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Maquette du Drakar. — Reproduction du navire « Wiking d'Oseberg ». (Don de la ville de Christiania). COURS DE DÉCORATION TROISIÈME LEÇON LE MILLÉNAIRE NORMAND Fêter le souvenir des Northmans ne serait qu'un vain enthousiasme s'il n'enseignait l'avenir des Normands. Causer du Millénaire normand, c'est agiter la question du régionalisme dans tout ce qu'elle présente de poignant à l'heure actuelle. Qu'est le régionalisme? Quel est ce sentiment qui parcourt une à une les provinces françaises et qui semble les rejeter dans la réaction, alors qu'en réalité c'est pour Plaquette commémorative du millénaire de la Normandie. Gravée par Mérot, éditée par M. Gustave-Roger Sandoz, Paris.

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L'ART DÉCORATIF constituer une France plus harmonieuse et plus riche que ce sentiment recueille bribe à bribe tout un passé d'art? Disséter sur le régionalisme, c'est entrer dans l'histoire politique de la Nation. Qu'il nous le soit permis, eu égard à la cause du relèvement des provinces, cause mal connue, mal engagée, mais dont il est nécessaire de prévoir les légitimes développements, puisqu'elle touche à la vitalité même du pays. Au surplus, l'importante manifestation normande ne pourrait se contenter de ses amusantes reconstitutions de drakar, de ses divertissantes cavalcades, des cérémonies protocolaires, des remises de distinctions, des discours de cordialité et d'intérêts commerciaux échangés avec les ancêtres Norvégiens, Suédois, Danois ; elle ne saurait se suffire même de son précieux musée d'art rétrospectif. La manifestation du Millénaire n'a plus ses oriflammes, ses salves d'artillerie, ses illuminations, ses banquets. Elle a mieux. Il lui reste à dégager le programme d'action d'une Normandie régénérée. Cherchons à l'y aider, encouragés que nous sommes à traiter ce grave sujet, au milieu de cet art solide et précieux, de cet art qui charpente et qui rêve — cet art normand que nous voulons voir refleurir. LE RÉGIONALISME EST OPPRIMÉ PAR UNE CENTRALISATION POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET MORALE Le régionalisme est ce qu'on appelait autrefois l'esprit de clocher, l'amour du terroir, l'attachement au pays natal. Il est la province. Les provinces françaises ne furent jamais bien équilibrées. Présentant encore au xvie siècle des rivalités qui menaçaient leur constitution générale, les provinces furent assujetties par la domination monarchique au moyen de cet outillage qu'est la centralisation. Une fontaine en Vieux-Rouen. (Appartenant à M. Frédéric Lefebvre). Râpe à tabac. Ivoire de Dieppe XVIIe. Appart. au Musée de Dieppe

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L'ART DÉCORATIF Avec la centralisation, on forme mécaniquement une Nation, on régente un Etat, on n'harmonise pas une Patrie. La Révolution, pour établir la « une et indivisible », ne fit autre chose que de profiter du système monarchique. La centralisation fut organisée plus despotiquement que jamais. Tous les rouages de la Nation concentrés à la Métropole drainèrent les forces généreuses des provinces. Ce qui restait de pathétismes locaux fut traqué par une police inquisitoriale. On ne saura jamais jusqu'à quel point et par quels moyens on a réussi à dépersonnaliser chaque province. Encore aujourd'hui, en bien des endroits, la prédilection pour le costume du pays n'est-elle pas considérée comme Grand vase de pharmacie en vieux Rouen. (Apartenant à Mme Vve Alain, de Paris.) le signe d'un conservatisme séditieux ? Au lieu de rechercher une harmonisation fédéraliste, les gouvernements depuis 93, y compris la présente République, se sont appliqués à développer l'uniformisme national. Dans une Nation de races si diverses, de climats si différents, d'idioles si vivants, l'Etat français a décrété les mêmes lois, ordonné la même morale, répandu le même enseignement scolaire avec les mêmes programmes et la même pédagogie. L'art du Un dessus de boîte, ivoire de Dieppe XVIIe. (Appartenant au Musée de Dieppe).

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L'ART DÉCORATIF (Collection Alfred Lescure). dessin a été appliqué par une méthode uniforme là où pousse le houblon, là où pousse le cactus! A couvert de cette centralisation gouvernementale, et suivant les mêmes voies, la centralisation économique est aussi régionalicide. En concentrant en de grandes manufactures, docks et chantiers, la fabrication d'étoffes, de vêtements, de meubles, d'ustensiles de ménage, de denrées de toutes sortes, de matériaux de construction, le haut commerce français a besoin de provinces plus chalandes que marchandes. Convaincu que « c'est assez bon pour la province », il y déverse des stocks de ces pitoyables objets de confection et de bazar jusque dans les plus petits villages. (Collection Alfred Lescure).

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L'ART DÉCORATIF ruinant ce qui reste d'art populaire dans les vieilles cités, dans les belles campagnes. Voyez les populations du nord ou du midi, les travailleurs des mers ou des montagnes, et les citadins et les paysans, affublés du même costume insipide, sorte de livrée nationale, la même qui habille toutes les femmes « à la parisienne ! » Et voyez l'amoralité que le nivellement politique et commercial engendre partout. Le provincial finit par avoir honte de son pays d'origine. Il en ridiculise les dernières traditions. L'orgueil du boutiquier rural, c'est de mettre sur son enseigne : A l'instar de Paris. On mangera à l'instar de Paris — fi donc des spécialités du pays. On s'amusera à l'instar de Paris, dans les cafés-concerts en fredonnant la rengaine à la mode. Adieu les chansons et la poétique du cru. Ne faut-il pas être de son temps ! ce temps fût-il celui du mauvais goût ! Ainsi, la centralisation ne réussit à identifier les provinces que dans l'appauvrissement commun de leurs vertus ethniques, cependant que la Métropole se congestionne, envahie de pléthore. Et les maux sont si frappants, l'économie vitale de la Nation est tellement lésée, qu'on parle maintenant, et même officiellement, de décentralisation. CE QU'ON ENTEND PAR DÉCENTRALISATION N'EST QU'UN DÉGORGEMENT AU PROFIT DE LA CENTRALISATION PUISQU'IL N'A D'EFFET QU'A SOULAGER CELLE-CI Il ne faut pas confondre décentralisation avec régionalisme. Ce serait nous acheminer vers de lourds déboires. La décentralisation est un moyen politique de temporaire dans le malaise et de leurrer les provinces. Alors qu'il prétend seconder le régiona- (Collection Alfred Lesure).

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L'ART DÉCORATIF lisme, il s'y oppose et voici comment : La décentralisation artistique envoie en telle ou telle province les comédiens des théâtres de la Métropole. On doit bien comprendre que le jeu, nous n'osons pas dire le style, de ces comédiens ne sera adéquat à aucune région; autrement dit, ces comédiens sont tout à fait incapables de faire revivre les sentimentalités du terroir où ils passent entre deux trains. Les tournées artistiques, les théâtres ambulants, ne peuvent que buter leur lyrisme conventionnel au lyrisme que la Région essaie de rétablir, et stériliser ce dernier. Ce qui est vrai pour les arts dramatiques l'est aussi bien pour les arts plastiques : Il ne Grande statuette bois sculptée. Epoque François Ier. (Appartenant à M. Gaston Le Breton, de Rouen.) convient pas d'éduquer des architectes, des sculpteurs, des peintres à Paris, ou en province d'après les mêmes cours qu'à Paris, pour les diriger ensuite à Marseille, à Dunkerque, à Brest ou à Nancy. Ils y apportent la même incompréhension et par suite le même irrespect du lieu et vont y commettre les mêmes banalités. Voilà du moins ce qui s'administre sous Statuette bois sculptée fin XVᵉ (Provenant d'une maison de la rue St-Vivien à Rouen). Appartient à M. G. Lormier.

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L'ART DÉCORATIF le nom de décentralisation, et le nom nous devient suspect comme la chose. Et puis, il apparaît trop bien que ce n'est pas de la décentralisation qu'il convient de faire, mais plus simplement de la non-centralisation. Et de la non-centralisation, c'est du régionalisme. Le relèvement des provinces s'effectuera au sein des provinces et par les provinces, quand une constitution clairvoyante leur accordera les autonomies qu'elles méritent. Ces expéditions de comédiens et d'artistes officiels ou non, sont comparables aux déversements des objets de confection ou de bazar. Elles sont humiliantes pour les provinces et deviennent intolérables quand elles prétendent remplir un but d'éducation social. « Jamais le peuple ne s'attachera à d'autres œuvres qu'à celles qu'il aura créées lui-même, celles-là feront son orgueil, inspireront ses dévouements, éveilleront en lui les plus hauts sentiments de la nature humaine. » La civilisation ne sera fertile que par le régionalisme. Que vaut cette France qui a si peur de ses provinces, et ne croit les tenir que par leur suggestion à la Métropole? Que vaut un État qui ne vit que sur un domaine émasculé? Que vaut la Patrie française qui ne s'est formée qu'en piétinant le merveilleux folklore du pays?... Hélas! nous n'avons pas que deux provinces perdues! Des Flandres au Langue-doc, de la Bretagne à la Lorraine, l'art, l'humour, la saine émulation sont abolis, l'alcoolisme s'étend, les campagnes se dépuplent, des crises convulsionnent les centres productifs, des jacqueries se préparent!... ... Et l'on peut dire que la France ne sera constituée harmonieusement, que le jour où les provinces libérées, (Apartenant à Mme A. Keittinger, de Rouen).

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Armoire normande Louis XVI. (Appartenant à M. Georges Fromage, de Darnétal près Rouen)

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Armoire normande en chêne sculpté. (Appartenant à M. Louis Deglatigny, de Rouen).

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L'ART DÉCORATIF acclameront la confédération qui les totalisera en joie, en fierté, en opulence, aimant cette Nation garante de telles plénitudes et la fortifiant d'autant. QUEL EST L'AVENIR DU RÉGIONALISME NORMAND ? Le président de la République, inaugurant le Musée d'art normand, a dit aux organisateurs : « ... Vous voudrez certainement y joindre d'autres richesses d'autres régions, car dans notre amour du beau, nous ne séparons pas la Normandie du reste de la France. »

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L'ART DÉCORATIF Pourtant le Beau, c'est le caractère des régions, ce n'est pas le mélange de ces caractères. Chaque province française a un tel caractère de beauté que le louanger n'est pas mortifier la province voisine, pas plus que ce n'est rabaisser la somme des caractères provinciaux : la Nation. Rouen, principalement, n'a-t-il pas assez souscrit à l'électisme d'Etat. Son Musée moderne ne donne-t-il pas la mesure de ce qu'est l'art amorphe national? Et cet art ne se répand-il pas suffisamment sur ses places? Ces monuments de la Fontaine Sainte-Marie, de Pouyer-Quertier, de Guy de Maupassant, de Gustave Flaubert ne témoignent-ils pas de notre décadence? Hé! donc, n'est-il pas permis à d'érudits Normands de se ressaisir, et d'exalter leur amour du beau près de leur art patoisant?... Mais ici, nous devons dire à ces érudits que si la fondation du Musée d'art rétrospectif met éloquemment en valeur la cause du régionalisme normand, elle ne la résout point. Ce Musée, tout juste toléré en marge de l'activité générale du pays, risque fort, même augmenté des plus estimables collections, de ne s'ouvrir que comme le sépulcre du passé. Horripilé de parcourir une ville massacrée par des rues rectilignes encombrées de trams à trolley, bordées de plates boites à loyer, le touriste dilettante, qui ne peut plus goûter en paix les vieux monuments perdus dans un modernisme inesthétique, entrera au Musée d'art normand se réfugier dans un autrefois intime et savoureux. La visite de ce touriste au trésor d'art régional ne sera qu'une visite de piété. Il peut y avoir des visites sacrilèges : celles des antiquaires, qui à la faveur des fêtes rouennaises escompteraient un engouement du style normand et pasticheraient nombre d'objets d'art. Ce n'est pas accompagné du dilettante, ni de l'antiquaire que l'avenir du régionalisme normand sortira du Musée rétrospectif. Il faudra à ce Musée d'autres visiteurs, qui n'auront pas plus à rêver stérilement qu'à copier servilement, visiteurs qui seront les élèves d'une école d'Art Décoratif régional et qui doteront de vie rayonnante le Musée des vieilles choses. Pour cette Ecole, tout est à faire, tout est à instituer, tout est à organiser, car elle devra s'établir sur ce principe : Toute l'erreur de l'art moderne fut de n'être point régionaliste. Il existe à Rouen, au Havre, dans d'autres villes normandes, des maisons de «style moderne» qui ne sont pas tout à fait mauvaises; mais elles sont du même «style» que les maisons modernes de Nantes, de Lyon, de Bordeaux ou de Paris. Ce style moderne est donc un style passe-partout, et du passe-partout en art, c'est du malpartout : meubles, étoffes, ustensiles d'art modernes pêchent à la même base, fussent-ils les mieux exécutés, eussent-ils de belles lignes, de beaux modelés, ils ne sont qu'objets de stands. ... Il n'y aura un art moderne en France, un art viable commandant la renaissance des beaux métiers, que lorsque fleurira un style moderne Normand, un style moderne Breton, un style moderne Bourguignon, Berrichon, Gascon, Provençal, etc. La recherche d'un style éclectique, d'un style national, d'un style français est des plus décevantes. On y sacrifice le talent de masse d'artisans, de professeurs et d'élèves.