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First pages of the volume, freely accessible.

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2e Année - N° 28 3fr50 15 Février 1926 --- REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES ÉDITÉE PAR LES “NOUVELLES LITTÉRAIRES” L’ART VIVANT ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- SOMMAIRE : L’Art du Moyen Age à la Bibliothèque Nationale. --- Jean Vallery-Radot --- Rouault. --- Charensol --- Chronique artistique --- André Salmon --- Les Cathédrales de France. Chartres : les vitraux. --- Abbé Y. Delaporte --- Plan de Nîmes --- Jean Camp --- Spectacles et Cinéma : Eloge du gros plan --- André Levinson --- Chronique de l’Art Décoratif --- Ernest Tisserand --- L’Art et la Mode. --- Clarisse --- Les Expositions. --- Charensol --- Les livres du Mois. --- Clément-Janin --- Carnet de l’Amateur. --- Philippe Marcel --- Informations. — Calendrier des Expositions et des Conférences. Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS. --- Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS

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BING & CIE EXPOSITION TABLEAUX de MAITRES MODERNES du 15 au 28 Février 1926 20 bis, Rue de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9°) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNECO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ECOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- Galerie CHAMPIGNY 39, Rue Sainte-Anne -; PARIS (1°) Métro : PALAIS-ROYAL Téléph.: CENTRAL 80-49 Du 1er Février au 10 Mars 1926 Rétrospective LOUTREUIL --- GALERIE B. WEILL 46, Rue Laffitte - PARIS --- EXPOSITION DUBREUIL Aquarelles et quelques Peintures du 15 Février 1926 au 28 Février 1926

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Galeries Georges Petit 8, RUE DE SÈZE, 8 - : - PARIS (IX° Arrond') R. C. Seine 34.210 --- TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE --- DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, rue Godot-de-Mauroy, 12 --- Palais de marbre 77 Champs-Elysées_Paris — L’Exposition la plus élégante de l’Ameublement et de la Décoration Meubles et Objets d’Art Anciens et Modernes Galerie de Tableaux Création de Mercier frères 100. Fts St’Antoine Paris Publ. A. Bousage Paris

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"CLIO" Reliure automatique pour collection annuelle de L'Art Vivant Nous pouvons fournir à nos lecteurs, contre envoi de 10 francs pour une collection annuelle de l'Art Vivant, un "Clio" leur permettant de relier une collection de leur revue, soit en fin d'année, soit en cours d'abonnement. Les lecteurs peuvent recevoir tous renseignements sur le "Clio" en s'adressant au Service Commercial de l'Art Vivant, Cie Auxiliaire de Publicité, 146, rue Montmartre, Paris (2°). Joindre 2 francs pour frais d'expédition en province et 3 fr. 50 pour les pays étrangers ayant adhéré à l'accord de Stockholm. Les commandes non accompagnées de leur montant ne seront pas exécutées. --- Editions de la NOUVELLE REVUE FRANÇAISE 3, Rue de Grenelle, PARIS (6°) TÉLÉPHONE : FLEURUS 12-27 R.C. Seine 35.807 --- Collection Vie des Hommes Illustres LA VIE DE FRANZ LISZT PAR GUY DE POURTALÈS Un volume in-16 double couronne. 9 fr. --- nrf --- ENFIN Voici le livre qui vous permettra de trouver et de distinguer à coup sûr les pièces authentiques Le fruit de vingt-cinq ans d'expérience d'un collectionneur, qui est aussi un charmant écrivain. --- GRASSET 10 fr. --- CHARLES OULMONT LES LUNETTES DE L'AMATEUR D'OBJETS D'ART ils sont des yeux pour voir. ART ANCIEN À PARIS CHEZ BERNARD GRASSET M.C.M.XX.VI

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2me Année - N° 28 31 50 15 Février 1926 L'ART VIVANT DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ, 146, Rue Montmartre PARIS (2e) Téléphone, CENTRAL 52-65 74-95 Administration, Vente et Abonnements: LIBRAIRIE LAROUSSE 15-17, rue Montparnasse, Paris (6e) Chèques Postaux N° 155-85 Paris Rédacteur en chef: Florent FELS Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes Éditée par les "Nouvelles Littéraires" ABONNEMENTS: FRANCE Un an, 7 5 fr. Six mois, 5 9 fr. Edition de luxe... un an, 1 50 fr. ÉTRANGER I. Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm Un an, 9 5 fr. Six mois, 4 8 fr. Edition de luxe... un an, 1 50 fr. II. Pays ayant décliné cet accord Un an, 1 05 fr. Six mois, 5 4 fr. Edition de luxe... un an, 1 60 fr. (Voir la liste de ces pays aux pages suivantes) A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE EXPOSITION DU MOYEN AGE La Bibliothèque Nationale vient de rouvrir les portes de sa salle d'exposition, à la satisfaction générale. Ils sont nombreux, en effet, ceux qui ont appris à connaître le chemin de la Cité des Livres, depuis que des expositions périodiques permettent d'en faire apprécier davantage toutes les richesses. Cette salle, qui renferme à intervalles réguliers, de si belles et si diverses choses, est pleine du recueillement qui règne dans les musées. A deux pas de la Bourse, au centre de l'un des grands quartiers d'affaires de Paris, le contraste s'affirme plus éclatant encore. La voie transformée pour un mois en un véritable sanctuaire d'art médiéval. En organisant cette année une exposition consacrée au Moyen Age, M. Roland-Marcel, Administrateur général de la Bibliothèque Nationale, était assuré de trouver le meilleur accueil auprès des visiteurs. En effet, le goût de l'art du Moyen Age, qui est en grande partie un héritage des traditions romantiques, n'a pas cessé de régner au siècle dernier et à notre époque. Sa vogue semble s'être accrue encore de nos jours, par suite de la facilité des déplacements. L'un des plus grands charmes de la Bibliothèque Nationale, c'est d'avoir su conserver le cadre des belles collections d'autrefois, dans lesquelles à côté des livres, voisinaient manuscrits, médailles et portefeuilles d'estampes. Sa réputation universelle est due à la variété de ses collections. De même, le succès de ses expositions n'a pas d'autre cause. Ce que l'on propose aujourd'hui à la curiosité du public, c'est en somme la sélection des pièces les plus rares concernant l'époque médiévale, conservées dans les départements des Manuscrits, des Médailles et des Estampes. L'exposition étant consacrée au Moyen Age, les ouvrages imprimés étaient hors de cause; on a toutefois exposé quelques volumes des débuts de l'imprimerie, comme on le verra plus loin. La présentation de tant d'objets précieux réclame des soins particuliers. Il doit exister entre eux et le cadre environnant un accord subtil et secret. Cette atmosphère, si délicate à entretenir qu'une seule fausse note suffit à la dissiper, a été pleinement réalisée par un somptueux décor de tapisseries. Scènes mondaines telles TRONE DE DAGOBERT Photo Giredon — 121 —

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L'ART VIVANT PIÈCE D'UN JEU D'ÉCHECS que le concert dans un jardin, évoquant les élégantes assemblées dont le Maître des jardins d'amour a peu- plésestampes anonymes, scènes champêtres telles que les naïves pastora- lessn'avantpour tout décor que des champs parés de fleurs printanières, retiennent longuement le regard, de même que certains personages de roman à la mode du xve siècle. Mais l'on remarque surtout deux grandes tentures, qui appartiennent à des suites célèbres dans l'histoire de la tapisserie. BOÈCE ENTRE LES ALLÉGORIES DE LA PHILOSOPHIE, DE LA MUSIQUE ET DE LA RHÉTORIQUE. XVe SIÈCLE [75]. La Levée du siège de Dôle par les Français en 1477, sur l'intercession de saint Anatoile, est la treizième pièce d'une suite de quatorze tentures de haute-lisse, exécutée entre 1501 et 1506 à Bruges, aux frais du Chapitre de Saint-Ana- toile de Salins. La Présentation de la Vierge au Temple appartient à la célè- bie série de la Vie et de la Mort de la Vierge, donnée à la cathédrale de Reims par l'archevêque Robert de Le- noncourt, qui la fit exécuter entre 1506 et 1530, époque à laquelle il oc- PIÈCE D'UN JEU D'ÉCHECS cupa le siège archiépiscopal de Reims. Les épisodes principaux sont encadriés, comme dans les tentures de la Chaise-Dieu, par des scènes secondaires empruntées à l'Ancien Tes- tament et traitées comme des « préfigures ». L'esprit symbolique, qui a présidé à ces subtils rapprochements, nous éclaire sur l'un des multiples aspects de l'âme même du Moyen Age, que l'admirable série de miniatures exposées ici va nous aider à mieux connaître. On sait qu'en employant l'expression miniature pour désigner les pein- tures décorant les manuscrits, on prend en quelque sorte la partie pour le tout, car la « miniature » n'était en réalité qu'une application de couleur rouge (minium) à certains passages du texte qu'il s'agissait de mettre en vedette. De même, le mot rubrique n'a pas d'autre origine. Jadis les pein- tures des manuscrits s'appelaient tout simplement enluminures ou histoires. Grâce au grand nombre et au choix judicieux des manuscrits ouverts à la bonne page dans les vitrines, on peut facilement se faire une idée d'ensemble de l'art de la miniature depuis les origines jusqu'à la fin du xve siècle et particulièrement en France. La possibilité de suivre cette évolution sur des exemplaires particulière- ment rares et précieux constitue l'une des grandes attractions de l'Exposition. La série débute par les manuscrits byzantins, dont quelques-uns comp- tent parmi les plus anciens manuscrits à peintures que possède la Bibliothèque Nationale. De ce nombre est le fameux Codex Sinopensis (1), du vie siècle, copié en lettres onciales d'or sur parchemin pourpré [1]. Il fut acheté, il y a une vingtaine d'années, par un officier français, à Sinope, d'où son nom. Par le style de ses miniatures, il rappelle la célèbre Genèse de Vienne et le Rossanensis. Sous la gaucherie un peu raide du dessin, il est aisé de reconnaître le souffle de la tradition antique. Cette tradition, on la retrouve bien souvent dans l'art byzantin et même dans des manuscrits beaucoup plus jeunes, tels que le Nicandre [13], curieux exem- plaire du xiie siècle d'un traité théra- peutique composé au ier siècle avant Jésus-Christ. La scène qui représente le pilote Canopus étendu sur la grève, où viennent d'aborder Hélène et Méne- las, est une scène purement antique. Comment expliquer, sinon par l'in- génieuse théorie du prototype imaginée par le savant russe Kondakof, les lointaines survivances, à des époques relativement basses, des traditions hellénistiques ? La miniature, comme on le sait, est une création de l'art alexandrin. Or, l'on ne doit pas oublier (1) Les numér.s renvoient à la fois aux notices du cata- logue et aux objets exposés. que la bibliothèque fondée par Con- stantin à Constantinople, fut surtout fréquentée tout d'abord par des savants alexandrins, qui amenèrent avec eux PSAUTIER Xe SIÈCLE. DAVID ENTRE LES ALLÉGORIES DE LA SAGESSE ET DE LA PROPHÉTIE [7]. des manuscrits de leur pays, dont l'influence devait persister singulièreme- ment vivace à travers les siècles. Mais à côté des traditions pittoresques de l'art alexandrin ainsi longuement perpétuées, se font jour d'autres ten- dances artistiques ; celles-là sont em- pruntées au style monumental, c'est- à-dire aux mosaïques. Il suffit d'exa- PSAUTIER DE SAINT LOUIS. XIIe SIÈCLE. LA TOISON DE GÉDEON. GÉDEON ÉPROUVANT SES SOLDATS [28]. miner à la page où il est ouvert le fameux Psautier de Paris [7], qui appartient au groupe des psautiers ---

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L'ART VIVANT dits du type aristocratique, pour se convaincre que le personnage de David, accompagné des deux allégories de la Sagesse et de l'Esprit Prophétique, est BIBLE MORALISÉE. XIIIe SIÈCLE [29]. inspiré purement et simplement de l'art du mosaïste. La même remarque s'impose à propos du Recueil des sermons de saint Grégoire de Nazianze [2]. Les scènes de l'Ancien STATUTS [DE L'ORDRE DU SAINT-ESPRIT AU DROIT DESIR. XIVe SIÈCLE. LES PERSONNAGES AGENOUILLES SONT LOUIS DE TARENTE, ROI DE JÉRUSALEM ET JEANNE DE NAPLES [40]] Testament présentées au visiteur, Daniel dans la fosse aux lions, les trois jeunes Hébreux dans la fournaise, et le rétablissement des idoles par Manassès sont traitées comme pourraient l'être des mosaïques contemporaines (IXe siècle). Enfin les admirables et somptueux portraits de l'empereur Nicéphore Botaniate et de l'impératrice Marie, revêtus des splendides vêtements impériaux, du Recueil des homélies de saint Jean Chrysostome [10], évoquent invinciblement un rapprochement — à quelques siècles de distance — avec les célèbres portraits en mosaïque de Justinien et de Théodora à Saint-Vital de Ravenne. Mais, par contre, si l'on voulait s'assurer de la vitalité des traditions hellénistiques, il suffirait de feuilleter le Psautier cité plus haut pour voir dans la Prière d'Isaie, ou dans le David jouant de la harpe, un pur reflet de l'art alexandrin. C'est ainsi qu'une double tendance est aisément perceptible dans la longue évolution de l'art byzantin que l'on considère volontiers, mais à tort, comme un art immobile aux formules figées. De l'Orient on passe à l'Occident, et l'on a sous les yeux, avec le Pentateuque de Tours [20], l'un des ancêtres des manuscrits à peintures de la Bibliothèque Nationale. L'Evangéliaire de Charlemagne [21], exécuté par le moine Godescale vers 781, celui de Lothaire [23], la Bible de Charles-le-Chauve [22], sont des spécimens sans prix des admirables manuscrits que les moines lettrés copiaient à l'envi dans ces écoles de calligraphie, qui sont l'une des gloires de la renaissance carolingienne. Si la tradition antique se perçoit encore dans ces miniatures, mais atténuée, sentant l'emprunt, de même que les titres sonores, mais vains, dont les derniers Carolingiens aimaient à se parer, elle apparaît très vive au contraire dans un Terence du IXe siècle [24], dont les dessins représentant des acteurs affublés de masques comiques, sont certainement inspirés de modèles antiques. On sait tout le parti que M. Male, dans son livre récent sur l'Art religieux du XIIe siècle en France, a tiré du célèbre commentaire sur l'Apocalypse du moine espagnol Beatus, en montrant l'influence exercée sur les sculpteurs romans par les miniatures de ce commentaire. Manuscrit et miniatures furent recopiés bien souvent. L'une des plus parfaites de ces copies figure à l'Exposition : c'est l'Apocalypse de Saint-Sever [26], dont les figures étranges et obsédantes s'enlèvent sur un fond rouge. Après la rénovation de l'art du livre et de la miniature à l'époque de la renaissance carolingienne, il faut attendre le règne de saint Louis pour voir se produire une autre transformation. On a remarqué la parenté qui unit au XIIIe siècle l'art du vitrail et celui de la miniature. Sur le vélin comme sur le verre ce sont d'épais traits noirs qui cer-nent les contours. Le miniaturiste détache sur d'éblouissants fonds d'or les scènes et les personnages, que le verrier enchâsse dans les grands panneaux translucides. Mais doit-on dire qu'il y eut véritablement influence du vitrail sur la miniature ? Il semble bien que non. N'y a-t-il pas en effet une corrélation évidente, à une époque donnée, entre les différentes branches de l'art, dont les tendances, parfois diverses, obéissent cependant au même idéal ? TÉRENCE. MANUSCRIT CAROLINGIEN. IXe - Xe SIÈCLE Et cela est si vrai que le décor d'architecture est employé dans la miniature, à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, au même titre qu'il le sera un peu plus tard dans le vitrail. Le Psautier de saint Louis [28] présente d'admirables spécimens de ces miniatures à décor d'architecture. S'étonnerait-on d'ailleurs de voir reproduits sur le vélin, ces rêves de pierre miraculeusement réalisés par nos anciens maîtres d'œuvre dans les églises gothiques ? Cette admirable architecture hantait la pensée contemporaine. Pour s'en convaincre il suffit d'examiner le célèbre Album de Villard de Honnecourt [33], tout rempli de croquis, d'épures, de dessins exécutés d'après ---

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L'ART VIVANT .](image_path) lièrement étudié, à figurer des « touffes d’arbres plantés drus ». On reconnaîtra dans une page des Décades de Tite-Live, les « boqueteaux » si particuliers, qui sont comme la signature de ce maître anonyme [104]. A la fin du xive siècle, on signale l’apparition d’un fait nouveau, qui hâtera la transformation de l’art de la miniature. De vrais peintres rivalisent avec les enlumineurs professionnels et les dépassent parfois, tel cet André Beauneveu, artiste universel, dont on admire à bon droit les prophètes et les apôtres du Psautier du duc de Berri [47] : c’est de la miniature interprétée par un sculpteur. Le naturalisme et le réalisme sont à l’ordre du jour, évolution décisive, qui se dé- les monuments, par cet architecte du xiiiie siècle. Document unique, sans prix pour les études des archéologues, qui nous montre, aux feuillets où il est ouvert, une vue de la chapelle d’axe de Notre-Dame de Reims, dessinée à l’époque même de la construction de cet illustre édifice, ainsi qu’un cavalier au montoir et un personnage accroupi, d’une incroyable sûreté de trait. Dans la seconde moitié du xiiiie siècle, les miniaturistes cessent de se recruter exclusivement parmi l’élément religieux. Le développement de la littérature profane provoque l’ouverture d’ateliers laïques et tous ces facteurs ne sont pas sans exercer quelque influence sur l’art de l’enluminure, dont la variété n’ira qu’en augmentant. Élégance souveraine, suprême grâce, inimitable légèreté de ton et de dessin, telles sont les caractéristiques de cette école parisienne si florissante à la fin du xiiiie siècle et au xive siècle et dont la réputation avait frappé Dante lui-même. Les chefs incontestés de cette école, ressuscités en quelque sorte par les savantes recherches des érudits, parmi lesquels l’on doit citer M. Henri Martin, ne sont autres que maître Honoré et Jean Pucelle. Au premier, il faut attribuer sans doute le Bréviaire de Philippe-le-Bel [35] ; au second, aidé de ses disciples Ancelet de Cens, Jaquet Maci, Chevrier, l’on donne sans conteste le splendide Bréviaire de Belleville [39]. La manière de Pucelle se perpétua encore durant toute la seconde moitié du xive siècle, notamment avec Jacqemart de Hesdin, fameux dans l’histoire de la miniature, pour avoir enluminé les Grandes Heures du duc de Berri [48]. Tous ces manuscrits, bien connus des spécialistes, figurent à l’Exposition. Citons encore le Maître aux Boqueteaux ainsi nommé, parce qu’il se plaisait, dit M. Martin, qui l’a particu- .](image_path) Photo Catala ---

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L'ART VIVANT clanche, pour une bonne part, sous l'influence d'artistes venus du Nord. Les personnages plus ou moins conventionnels céderont le pas à de véritables portraits et les fonds damasquinés seront remplacés par des paysages, d'abord assez gauches, mais qui seront bien vite empreints d'une vérité charmante. On n'attendra pas bien longtemps avant de voir resplendir l'art d'un Jean Foucquet, dans lequel la sûreté du dessin s'allie à la juste observance des lois de la perspective. On peut s'en rendre compte en examinant le délicieux paysage, purement français d'ailleurs, dans lequel l'artiste a situé la ville de Jéricho [61]. N'était-il pas un peintre, lui aussi, et très habile ce Maître François l'auteur des miniatures de la Cité de Dieu [65] ? La miniature flamande est représentée par quelques beaux spécimens de manuscrits enluminés pour Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, dont la « librairie » passa presque entière entre les mains de Louis XII. Le décor des marges est infiniment moins fin et moins délicat que dans les manuscrits français, mais le style des figures demeure remarquable. C'est sur ces merveilles réalisées par les artistes du xve siècle, les Heures de Laval, les Heures du roi René, d'autres encore qu'il nous est impossible d'énumérer, que s'achève cette incomparable histoire du manuscrit à miniatures, dont on peut suivre si facilement l'évolution, sous ces vitrines, depuis le viiè siècle. A côté de ces chefs-d'œuvre de l'enluminure, sont exposés des documents manuscrits d'une insigne rareté. Les annales des temps mérovingiens apparaissent quasi fabuleuses à ceux qui n'ont conservé de cette histoire lointaine que des souvenirs scolaires à demi effacés. On se demande par quel sortilège s'est perpétuée la tradition de ces temps héroïques. Le premier miracle c'est d'abord qu'il y ait eu un historien de race pour consigner tous ces faits, Grégoire de Tours, le Père de l'Histoire de France, le second miracle, c'est que les fragiles documents sur lesquels sont écrits ces récits soient parvenus jusqu'à nous. Or, voici deux des plus anciennes copies de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours [77 et 78], elles datent du septième siècle et furent exécutées par conséquent bien peu de temps après la mort de l'auteur. On s'arrête, saisi de curiosité, devant cette cursive mérovingienne, tracée par un scribe ignoré, contemporain des rois fainéants et l'on rêve longuement devant ces quelques feuillets de parchemin, qui nous ont transmis l'histoire de Clovis et de ses fils, de Brunehaut et de la cruelle Frédégonde. Plus loin, ce sont les textes des fameux Serments de Strasbourg [76] prononcés le 14 février 842 par Louis le Germanique et Charles le Chauve. Ce dernier avait prononcé la formule du serment dans la langue de son frère, c'est-à-dire en langue germanique. Réciproquement Louis le Germanique avait juré en roman français. L'historien Nithard, en mentionnant ce serment dans son histoire, a conservé en même temps le plus ancien texte connu de cette langue du Nord de la France, que l'on surprend dans une espèce de stade intermédiaire entre le latin rustique, dont elle est issue, et la langue d'oïl, qui devait donner naissance au français moderne. Enfin, citons quelques pièces authentiques et particulièrement émouvantes de deux procès retentissants : celui des Templiers et celui de Jeanne d'Arc [79, 80-81]. Après cette parenthèse ouverte dans le domaine du document, il nous reste, pour en finir avec l'exposé sommaire de l'histoire du manuscrit à peintures, qui a été tenté plus haut, à montrer comment le manuscrit devait être remplacé intégralement et très rapidement par le livre imprimé ; il est curieux de constater à quel point l'aspect matériel du manuscrit et son décor CITÉ DE DIEU DE SAINT AUGUSTIN. EXEMPLAIRE FRANÇAIS DU XVe SIÈCLE. SAINT AUGUSTIN ENTOURÉ DES PÈRES DE L'ÉGLISE ET DE SES PRINCIPAUX COMMENTATEURS, PAR MAÎTRE FRANÇOIS [65]. ---

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L'ART VIVANT LE CHRIST AU JARDIN DES OLIVIERS BOIS DE LA FIN DU XIVe SIÈCLE [113] devaient inspirer le livre sorti des premières presses qui commencèrent à fonctionner. On verra en examinant la Bible de Nicolas Jenson [373], les Chroniques de France [377] et d’admirables Vérard, les Heures de la Vierge et la Légende Dorée, combien tous ces livres imprimés, ornés de miniatures, sont proches encore du manuscrit enluminé. C’est ainsi que par une transition insensible, rendue concrète par ces beaux incunables, la machine remplaça l’habileté manuelle des calligraphes. Et la gravure qui, dans l’illustration du livre, devait détrôner à son tour la miniature, occupe une bonne place à la cimaise, avec soixante xylographes de toute rareté. A notre époque, où la gravure sur bois connait une vogue renouvelée, plus d’un artiste et plus d’un amateur salueront dans ces productions anonymes une décision de taille et une ampleur de dessin tout à fait remarquables. Sans doute, ces pièces sont, par leur caractère éminemment populaire, en contraste absolu avec l’art précieux et aristocratique de la miniature. Elles n’étaient pas faites d’ailleurs pour la même clientèle. Mais ces estampes naïves, vendues par les confréries et par les couvents avec les lettres d’indulgence n’ont que plus de mérite à atteindre parfois un idéal graphique d’un mérite incontestable. Cette imagerie pieuse est d’autant plus rare aujourd’hui qu’on y attachait moins de prix autrefois. Ce n’est d’ailleurs que depuis une date assez récente qu’elle occupe une place d’honneur dans les collections. Pour l’histoire du sentiment dans l’art, certaines de ces pièces sont particulièrement précieuses, notamment ces Hommes de douleurs et ces Vierges de pitié tenant sur leurs genoux le cadavre ensanglanté du Fils : on respire, dans ces émouvantes représentations, l’intense émotion religieuse dont la piété franciscaine avait fait palpiter l’art contemporain. Mais quels étaient les auteurs de ces rudes images, parfois si belles ? PORTRAIT DE LOUIS DE LAVAL [62] HEURES DE LOUIS DE LAVAL (XVe SIÈCLE) Leur nom demeure aussi obscur que celui des pauvres gens qui les achetaient. La question des attributions est donc particulièrement épineuse. Revendiquant à l’envi pour leur patrie ces artistes naïfs et souvent pleins de génie, érudits et spécialistes se sont renvoyés par-dessus les frontières, et pour ainsi dire, comme l’on jouerait d’un volant, ces légères feuilles de papier, muettes gardiennes, d’un rêve anonyme. C’est le mérite de celui qui rédigea le catalogue consacré à ces gravures, de les présenter d’abord sous leur véritable aspect, en des pages liminaires, puis, en d’érudites et précises notices, de discuter les opinions déjà émises à leur sujet, d’en peser prudemment le pour et le contre avant d’en proposer de nouvelles et de préférer parfois rester dans l’expectative plutôt que de risquer une attribution hasardée. Et pour terminer, voici les précieux objets d’art du Cabinet des Médailles, admirablement présentés. Connues du monde savant, certaines de ces pièces apparaissent au public quasi-fabuleuses, tels « le plus ancien monument de la monarchie française » l’épée de Childéric [163] et le trône de Dagobert [162], chaise curule antique, dont le dossier et les deux bras sont des additions du XIIIe siècle. Le prestige des souvenirs historiques le dispute à la qualité de la matière : pectoral d’or, plaques d’or massif, calice et patène d’or du trésor de Gourdon, plateau d’argent massif, pesant plus de trois kilos, de Geilamir, ALBUM DE VILLARD DE HONNECOURT XIIIe SIÈCLE [33]

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L'ART VIVANT roi des Vandales, évoquent, dans leur somptuosité barbare, ces butins prodigieux, qui allumaient la convoitise des rudes vainqueurs d'autrefois, les soirs de bataille. Plus loin, c'est la chatoyante série des gemmes antiques à monture d'orfèvrerie médiévale, précieux renseignement ajoute encore, s'il est possible, à sa valeur. Dans les vitrines voisines, l'on admirait il n'y a qu'un instant les manuscrits à peintures provenant de l'ancienne « librairie royale ». La miraculeuse réunion de tant d'objets de prix ayant appartenu à l'un des plus lettrés de nos rois, obsède longuement l'imagination et l'on ne peut s'empêcher d'évoquer cette grosse Tour du Louvre, ou se conservaient jadis les collections de ce prince qui fut surnommé le Sage, à suite de monnaies médiévales de France, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Espagne, de Hongrie, d'Italie, des Pays-Bas et de l'Orient latin. A notre PLAT DE RELIURE DE L'ÉVANGELIAIRE DU PRIEURÉ DE SAINT-LUPICIN, V-VIe SIÈCLE [85] cieux spécimen de la glyptique antique. Il faut admirer de près la finesse de travail de ces camées sur sardonyx ou sur agate à deux, ou parfois même à trois couches : c'est un sujet d'émerveillement. Si ces gemmes sont exposées ici, c'est qu'elles reçurent de précieuses montures au moyen âge, époque à laquelle elles étaient conservées le plus souvent dans les trésors des églises. On admirera notamment la monture d'or de la nef antique en agate, la monture de rubis, de saphirs, de perles et d'argent du camée d'Auguste, la monture d'or, de saphirs et de perles de la splendide intaille romaine, sur laquelle est gravée le profil de Julie, fille de l'empereur Titus, et bien d'autres encore. Les sujets mythologiques, gravés sur ces gemmes, étaient parfois interprétés bien curieusement par les gens du moyen âge ; c'est ainsi que des retouches du xve siècle transformèrent la dispute d'Athéna et de Poseidon, gravée sur un très beau camée sur sardonyx à trois couches (171), en une scène biblique représentant Adam et Eve dans le Paradis terrestre. Le passage de ces fragiles œuvres d'art dans les différentes collections a sollicité l'attention des érudits. Ne sait-on pas en effet que ce magnifique camée appartenir jadis au roi Charles V ? Ce DE VIRIS ILLUSTRIUS. PORTRAIT DE PÉTRARQUE XIVe SIÈCLE [41] une époque où cette épithète était synonyme de savant. La numismatique n'a pas été oubliée; elle est représentée par une très belle PLAT DE RELIURE D'UN ÉVANGELIAIRE À L'USAGE DE LA SAINTE-CHAPELLE DU PALAIS XIIIe SIÈCLE [96] LA RÉSURRECTION DE JESUS-CHRIST. époque de papier-monnaie, on contemple avec un certain respect ces parisis d'or, ces agnels, ces florins Georges, ces saluts d'or, ces angelots, ces cavaliers d'or, ces sequins d'or, ces écus d'or, ces lions d'or, ces léopards d'or, ces hardis d'or, ces castillans, ces nobles à la rose, etc..., belles espèces sonnantes et trébuchantes, dont les différents tons d'or, or pâle, or vert, or chaud, resplendissent en une gamme d'une incroyable richesse ! Cet exposé sommaire ne rend qu'un compte imparfait de la variété de cette exposition, qui a su demeurer, malgré sa diversité, d'une harmonie rare. Son succès rappelle celui de l'Exposition des Primitifs. S'il est dû incontestablement à une exceptionnelle sélection d'œuvres d'art, n'est-il pas équitable, en finissant, de nommer les auteurs de ce choix plein de goût, MM. de la Roncière pour les Imprimés, P.-A. Lemoisne pour les Estampes, Couderc pour les Manuscrits et d'Espezel pour les Médailles, et de nous associer, pour notre faible part, aux justes éloges qui ont déjà récompensé leurs efforts ? Jean Vallery-Radot. ---