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Titre de N. Tardieu, d'après Dieu (xviiiie siècle). L'Illustration des Titres de Musique AUTREFOIS, lorsqu'il s'agissait d'illustrer un ouvrage, l'auteur ou l'éditeur s'adressait à un artiste : il composait des croquis que l'on remettait à un graveur, chargé de perfectionner l'œuvre, et de la reporter sur une matière bonne pour la reproduction : bois, cuivre ou pierre. Tout cela est loin : le bois est presque abandonné, le cuivre et la pierre sont tombés dans la banalité commerciale, et la belle gravure est réservée à quelques ouvrages d'art et aux grandes estampes appréciées seulement par une petite élite. Cependant, l'illustration a pris un développement considérable, et il n'y aura bientôt plus un seul ouvrage qui ne paraisse orné d'une couverture et d'illustrations intérieures répandues à profusion. Il semblerait alors que les artistes illustrateurs n'aient que l'embarras du choix pour accepter des commandes, et que leur rôle prenne une grande importance. Il n'en est

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rien. L'art dans l'illustration n'est plus de l'art, et le graveur disparaît, n'ayant plus à s'y employer. Mais il faut de l'illustration ; il en faut pour le livre, pour la revue : il en faut même pour le journal quotidien, et l'éditeur n'exige plus que peu de chose : faire beaucoup d'effet, exécuter vite, et ne pas coûter. Qu'arrive-t-il alors ? On emploie les procédés mécaniques, et les œuvres originales doivent être exécutées en vue seulement du procédé de reproduction, et non plus pour l'art. L'illustrateur doit s'astreindre à parfaire ses Titre italien, époque Louis XVI. originaux à la plume ou au lavis, d'après des données techniques commandées par le photograveur, ce qui lui retire forcément la liberté et l'indépendance qui sont les éléments vitaux de l'artiste. Ensuite, il faut aller vite : l'artiste n'a plus le temps d'étudier l'ensemble de l'œuvre et d'en dégager les points essentiels qui demandent à être représentés. On lui commande un certain nombre de dessins, il faut les livrer à date fixe, sous peine de retarder l'apparition, et de faire subir de grosses pertes à l'éditeur qui organise et calcule tout. Les dessins fournis, on les donne au photograveur qui les reproduit tels que, bons ou mauvais, avec une précision qui exclut toute retouche, et voilà le rôle de l'artiste terminé. C'est donc un travail hâtif, forcément médiocre, quand ce n'est pas hideux. N'a-t-on pas été jusqu'à illustrer des romans de photographies directes où des personnages vivants en miment certaines scènes. Cela ne peut évidemment produire que des

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L'ART DÉCORATIF 43 horreurs, car quelle réalité peut-il y avoir avec des modèles de photographes qui se placent tant bien que mal dans la pose qu'on leur indique. La photographie n'est intéressante que lorsqu'il s'agit de reproduire des gravures anciennes pour des ouvrages se rattachant aux sciences historiques, ou de représenter des scènes actuelles : c'est alors un auxiliaire fidèle, et préférable à tout autre procédé. Somme toute, il faut reconnaître que, de nos jours, l'art décoratif dans l'illustration du livre, et surtout de l'ouvrage d'imagination, est de qualité tout à fait inférieure, et Titre italien, époque de la Révolution. souhaiter que l'évolution artistique que nous traversons à cette époque, nous mène rapidement vers des régions un peu plus intéressantes. Et ce que nous avons dit pour le livre n'est-il pas évident pour la musique dont le développement est considérable, mais qui a souvent besoin d'un adjuvant nécessaire lorsqu'il s'agit de morceaux courts, adjuvant qu'elle trouve dans l'illustration. On l'a bien dédaignée, jusqu'ici, car elle se borne actuellement à un titre illustré flambant, mais au fond peu artistique, alors qu'il devrait tant l'être, puisqu'il accompagne un des arts les plus impressionnants. Les éditeurs de musique considèrent le titre comme un accessoire obligé, mais ils n'en soignent pas la forme. C'est cependant pour eux le moyen de séduire l'acheteur ; bien plus, il faut le dire et ils le savent bien, que par la musique même. Il nous arrive en effet, en regardant la devanture des marchands, de retenir inconsciemment le titre d'un morceau de musique parce que l'illustration de la couverture nous aura plu ; et.

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lorsque l'on se souvient du titre, le morceau a de grandes chances d'être acheté, l'image étant toujours la meilleure séduction. Pour se rendre compte de ce que devrait être, aujourd'hui, le titre de musique, une incursion dans le passé ne sera pas inutile : elle nous montrera ce qu'ont fait nos ainés, et on y trouvera certainement quelque enseignement pour créer du nouveau. Afin de rendre ce court aperçu plus vivant, nous l'avons illustré de reproductions de titres de diverses époques, qui montreront comment les artistes d'autrefois comprenaient l'art appliqué à la petite estampe, et quels chefs-d'œuvre ils y ont produits. Les premières impressions musicales relèvent exclusivement du livre et, comme telles, leur ornementation réside uniquement dans le titre et le frontispice qui sont plutôt des marques typographiques ; parfois seulement le frontispice, gravé spécialement, comporte des scènes ou des emblèmes musicaux. La véritable illustration du titre de musique n'apparaît qu'à la fin du dix-septième siècle avec le développement simultané de l'opéra et de l'opéra-comique que Lulli mit à la mode à la cour de France, et celui de la gravure sur cuivre qui, dans ce genre, lutte avec avantage contre la typographie. Les partitions d'opéras et de ballets de cour sont de véritables œuvres d'art ornées de superbes frontispices et, pour chaque acte, d'en-têtes rappelant l'épisode qui va se dérouler. Les éditeurs les confient à Coypel, Audran, Chauveau, Marin, Gillot, Scottin aîné, N. Langlois, etc. Au dix-huitième siècle apparaissent les petits morceaux dont on prend l'habitude d'orner la couverture soit de titres calligraphiés, soit d'illustrations dans le goût de l'époque : cartouches en rocaille, rinceaux, Couverture gravée par Le Roy.

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L'ART DÉCORATIF gracieux entrelacs, et parfois de très belles compositions de C. Monnet, S. le Clerc, Gravelot, Le Roy, N. le Mire, Lancret, etc. Nous reproduisons de cette époque quelques Titre de l'époque du Consulat, gravé par Ruotte. pièces remarquables. Le frontispice des trios de Boccherini gravé par N. Tardieu, d'après Ant. Dieu, est une magnifique composition, et l'exécution est d'une extrême finesse. Trois titres oblongs en passe-partout marquent un genre qui eut une grande vogue en France et en Italie à la fin du siècle : ces deux scènes de concert dans un

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L'ART DÉCORATIF SIX SONATES POUR LE PLANO FORTE Avec accompagnement d'un Ralon oblige. Frontispice d'un titre époque premier Empire. parc et dans un salon fourmillent d'amusants détails. Ce sont des pièces fort rares, qui proviennent de la magnifique collection Bertarelli; les autres illustrations sont extraites de nos cartons. Enfin la couverture des Feuilles de Terpsichore, célèbre publication musicale de l'époque Louis XVI, gravée par Le Roy, forme un gracieux encadrement accompagné d'attributs. Avec la Révolution, le titre suit l'évolution de la musique: la romance, qui avait eu quelque succès à l'époque des bergeries, disparaît complètement; on n'édite plus que de la musique instrumentale et les premières années voient supprimer toute ornementation. Mais on sait comme la réaction fut rapide, dès que s'ouvrirent les salons du Directoire. Les victoires et l'amour créant cette époque de plaisirs que Bonaparte encourageait, firent naître la romance troubadour, avec Garat, Choron, Plantade, et surtout la reine Hortense. Le titre reparait désormais, et c'est un siècle de l'histoire de nos mœurs et de notre art qui va se refléter par l'image. Nous en reproduisons quelques compositions particulièrement heureuses. Ce bel Apollon, de Zix, pour des duos de Pleyel, est bien du Consulat, tandis

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L'ART DÉCORATIF que l'en-tête des sonates de Steibelt dédiées à la reine de Prusse est un dernier éclat du style Louis XVI. Nous retrouvons l'allure néo antique dans la belle gravure de Ruotte pour un duo de Chauvet, et l'encadrement composé pour les six duos de Vern montre que le style empire a donné lieu parfois à des décorations fort gracieuses. Enfin, le dessin de Godefroy représentant les ruines de Montfort-l'Amaury, de 1805, marque le début d'un nouveau genre d'illustration qui va dominer pendant plus de soixante années. Jusqu'à là, les artistes se sont contentés d'enjoliver les couvertures de motifs décoratifs ou de sujets symbolisant les arts de la musique et du chant. Désormais le sujet fera corps avec le titre qu'il est chargé d'exprimer par une image. Cette révolution a pour cause l'application de la lithographie à l'impression de la musique. Les graveurs de musique professionnels n'eurent qu'à transporter la notation sur la pierre au lieu du cuivre, procédé plus économique, mais aussi net et précis. Mais ce travail mécanique est abandonné par les artistes illustrateurs, qui se trouvent en présence d'un progrès notable, puisqu'ils composent eux-mêmes sur pierre la planche définitive, sans avoir recours au graveur. Ils peuvent dessiner à leur gré, et le crayon gras, qui exclut en général toutes les finesse de l'ornementation, leur permet, au contraire, d'exécuter très facilement des dessins modelés et des scènes à personnages dont le style s'accommodera au goût de chaque époque. La Restauration eut pour toutes les branches de l'art une influence bien néfaste, qui se manifeste sur la musique et, naturellement aussi sur ses couvertures. Balayant tout le genre précédent, elle y fait succéder la romance sentimentale et pleurarde, née Titre dessiné et gravé par Zix.

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L'ART DÉCORATIF d'une passion rétrospective pour le moyen âge, et des œuvres de Byron et de Chateau-briand. Combien sont oubliés aujourd'hui Pauline Duchambge, Romagnesi, Amédée de Beauplan. Pour illustrer cela, point n'est besoin de grandes compositions, car ce sont les paroles qui font l'attrait du morceau de musique : on se borne à lithographier des vignettes bien mauvaises, en tête de la couverture ou de la musique. Ce sont des costumes, des attitudes dont nous sourions maintenant, mais qui firent verser des larmes à nos grand'mères. Troubadours grattant de la lyre au pied de châteaux en ruines, couples voguant dans des nacelles au milieu de lacs ombragés, réminiscences de l'époque Louis XV. Tout cela est peu attrayant, mais on rencontre encore quelques compositions intéressantes, comme cet encadrement de tyrses enguirlandés, surmonté d'A-mours couronnant une lyre, et cette très remarquable lithographie de Mauraisse, d'après Gros, pour une méthode de guitare. Sous Louis-Philippe le ton se hausse un peu : Victor Hugo et Musset sont apparus, et voici la romance romantique à laquelle Monpou, Labarre, Barateau et surtout Frédéric Berat et Loïsa Puget vont donner une vogue inouïe. Les titres marquent bien cette époque que nous trouvons si mièvre et si surannée : ce sont des scènes familiales où l'on voit la jeune fille au piano tandis que le vieux père, assis au coin du feu, avec sa robe de chambre, son bonnet grec et ses pantoufles, fredonne le refrain, que la mère fait de la tapisserie et que l'indispensable chien griffon sommeille au milieu de la pièce ; c'est le règne des fées et des lutins, c'est le petit mousse noir perché au haut du mât pour pleurer sa patrie. Mais c'est en même temps l'âge d'or de la lithographie, et tous les artistes vont Titre de l'époque du premier Empire.

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L'ART DÉCORATIF 49 contributeur à l’illustration de ces œuvres musicales : Delacroix, H. Vernet, H. Lecomte, Bellangé, Decamps, Jean Gigoux, Isabey, Jules David, Deveria et Charlet. Les vingt années que dure le second Empire marquent la décadence de la lithographie, en même temps que celle du titre de musique, et il n’y a plus qu’à citer quelques noms : Célestin Nanteuil, T. Johannot, Traviès, Raffet, Coindre, Grandville, Daumier, Gavarni, Doré et Cham donnèrent un dernier éclat à cet art, qui tombe ensuite dans la plus grande banalité. Enfin, dans ces toutes dernières années, grâce aux procédés de reproductions en couleurs, la décoration de la musique se relève tout d’un coup. Les grandes maisons d’édition font appel aux meilleurs artistes pour orner les partitions : Rochegrosse, Clairin, Grasset, Steinlen, Métivet, P. Avril, Chéret exécutent de merveilleuses compositions. Malheureusement cela se borne aux partitions d’un prix assez élevé, et les morceaux de musique et de chant n’acquièrent pas le même caractère artistique dans la composition des couvertures. Nous ne ferons exception qu’en faveur des recueils de chansons nées à Montmartre au temps du “Chat Noir”, illustrées avec tant de verve et d’esprit par Henri Rivière, Steinlen, Georges Auriol, Willette, et toute la pléiade d’artistes qui gravitaient sur la Butte, il y a dix ans à peine. Pour les partitions d’opéras et d’opéras comiques, l’illustration est facile à trouver : portraits, costumes, décors, scènes, les modèles sont tout prêts. Mais la difficulté est plus grande dans les morceaux de piano et de chant, alors que l’artiste chargé de la couverture n’a à sa disposition qu’un seul renseignement pour le diriger, le titre Titre gravé par Godefroy, 1805.

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L'ART DÉCORATIF Page 50 mème du morceau, dont il ignore souvent la première note. Or, en ce qui concerne le titre, on est bien forcé de constater un fait qui ne sera pas pour plaire aux compositeurs de musique. Lorsqu'un compositeur, féru d'inspiration, a écrit un morceau, la dernière chose à laquelle il pense et qu'il fasse, est de l'intituler, et, il faut bien l'avouer, le titre n'a généralement qu'un rapport très éloigné avec l'impression dégagée par la musique, si bien que l'on se demande souvent où l'auteur a bien pu aller le trouver. Nous sourions en voyant les anciennes romances: Il faut partir, le ménestrel l'ordonne; Julie et Volmar, ou le Supplice des deux amants (de Méhul, s'il vous plaît); Laissez-moi le pleurer, ma mère... Je ne voudrais pas chagriner nos maëstros, mais, à la longueur près, leurs titres n'ont pas plus d'intérêt que jadis, et ils n'y cherchent qu'un terme pouvant plaire aux amateurs. L'illustrateur se trouvera donc en présence d'un titre ne lui fournissant que bien peu d'inspiration, et, avant de commencer son esquisse, il devra se livrer à de profondes méditations : le sujet sera-t-il dieu, table ou cuvette? Comme son rôle est de donner par l'image une impression préventive de la musique, il se demandera s'il faut adapter le dessin à l'impression musicale (s'il la connaît et l'apprécie), ce qui donne alors libre carrière à son imagination; ou bien s'il doit se contenter de rapporter le motif au titre du morceau; et c'est cette conception qu'il adopte généralement. Nous mettons naturellement en dehors les motifs en passe-partout, œuvres très médiocres, destinées à être appliquées à n'importe quel morceau. La pauvreté de la plupart des illustrations a aussi d'autres causes. La première, Titre de la Restauration.

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L'ART DÉCORATIF 5 i d'intérêt tout à fait artistique, est que beaucoup d'artistes redoutent de voir leurs œuvres abîmées par les procédés photo-mécaniques, et ne cherchent plus à produire des illustrations. Il est évident que la gravure se meurt et que beaucoup de portes ouvertes jadis aux illustrateurs et à leurs auxiliaires les graveurs, sont fermées à jamais; mais il est d'autres débouchés qui leur procureraient d'excellents travaux, avec moins de gloire peut-être, mais avec un peu de profit certain. Nous le disons et nous le répéterons : de nombreuses branches sont ouvertes aux artistes, que la plupart d'entre eux ont un peu trop dédaignées. L'affiche a eu son heure de gloire, mais la petite estampe, dans laquelle le titre de musique occupe une bonne place, renaît à peine. Pourtant quelques maîtres n'ont pas cru déroger en dessinant un menu, un ex-libris ou une couverture de catalogue commercial. L'illustration de toutes les publications est à la mode, elle devient indispensable ; il faut qu'elle devienne artistique ; mais c'est aux artistes eux-mêmes à aller de l'avant et à proposer aux éditeurs du nouveau. Ils ont d'ailleurs la partie belle, en ce moment où le titre illustré occupe toute la couverture, ce qui prête à de grandes et belles compositions. Actuellement, pour la musique dont nous nous occupons aujourd'hui, l'éditeur, s'il n'a pas sous la main un artiste qui s'amuse à lui composer des dessins à titre purement amical, utilise ce qu'on vient Quartetti VI del Sig. Iemazio Pleyel O.P.A. IX. XXI. Violoncello