand la qualité d'âme de l'ami est surprise en défaut. Aucun sentiment noble ne doit tolérer de concessions. Et Chamfort eut bien raison de dire que « l'amour ne dure pas entre des êtres, dont l'un est trop inférieur à l'autre ». Dans le cercle héroïque, où l'art se développe, le relatif est une contradiction. Il est une ligne d'horizon au delà de laquelle, en art, comme sur la mer, il n'est plus possible de distinguer le navire. Il suffit que le juge soit sur la plage du bon côté ! Les grands artistes ne sont-ils pas ceux dont l'action se développe dans des conditions héroïques? Sans doute pourrions-nous prévoir ce que seront dans un an la plupart des travaux médiocres des exposants du prochain Automne. Par contre, nous est-il arrivé d'entrer dans une salle où devaient se trouver Matisse, Bonnard ou Picasso, sans éprouver une juste inquiétude? Chaque toile, pour ces héros, est un nouvel amour. Ils l'abor-dent avec ce désir de perfection, cet appétit du nouveau, ce patient enthousiasme, qu'à entreprendre un amour neuf, sait mettre un véritable amant. Ils ont oublié tous les gestes antérieurs, toutes les attitudes, jusqu'au son même de leur voix, et leur cœur a d'autant plus d'exigences que leur esprit acquit plus d'habileté. Chaque œuvre nouvelle marque pour eux un risque, un risque toujours plus grand. Plus l'œuvre est réussie, plus ils sont près de leur propre perte. Et ces héros sautent d'autant

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L'ART VIVANT plus haut qu'il n'y a plus de filet pour recueillir leur chute. Qui n'a pas connu ce désir qui vous étreint parfois de n'avoir rien gâché, ce souci qu'on a de nettoyer sa vie, comme le chirurgien aseptise ses instruments, de faire le vide de ses amours passées, pour aimer plus nouvellement, n'imagine pas ce que doit être l'état d'am de l'artiste.] Aimer, me direz-vous, n'est-ce pas aussi une profession? Je m'en défends. Plaire en est une, peut-être. Au reste, il y a tant de gens tristes, quand ils aiment, qu'il faut se refuser à expliquer la peinture par la métaphore de l'amour. Car fut-elle douloureuse, la création, comme l'amour, est l'expression de la joie. J'aime que Charlot, éperdu d'amour, perce de sa tête, en bondissant, le plafond de sa cabane pour mieux y voir le ciel. Par la joie de l'amour, l'artiste se hisse où d'autres hommes n'atteignent qu'à l'aide de la folie. Mais l'art est une folie raisonnable. Quelle pauvreté d'inspiration chez la plupart de ces honnêtes exposants ! Si Delacroix revenait parmi nous, ne serait-il pas, avant tout, stupéfait du manque de culture des peintres d'aujourd'hui? De leur total manque d'ambition? Et beaucoup plus que celle du goût, il dénoncerait, sans doute, la trêve de l'intelligence. Je ne souhaite pas uniquement que les peintres reviennent au sujet, bien qu'il soit regrettable que les meilleurs évitent la traduction des grands spectacles de la vie. Mais je songe à ce mystère auquel Chardin savait atteindre, dans ses compositions, en mettant en œuvre l'équivalence plastique des objets. La peinture d'aujourd'hui est pauvre, dans son inspiration, et Greco avait raison de dire que la pauvreté est le contraire de l'art. Cherchez parmi les meilleurs artistes d'aujourd'hui, combien vont au-devant de ce risque qui, avant leur grandeur, fait la vertu de l'œuvre de Matisse, de Bonnard, de Picasso. La plupart, au lieu de chercher, en avant, demeurent en deçà de leurs possibilités. Celui-ci, jadis sollicité par d'ambitieuses compositions, contrôle les musées, comme on tient une rampe. Il pèche par manque de courage et de sensualité. Cet autre laisse sa splendide nature inhabitée. Il pèche par manque d'ambition. Cet esprit fin, qui excelle dans les lettres et sut, jadis, accorder de jolits tons, se console de son impuissance en se gaussant de celle des autres. Il pèche par manque d'amour. Je citerais vingt peintres dont les dons étaient rares et que des défaillances morales, intellectuelles, physiques, condamment à une précoce déchéance. Il n'est pas de méthode qui permette de juger infailliblement de la valeur d'art. Nous n'avions jusqu'à ce jour cherché que des raisons esthétiques. Mais l'expérience, trop tôt venue, nous engage désormais à tâter le pouls des peintres, à contrôler, en même temps que la santé de leur palette, celle de leur corps, de leur esprit. La bêtise a paralysé jusqu'au plus prodigieux artisan de la couleur. Le vin, la maladie, le désordre, l'indécision, la lâcheté, le mensonge, le faux orgueil, sont aussi menaçants pour l'artiste que le manque de goût. Il fut un temps où la peinture de notre temps (celle de Bonnard, Vuillard, Derain, Vlaminck, Matisse, Dufy, Piccasso déjà ne nous appartient plus) paraissait si valétudinaire qu'on put se demander, après avoir usé tant de drogues pour la sauver, si le sang vierge des peintres purs ne lui rendrait pas la santé. Ces artisans qui viennent à la peinture, avec le seul désir de faire un bon ouvrage, loin de toute rhétorique, ne pourraient-ils, au moins, la libérer de tous les procédés des écoles? On ne provoque pas de miracle. Et le cas du douanier Rousseau demeurera sans doute un cas isolé. Il est possible que les méthodes de ces artistes purs demeurés à l'écart des vieilles compromissions, sauvent si l'on peut dire la morale de la peinture. Leur esprit analytique nous séduit. Ils copient le monde avec passion, comme voudrait le faire l'enfant. Il y a aussi des toiles de Corot qui ressemblent à des épures. Et puis il y a l'Ile Tibère déjà loin des contingences de la nature et de l'objet. Enfin, il y a les éternelles figures en face des périsposables impressions de Ville-d'Avray. Plus que jamais, nous croyons à la nécessité de la culture. L'atmosphère des musées déprimante? allons donc! Déprimante, pour qui redoute de ne pas aller plus haut ! Les victoires que les maîtres ont remportées sur les couleurs doivent faire autant partie du patrimoine d'un peintre que, de sa propre nature, celles qu'il gagne sur soi. La culture? Défrichez votre propre sol, mais recherchez aussi ce qui convient à votre climat. On demandait hier des hommes de goût. Je demande aujourd'hui des âmes. Et je bats le rappel du courage. Salle I N'aurions-nous pas vieilli d'un an? Voici les mêmes images de QUIZET. Des paysages de Paris. L'herbe, la pierre? de la couleur, alors que c'est la couleur qui doit devenir de l'herbe ou de la pierre. C'est ce même sens de l'équivalence tactile qui a toujours manqué à BALANDE ou à FLANDRIN. Bien entendu, cette équivalence n'a rien à voir avec le trompe-l'œil. Si abstraite que puisse être une morte nature de Picasso, l'équivalence que propose son esprit à tel objet dont la réalité a été, si l'on peut dire, absorbée par l'intention picturale est plus réelle que la traduction directe du même objet par un peintre qui n'a pas le sens de la matière ni de la densité. La Procession de BALANDE ne manque pas d'agrément, mais qu'est-ce que la tache verte du premier plan? Tache d'encre ou prairie? BALANDE a cependant un sens de l'harmonie qui fait toujours défaut à FLANDRIN qui ne procède que par tons faux. Ses toiles ont toujours l'air d'une reproduction en couleurs infidèle. Le MARVAL de cette année, quelle enseigne pour un confiseur ou un institut de beauté ! Mon Dieu que c'est donc rose et blanc et blanc et rose. Je connais une jeune maman qui hésitait à donner à sa fille le prénom de Colette, pensant que ce prénom serait ridicule quand la fillette aurait quatre-vingts ans. Comment ces toiles que nous voyons depuis tant d'années peuvent-elles ainsi demeurer si roses, en devenant si blanches? Mais les peintres se vengent de nous. Je vais me répéter en parlant de VAN DONGEN. Cet homme est la peinture elle-même. Et rien n'a pu gâcher ses dons, ni Deauville, ni les Américaines, ni son air de ne pas prendre la peinture au sérieux. Peut-on jouer plus dangereusement avec la peinture? Et oui ! Avec un bâton de rouge, avec votre bâton de rouge à lèvres, madame, VAN DONGEN vous fait le plus joli portrait. Et sur une toile, cela devient bien plus de la peinture que du sang autour de votre jolie bouche. Comme il sait, lui, par la couleur, restituer le lustre de la soie, la matité du drap, la peau d'une femme ou la chair d'une fleur. Sur ce fond vert (imaginez ce que ces verts pourraient donner maniés par une main moins sûre), voyez comment éclate la blancheur de la robe. Et quel éblouissant morceau de peintre que le bouquet de fleurs ! LE FAUCONNIER. Le faux grand art. Salle II Les toiles de JEANNE BARADUC sont toujours aussi blondes et lumineuses. Cette artiste a des moyens d'expression qui sont bien à elle, un bel enthousiasme, une jolie patience. Versailles est sans nouveauté traduit par P.-E. CLAIRIN. Par contre, la simple nature morte au poisson de MANQUIN permet à ce précieux artiste d'étaler sur la blancheur d'une nappe rayée de rouge, l'or des oignons, d'offrir la fraîcheur des herbes dans la coupe, de grouper des jaunes sensibles et d'accorder de jolis tons. MARQUET. C'est à n'y pas croire ! Et comme il faudrait être cruel pour ne pas souffrir d'exercer ce métier qui est le nôtre. Cet artiste qui eut une toute petite chanson à moduler, mais qui, durant de longues années, sut ne pas forcer sa voix, hausse le ton.

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L'ART VIVANT LE JURY LE JURY DE L'EXPOSITION DES FEMMES PEINTRES ET SCULPTEURS EN 1901 Mmes de Loghadès, Vallet-Bisson, De Chatillon, Delacroix-Garnier, Charpentier, Huillard, Bourillon-Tournay, Prévost, Guillaumot-Adan, Arosa, Adrien, Balard, Tacoust, Faux-Froidure, Garnier-Beaupère, Debillemont-Chardon, Bourge, Noury-Roger, Mansuy. Mme X... VOTE