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First pages of the volume, freely accessible.
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L'ART VIVANT
Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTÉRAIRES
LA PEINTURE GRECQUE
FRAGMENT D'UN VASE TROUVÉ A MILO. COMBAT DES DIEUX ET DES GÉANTS
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DIRECTEURS - FONDATEURS :
Jacques GUENNE et Maurice MARTIN du GARD
ADMINISTRATION ET VENTE:
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse, PARIS (6e)
RÉDACTEUR EN CHEF:
Florent FELS
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3° Année - N° 68
4fr.
15 Octobre 1927
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PRIX DE VENTE DE "L'ART VIVANT"
A partir du 1er novembre, le prix du numéro de l'Art Vivant est porté à 5 francs.
Malgré cette augmentation L'Art Vivant demeure la Revue d'Art la moins coûteuse.
PRIX DES ABONNEMENTS
ÉDITION ORDINAIRE
- France, Colonies et Sarre :
- Abonnements d'un an : 106.
- Abonnements de six mois : 55.
- Pays étrangers ayant adhéré à l'accord de Stockholm pour lesquels les abonnements sont payables en francs français :
- Un an : 124.
- Six mois : 64.
- Pays ayant décliné l'accord de Stockholm et pour lesquels les abonnements sont payables en francs français :
- Abonnements d'un an seulement : 140.
- Pays pour lesquels les abonnements sont payables en devises étrangères (abonnements d'un an seulement) :
- Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm :
- Dollars : 4.96
- Livres sterling : 1.08
- Florins hollandais : 12.40
ÉDITION DE LUXE
Le numéro : 8 fr.
- Abonnements d'un an seulement :
- France et Colonies : 170 francs français.
- Belgique, Luxembourg, Sarre : 205
- Suisse, Italie : 250
- Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm :
- Dollars : 8.20
- Livres sterling : 1.14.2
- Florins hollandais : 20.5
- Pays ayant décliné l'accord de Stockholm :
- Dollars : 10
- Livres sterling : 2.1.8
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Collection publiée sous la direction de M. G. HUISMAN
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Ce croquis brillamment enlevé au pinceau est digne d'être signé par un grand professionnel. Son auteur, Monsieur Henri Fasant, est un de nos élèves et a exécuté ce dessin après sept mois d'étude seulement.
Si vous pouvez écrire
Vous pouvez DESSINER
On se fait généralement une idée fausse sur les dispositions qu'on a plus ou moins pour le dessin et sur les difficultés quasi insurmontables du début.
Cette idée fausse est due (on doit le reconnaître) à la façon si défectueuse dont on a si longtemps enseigné le dessin. Personne ne vous a dirigé dans cet enseignement. On s'est sans doute contenté de vous donner ce conseil : « Faites ce que vous voyez ». Recommandation quelque peu ironique donnée à un débutant justement incapable de faire « ce qu'il voit » parce qu'il ne sait pas voir ce qu'il doit faire. L'enseignement du dessin exige donc une méthode pour acquérir non seulement une satisfaisante habileté de main mais en même temps un coup d'œil sûr et rapide.
Aussi, est-ce grâce à sa surprenante méthode que l'Ecole A. B. C. a conquis de très loin la première place dans le monde entier en bouleversant avec le plus rare bonheur l'enseignement du dessin. Ses élèves travaillent dans la joie, car ils ne connaissent pas de déboires et acquièrent après le premier mois d'études seulement un coup d'œil et une habileté de main qui leur permettent déjà de prendre des croquis très amusants et fidèles.
Ne dites pas que votre âge, vos occupations, votre éloignement de tout centre intellectuel vous l'interdisent car l'Ecole A. B. C. a permis à de très nombreuses personnes dans votre cas d'acquérir toutes les qualités d'excellents artistes.
Nous avons étudié un Album d'Art qui vous initiera complètement à notre méthode et qui constitue en lui-même une véritable première leçon d'un Cours de dessin. Cet Album vous est offert gratuitement. Vous ne vous engagez donc à rien en le demandant et sa lecture sera pour vous une source réelle de joie.
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TROISIÈME ANNÉE
L'ART VIVANT
15 OCTOBRE 1927
LES QUATRE SAISONS L'AUTOMNE
Tout en vient à ressembler aux tiges d'un éventail quand souffle le vent d'automne.
Haïkai.
Chez les Anciens, on ne distinguait pas primitivement le Printemps de l'Été, l'Automne de l'Hiver. Quand l'année fut divisée en quatre saisons, les sculpteurs grecs représentèrent l'Automne sous les traits d'un adolescent ou d'une jeune femme, déesse ou génie ailé, couronnés de pampres et portant des corbeilles de fruits. Dans leur amour extrême de la forme qui leur faisait humaniser les dieux, ils emprisonnaient en de beaux corps tout ce qui les entourait, tout ce qu'ils savaient des phénomènes naturels. C'est ainsi que nombre de statues et de bas-reliefs antiques, dont certains sont au Louvre, personnifient les forces de la Nature et les Saisons.
Mais ces représentations ne varient guère. Dieux et Déesses, Printemps et Automne offraient aux regards des beautés analogues, souriaient du même sourire imprécis. Et, lorsque les Romains, peu créateurs, se mirent à l'école des Grecs, ils ne firent que les imiter, sans apporter de changements importants à leurs conceptions.
Le Moyen Age, au contraire, répand dans ses créations la plus grande diversité. Et la cathédrale, forêt blanche sortie des mains de tout un peuple, montre sur ses parois et sous ses voûtes tout un univers frémissant.
Sur les murs de la cathédrale d'Amiens, les Mois sont personnifiés par des personnages occupés aux travaux de la terre. Il en est de même à Paris, Chartres et Reims. Ce sont des humbles, des gens de la campagne ou de la rue, qui servent de modèles aux imagiers. Ceux-ci communiquent à la pierre qu'ils taillent leurs propres émotions, et aussi les remarques qu'ils ont faites en étudiant, non plus, comme les Grecs, la courtisane ou le jeune homme nus, mais le laboureur, le vigneron, le chasseur... dans leurs vêtements de fête ou de travail. De là, est sorti un art original, fait d'amour et de vérité, art auquel les enluminaires ajouteront de nouvelles séductions. Séductions pénétrantes et douces, charme familier né de la "poésie permanente" de tout ce qui entoure l'homme et qui donne un caractère moderne aux Très Riches Heures du Duc de Berry.
C'est par les Semailles que, dans ce merveilleux manuscrit, les Limbourg ont représenté le mois d'octobre. Et si les costumes ne différaient un peu des nôtres, et si, au fond de la composition, nous n'apercevions point, se profilant sur le ciel clair, les tours de l'ancien Louvre, nous croirions assister à un événement actuel, tant l'artiste a su rendre ce qu'il y a de persistant et d'essentiel dans les principaux actes de la vie humaine.
C'est seulement au xve siècle, avec Benozzo Gozzoli, que la peinture nous offre une représentation de l'Automne. Dans l'Ivresse de Noë, le peintre nous fait assister aux vendanges telles qu'elles se faisaient de son temps à Florence. L'épisode biblique, qui a fait donner son titre au tableau, n'est qu'un prétexte, et la plus grande partie de cette fresque nous montre des jeunes femmes cueillant des raisins ou portant sur la tête des paniers de jonc débordant de grappes brunes, un vendangeur dansant dans une cuve à demi-pleine, tout cela peint avec la minutie d'une enluminure de missel, mais exprimé de la façon la plus naïve et la plus exquise.
Cette sympathie universelle, cet émerveillement devant le monde, ce "rayonnement du cœur" qui inspiraient si heureusement saint François prêchant à ses "petits frères les Oiseaux" et à son "frère Loup", ce lyrisme qui vous émeut si profondément chez les imagiers français du xiiiie siècle, chez les Limbourg, chez Gozzoli, disparaissent, étouffés par l'érudition, chez Mantegna. Ce dernier s'inspire moins de la nature que des marbres antiques, et ses personnages, pleins d'élégance, ont, presque tous, quelque chose de solennel et de sculptural. Aussi, nous montre-t-il l'Automne sous les traits d'une femme, drapée dans une longue robe aux plis raides, et qui porte une coupe à ses lèvres.
Avec Botticelli la peinture se fait encore plus abstraite et plus artificielle. Son Automne est une femme drapée qui s'avance à grands pas. A sa droite marche un enfant chargé de raisins. A sa gauche, chancelle un autre enfant, qui semble ivre et qu'elle retient d'une main. De son autre main, elle soutient un panier plein de fruits posé sur sa tête. Ses blonds cheveux et les rubans de ses manches et de sa robe flottent au vent derrière elle.
Après Botticelli, l'Automne donne lieu à des représentations purement allégoriques. Raphaël nous montre des enfants chargés de grappes et montant le long d'une tige de vigne ; Jules Romain, un jeune homme couronné de pampre et qui s'appuie sur un bâton; œuvres élégantes mais froides et sans grand attrait.
L'art classique, l'art académique est né ; et pendant plus de deux siècles, les artistes vivront presque exclusivement dans le passé. On recherchera le Grand Style, le Beau Idéal. On corrigea la Nature, on l'ennoblira. Les sujets de tableaux, on les puisera dans l'Ecriture, et, surtout, dans la Mythologie et dans l'Histoire ancienne, mais point dans la vie ordinaire, jugée trop vulgaire.
Mais des écoles entières, notamment celles de Venise et des Pays-Bas, n'accepteront point cette tutelle et se montreront éprises de réalisme et de nouveauté. Et ce sera la Querelle des Anciens et des Modernes qui passera des Lettres dans les Arts et qui ne sera définitivement vidée qu'avec les Romantiques et les Impressionnistes.
Comment l'Automne a-t-il été représenté depuis Raphaël ? Le culte de l'antiquité, le souci de la beauté pure, et, en un mot, le Grand Style qui "n'admet aucune recherche de nouveauté, soit dans l'invention, soit dans la façon de traiter un sujet", fait naître des œuvres d'une inspiration uniforme et, pour la plupart, sans émotions.
Dans nombre de gravures et de tableaux du xvie et du xviiie siècle, l'Automne, presque toujours, est figuré par Bacchus ou Pomone. Ici, la déesse des fruits, assise au pied d'un arbre, au milieu d'instruments aratoires, sourit en serrant contre son cœur une grande corne d'abondance. Le dieu du vin apparaît sur son char trainé par des boucs aux longues cornes recourbées. Il tient dans ses mains une grappe de raisins et une coupe ; et comme l'artiste fait sans doute ses délices de Rabelais, il a remplacé les faunes et les satyres de la suite du dieu par de véritables diableteaux de cœur qui battent l'air de leurs ailes, découpées comme celles des chauves-souris.
Pour Jean Goujon, l'Automne est un homme d'âge mûr, couronné et ceinturé de pampre, et qui tient dans ses mains des raisins et une corne d'abondance. Conception classique
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L'ART VIVANT
et banale, mais que le génie de ce maître a relevée de toute la grâce du dessin florentin, en y ajoutant un charme très prenant et qui lui est personnel.
Quant à Poussin, il a ouvert la Bible. Et c'est un passage des Nombres, qui a trait au retour des Hébreux que Moïse avait envoyés vers la Terre Promise, qu'il a illustré pour représenter l'Automne.
Deux hommes portent suspendue à un bâton une énorme grappe bleue. Ils passent au bord d'une rivière que surplombent des rochers et de grands arbres dont une femme, montée sur une échelle, cueille les fruits dorés. De l'autre côté de la composition, une autre femme, dont on n'aperçoit que le haut du corps, porte une corbeille pleine.
Dans les grandes machines de Gérard de Lairesse, l'Automne est personnifié par un Bacchus mollement assis sur un nuage et entouré de nymphes portant des fruits. Pour Lebrun, c'est une déesse aux formes opulentes, qu'il place en tête-à-tête avec le Temps, et qui a l'air de s'ennuyer prodigieusement en compagnie de ce vieillard peu récréatif. Ou bien c'est un jeune dieu ou un génie qu'il fait sculpter dans le marbre, par un statuaire, pour "embellir" les jardins de Versailles !
Avec les graveurs et les peintres du XVIIIe siècle, la Mythologie et l'Allégorie se font plus aimables, et plus souriantes. Et, tandis que Bernis chante les Saisons en des petits vers comme ceux-ci :
Vertumne ramène Pomone,
Et mille fruits délicieux
Brillent sur le sein de l'Automne...
Gravelot, Eisen, Boucher, Bouchardon sculptent, peignent ou gravent des Amours tendant des fruits à Bacchus, disputant des raisins à des boucs, ou endormis en tenant encore des grappes entre leurs dents.
Au XIXe siècle, l'art classique inspire à divers artistes des représentations, sinon plus originales, du moins plus séduisantes de l'Automne.
Prud'hon en fait une Bacchante qui vole dans les airs en levant une grappe. Puvis de Chavannes symbolise l'Automne par un verger où l'on aperçoit deux jeunes filles nues. L'une, debout et vue de face, cueille des raisins que l'autre, appuyée contre un tronc d'arbre, reçoit dans une corbeille. La seconde se présente de dos, dessinant, avec ses bras levés, son corps fléchi et ses jambes croisées, une très gracieuse arabesque.
*
Mais il est des artistes qui, dédaigneux de l'imitation, de la Mythologie et de l'Allégorie, ont donné de l'Automne des tableaux pleins de vérité et, bien souvent, de poésie.
Dans certaines gravures de la Renaissance, on voit des paysans apporter au seigneur du village des fruits, des lièvres, des perdrix. Martin de Vos nous montre l'Automne au moment des vendanges. Il nous montre le cochon qu'on égorge, qu'on saigne, qu'on dépêce, qu'on fait cuire... Il nous montre un enfant qui souffle dans une vessie. Tout cela, pris sur le vif, est traité avec beaucoup de verve.
Dans un de ses tableaux les plus célèbres, Le Bassan nous fait assister, lui aussi, aux Vendanges. Tous les acteurs de cette fête du travail s'y trouvent réunis. Il y a ceux qui coupent les grappes et ceux qui les recueillent dans des paniers, celui qui conduit les beufs qui mènent la vendange au pressoir, et celui qui la foule, et aussi... la gourmande qui goûte au vin nouveau.
C'est à la Rentrée des Troupeaux que Breughel nous fait assister. On est en octobre, dans un pays montagneux. Le ciel est chargé de nuages. Des bergers pressent de l'aiguillon leurs vaches dont le troupeau chemine vers un petit village qu'on aperçoit au fond d'une allée d'arbres dépouillés.
Il y a moins de grandeur et, surtout, moins de poésie dans l'Automne de Jordaens, dans cet emmêlement splendide de chairs opulentes, de riches étoffes et de fruits. Mais quelle force, quelle truculence ! Quel éclat dans la couleur ! Quelle peinture mâle et substantielle !
Au reste, cet artiste flamand ne faisait que reprendre là un motif que son maître Rubens avait partiellement traité dans de nombreuses toiles, dans Cères et Pomone, Satyre et Jeune Fille avec des Fruits, dans son Bacchus buvant, assis sur un tonneau, dans Diane et ses Nymphes, revenant de la chasse, accompagnés de faunes chargés de raisins.
Téniers symbolise l'Automne par un buveur levant son verre plein et clignant de l'œil. Watteau nous fait assister à une fête qui réunit et les paysans qui vendangent et les seigneurs qui prennent part, auprès d'une fontaine, à une collation agrémentée de musique.
Avec Lancret, les villageois prennent leur revanche. Ils dinent sur l'herbe, entre ami. Et l'amour n'est pas oublié dans cette charmante réunion d'Automne.
Comme Watteau, mais avec moins de grâce, Goya fait des Vendanges une sorte de fête qui mêle maîtres et serviteurs.
Avec l'école romantique, avec les peintres de Barbizon, la Nature devient l'élément principal du paysage. Les artistes l'examinent de plus près. Ils l'aiment pour elle-même et ils en font des portraits sincères. Jusqu'alors, on n'avait guère voulu voir dans l'Automne que la saison de l'abondance, la saison des fruits, des vendanges, des semaines, de la chasse, et, conséquemment, celles de beuveries et des festins.
Désormais l'Automne trouvera dans la Nature même sa représentation la plus exacte et la plus parfaite, la plus générale et aussi, la plus précise. Les peintres y feront se mouvoir des personnages, mais ceux-ci ne compteront plus que comme des accessoires et, le plus souvent, ne serviront qu'à animer le paysage.
À l'époque où Théodore Rousseau, Daubigny et Millet décrivent dans leurs œuvres le Cycle des Saisons, on peut constater un réveil analogue du sentiment de la Nature, non seulement en Europe, mais en Extrême-Orient, dans le vieux Japon.
S'inspirant des Haïkai les plus célèbres des poètes de son temps, le peintre Hiroshigé traduit dans ses estampes la "douce intimité de la terre et des hommes". C'est ainsi qu'il nous montre la clarté ruisselant de la Lune d'Automne sur la rivière Tamagawa. Il nous montre aussi ce qu'il y a de mélancolie dans l'écoulement rapide des jours au moment de l'arrière-saison. Car il sait, comme le chantent les poètes, que "tout en vient à ressembler aux tiges d'un éventail lorsque souffle le vent d'automne".
Cette communion de l'artiste avec la nature, on la retrouvera en France chez Corot et les Impressionnistes. Avec ces derniers, l'Automne, comme les autres saisons, trouvera, non plus seulement des peintres pour reproduire ses beautés et ses charmes, mais aussi des savants pour les expliquer. Pissarro, Sisley, Monet, Guillaumin, nous découvriront les secrets qu'ils auront surpris au cours de leurs incessantes interrogations à la Nature.
Comme le patriarche de Giverny, le maître d'Eragny peignait sans cesse en plein air. Comme lui, il donnera des saisons et, notamment, de l'Automne, des portraits d'une vérité et d'une séduction inexprimables. Il suffit, pour s'en rendre compte, de jeter les yeux sur une de ses plus grandes toiles : L'Etang de Montfoucault en Automne, qui appartient à M. Paul Rosenberg.
Après les Impressionnistes, on ne représentera plus guère l'Automne que par les aspects, la lumière et les colorations qui lui sont propres.
Aujourd'hui, les tendances sont si nombreuses et si contradictoires, qu'on ne peut préciser quel sera l'art de demain. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que l'Académisme ne correspond plus à nos façons de voir et de sentir et que, pendant longtemps, sans doute, l'Allégorie restera "roulée dans le linceul de pourpre où dorment les dieux morts".
Charles KUNSTLER.
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L'ART VIVANT
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Musée de Chantilly
Photo Giraudon
LES FRÈRES LIMBOURG OCTOBRE
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Musée de Chantilly
Photo Giraudon
LES FRÈRES LIMBOURG NOVEMBRE
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Cathédrale d'Amiens
Photo Giraudon
SEPTEMBRE. LA RÉCOLTE DES FRUITS, XIIIe SIÈCLE
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Cathédrale d'Amiens
Photo Giraudon
OCTOBRE. LE FOULAGE DES RAISINS, XIIIe SIÈCLE
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L'ART VIVANT
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Vienne
BREUGHEL, L'AUTOMNE
Photo Giraudon
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Louvre
LANCRET, L'AUTOMNE
Photo Giraudon
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L'ART VIVANT
BONIMENT
Et d'abord, avez-vous un appareil ? Non !... Vous, Néophile, qui fréquentez les dancings à la mode, vous prétendez que le jazz sur lequel vous réglez les flottements de vos charleston's-bags est indifféremment restitué par l'appareil...
Toi, Ariste, tu t'échauffes doucement pour ne pas contrarier l'ordre d'une chevelure méthodique, et, cependant, tu cries pour affirmer que l'art classique s'en trouve offensé... Vous, Asméneuthès, avouez ne pas avoir soulevé la question en votre esprit précieux, mais nonchalant.
Deux questions se posent, comme on dit encore, paraît-il, au coin des rues des Ecoles et Saint-Jacques : l'appareil, le disque.
Néophile, je vous engage à perdre une de ces heures que votre activité rend précieuses, pour aller entendre cette magique chose qui se nomme : le Panatrope. Votre goût de l'exactitude vous fera reconnaître qu'ici, grâce au truchement des lampes de T. S. F., vous pouvez avoir chez vous: un orchestre de jazz, la chapelle Sixtine et les bruits du monde entier. Son intensité dépasse, à votre commandement, celui des jazz les plus puissants. Il se peut que son prix excède vos moyens. En ce cas, nous attendrons l'un et l'autre la vulgarisation d'un appareil que sa simplicité de conception mettra dans deux ans à la portée de toutes les bourses.
Par ici, Ariste! Ecoute : cette chaîne de sons légers, c'est Mme Wanda Landowska, et puis cette ondine a nom Galli-Curci, Puis encore, quittant le nid d'aigle, voici, lointain, perdu dans les brumes des montagnes et des torrents, le cor de Siegfried.
Pour vous, Asmeneuthès, je vous garde. Nous irons ensemble faire chanter les petites galettes de cire, comme les appelle mon ami Pierre Mac Orlan qui sait exprimer la poésie enclose dans le disque d'ébonite lancé à 78 tours à la minute. Nous irons écouter les nouveautés d'octobre chez les marchands de sons, et il en est de charmants.
Le plus précieux d'entre eux, nous le chercherons chez Innovation. Des jeunes filles suaves et qui semblent les dernières princesses russes échappées à la destruction, manient les disques comme des colliers de perles. Elles sont aimables et gaies, et fines psychologues : « On danse très bien sur celui-ci... elle a une voix faite pour chanter Mozart. » Tout cela dit fort discrètement, dans un lieu qui fleure le cuir, les départs, les aventures blondes, et parvient à toucher l'auditeur à sa fibre la plus sensible.
Dans le Passage du Havre, vous êtes happé par un jeune vendeur : « C'lui-ci il est épatant, tenez, Some of these days.. Qu'est-ce qu'elle a comme voix la dame !... Et le gas de Any Ice to day Lady, il est pas rigolo ? »...
Que ne sommes-nous à Toulon ! J'aurais eu l'honneur de vous présenter mon ami Biancheri. Il est astucieux et fin, et il a trouvé pour attirer la pratique et la retenir dans sa boutique, un moyen des plus drôles du monde. Il connaît toute la musique et il connaît tout le monde et l'autre : les peintres, les écrivains, les mannequins, etc... Un peintre débutant entre chez lui...il lui fait entendre quelques disques et, vers la douzaine : « Vous plaisent-ils ? L'éminent Monsieur Thiebault-Sisson, critique d'art du journal Le Temps que nous avons eu le plaisir d'avoir à Toulon, les a entendus. Il sort d'ici... « C'est ravissant, quelle « couleur, quelle harmonie, quelle or- chestration,disait-il.C'est beau comme « Ziem »...Il les a tous pris...Tenez, voici Bolschevick, un disque que Monsieur Braque aime beaucoup. Et il a acheté toute la série des mélodies enregistrées par le théâtre de la Chauve-Souris, pour sa dame. »
Nous irons aussi chez Salabert où l'audience est tenue par de vraies musiciennes qui rechercheront vos goûts et les satisferont ; chez Gramophone, où nous serons seuls en présence de la merveille, enfermés dans des cages de verre; enfin chez Brunswick où nous rencontrerons les ombres du Boulevard et maints partis, comme notre ami R. B., qui s'évertue avec un semblable souci à convaincre le grand public de l'excellence du phonographe comme il s'y employa avec bonheur pour le music-hall et le cirque. La personne qui est préposée au maniement des disques, est douée d'une âme sentimentale et de cheveux coupés très courts. Par contre, notre ami R. B. les porte longs, à la mode des artistes d'autrefois. Comme il prenait congé, sa provision d'harmonie sous le bras, la dame me demanda avec une certaine timidité, indice d'un intérêt assez puissant pour la personne de l'écrivain sortant : « Comment se nomme-t-il ? Comme il est beau avec ses longs cheveux. » Pauvre Mélisande, tu ne passes désormais tes doigts que dans la chevelure de Pelléas.
Nous avons insensiblement gagné l'heure du porto. C'est en mon logis que je vais vous initier. Vous entendrez les merveilles de la dernière saison phonographique et nous limiterons votre épreuve aux disques de danse. Voici Flapperette, Miami et Maybe, la confidence amoureuse d'un couple fort mondain, le dernier succès de New-York, œuvre de ce Gersvin dont l'étoile éclipse celle d'Irving Berlin, et Je t'aime means I love you qui nous fut révélé aux Ambassadeurs. Ce sont des disques Brunswick.
Je vois que vous n'êtes pas encore las : voici Bugle Call, puis ces reines de la mélopée, les Trix Sisters, dans Ukulele Lullaby, Sitting on top of the world. Nous nous en tiendrons à ces quelques Columbia, un nom qui vous sera précieux compagnon de vos joies.
Enfin, l'éblouissant Whiteman règlera avec des gestes d'automate Trudy, les Revelers murmurent Mary Lou..., des Gramophones.
Mais aujourd'hui, il faut cesser tout discours. Asméneuthès est attentif. Il se penche. Il est attendri. Il écoute la voix de son maître.
F. F. F.
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