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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 9 ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION

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Anciens Établissements Clémançon 23, Rue Lamartine - Paris — Trudaïne 86-40 (3 lignes gr.) L'Électricité au Théâtre et au Cinéma Cinema-Raspail-216 Paris — B. Elkouken, Architecte-Décorateur

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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI ARCHITECTURE - URBANISME - DECORATION COMITÉ DE PATRONAGE: MM. ALF. AGACHE, PIERRE BARBE, L. BAZIN, EUGENE BEAUDOIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DEMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FELIX DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, FRANÇOIS LE COEUR, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLET-STEVENS, LOUIS MADELINE, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX-SPITZ, HENRI SELLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF RÉDACTION: ARCHITECTURE: PIERRE VAGO, MARCEL ROUX — URBANISME: HENRI STOROGÉ DÉCORATION: RENÉ DROUIN — TECHNIQUE: A. HERMANT, RÉDACTEUR DE «CHANTIERS» CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: JULIUS POSENTER — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: EMMANUEL HENVAUX — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — ESPAGNE: GUITIERE SOTO — ÉTATS-UNIS: ANDRÉ J. ROBIN — EXTRÊME-ORIENT: HARRY LITVAK — GRÈCE: GEORGES KALYVAS — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDEL MONTEIRO — ROUMANIE: S. BARAS — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — SUISSE: J. GANTNER ET G. VITTET — TCHECOSLOVAQUIE: MAX URBAN ET PIERRE PINSAUD — U. R. S. S.: PROF. ARKINE — YOUGOSLAVIE: L. ILITCH ET S. PLANITCH Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- QUATRIEME ANNÉE - TROISIÈME SÉRIE NOVEMBRE - DÉCEMBRE 1933 --- LA FORMATION DE L'ARCHITECTE EN FRANCE P. V. L'ARCHITECTURE EN FRANCE 4 HOTEL PARTICULIER A PARIS, ARCH. P. CHAREAU. 16 IMMEUBLE «LE JOUR», ARCH. A. CHATELAN. 21 GROUPE D'IMMEUBLES PARC DES EXPOSITIONS LUCAS et BEAUFILS. 27 IMMEUBLE DE RAPPORT, QUAI DE PASSY LUCAS et BEAUFILS. 30 LA CITÉ ARTISANALE CLÉMENTEL F. SAULNIER et J. BOUHIER. 34 IMMEUBLE DE RAPPORT A VANVES A. et E. MARME. 36 IMMEUBLE DE LA CAISSE DE COMPENSATION DE LA LABUSSIÈRE et RÉBY. 38 CENTRAL TÉLÉPHONIQUE «ORNANO» A PARIS G. LABRO. 40 DEUX CONSTRUCTIONS INDUSTRIELLES B. LHOTELIER et GUY ROBIN. 44 HOPITAL MARITIME A LORIENT B. LHOTELIER et GUY ROBIN. 45 CENTRAL DES P. T. T. DU CINQUIÈME ARRondissement L. AZEMA. 48 IMMEUBLE DE LA COMPAGNIE SULZER A PARIS P. MAROZEAU. 52 UN IMMEUBLE DE RAPPORT EN BANLIEUE PARISIENNE A. NANOUETTE. --- L'ARCHITECTURE A L'ÉTRANGER 54 URBANISME ET ARCHITECTURE AUX ÉTATS-UNIS E. BEAUDOIN. 69 L'ŒUVRE DES ARCHITECTES HOWE ET LESCAZE, NEW-YORK A. ROBIN. 76 DEUX BUILDINGS ADMINISTRATIFS DES ARCHITECTES HOLABIRD ET ROOD. --- ARTS DÉCORATIFS — BEAUX-ARTS 81 LE SALON D'AUTOMNE. DÉCORATION J. P. SABATOU et R. DROUIN. PEINTURE, SCULPTURE A. BLOC. ARCHITECTURE, URBANISME J. LEPAGE. 90 L'ŒUVRE DE JACQUES RUHLMANN J. LEPAGE. 92 BAR «LES DOUCEURS DE MON PAYS» A PARIS JEAN GINSBERG. 94 BAR AUTRICHIEN «RIO RITA» A PARIS W. ZIPPERT. 95 STATION D'ESSENCE A VILLEJUIF J. et J. MARTEL. 96 CAFÉ «LE CARLTON», AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES ROYÈRE. --- REVUE DES REVUES — BIBLIOGRAPHIE — INFORMATIONS --- CONDITIONS D'ABONNEMENT: FRANCE: 120 FR. — ÉTRANGER: 200 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 18 FR. — ÉTRANGER: 25 FR. ABONNEMENT A «CHANTIERS»: FRANCE: 50 FR. — ÉTRANGER: 70 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 6 FR. — ÉTRANGER: 8 FR. ABONNEMENTS CUMULÉS A «L'ARCH. D'AUJOURD'HUI» ET A «CHANTIERS»: FRANCE: 150 FR. — ÉTRANGER: 250 FR. 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) — TÉLÉPHONE: MOLITOR 19-90 et 19-91 DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE A BRUXELLES. — HONGRIE: BUDAI ALADAR ES TARSA, AGG-TELEKI UTCA, 17, BUDAPEST 8. — ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EUGEN CARADA, BUCAREST. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BRÉSIL: M. EDMUNDO JOSETTI, CAIXA POSTAL 915, RIO-DE-JANEIRO ET HARRIS. CAIXA POSTAL 2286, RIO-DE-JANEIRO COLOMBIE: LIBRAIRIE COSMOS, CALLE 14, N° 127 APARTADO 543, BOGOTA

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Type d'huisserie en tôle pliée, déformable sous un faible effort. Type d'huisserie métallique en laminé MONTATAIRE des Ensembles DOUZILLE, rigide, indéformable. Tous les Immeubles construits avec solidité et toutes garanties d'étanchéité et de durée sont équipés avec Les Ensembles DOUZILLE Fenêtres, Bâtis et Huisseries métalliques (avec dispositif de réglage breveté S.G.D.G.) Portes caissonnées spéciales brevetées S.G.D.G. bois ou métal La Première Maison française qui a construit en grande série ces types de menuiserie moderne. IMMEUBLE QUAI DE PASSY Arch. MM. LUCAS et BEAUFILS Bureau Commercial, Service de Pose et Magasin d'Exposition : 7, rue Sébastien Mercier, PARIS XV° — Tél. Vaug. : 69.00 - 69.01 Siège Social et Usines à Albert (Somme) — Tél. 43

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LA FORMATION DE L'ARCHITECTE EN FRANCE RÉGLEMENTATION DU TITRE ET ENSEIGNEMENT DE L'ARCHITECTURE: UN ARTICLE DE M. PONTREMOLI MEMBRE DE L'INSTITUT, DIRECTEUR DE L'ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE DES BEAUX-ARTS Le problème de la formation de l'architecte est à l'ordre du jour. Après le Congrès de Milan (voir l'Architecture d'Aujourd'hui, N° VIII), deux revues belges et une importante revue italienne consacrent leurs récents numéros à cet important problème. Voici maintenant, dans «l'Architecture» du 15 novembre, une étude de M. Pontremoli sur l'épineuse question de la réglementation du titre et l'enseignement de l'architecture en France. Article intéressant, courageux, extrêmement intelligent, élevé: qui acquiert une importance exceptionnelle de l'autorité de la personnalité dont il exprime les vues. Nous en donnons ci-dessous un résumé détaillé. Dès le début de son article, M. Pontremoli tient à situer exactement le problème: «Les professions libérales subissent comme l'industrie et le commerce une crise violente: l'encombrement des carrières les inquiète, pour le diminuer elles réclament en général l'aide et la protection de l'État; elles lui demandent de rendre les examens d'entrée dans les Écoles plus difficiles et d'imposer l'obligation d'avoir titres et diplômes pour pouvoir exercer la profession; les corporations ouvertes tendent à se fermer et chacune élabore des textes jetant l'interdit sur l'individu ou la profession rivale; de là l'éclosion de projets de lois réglementant les professions, organisant leur surveillance, souvent sous prétexte de moralité, mais obéissant aussi à des buts plus égoïstes et d'intérêt plus immédiat». M. Pontremoli retrace rapidement l'historique de la profession d'architecte en France. Retenons simplement trois dates essentielles: en 1840, la fondation de la Société Centrale d'Architectes «consacrera la divergence entre la profession d'architecte et celle d'entrepreneur»; en 1895 le Code Guadet donne à l'architecte «un rôle d'artiste et de technicien, de conseiller, de contrôle et d'arbitre, en distinguant l'honoraires, seule rétribution des services rendus, du gain commercial». Enfin, en 1874, institution du diplôme de l'Ecole des Beaux-Arts. Sur l'importance de cet enseignement, au point de vue numérique, M. Pontremoli cite quelques chiffres: Nombre des adhérents de la S.A.D.G.: 200 adhérents en 1890 500 — 1900 1.050 — 1910 1.275 — 1920 1.550 — 1930 Voici le tableau de la situation avant la guerre: «...Avant 1914 la profession restant toujours libre, vivait côte à côte des architectes sortis des Ecoles et diplômés et ceux formés par la vieille méthode empirique d'où émergeaient de temps à autre quelques robustes et significatives personnalités. Les autres ne portaient pas ombrage à ceux qui avaient acquis titres et expérience. Ceux-ci pouvaient facilement, vu leur nombre restreint, déployer leur activité dans les grandes agglomérations, dans les administrations publiques et en participant aux concours de tous ordres ouverts pour les constructions publiques ou privées. Survint la guerre, ses terribles et incalculables conséquences; la reconstruction des pays dévastés, la construction des habitations nécessaires à une population flottante, déplacée et plus citadine déterminèrent l'éclosion spontanée d'individus qui, se disant architectes, n'étaient que les marchands de cette profession, semblables aux mercants qui pullulaient dans toutes les branches de l'activité humaine, profiteurs nés des misères publiques. ...Ils ont pris, peu à peu, droit de cité, défendus par la liberté du titre; quelques-uns plastronment de très haut. Ils provoquent l'inquiétude des architectes diplômés ou qualifiés qui cherchent maintenant protection et veulent opposer des barrières à cet envahissement dangereux. Il y a en effet environ trois à quatre mille architectes diplômés ou qualifiés de toutes formations, ayant acquis la science et l'expérience de leur art; un tiers environ des patentés-architectes de l'ensemble du territoire; le reste est fourni par des individus qui n'ont d'architecte que le titre qu'ils ont pris ou par des spéculateurs et affairistes qui bâtissent ou plutôt font bâtir sous leur nom, payent patente et drainent à leur profit le marché de la construction par des moyens plus ou moins licites; fauteurs des lotissements insalubres et des habitations d'équilibre incertain. Cet état de choses a amené tout d'abord les sociétés éparses d'architectes qui souscrivent aux principes codifiés par Guadet en 1895 à se fédérer pour constituer une force et pouvoir agir. La protection du titre est en fait le vrai but de la Fédération, mais les doctrines et surtout les traditions s'affrontent pour en déterminer les bases: beaucoup affirment que l'architecture est un art en même temps qu'une science, ne tolèrent à aucun prix l'ingérence complète de l'État pour discriminer ceux qui sont dignes ou non d'exercer l'art de bâtir. D'autres préoccupés par les événements, choisissent volontiers des formules donnant à leurs titres ou à leur compétence un monopole immédiat. D'autres enfin se plaçant au point de vue de la collectivité, qui elle demeure indifférente à cette fièvre professionnelle, ne cherchent le salut que dans la protection du public contre les seuls incapables, contre ceux dont l'incompétence s'est trahie par les nombreux accidents qui soulevèrent de légitimes réprobations. La Fédération émet textes sur textes; aucun cependant ne donne pleine satisfaction... Tout récemment, le 29 juin 1933, après de multiples discussions, la Fédération a adopté une résolution nouvelle sur la réglementation de la profession et l'usage du titre d'architecte, résolution complétée par le texte d'une proposition de loi relative à l'exercice de la profession». M. Pontremoli critique cette proposition: «Ce qui distingue ce document de ceux qui le précédent vient du fait que la Fédération s'est finalement convaincue que la base d'une réglementation efficace lui manquait puisque l'enseignement de l'architecture ne pouvait fournir encore le nombre d'architectes qualifiés nécessaires. Réglementer un corps sans homogénéité, assembler des produits hétérogènes, apparaissait en effet illusoire et dangereux; force était donc avant de réglementer, de former, d'éduquer, de remplacer, et alors seulement de codifier ce qui serait entré dans les usages; la loi n'étant en général et surtout en ces matières qu'une consécration publique et officielle de l'expérience accomplie. La voie nouvelle dans laquelle s'engage la Fédération paraît donc logique, souhaitable; elle a aperçu le but à atteindre et voudrait bien se donner le temps d'y arriver; cependant le besoin est pressant et le but lointain: les rédacteurs du texte, pressés par leurs troupes, poussés par ceux qui désirent d'immédiates satisfactions, après avoir bien noté la nécessité d'un enseignement, imaginent des sanctions si rapides et arbitraires, se préoccupent si peu de ce qui est l'essence même de leur projet, c'est-à-dire l'organisation et la généralisation de l'enseignement de l'architecture, qu'il semble bien que là aussi nous nous trouvons en présence d'un texte provisoire, se rapprochant de la vérité, marquant une nouvelle étape, mais fait, à tout prendre, plus pour donner satisfaction à des impatiences qu'à étudier et mûrir un problème particulièrement ardu». Quelles sont les principales dispositions du projet? Programme d'État comprenant toutes les connaissances techniques et «artistiques» que tout architecte doit posséder; examen d'État obligatoire; limitation aux architectes français de l'exercice de la profession en France. «Dans l'état de nos moeurs et de nos habitudes, dit M. Pontremoli, ce texte est incompatible avec l'idée que nous avons de la libre expression d'un art et la répugnance instinctive que soulève en cette manière toute doctrine d'État». Or, le projet de la Fédération «comporte essentiellement un examen d'État technique et artistique à la fois, et il donne à l'État mission d'en dresser le programme, même esthétique». Le directeur de l'Ecole des Beaux-Arts prévoit donc «une levée de boucliers» générale contre un projet «qui institue un monopole pour tout un ordre de constructions et qui l'institue dans un délai si court (un an) que l'enseignement dont le projet se réclame ne pourra être ni étudié, ni généralisé, ni produire les effets qui permettraient seuls d'en soutenir le bien-fondé». «Tout d'abord, l'enseignement de l'architecture doit continuer à rester libre; cette idée est trop ancrée dans nos moeurs pour songer à y porter atteinte; elle laisse à l'architecture sa valeur d'art, elle est trop nécessaire à l'évolution et à l'invention pour qu'il puisse être question de restreindre en quoi que ce soit cette liberté». Nous ne poursuivrons pas avec M. Pontremoli l'étude des propositions concrètes de réformes, de réorganisation et perfectionnement de l'enseignement, et de réglementation du titre. Nous tenons simplement à signaler à tous les architectes la voix courageuse qui se lève en défense de la liberté de l'art. P. V.

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LA GRANDE SALLE, VUE DE LA GALERIE SUPÉRIEURE. ON REMARQUE LES GRILLES D'ALUMINIUM QUI ACCUSENT LES POINTS DE SUSPENSION DU GRAND ESCALIER Photo Thiriet

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UN HOTEL PARTICULIER A PARIS ARCHITECTE: PIERRE CHAREAU COLLABORATEUR: BIVOET L'hôtel particulier conçu par Pierre Chareau et connu sous le nom de « maison de verre », constitue une des réalisations les plus remarquables de ces dernières années. Elle pose une foule de problèmes — d'ordre général et de détail — et occupe par cela même une place de premier plan dans la lente évolution de celle qui sera l'architecture de demain. Avec tout l'enthousiasme de sa passion, Paul Nelson dira plus loin son admiration pour l'œuvre créée par Chareau. « Démultiplication des forces humaines: la maison, machine qui démultiplie la sensation de la vie; contraste du dynamisme (exprimé par la distribution horizontale et verticale des éléments non portants) avec la statique (ossature portante); quatrième dimension... » Voilà de bien grands mots, de ces mots qui nous font peur. Avec sa finesse habituelle, M. Julien Lepage nous servira de guide intelligent et sensible pour une promenade poétique à travers la maison en verre. Mais notre devoir, parfois pénible, souvent ingrat, est de dire quelques vérités; non poétiques — y a-t-il une « vérité » poétique? — mais réelles, dures; réelles comme les problèmes que l'architecte doit résoudre, dures comme les matériaux qu'il doit dominer tout en acceptant leur loi. Et d'abord, situons le problème. La maison en verre doit-elle être considérée comme la solution d'un problème spécial, local, déterminé, ou bien comme une tentative d'établissement d'un élément-type de la cité future, et examinée comme telle? Je crois que c'était là l'intention de Pierre Chareau. Grâces soient rendues à l'homme de science qui a bien voulu se prêter à la dangereuse expérience. Car ce sont ces expériences courageuses qui, malgré d'inévitables erreurs, font progresser la civilisation et l'art. Mais, dans ce cas, la « maison de verre » ne résiste plus à la critique. Si ce n'est pas la situation particulière (l'hôtel se trouve dans la cour d'une vieille maison), si ce n'est pas le désir du client qui l'ont voulue telle, nous protestons vivement, au nom des générations futures. « Dynamisme; maison cinématographique ». Nos enfants devront-ils passer leur vie dans ces terribles engrenages? Nous ne le croyons guère. On nous accusera de sentimentalité, de romantisme. Nous acceptons l'injure. Nous n'avons pas encore renoncé à considérer l'homme comme autre chose qu'une machine parmi les machines. Nous nous élevons contre cette interprétation outrancière du malheureux mot de ralliement de la machine à habiter, de la maison-outil. Est-il indispensable, pour être hommes du XXe siècle, de passer ses journées, ses heures de loisirs et de repos, dans une boîte en verre, au milieu de poteaux disséminés, aux rivets apparents, dans un laboratoire ouvert de tous les côtés, sous l'œil vigilant d'une infirmière (domestique, secrétaire) qui nous surveille de sa cage vitrée; recevoir le rôti par un chariot suspendu, pénétrer dans notre chambre par une échelle mobile, recevoir le jour par une paroi de briques de verre à travers laquelle le ciel le plus bleu, le temps le plus radieux, paraissent gris et ternes?

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LE VESTIAIRE. A GAUCHE: LA PORTE PIVOTANTE DE L'ESCALIER Photo Thiriet

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L'ÉCHELLE MONUMENTALE Photo Thiriet

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FAÇADE SUR COUR: GRANDE PAROI TRANSLUCIDE DU HALL, COULOIR VITRÉ DE L'ENTRÉE Non, non. Nous sommes trop humains pour nous y résigner. Nous serions presque tentés de nous réfugier sous le toit vilipendié de nos ancêtres, autour de la vieille cheminée; acceptons plutôt la religion des dieux lares que la tyrannie du dieumachine. Au bout d'une journée de travail, notre corps las, nos nerfs tendus, notre esprit fatigué, cherchent le calme, le repos, l'intimité. Que l'architecte renonce donc à cette pseudo-philosophie rigoureuse et abstraite, à cet intellectualisme aride sous le signe duquel il veut nous imposer une maison dont personne ne veut. La maison n'est ni un avion ni un paquebot, ni un laboratoire. Un peu de bon sens! La «maison en verre» pose, encore une fois, le problème — Julien Lepage le mettra bien en valeur — du rôle de l'architecte. Doit-il construire pour la vie, pour satisfaire des besoins réels, des aspirations véritables, ou doit-il imposer, contre nature, la loi capricieuse de sa fantaisie? Nous avons été amenés, malgré nous, à quelques principes d'ordre général. La maison de Pierre Chareau? Considérons-la comme une charmante fantaisie, comme un jouet ingénieux imaginé par un artiste délicat pour sa propre délectation. Au milieu de la banalité de la production architecturale contemporaine (faites le tour des «fortifications» de Paris!) nous ne saurions pas mettre suffisamment en valeur une œuvre de l'originalité et de l'intérêt de la «maison de verre». Nous ne partageons pas toutes les vues de Pierre Chareau, nous ne sommes pas aveugles pour les nombreuses inconsequences, qui nous ont fait comparer l'hôtel de la rue St-Guillaume à un jouet élaboré avec amour et beaucoup d'esprit par un talent supérieur. Mais ces recherches hardies nous ouvrent des horizons nouveaux, nous montrent des possibilités insoupçonnées, nous indiquent un chemin à suivre. Pierre VAGO. L'ENTRÉE Photo Thiriet

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PERSPECTIVE MONTRANT LES SERVICES DE LA SALLE A MANGER La table pour les repas est desservie par une charette suspendue à deux rails. Elle a la forme d'une lunette et ouvre automatiquement, en passant, les deux portes entre la grande salle et la cuisine, elles se referment automatiquement. Ces portes basculantes sont construites d'une manière spéciale, qui assure une étanchéité absolue et empêche les odeurs de cuisine de pénétrer dans la grande salle. Dans son trajet, la charrette passe par les armoires du petit couloir de service, dont les cloisons coulissantes s'ouvrent vers la grande salle, la laverie des verres, l'armoire pour la vaisselle et s'arrête au bac à laver. Outre ce transport, le dessin démontre nettement le jeu des espaces dans la maison. LA MAISON DE LA RUE ST-GUILLAUME L'époque actuelle a créé une vie aux sensibilités et aux réflexes neufs. Mais l'architecture n'a pas encore évolué assez pour pouvoir l'exprimer; car elle ne peut l'être uniquement par un détail, par une façade, par de la quincaillerie, par l'emploi de certains matériaux, ni par les formules: fenêtre horizontale ou fenêtre verticale. Et il est décourageant d'assister à cette application décorative du «moderne» transformé en mode pour habiller les plus pompiers des pompiers, et de voir ces bâtiments dits «purs» qui, tels une affiche, n'ont rien à voir avec le produit annoncé. Il y a autre chose à faire dans l'architecture contemporaine — peut-être avec moins d'éclat — mais où la sensibilité philosophique de l'architecte permettra d'établir le programme spirituel et physique de cette vie nouvelle, et de l'exprimer en plan; et où la connaissance technique de la construction permettra de réaliser ce plan pour qu'il fonctionne. Un médecin parisien a permis à Chareau d'en donner une preuve. La démultiplication est la caractéristique essentielle de cette vie nouvelle. Depuis le moyen direct de la bicyclette qui a fixé une époque, l'homme a poussé la démultiplication de ses forces par des moyens mécaniques: téléphone, télégraphe, automobile, conquêtes des deux dimensions; jusqu'à l'avion, la T.S.F., la télévision, conquêtes des trois dimensions. La maison doit donc être une machine qui démultiplie la sensation de la vie. L'homme d'aujourd'hui connaît l'espace et plus encore le mouvement dans l'espace. Ce n'est plus une étude en plan et en coupe qui permettra à l'architecte de satisfaire ses exigences, mais la 4ème dimension, le temps, intervient. Il faut créer des espaces à parcourir dans un laps de temps relatif. Il faut sentir la 4ème dimension. Cette maison de la rue Saint-Guillaume excite cette sensation. Il faut d'abord commencer par limiter l'espace pour pouvoir le créer. (La fenêtre, ou le mur transparent, est au fond une liaison directe avec l'extérieur et détruit l'impression de l'espace. Elle doit donc être employée avec beaucoup de discrétion, là où il existe une fonction définie). Il s'agit maintenant de faire valoir dans cet espace, limité par des dalles de verre translucide, la 4ème dimension par le contraste du dynamisme avec la statique. La statique dans l'architecture c'est l'ossature portant ce qui est ou devrait être éternel, immobile. Complètement indépendant de celle-ci est le dynamisme exprimé par la distribution horizontale et verticale, par les cloisons fixes et mobiles, par les meubles limitatifs, par les escaliers, etc... Les colonnes sont des bornes placées régulièrement qui mesurent l'étape parcourue irrégulièrement à travers les distributions de fonctions. La maison de Chareau n'est pas immobile, elle n'est pas photographique, elle est cinématographique. Il faut parcourir des espaces pour l'apprécier — autre point de liaison avec l'homme d'aujourd'hui. En entrant dans cette maison on ressent d'abord une étrange impression de transplantation dans une autre planète. On s'habitue, on comprend, on a envie de l'habiter, d'y pénétrer intégralement, de la vivre. Elle est construite. Elle fonctionne. Elle n'est pas seulement basée sur des idées directrices abstraites, mais ça marche. Les murs tiennent; les portes coulissantes coulissent; il n'y a pas de fuite. L'air conditionné fonctionne. On ne crève pas de froid ni de chaud, paraît-il. Elle est réalisée. Cette maison est un point de départ sérieux. On y a attaqué des problèmes techniquement, et on les a résolus courageusement jusqu'aux moindres détails. La recherche purement esthétique n'en a pas été le but; mais il est curieux de constater que, uniquement par la recherche technique, cette maison a devancé la sculpture sur-réaliste. Calder et Giacometti pourraient y voir des réalisations. La porte pivotante suspendue devant le grand escalier est une sculpture sur-réaliste de toute beauté. Les armoires en métal en sont d'autres. Cela sans avoir voulu faire de «l'art pour l'art». «L'architecture moderne» se meurt. Elle est devenue un romantisme, un sentimentalisme mieux exprimés en littérature ou en musique. Maintenant vient l'architecture technologique, l'architecture de réalisation intégrale limitée aux exigences de la nouvelle vie, et aux connaissances réelles de la construction. Chareau a su se limiter; c'est pour cela qu'il a fait une belle chose, qui marque un point de départ vers une vraie architecture. Paul NELSON.