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Arrivée des Barques. — Valence. (Photographie Lémery) SOROLLA Y BASTIDA COMME l'exposition Besnard, l'an dernier à pareille époque, comme celle de Gustave Moreau, cet hiver, la réunion des œuvres du peintre espagnol Joaquin Sorolla y Bastida, dans les galeries Georges Petit, du 12 juin au 10 juillet, fut un des gros événements de la saison finissante. Artistique, mondain, matériel, le succès a été foudroyant, énorme, fiévreux, dépassant toutes les prévisions et prenant l'importance d'une révélation essentielle. Les salons, la presse, les peintres eux-mêmes ont chanté la naissance et la gloire d'un maître nouveau. Les collections particulières, les musées voulurent s'enrichir de ses œuvres. Les ateliers se sont émus et l'Institut s'est dérangé. Des jeunes hommes enthousiastes et des vieillards défiant se réconcilièrent sur le même nom. Ils le proclamèrent l'émule ou l'égal des plus grands. Ils lui firent enfin goûter, dès le premier jour et pendant tout un mois, l'enivrement que doit procurer à ses élus cette déesse énigmatique, légère et bourdonnante, prime-sautière et si exclusivement, si capiteusement parisienne: la Vogue. Elle rayonne de Paris sur le monde. On peut donc présumer, sans hardiesse, que la renommée de M. Sorolla est, à l'heure actuelle, au moins européenne... Quel qu'en soit le motif et le juste fondement, on aime à constater un tel enthousiasme en présence des manifestations esthétiques. L'exposition a fermé ses portes. La rumeur qu'elle souleva s'est un peu dissipée. On se sent mieux à l'aise pour juger l'œuvre, sa portée, ses limites, avec calme et en toute impartialité. Dessin (Photographie Lémery)

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L'ART DÉCORATIF M. Sorolla nous était connu par de nombreux envois à la Société des Artistes Français où il remporta, dès longtemps, les premières récompenses. Plus récemment son Retour de la Pêche — acquis par le Musée du Luxembourg où va le rejoindre, cette année, La Préparation des Raisins secs — ses Bœufs, soleil couchant et sa Plage de Valence, que nous retrouvons au cata- logue de la présente exposition, frappèrent vivement l'imagination du public et provoquèrent l'éloge presque unanime de la critique. On y reconnaissait un peintre virulent, sinon excessif, recherchant les grands effets décoratifs, épris de plein air et de plein jour, parfaitement maître de ses moyens et libre dans l'exécution. Mais ce que nous ignorions encore, ce que l'ensemble de la galerie Georges Petit nous révèle, c'est le labeur illimité de cet artiste, son abondance, sa diversité, la complaisance inouïe de ses facultés, la vigueur, l'endurance physique de son tempérament. Surpris, il faut qu'on en soit, bon gré mal gré, tout d'abord émerveillé. C'est là, dès qu'on prend contact avec lui, le côté très sympathique, très entraînant de M. Sorolla : son acharnement au travail, son inspiration constante, son amour du métier qu'il fait, de la fonction qu'il remplit naturellement, irrésistiblement. Fils d'ouvrier, il est lui-même un ouvrier. Sans maître, il s'est élevé seul. Et si, jadis, une exposition de Bastien-Lepage lui suggéra ce que devait être la pein- ture, servit de renseignement à son esprit, de stimulant à sa vocation, on peut dire cependant qu'il ne doit qu'à lui-même la place qu'il s'est faite et qui est grande. Sa personnalité morale est très tranchée ; la courbe de sa vie est franche, nette, volontaire et soutenue. Nul autre événement n'y prend place qu'un labeur quotidien lequel procure à la conscience une satisfaction sereine, au corps une saine fatigue. Cinq cents toiles sont ici présentées — résultat d'à peine dix années d'activité — dont trois cents environ sont des études, esquisses, pochades d'un format très réduit : paysages ou marines de Valence et ses environs, séjour préféré de l'artiste. Il ne recherche

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SOROLLA Y BASTIDA ni l'étrangeté des milieux, ni la particularité des motifs. Il prétend voir, n'importe où, ce que d'autres n'y voient pas et se faire, pour ainsi dire, une originalité de la banalité. Il ne peint qu'en plein air: la lumière se charge de varier à l'infini les aspects d'un même spectacle. Si, d'aventure, il nous leur impose nul arrangement arbitraire, nulle arabesque préconçue. Point d'anecdote: l'apparence la moins apprêtée de ce qui existe et que surprend un œil ouvert. Il note, d'une touche large et juste, la tache que font dans l'harmonie ambiante les êtres et les choses, pour lui simples rapports de La sortie d'une barque transporte dans quelque intérieur, ce n'est jamais sans ménager à notre œil une issue par la porte ou la fenêtre ouverte sur les champs, sur les arbres, sur la mer ou le ciel. Il sort, et pour son avidité de peindre tout devient prétexte: la vide étendue maritime, un remous d'eau transparente entre les rochers, une orangerie, un pan de mur, des enfants nus accroupis sur la plage ou gambadant dans les brisants, une barque à l'ancre, une silhouette de pêcheur, un groupe de femmes raccommodant des filets. Ces objets se suffisent à eux-mêmes. Il ne tons. Il indique prestement, et négligemment inachève tel mouvement, telle naissance de la ligne flottante que font en se déplaçant des modèles quelconques. D'où un grouillement, un foisonnement intense de la couleur, une illusion prestigieuse de la vie, écheveau mal désenbrouillé. Son œil est instantané et sa main non moins prompte à lui obéir. Il l'a rompue par une gymnastique constante. Il multiplie ses études, ébauchant sans choix toute forme, toute heure du jour, toute posture du corps, toute couleur, toute nuance, toute particu-

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L'ART DÉCORATIF larité, épousant le diffus phénomène du monde, fixant le transitoire, saisissant l'in- saississable, sauvant de l'oubli le plus futile reflet qui, une minute, lui parut important, inscrivant sa mémoire sur la toile, mettant ainsi sa palette toujours attentive en com- munion avec l'univers toujours neuf et se mettant lui-même, par des approximations répétées, en possession de la nature. Rien n'est plus instructif que cette mi- nutieuse analyse du talent par lui-même, grâce à laquelle nous pouvons le saisir sur le vif de la création. Chacune de ces petites études a sa saveur et son intérêt. La tech- nique y varie ses recettes à l'infini. La ma- lice de l'exécutant n'y est jamais prise au dépourvu. C'est une gamme presque décon- certante d'habiletés. Nulle part, à mon gré, M. Sorolla ne se réalise plus complètement. Je ne crois pas lui faire tort et je pense assez exactement le caractériser en disant qu'il a une espèce de génie dans l'improvisation. Certes, ses dons d'acquisition, d'assimi- lation sont d'une aisance admirable. Il a une facilité innée, encore accrue par la pra- tique. C'est une chance, un avantage pour l'artiste capable de se marquer à soi-même le point précis où cet avantage devient un péril. Car la facilité n'est pas un but; elle n'est qu'un moyen, le plus scabreux des moyens. Un métier accompli n'a de valeur et de signification que s'il est mis au service d'un art rigoureux. Or, ici, la main connaît toutes les adres- ses, toutes les virtuosités. Elle peut d'un pin- ceau faire tout ce qu'on en peut faire... quand la main seule le guide. Elle pro- digue son talent. Dans quel but? Elle joue avec elle-même. Elle abuse de sa li- berté. Elle semble débridée. Et je cherche en vain quelle mission lui assigne la pensée, quel ordre lui trans- met l'esprit? Je vois une accumulation de matériaux, dont quelques-uns de premier ordre. Et je me demande à quelle œuvre décisive, émanci- patrice, nécessaire, ils sont destinés? Cette œuvre, M. Sorolla ne l'a pas en- core accomplie. Plusieurs pages de sa première manière, moins éclatante (Baptême d'une barque, Famille ségovienne, Vieux Pêcheur, la Traite des blanches), semblent témoigner d'une recherche plus réfléchie, d'un souci de composition plus expressive. Mais dès qu'il entre dans sa voie, l'artiste laisse der- rière lui ce souci. Les Bœufs, soleil couchant, la Plage de Valence, les Femmes de pêcheurs, Valence, la Préparation des raisins secs, les

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SOROLLA Y BASTIDA Nageurs, l’Idylle sous les lauriers-roses, le Chercheur de moules, Mes enfants en costume de Valence du XVIIIe siècle — cette dernière l’une des toiles les plus récentes et, à cet égard, les plus significatives — et enfin tous les tableaux sur lesquels semble porter un effort définitif, ne sont que des dispersée dans son œuvre sans que jamais les impressions ne s’organisent autour d’un point lucide, sans qu’elles se coordonnent en une synthèse originale. L’observateur n’obéit qu’à l’instinct d’augmenter sa familiarité avec les choses. A mesure qu’il se perfectionne, dans tous les sens à la fois, études aux vastes proportions. D’incontestables qualités picturales s’y attestent. On voudrait que s’y résumât nettement la personnalité d’un artiste et le résultat d’une culture. L’œuvre de M. Sorolla paraît nier toute culture, dont la norme impliquerait pour lui : choix, mesure, restriction. Tel est l’emportement de son énergie sans régulateur, telle l’énormité confuse de son ambition : il prétend, par la verve, la profusion, les ressources du tempérament égaler son génie créateur à celui de la nature même. Elle est fragmentée, détaillée, il restreint, il écarte de plus en plus l’émotion particulière de l’homme en présence de la création jusqu’au point de ne plus éprouver, dans sa création à lui, la difficulté : ce sentiment, cette inquiétude, cette hésitation toujours générateurs de beauté, pourvu qu’ils ne se heurtent à aucune impossibilité matérielle. M. Sorolla ne conçoit pas la beauté. Il se borne à constater, par la peinture, le spectacle. Et s’il aime la nature, c’est d’un amour indifférent. Sans doute avons-nous tort de lui reprocher d’avoir fait... ce qu’il a voulu faire.

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L'ART DÉCORATIF A quelque « barbarie » qu'il aspire, une certaine visée commande évidemment sa démarche. Peu lui importe que nous restions, à notre tour, « indifférents », et que nous lui réclamions quelque chose, à lui. Il reproduit avec justesse, avec fidélité son modèle, directement, impersonnellement. Il a résolu de ne rien interposer entre nous et la nature. Il refuse de s'ajouter à elle, de réagir contre elle. Peut-être ne ferait-il pas difficulté de poser en principe que l'artiste, en possession du savoir-faire, doit tendre de toutes ses forces à devenir un instrument parfaitement organisé en vue d'enregistrer, pour ainsi dire automatiquement, par un phénomène mécanique, involontaire, une sorte de réflexe, n'importe quelle série d'apparences. Dans cette voie, il ne faudrait pas le pousser beaucoup pour qu'il en vint à nier l'art en niant l'artiste. On devine assez bien qu'il crut s'affranchir de tout parti pris, au nom de ces deux nobles idéaux : Sincérité, Vérité... Il s'agit seulement de s'entendre sur ces deux termes, qui nous sont proposés avec une entière bonne foi. Tel artiste dira : Je vois sombre, ou ; je vois violet, ou ; il n'y a pas d'ombres, ou ; il n'y a pas de lignes dans la nature... Tout cela, répond M. Sorolla, concepts artificiels, visions exceptionnelles et morbides, mensonges. Vous choisissez vos sites, vos motifs, vos éclairages, certains caractères de physionomies, certaines heures du jour. Moi, rien ne m'effraie dans la nature. Je suis le frère de tout. Je plante mon chevalet n'importe où, à n'importe quel moment, sous n'importe quel climat, et je fais ce qui est devant moi. Je peins la nature telle qu'elle est sans prendre mon avis, telle que tout le monde pourrait la voir, et la retrouve sur mes toiles débitée pour la décoration authentique des salons, des galeries, des musées. Je n'ai d'autre culte que celui de la vérité.. Mais qui pourrait sérieusement se flatter d'être le détenteur d'une telle vérité, en soi? Qui pourrait se croire le droit et le pouvoir de peindre autre chose que sa vérité? Il se trouve que celle de M. Sorolla n'est ni très intérieure, ni très ombrageuse, ni très exigeante, mais, au contraire, tellement à fleur de peau, si impressionnable, plastique, changeante, si éparsse qu'il a pu la confondre avec les vérités les plus diverses. Et c'est ainsi qu'il fut amené, tout simplement, à se faire un credo de ses propres facultés, à considérer comme un dogme les tendances de son tempérament. Invoquant l'objectivité, un prétendu réalisme, se proclamant absent de son œuvre, il en vient par un détour à nous faire la confidence la plus personnelle, à nous démontrer la loi sous laquelle il s'incline, à fixer la limite de son talent qui est de refléter comme un miroir ce qui passe de vérité rapide et superficielle à la portée des sens. Être vrai, être sincère : termes généraux, également applicables à toutes les visions, à toutes les personnalités. Questions de nuances et de degrés. La sincérité n'étant que l'adéquation des facultés à l'expression, celle de M. Sorolla est d'un virtuose qui se satisfait de sa virtuosité. Il passe de l'une à l'autre de ses toiles avec la même facilité que nous-mêmes en visitant son exposition. Tous ses paysages ont pour nous le même mérite, comme ils eurent pour lui le même attrait. Ses œuvres sont, à nos yeux, toutes sur le même plan. Nulle qui nous saisisse plus vivement, qui plus profondément entre en nous. Sa capacité, en surface, n'a pas de limite, n'ayant pas de retenue. D'où le danger, pour un artiste, d'être trop bien servi par ses qualités natives. Il n'a jamais eu l'occasion de se vaincre lui-même. Il ne cultive, en lui, qu'un pur formalisme. Peu m'importe qu'il brosse, à s'y méprendre, la ressemblance d'un paysage ou d'une figure, si je n'ai pas plus, ou pas autre chose, en la contemplant, que l'émotion ou l'intelligence qui me furent ou me seraient procurées par la figure ou le paysage lui-même, — et si je n'ai pas même cela... « La peinture, écrivait récemment M. Maurice Denis, est une chose qui doit être dépassée. » M. Sorolla n'a pas le temps d'emporter d'un spectacle plus que n'en fixa déjà sur la toile une main trop spontanée, trop involontaire. Son premier regard est trop prompt, trop de l'évidente extériorité lui saute aux yeux, s'impose à lui avant qu'il se soit mis en posture de la comprendre. Aussi, dès qu'un modèle vivant pose devant lui, dès qu'il ne s'agit plus de saisir un mouvement, mais de fixer une attitude,

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SOROLLA Y BASTIDA d'analyser et de recomposer une physio- nomie significative de tout ce que la vie recèle de profond, de complexe, d'acquis, voici le peintre déconcerté. Les personnalités les plus différentes se sont offertes à lui : des vieillards et des enfants, des femmes du monde, des jeunes filles, des hommes d'État, des écrivains, des artistes, des penseurs. Je les suppose ressemblants, mais aucun n'est marqué de cette forte empreinte individuelle, de ce caractère typique, irremplaçable, dont un bon portrait ne saurait, à mon gré, se passer. Celui de l'actrice Maria Guerrero n'est qu'un pastiche un peu lourd de Velasquez. Ceux de la Comtesse San Felix, de Madame Elaguin, de la Comtesse de Casal, de la Famille Errazuri $\mathcal{Z}$ sont froids et conventionnels. L'auteur y force son talent. Il ne dépasse pas la banalité de nos faiseurs académiques. On pourrait le prendre pour un élève de M. Carolus Duran. Blaco Ibanez, Perez Galdos, Manuel B. Cossie, Canalejas pouvaient confier à un profond traducteur de physionomies quelque révélation sur eux-mêmes, sur leur pays, sur leur époque. Ils n'ont fourni à M. Sorolla qu'une occasion d'affirmer son adresse avec sobriété et correction. Entre tous, cependant, se distinguent le portrait du Dr Cajal, âpre d'exécution, celui de M. Beruete, dans une belle harmonie de noirs et de gris, celui d'Echegarray, le meilleur peut-être, le plus expressif, le plus émouvant par sa simplicité austère. L'artiste a reproduit plusieurs fois l'image de ses proches: de vieux parents, sa femme, ses enfants... Il ne paraît pas que la vie quotidienne, la communauté des habitudes, les liens du cœur et de la chair aient fait pour lui de cette étude un sujet plus riche d'émotion, plus angoissant. On évoque, malgré soi, les pages admirables où sur quelques figures observées, embrassées, pénétrées et du dedans illuminées par l'amour, Eugène Carrière peignit les phases de la vie et de l'humanité. Le petit Joaquin, sur la vaste toile où (Photographie Lémery)

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L'ART DÉCORATIF il se tient debout à côté de ses deux sœurs en robes rouges, est un bon morceau de peinture. Ma fille Maria, en costume de Valence, toute diaprée de reflets parmi les verdures du jardin; Mme Sorolla, assise au bord de la mer, vêtue de blanc, la tête et les épaules baignées de l'ombre fraîche, légère, transparente qu'y porte l'ombrelle également blanche, n'offrent que les qualités d'aisance et de brio qui font le charme des autres compositions en plein air. Et sans doute le public apprécia-t-il surtout ce manque de profondeur dont nous sommes choqués, cette absence d'une métaphysique dont il fut trop souvent rebuté dans les productions contemporaines, ce défaut de rareté, enfin cette bonne humeur qui lui permit de s'abandonner sans effort à l'agrément, à la joie saine, normale, «des corps jeunes et clairs» que M. Sorolla nous montre s'ébattant, nus, dans l'air, dans la lumière et dans les eaux. Rien n'est mieux goûté par les morbides décadences que l'excès de vitalité. Les vieilles civilisations simplifient leurs complexes inquiétudes par le culte de la joie. C'est un symptôme d'appauvrissement, une forme de neurasthénie. L'esthétique de M. Sorolla correspondait aux aspirations morales d'un milieu fatigué de recherches, dégoûté d'art. Qu'il ne s'y trompe pas : ce qui lui valut parmi nous une gloire momentanée, ce n'est pas son réalisme, mais bien plutôt le lyrisme fougueux, brutal, l'enthousiasme inconsidéré qui l'emportent au delà de la nature. Celle-ci, pour livrer sa secrète parole, pour déceler sa vraie beauté, veut des serviteurs plus modestes, une consultation plus patiente. JACQUES COPEAU.

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L'ART ET LES VITRAUX MODERNES Dès le XIIe siècle, au moment où, sous l'influence des grandes abbayes, se formaient les corporations d'artistes et d'artisans auxquelles nous devons les chefs-d'œuvre de notre architecture, la mosaïque translucide prenait dans le décor des Cathédrales et des Églises une importance que justifiait la structure même de nos édifices, œuvres incomparables de science et d'harmonie. L'architecte, limitant les murs et piliers aux dimensions indispensables pour la stabilité, ouvrait largement les neufs des édifices religieux, disposant sur les claires-voies des compositions lumineuses resplendissant de l'éclat des verres colorés. Lors même qu'au temps de Saint-Bernard, l'austérité de la foi semblait restreindre l'emploi des figures dans la décoration, l'Art intervenait encore dans les vitraux cisterciens pour dessiner, par la mise en plomb assemblant les fragments de verres incolores, les plus délicats ornements. Pendant une période de cinq siècles, le vitrail fut l'une des manifestations les plus magnifiques de la peinture française et notre pays qui semble, si l'on en croit le moine Théophile, avoir créé la décoration translucide, y a toujours excellé. Le vitrail était partie intégrante de notre architecture religieuse, et c'est suivant la tradition française qu'ont été exécutés les rares vitraux qui subsistent hors de France, en Italie, en Espagne, en Flandre, en Allemagne et en Angleterre. A chaque époque correspondait un mode particulier d'emploi du vitrail. Au XIIe siècle, au moment où le verre teinté en masse était employé en morceaux de petites dimensions, tels qu'on pouvait les obtenir par le soufflage en plateau ou en cylindre, le vitrail n'était qu'une mosaïque de verre, aux colorations intenses, où les fonds, bleus ou rouges, faisaient valoir les tons rosés, jaunes, Carton de L.-O. MERSON Baptême de St Valentin (fig. 1) (Vitrail de la Chapelle de S° Adresse)

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L'ART DÉCORATIF violets, verts ou blancs, réservés aux drape-ries et aux nus. C'étaient en somme des taches harmonieuses de couleurs, vibrant par le passage Carton de L.-O. MERSON $S^{e}$ Cécile (fig. 2) (Vitrail de la Chapelle de $S^{e}$ Adresse) Il faut bien dire d'ailleurs que les figures n'y tenaient guère plus de place que les ornements et que l'anatomie en était peu étudiée. de la lumière et tirant leur effet des oppositions de valeurs, à la façon des tapis orientaux. En général, les sujets à petite échelle comptent, comme on le voit à Saint-Denis,

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L'ART ET LES VITRAUX MODERNES Carton de L.O. MERSON ---