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Henry de Waroquier ARMI les fragments ou ensembles d'œuvres présentés à la récente exposition des Artistes Décorateurs, on remarquait avec un peu de surprise, mais généralement avec une sympathie d'autant plus vive que l'examen était plus attentif, quelques panneaux de peinture décorative d'une tonalité franche et hardie, représentant des fleurs, des fruits, des céramiques rutilantes, à côté d'un certain nombre de préparations largement esquissées d'après des paysages marins. « Ces panneaux, avertissait

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L'ART DÉCORATIF HENRY DE WAROQUIER. Frise au pochoir (1902). le catalogue, sont des essais détachés et ne concourent pas à la décoration d'une même pièce. » L'ensemble rêvé n'avait donc pu prendre corps ; on sentait nettement cependant dans le rythme des compositions, comme dans les violences calculées de la couleur, une volonté arrêtée de donner autre chose que de purs morceaux d'étude, de simples exercices de virtuosité académique : cette facture solide, ces arrangements pittoresques mais ordonnés, témoignaient hautement d'un parti pris de décorateur, aussi bien dans les compositions de nature morte que dans les esquisses de paysages. De fait, le nom du signataire de ces divers morceaux, M. Henry de Waroquier, n'a guère l'habitude de se rencontrer parmi les peintres attitrés de bouquets fleuris, non plus que parmi les purs paysagistes. Jeune encore, Henry de Waroquier a su déjà se faire une place parmi les artistes du décor moderne; il s'est classé parmi les illustrateurs et compositeurs d'ornement qui ont établi et imposé peu à peu en face des clichés usés du décor de style, un certain nombre de formules plus ou moins originales et personnelles d'où l'avenir dégagera ce type du style d'aujourd'hui, que d'aucuns avaient eu la prétention de baptiser et de définir avant qu'il n'ait commencé d'affirmer son existence et ses caractères. Mais Henry de Waroquier semble aujourd'hui considérer cette phase de sa carrière comme une préparation, un acheminement vers un but nouveau: HENRY DE WAROQUIER. Jardinière en grès (1901).

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il touche à ce but dans les essais que nous signalions en commençant. Il est intéressant de voir comment il y a été conduit et ce qu'il apporte dans cette recherche nouvelle d'acquis, en même temps que de spontané, de méthode, en même temps que d'instinct. Henry de Waroquier n'a pas la prétention en effet d'être un instinctif ou un impulsif et de faire de la décoration, qu'il s'agisse de décoration peinte ou de composition d'ornement, sans étude, réflexion, ni raisonnement. Il n'a pas la prétention non plus d'être un révolutionnaire ou un autodidacte. Les six ans qu'il a passés à l'École des Arts Décoratifs de 1894 à 1900 l'ont formé aux méthodes sûres et il ne saurait renier l'enseignement qu'il a reçu de maîtres tels que M. Genuys ou M. de la Rocque. Bien d'autres, d'ailleurs, sont dans son cas, et il faudra reconnaître, lorsqu'on établira plus tard le bilan de notre époque en matière d'art appliqué, ce que la rénovation du décor moderne, à côté de certaines fantaisies indépendantes, et parfois compromettantes,

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L'ART DÉCORATIF Page 84 dut à l'étude raisonnée du passé national ; il ne sera que justice de souligner le rôle didactique, modérateur et souvent initiateur, de ces architectes formés eux-mêmes à l'école des monuments historiques, capables en même temps d'assouplir leur science technique à la satisfaction rationnelle des besoins de la vie moderne, assez clairvoyants surtout pour guider leurs élèves dans la voie de l'avenir et non dans celle du passé. Il serait intéressant de rechercher ce que sont devenus, depuis vingt ans et plus, tous ceux qui ont passé par cet enseignement de la « Petite Ecole renouvelée sous l'active direction de Louvrier de Lajo-lais, logiquement et ferme-ment orientée vers le décor rationnel de la vie moderne. Maurice Dufrène, dont on sait déjà les réussites brillantes, Loys Brachet, qui exposait cet hiver même, à l'Éclectique, d'excellents meubles auxquels le bon ferronnier Robert avait apporté le concours de ses créations pittoresques et ro-bustes témoignent, entre autres exemples, de ce qu'a pu pro-duire cette discipline intelli-gente et libérale. Henry de Waroquier mon-tra dès sa sortie de l'école l'étendue de son savoir et la variété de ses capacités dans la décoration d'ensemble d'un cabinet de travail, malheureu-sement destiné à l'étranger et dont nous ne pouvons mon-trer ici que des fragments de vitraux très bien compris et d'une composition très per-sonnelle. Un peu plus tard, il composa et fit exécuter toute une série d'épingles et de peignes où il maria avec beaucoup de bonheur les tons doux de la corne naturelle et l'éclat amorti de la nacre et des gemmes. Les reproductions ci-jointes en montreront la grâce du dessin, les formes simples et souples, mais elles trahissent singulièrement la coloration délicate et harmonieuse qui est un de leurs mérites principaux. Cependant, tandis que d'autres se spécialisaient dans le meuble ou le bijou, de Waroquier ne s'attacha à aucune technique en particulier qu'à celle du dessin et de la couleur et parut chercher sa voie dans la pure composition décorative et l'illustration. HENRY DE WAROQUIER. Etoffe tissée (1901).

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l'une de ses applications immédiates. Élève encore de l'École, il avait donné le modèle de la dernière couverture de la Revue des Arts Décoratifs de Victor Champier, où le zigzag de quelques arabesques cinglantes trahissait peut-être un peu trop l'amour immodéré des lignes mouvementées qui fleurit dans certains ateliers aux environs de 1900. Dans maintes compositions qu'il exécuta vers ce moment et dont on retrouvera quelques-unes ici, projets de céramiques, dessins de cols, ou modèles d'étoffes tissées, de Waroquier introduisit encore, et souvent avec beaucoup de bonheur, de ces lignes sinueuses aux courbes enveloppantes savamment calculées, qui déjà, tant le caractère quasi historique se crée rapidement et de lui-même en ces matières, font dater certains meubles ou certaines étoffes d'il y a six, huit ou dix ans à peine. Mais, à tout prendre, cette formule gracieuse et Henry J.C. Waroquier - 1906 -

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souple, qui témoignait en tout cas d'une extrême virtuosité de dessin valait bien certaines stylisations excessives et rêches qui sévissaient vers le même temps, dans d'autres ateliers, à la mode anglaise..... ou suisse. Elle n'avait garde, du reste, de négliger les ressources fécondes de l'inspiration naturaliste. Plantes et animaux scrupuleusement étudiés mais librement interprétés, y tenaient une place importante, la monotonie du pur décor linéaire en était bannie, de même que la copie servile des éléments naturels. Jamais, et c'est un point qu'il importe de noter soigneusement, dans la formation d'un artiste tel que celui que nous étudions, la reproduction pure et simple de la nature n'a pu être envisagée par lui comme le but dernier de son effort. La réussite la plus complète de notre artiste dans ce genre fut cette portière en tapisserie que le regretté Louvrier de Lajolais lui avait commandée au sortir de l'Ecole et qu'il avait fait exécuter par ses élèves d'Aubusson. Exposée au Salon des Artistes français en 1903, elle appartient aujourd'hui au musée d'Aubusson. On en retrouvera ci-contre une reproduction qui ne peut donner, du reste, qu'une sorte de schéma et rend mal compte des tons clairs par lesquels les deux cacatoès de la partie haute s'enlevaient sur des fonds bleuâtres, ou des jeux très doux de gris et de rose de la partie centrale. C'est en 1903 également qu'après avoir soigneusement étudié les questions de reproduction typographique, chromolithographique et autres, après s'être initié et essayé à la technique de la reliure, fort surtout d'une préparation générale très complète, le jeune artiste fut reçu brillamment au concours ouvert pour la chaire de professeur de composition décorative à l'Ecole Estienne. Il avait alors 23 ans. On a déjà pu apprécier depuis quelques années les résultats donnés par son enseignement dans ce milieu où il essaie de faire pénétrer les habitudes rigoureuses de composition, la crainte de la banalité, les ressources de l'invention novatrice et rationnelle dont il a puisé les Henry de Maroquieu, 1902

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L'ART DÉCORATIF éléments à l'Ecole des Arts Décoratifs et cette intervention d'une méthode féconde, cette propagation d'une culture générale et raisonnée peut y être de la plus grande utilité. HENRY DE WAROQUIER. Portière tapisserie (1901). L'idéal serait, semble-t-il, d'établir ainsi entre les écoles primaires supérieures ou professionnelles de la Ville et l'Ecole des Arts Décoratifs, des liens qui, en dégageant

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L'ART DÉCORATIF HENRY DE WAROQUIER. Carton de vitrail (1902) celle-ci des formations spéciales et des préparations du premier degré, en ferait une sorte d'école normale d'où sortiraient de jeunes maîtres, capables de produire et d'enseigner à la fois, susceptibles de s'imposer par leurs travaux personnels et par la qualité des méthodes qu'ils appliqueraient après les avoir reçues eux-mêmes. Mais n'oublions pas que c'est d'un artiste que nous avons à juger ici, non d'un pédagogue. H. de Waroquier trouva l'occasion d'appliquer lui-même, dans des conditions exceptionnelles, les principes qu'il enseignait. Un amateur de grande générosité et de grande bonté, aujourd'hui disparu, lui fit exécuter l'illustration d'un livre où il voulait, dans une parure de jeunesse et de beauté, évoquer tous les souvenirs d'une jeune existence brutalement interrompue. H. de Waroquier associa, plusieurs années durant, son talent délicat et gracieux à cet hommage de tendresse affligée d'un père à sa fille morte. Il y trouva, dans plusieurs centaines d'encadrements, d'en-têtes de pages ou de motifs marginaux, l'occasion d'exercer les ressources de son invention comparable à celle des enlumineurs des manuscrits princiers HENRY DE WAROQUIER. Carton de vitrail (1900).

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Épingles et peigne (1902.) HENRY DE WAROQUIER.

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L'ART DÉCORATIF Col Brodé HENRY DE WAROQUIER Col brodé (1902) d'autrefois. Servi par d'admirables procédés de reproduction et des soins que ren contrent bien peu d'ouvrages édités dans les conditions courantes, il eut l'occasion de réaliser ainsi un ensemble rare. Mais le caractère d'intimité de l'œuvre empêchait sa divulgation : le livre fut tiré à quelques exemplaires seulement et ce labeur prolongé, Col Brodé HENRY DE WAROQUIER Col brodé (1902)

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L'ART DÉCORATIF Page 91 dont nous pouvons montrer seulement ici quelques spécimens, servit mal la réputation de son auteur, tout en mûrissant, en affémissant singulièrement son talent. Les compositions florales, plus vigoureuses, plus écrites que l'on rencontrera ici en sont la preuve, de même que celle que l'artiste a exécutée tout récemment pour la première page de cet article. Des motifs de nature pittoresque évoquaient déjà, dans cette série, tels horizons de montagne ou de mer où s'affirmait l'interprétation large et décorative du paysage à laquelle tendait H. de Waroquier. Il avait tenu, en effet, pendant ces dernières années, à se mettre en présence de la nature et à s'entraîner à son contact. On a déjà, en plusieurs expositions de peinture, aux Indépendants, au Salon d'Automne, aperçu le résultat de ses premières études analytiques. Adoptant franchement pour sa palette les conquêtes de la peinture claire et lumineuse, H. de Waroquier, dans ses premiers essais de paysages, ne s'est pas borné cependant aux effets chers aux impressionnistes dont sa technique procède. Son esprit, habitué à l'ordonnance et à la composition ne saurait accepter le morceau de nature tout cru. Par instinct, ou plutôt par habitude et par volonté, il compose, il interprète en même temps qu'il observe. Il ne s'interdit certes pas toute émotion en face de la nature, il aime à en rendre pleinement et largement les effets lumineux et la structure puissante des terrains ou des arbres. Mais il domine son observation. Il sait qu'il ne suffit pas d'agrandir un paysage pour en faire un panneau décoratif; il ne se contentera pas non plus de quelques vieilles recettes empruntées aux classiques, comme l'ont fait certains de nos naturistes, lorsque le hasard d'une commande les a amenés occasionnellement à se croire et à se dire décorateurs. Mais il serait un peu prématuré de définir plus nettement ici ce qui n'est qu'intention et de juger comme des ensembles ce que l'auteur nous présente lui-même comme des «essais» incomplets. Attendons-le à l'œuvre, nous pouvons, semble-t-il, après ce que nous venons d'indiquer de sa préparation, l'attendre avec confiance. PAUL VITRY