Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
Page 1
L'ARCHITECTE
RECUEIL MENSUEL DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉ AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION : MM. A. ARFVIDSON, L. H. BOILEAU, L. BONNIER, BOUWENS DE BOIJEN, A. DEFRASSE, AD. DERVAUX, ROGER EXPERT, TONY GARNIER, CH. LETROSNE, P. PATOUT, H. SAUVAGE, L. SOREL, A. VENTRE
CONSEILLER TECHNIQUE : MICHEL ROUX-SPITZ
RÉDACTEUR EN CHEF : J. PORCHER
NOUVELLE SÉRIE
6e ANNÉE N° 9
SEPTEMBRE 1929
PARIS
ÉDITIONS ALBERT LÉVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2, Rue de l'Echelle
Page 2
LES AOSAIQUES NOËL
---
POTERIES NORMANDES J. FILMONT
A CAEN
Téléphone 1-90.
ÉPIS ÉMAILLÉS
GENRE ANCIEN
TUILES VIEILLIES et ÉMAILLÉES
Reproduction en terre cuite de PANS de BOIS RENAISSANCE
Représentant à PARIS:
M. CHAVOUTIER
46, rue de Paradis
DEMANDER le CATALOGUE n°1
---
LAMBRISEZ
vos SALLES D'ATTENTE, BUREAUX & COULOIRS
EN
MARBRITE “FAUQUEZ”
Minimum de joints
Entretien nul
Ne se craquelle jamais
Conserve toujours l’aspect et la fraîcheur du neuf
VENTE POUR LA FRANCE:
COMPTOIR GÉNÉRAL DE VENTE DES GLACES
8, Rue Boucry — PARIS
Un Bureau spécial d’études est à la disposition de nos clients pour l’établissement de toutes maquettes et projets concernant l’application de nos produits
Cies Réunies des Glaces et Verres spéciaux du Nord de la France
SOCIÉTÉ ANONYME AU CAPITAL DE 20.000.000 DE FRANCS
Usines à BOUSSOIS et à LA LONGUEVILLE (Nord)
Page 3
Emplacement réservé à la
SOCIÉTÉ D'ENTREPRISES
Fer & Glaces
Société Anonyme au Capital de Cent Mille Francs
Filiale
des Ateliers de Construction SCHWARTZ-HAUTMONT
des Manufactures de Glaces de SAINT-GOBAIN, ANICHE, BOUSSOIS
et de la SOCIÉTÉ FRANCO-BELGE pour la fabrication mécanique du verre
Siège Social :
9, rue Eugène-Millon, 9
PARIS-15°
Télégr. : SEFEG-PARIS
Télèph. : VAUGIRARD 35-01
35-02
Objet : Entreprise des travaux se rapportant à l'équipement en menuiserie métallique et à la vitrerie, spécialement en glace polie, des immeubles de rapport et de tous autres bâtiments publics ou privés.
LA PLUS GRANDE MAISON FRANÇAISE
POUR INSTALLATIONS DE
BANQUES • MAGASINS • BUREAUX
MICHON ET PIGÉ
23 RUE LIGNER 23
PARIS XX
TEL. ROQUETTE { 35-43
35-44
35-45 }
LE PARQUET SANS JOINT DE QUALITÉ INCOMPARABLE - Procédé Brevelé S. G. D. G.
Pour :
BUREAUX
MAGASINS
ATELIERS
HABITATIONS
VOITURES
A VOYAGEURS
TRAVAUX SIMPLES
ET DE LUXE
Toutes Nuances
Tous Styles
Parquet Hygiénique
SANS JOINT
Terrazzolith
SUPÉRIORITÉ GARANTIE
Ne Gondole ni ne se fend jamais.
Belles Couleurs Inaltérables.
Durée limitée.
DEMANDEZ PROSPECTUS
TÉLÉPHONE www.35-35
Solide et durable souple
de
CONTACT AGRÉABLE
PROPRE et HYGIÉNIQUE
Exposition des Arts Décoratifs et Industriels 1925
GRAND PRIX
ET MÉDAILLE D'OR
Demander prix et tous renseignements :
64, Rue Petit - PARIS
Au point de vue de la qualité, le " TERRAZZOLITH " est sans concurrent
IX - 29
Page 4
les toitures de la ville future
les toitures terrasses
doivent avant tout donner entière satisfaction au point de vue “étanchéité”. Leur étanchéité est absolue et durable lorsqu’elles sont recouvertes en
ISODRITE
chape isolante d’asphalte
insensible aux intempéries : pluie, gel, soleil, etc...
Une terrasse protégée par un revêtement en Isodrite présente une sécurité absolue. Aucune fissure, aucun glissement à craindre.
Envoi gratuit de nos notices documentaires et de nos listes de références sur demande.
ISODRITE
SAMTOR, 64, rue de la Boétie, Paris-8e
Élysées 92-35 et la suite.
Page 5
SOMMAIRE
du numéro de "L'Architecte" de Septembre 1929
TEXTE
L'URBANISME, ART TRADITIONNEL ... J. Porcher.
PLANCHES
Pl. 49 à 54. — Maisons, à l'Exposition de l'habitation de Breslau (Allemagne) ... A. Rading et H. Lauterbach.
Correspondants.— Allemagne : Adolf Goetz, Gansemarkt, 33, Hamburg-36.— Autriche: D’Ermens, Schegargasse, 47, Vienne. Hollande : Ir. A. Boeken, Architecte B. N. A., Keizersgracht, 614, Amsterdam.
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans "L'Architecte" deviennent la propriété de la revue.
FRANCE ... Le numéro 12 fcs. — L'abonnement (12 numéros) ... 120 fcs
ETRANGER ... 1°. Pays ayant adhéré à la convention de Stockholm (tarif postal abaissé) le numéro 14 fcs. ... 140 fcs
... L'abonnement (12 numéros)
2°. Autres pays: Angleterre et ses Colonies et Dominions (Canada excepté), Danemark, Dantzig, Etats-Unis, Colonies hollandaises, Italie et Erythrée, Norvège, Palestine, Suede, Suisse: le numéro 16 fcs. L'abonnement (12 numéros) ... 160 fcs
L'année parue (nouvelle série, 1924, 1925, 1926, 1927, 1928) ... France 150 fcs. — Etranger. ... 165 fcs
Portefeuille destiné à contenir une année ... 10 fcs. ... 13 fcs
ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er). LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
Cheques postaux: Paris 6690 — R.C. Seine 64.696 — Adresse télégraphique: Edalvyde-Paris — Téléphone: Louvre 33-87.
---
USINES ALSACIENNES d'ÉMULSIONS
Pour les TOITURES-TERRASSES
Toitures inclinées en béton armé — Ouvrages d'art Sous-sols et caves en terrain inondable, etc.
La chape étanche en asphalte souple
"MAMMOUTH"
DEMANDEZ NOS RÉFÉRENCES
PARIS STRASBOURG LILLE TOULOUSE
25, rue Tronchet 15,rue de l'Arc-en-Ciel 60, rue de Paris 9,rue St-Antoine-du-T
Centra179-82 Louvre 63-29 Tél.: 22-95. Tél.: 41-22 Tél.: 28-01
REGISTRE DU COMMERCE : STRASBOURG, VOL. X, N° 104.
---
BÉTONS ARMÉS HENNEBIQUE
A L'ÉPREUVE DU FEU (BREVETÉ S.G.D.G.) | Plus de 1200 Agents et Entrepreneurs-Concessionnaires GRANDS PRIX A TOUTES LES EXPOSITIONS
Direction et Bureau technique central : I, rue Danton, PARIS (6') (Tél.: LITTRE 43-43 — Adr. Télégr.: HENNEBIQUE-25-PARIS)
RENSEIGNEMENTS, BROCHURES, PLANS ET AVANT-PROJETS GRATUITEMENT SUR DEMANDE
---
ÉTABLISSEMENTS GENTIL & BOURDET
GRÈS FLAMMÉS ET MOSAIQUES
Société Anonyme au Capital de 1.700.000 Francs siège social, 189, rue du vieux-point-de-Sèvres, BILLANCOURT
Adr. Télégr.: GREFLAM-BILLANCOURT
AGENCE SPÉCIALE DE DESSINATEURS POUR L'EXÉCUTION DE TOUS AVANT PROJETS POUR L'ADAPTATION DE NOS GRÈS
7 GRANDS PRIX, MEMBRE DU JURY AUX EXPOSITIONS, LAURÉAT DE LA SOCIÉTÉ CENTRALE DES ARCHITECTES (fondation Paul Sedille)
Téléphone : Auteuil 03-17
Page 6
SOCIÉTÉ ANONYME DES ANCIENS ÉTABLISSEMENTS
E. BORDEREL ET E. ROBERT
FERRONNERIE D'ART
RAYMOND SUBES DIRECTEUR
- Tél.: MARCADET 52-24.
- 52-25.
PARIS
---
ENTREPRISE GÉNÉRALE DE TRAVAUX PUBLICS ET PARTICULIERS
TRAVAUX DE TERRASSEMENT ET DE MAÇONNERIE
LE BÉTON ARMÉ
DANS TOUTES SES APPLICATIONS
Fixité absolue des FONDATIONS NEUVES Consolidation des FONDATIONS ANCIENNES par le PIEU COMPRIMÉ Breveté s. g. d. g. en béton armé sous pression d'air, fonçage sans ÉBRANLEMENT du sol
Un Hôtel à Biarritz. — MM. Hiriart, Trébout et Beau, architectes.
SOCIÉTÉ TECHNIQUE & INDUSTRIELLE D'ENTREPRISES
Société au Capital de 3.000.000 de francs Siège Social : 22, Rue Caumartin, 22, PARIS-9e
---
Suppression radicale des coffrages Par la pose immédiate du PLANCHER SIEGWART
Usine à GENNEVILLIERS (Seine)
Page 7
L'ARCHITECTE
---
FIG. 102. — EXPOSITION DE L'HABITATION, A BRESLAU (ALLEMAGNE). — Vue générale.
L'URBANISME, ART TRADITIONNEL
L’« urbanisme » est-il un art, une science nouvelle ? Question moins vaine qu'il ne semble. Si le mot est nouveau, ce qu'il désigne ne l'est guère, car depuis qu'il existe des villes il a bien fallu les aménager : mais la chose est aujourd'hui plus ardue que jamais. Les faits se sont compliqués de telle sorte que ceux dont le rôle était de prévoir se sont laissés dépasser par eux, de même que longtemps, en construction, les architectes n'ont pas su tirer parti, pour s'en rendre maîtres, des matériaux nouveaux que les industriels leur forgeaient. Le résultat, de part et d'autre, a été ce que l'on sait. L'architecture est sortie des hésitations. L'urbanisme, puisque urbanisme il y a, en est encore loin. Les Parisiens en savent quelque chose.
Comme toujours en pareil cas, les théoriciens foisonnent. Chacun a son idée là-dessus, son système, et les remèdes sont aussi variés qu'il y a de compétences à en proposer (1). C'est bon signe : les réalisations ne tarderont pas. Bon signe également que les architectes se mêlent ardemment à la discussion, car leur rôle, ici, ne peut être que le premier.
Qu'il y ait dans l'aménagement d'une agglomération urbaine une part très importante à faire à ce qui se mesure et à ce qui se pèse (transports, circulation, ravitaillements), c'est incontestable. Si l'on entend par science l'étude d'un ensemble de faits exacts, on peut dire que l'urbanisme est une science. Les phénomènes qu'elle constate relèvent d'une observation scrupuleuse, délicate certes mais parfaitement définie, et leur interprétation ne prête à aucune discussion, pour peu que l'on s'abstienne d'en tirer des lois à tort et à travers, comme la fameuse loi du développement vers l'ouest. Paris se développe sans arrêt,
(1) On trouvera une fort intéressante collection d'opinions diverses, présentées sous une forme alerte et vivante, dans le Cahier no 42 de la République des Lettres, des Sciences et des Arts (Vers un Paris nouveau. — Paris, Les Beaux-Arts, 39, rue La Boëtie, 1929).
SEPTEMBRE 1929.
---
Page 8
L'ARCHITECTE
c'est un fait qu'il est nécessaire d'étudier en détail et dont il est impossible, à moins de catastrophe, de faire abstraction; que ce fait soit heureux ou non, c'est une autre affaire. On peut souhaiter la disparition des villes tentaculaires; pour le moment elles existent, essayons donc de les accommoder au mieux. A ce titre, la science urbaine est du ressort des statisticiens, des économistes, des ingénieurs; l'architecte, disent certains, n'a que faire ici : ils le prennent pour un fabricant de façades et de décors (évidemment, ceux-ci n'ont que faire nulle part). Mais l'architecte véritable est à sa place partout où il y a composition.
Composition : non pas dessin d'imagination, rendu quelconque plus ou moins plaisant à l'œil et ne tenant compte d'aucune donnée réelle (ceux qui ne savent ou ne veulent faire que cela n'ont d'architectes que le nom, et tant pis pour ceux qui confondent); mais examen serré de tous les aspects d'un problème, des éléments variés et contradictoires qu'il faut utiliser, combiner pour en former un ensemble cohérent.
Or la ville que nous habitons n'est pas seulement un assemblage de bureaux bien tenus, d'usines et de gares reliées plus ou moins commodément à une banlieue habitable. Elle est le décor de notre existence; nous l'avons façonné et, plus que nous ne croyons, ce décor nous façonne. C'est le lot de l'architecture, dont l'urbanisme n'est ici qu'une branche, de réagir sur ceux qui l'ont conçue; interprète de son époque, le constructeur puise en elle la meilleure part des éléments nécessaires à l'exercice de son état : il en dépend, mais, par un retour certain, l'image qu'il donne d'elle en prolonge, en multiplie le reflet. Par sa forme toujours présente un bâtiment s'impose plus sûrement qu'aucune œuvre d'art : il crée l'ambiance dans laquelle nous vivons. L'architecte est responsable pendant bien plus de dix ans et sa responsabilité dépasse la seule solidité de son immeuble : responsabilité plus lourde encore lorsqu'il s'agit d'une ville entière. Il y a deux manières possibles en effet d'aménager un immeuble trop vieux ou une ville trop étroite : les mettre en état de répondre aux exigences nouvelles, ou les remplacer. M. Le Corbusier a comparé très justement ces opérations à la médecine et à la chirurgie. Sans doute il est plus simple de jeter tout par terre, d'un coup; on a du moins les coudées franches; mais sait-on ce que l'on perd au juste? Cela ne se chiffre guère.
Page 9
L'ARCHITECTE
---
FIG. 104. — EXPOSITION DE L'HABITATION, A BRESLAU (ALLEMAGNE). — Maison de A. Rading. Plan d'étage.
Le passé d'une ville n'appartient pas aux seuls archéologues, maniaques inoffensifs des temps révolus que les gens à la page traitent aimablement de fossiles : il est le bien commun de tous ses habitants, il fait partie de leur être même. Rebâtir une ville de fond en comble, c'est la supprimer aussi sûrement que si l'on voulait la « classer » tout entière, en étiqueter les pièces comme celles d'un musée de façon à l'empêcher à tout jamais de changer. Arrêt ou rupture, c'est tout un au regard de l'architecte, dont l'art n'existe qu'en fonction de la matière vivante. De tous ceux qui se mêlent d'urbanisme lui seul, parce que c'est son métier, peut savoir que la tradition bien entendue est un élément nécessaire de toute composition.
Il est assez mal porté à l'heure actuelle de se réclamer de la tradition, en architecture surtout ; c'est qu'on la comprend de travers. À l'ordinaire, on n'entend par là que l'imitation des formes anciennes : de ce que les grands ancêtres, par un labeur patient, sont arrivés à des résultats que nous admirons, on en conclut qu'il n'y a plus qu'à faire comme eux, ou même qu'il y aurait danger à ne pas faire comme eux. Malheureusement ce qu'on imite, ce n'est pas, comme on devrait, leur labeur, mais seulement des détails superficiels. Or la seule leçon raisonnable que nous donne en architecture le passé, c'est qu'il importe de savoir être soi-même, et de son temps : double obligation parfois contradictoire, car il s'agit de tenir l'équilibre entre une imagination qui se doit d'être débordante et des exigences très terre à terre : l'audace d'un architecte, comme celle d'un décorateur, ne peut se donner libre cours que dans les limites de l'acceptable et de l'utile. Pourquoi certaines constructions, même récentes, nous paraissent-elles déjà surannées, vieillottes et comme exsangues? C'est qu'elles sont venues sur un programme peu étudié ou mal compris. Leurs architectes n'ont pas su leur donner la vie, tout occupés qu'ils étaient, les égoïstes, à des idées pompeuses ou brillantes. Quel que soit son talent, un constructeur ne saurait en effet oublier, sans danger pour les autres et même pour sa gloire future, que l'art auquel il s'adonne est avant tout un art de société. Un musicien, un peintre n'engagent qu'eux-mêmes : l'architecte, surtout agissant en tant qu'urbaniste, travaille pour des groupes constitués qui s'imposent à lui, avec leur caractère particulier, leurs goûts, leurs exigences, leurs habitudes : données précieuses, à la fois solides et délicates, lentement modelées, et dont il est tentant, parce que c'est le plus simple, de ne pas tenir compte. Mais un architecte, conscient de son rôle, ne saurait s'y résoudre.
Le voudrait-il d'ailleurs, qu'il ne le pourrait
Page 10
L'ARCHITECTE
Fig. 105. — Exposition de l’habitation, à Breslau (Allemagne). — Maison de A. Rading. Escalier.
guère : même médiocre, même tout à fait dénué de dons d’observation ou de sens critique, il tient, par son origine même, au groupe qui l’emploie, et son éducation, les travaux auxquels il se livre chaque jour ne peuvent que rendre plus forts les liens qui l’attachent à lui. La diversité de ses ouvrages ne lui assure pas seulement une maîtrise parfaite dans l’art de débrouiller et de réaliser un programme (maisons de rapport, hôtels particuliers, usines, églises, bâtiments à usage commercial, gares, hôpitaux, etc.), elle le met en contact permanent avec tous les métiers, toutes les classes. Nul plus qu’un grand architecte n’est représentatif du pays où il vit; il en a, au degré supérieur, les qualités et les défauts, et c’est pourquoi l’architecture la plus internationale conserve, en dépit de ses tendances, un caractère si profondément français, hollandais, russe, allemand, suédois. Elle a la tradition dans le sang. Les ressemblances générales sont tout extérieures: mode de construction par ossature et remplissage, goût de la nudité, terrasse, etc., mais les différences s’accusent dans les partis, la façon de traiter un plan, le sentiment des masses et des volumes. À programme égal, on peut poser en fait que les architectes de pays différents, architectes à tendances modernes s’entend, aboutissent à des résultats différents. Cela n’est guère sensible, peut-être, à l’heure actuelle : l’architecture dite moderne est encore chose trop nouvelle pour que nous puissions, à première vue, y discerner des particularités locales bien nettes. Mais, à y regarder de près, ces particularités sont évidentes, et elles ne feront que s’accentuer à mesure que les méthodes actuelles iront s’affirmant dans les diverses contrées.
Une telle proposition n’a rien d’hérétique. La révolution architecturale, s’il est permis d’appeler révolution ce qui n’a été qu’un retour aux principes, s’est faite, peut-on dire, au nom de l’automatique; à une époque jalouse de mettre du machinisme partout, on éprouve une grande satisfaction à se persuader que les formes nouvelles du bâtiment ne sont que le produit nécessaire des matériaux actuels, le résultat obligé de leur emploi. (C’est juste, d’ailleurs, si l’on veut bien ne pas oublier que les matériaux eux-mêmes doivent se plier aux programmes les plus variés.) Il est donc légitime de penser que l’architecte, par définition et presque sans le vouloir, est le mieux placé qui soit pour doter ses compatriotes de villes convenables, ayant mieux que personne, en principe, le sens des réalités profondes auxquelles il participe lui-même.
On dira (on l’a déjà dit maintes fois, même avec quelque violence) que chez nous l’enseignement officiel ne semble guère s’inquiéter de développer chez les jeunes architectes le sens de ces réalités traditionnelles. Les comprend-il seulement? Pour lui la tradition est une chose morte, fixée à jamais; elle est représentée par la copie servile de ce qui fut et ne signifie plus rien. Un architecte essaie-t-il, au sortir de l’école, d’ouvrir les yeux sur le vaste monde, de comprendre ce qui se passe et d’en faire son profit, immédiatement on le montre au doigt, on le traite d’énergumène. C’est un « moderne », un fou; plaignons ce jeune homme qui prétend se passer du formulaire commode dont les sages l’ont pourvu.
Le plus curieux, c’est que ces sages qui font
Page 11
L'ARCHITECTE
un si fâcheux usage de leur sagesse n'ont pas tout à fait tort. On a écrit tout le mal possible de l'Ecole des Beaux-Arts; il est grand temps d'en dire un peu de bien. Car si l'on rejette le formulaire officiel, c'est, souvent, pour en adopter un autre qui ne vaut pas mieux. Celui-ci peut avoir le charme de la nouveauté: il ne le gardera pas longtemps, la nouveauté étant la chose du monde la plus fragile. Entre deux systèmes figés, l'un dans le culte de ce qui n'est plus, l'autre dans la dévotion à ce qui n'est pas, nous choisirons le plus souple, le plus susceptible d'être perfectionné. Avec tous ses défauts, dont le plus grave est de disposer à une adresse facile, à un psittacisme bien propre à éteindre toute velléité d'indépendance, l'enseignement officiel possède du moins cette vertu que ceux qui en ont bénéficié ont appris précisément que l'architecture ne cesse jamais d'être un décor; ils ne l'oublieront plus. Que parfois ils appliquent cette vérité de travers, c'est entendu et démontré. Mais ils savent, et c'est beaucoup, que l'on attend de l'architecte qu'il crée le cadre harmonieux, reposant et varié, de notre vie quotidienne, élève-t-il un immeuble ou aménage-t-il une ville.
La dure architecture d'ingénieurs que préconise le second système, bien plus étroit que l'autre malgré les apparences, n'a aucune idée de cela. Il ignore ou veut l'ignorer. Avec toutes ses qualités, que nous avons trop souvent proclamées ici pour qu'il soit nécessaire d'y revenir, il a ce vice de prôner le mécanique et l'inhumain. Il nous voue aux villes en forme de corons, à une monotonie peut-être majestueuse, certainement lugubre. Il n'est nullement