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L'ART RELIGIEUX MODERNE HENRI CLOUZOT Conservateur du Musée Galliera
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L'ART RELIGIEUX MODERNE HENRI CLOUZOT Conservateur du Musée Galliera
L'ART RELIGIEUX MODERNE
Henri Clouzot Administrateur du Musée Galliera --- L'Art Religieux Moderne Mobilier - Décoration - Orfèvrerie --- Paris Ch. Massin & Cie, Éditeurs 51, Rue des Écoles
INTRODUCTION Depuis une vingtaine d'années, des groupements d'artisans et d'artistes se sont attachés à rénover l'art et le mobilier de l'Église. Mais longtemps leurs efforts ont surtout servi à montrer la difficulté de la tâche et le poids des obstacles qu'un enlisement presque général de l'industrie spécialisée obligeait à surmonter. Le plus sérieux provenait de l'hostilité des milieux catholiques à l'intrusion dans le sanctuaire d'un art moderne, que les extravagances de certains décorateurs de 1900 leur faisait paraître incompatible avec la dignité de la demeure divine. Entre temps, l'art civil a évolué dans le sens de la logique, de la simplicité, de la mesure, en même temps que l'accoutumance a fait trouver plus naturelles des formes qui avaient effaré dans leur nouveauté. Il n'y avait donc plus de raisons pour que l'art religieux restât à l'écart — et même en opposition brutale — avec l'art civil, qu'il a conditionné au Moyen Âge et suivi dans les temps modernes jusqu'en 1830. La récente exposition du Musée Galliera a été accueillie par le clergé et les milieux catholiques avec une faveur qui prouve que si les tendances qui s'y sont fait jour ne sont pas encore universellement admises, elles ont conquis du moins un terrain indiscutable, et que la nécessité d'un renouvellement dans le sens de la simplicité, de l'originalité, du retour au beau métier, s'impose aux esprits sincères. Ce renouvellement, en réalité, est plutôt un retour à la tradition, à l'évolution des styles, si fâcheusement interrompue à l'époque romantique. L'orfèvre de la Restauration, Charles Cahier, qui n'avait pas hésité à demander à Laffitte et à Percier, dans le goût néo-antique, les vases du sacre de Charles X, trouva son chemin de Damas le jour où son frère, archéologue renforcé, lui fit adopter les copies moyenâgeuses. Après lui, Poussielgue-Rusand, guidé par le crayon du P. Arthur Martin et les directives savantes de Viollet-le-Duc, s'engagea dans la même voie. Sainte-Clotilde se bâtissait. La France allait se couvrir d'édifices néo-gothiques (deux cents en vingt ans). Les fabricants d'objets du culte n'eurent qu'à puiser dans le passé, avec intelligence, quand il s'agissait de Poussielgue ou d'Armand, au petit bonheur quand on arrivait à leurs concurrents. Personne, jusqu'à notre époque, n'osa émettre cette opinion séditieuse que l'art sacré pouvait se concevoir sans arcs brisés et sans pinacles. Personne? Pas tout à fait. Ruskin n'a-t-il pas écrit dans ses Pierres de Venise :
INTRODUCTION « Il n'y a rien de sacré dans un arceau, ni dans un pilier... Les églises ne furent jamais bâties dans un style particulier, religieux, mystique; elles furent bâties dans le courant de l'époque, familier à chacun... Elles s'élevaient au milieu de la cité, comme un grand chêne se dresse au milieu d'une futaie de même essence que lui, mais qu'il domine par sa hauteur et par la belle harmonie de ses puissantes branches. » Il faut en dire autant des objets du culte. C'est par une anomalie, dont il n'existe pas d'autre exemple dans l'histoire, que le xix^e siècle a fait machine en arrière et a été puiser ses modèles dans un passé de plus d'un demi-millénaire. Le simple bon sens veut que les artisans sacrés créent dans le rythme de leur temps, en prenant à l'art général ce qu'il a de meilleur et de plus accompli, car rien n'est trop beau pour la maison de Dieu. A vrai dire, cette réadaptation ne peut se réaliser que par étapes. Les objets liturgiques — vitraux, orfèvrerie, vêtements sacerdotaux et le reste — doivent répondre non seulement à une qualité d'œuvre d'art, mais encore d'œuvre d'art chrétien. Il doit s'en dégager une spiritualité, qui régnait jadis dans les ateliers, mais qu'une production mécanique et en série de plus d'un siècle a fait disparaître. Mais spiritualité et art spirituel sont deux choses distinctes. Il faut que les créateurs s'imposent une discipline rigoureuse sans se laisser entraîner par leur fantaisie. En art religieux, les nouveautés elles-mêmes doivent revêtir je ne sais quoi qui les rattache, en dépit d'un langage différent, à toute la lignée des grandes œuvres du passé. Il faut qu'elles puissent prendre place, sans fausse note, dans ce milieu émouvant et noble du sanctuaire, qu'elles puissent vieillir sans périr, sans se démocratiser. Il n'est d'autre moyen, pour atteindre ce but, que de conserver, dans leurs lignes générales, les formes consacrées par l'usage liturgique, mais en les ramenant à la simplicité, en les dépouillant de cette surcharge de faux ornement, indigne du service divin. Ces principes ont présidé au choix du présent album. On y trouvera dans tous les genres : autels, fonts baptismaux, chemins de croix, calices, ciboires, ostensoirs, croix, vêtements liturgiques, objets de piété, de bons exemples empruntés aux plus récentes créations des artistes ou artisans contemporains. Nous avons donné la préférence à celles qui renfermaient le plus de sensibilité chrétienne, et qui, selon l'heureuse expression de Maurice Denis, valaient le mieux pour la prière. Mais nous nous rendons parfaitement compte que nous ne sommes arrivés qu'à un stade provisoire et que bien du chemin est à parcourir avant que l'intérieur de nos églises ait repris la dignité et la beauté, qu'une production industrielle mal dirigée lui avait fait perdre. Ce recueil marquera la première étape. HENRI CLOUZOT.
Cet ouvrage présente des exemples de mobilier, décoration et orfèvrerie religieux modernes, issus de créations d'artistes et artisans contemporains. Il vise à montrer le renouveau de l'art sacré, marqué par la simplicité, l'originalité et le retour au beau métier, tout en s'inscrivant dans la tradition. L'album sélectionne des œuvres qui allient qualité artistique et spiritualité chrétienne, destinées à retrouver la dignité et la beauté des édifices religieux.