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L'AMOUR DE L'ART II NOUVELLE SÉRIE N° 9 PRIX : 100 FRS

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Après six années d'interruption nous vous annonçons la reprise de LA REVUE MUSICALE Fondée en 1920 par Henry PRUNIÈRES Directeur : Robert BERNARD 70, Avenue Kléber, PARIS (XVIe) Téléphone : KLÉber 97-70 CONDITIONS D'ABONNEMENT : (donnant droit à 9 numéros dont un numéro spécial) Alfa bouffant … … … … 900 fr. Alfa surfin Navarre (tirage limité à 100 ex. tous numérotés) … 1.500 fr. --- vient de paraître : QUADRIGE REVUE MENSUELLE DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE • LA PENSÉE : Lettres et Sciences L’ART : Arts plastiques et Spectacles LA VIE : Économique, Politique et Sociale L’ÉLÉGANCE : La Mode et le Luxe Dans les premiers numéros GÉRARD BAUER, M. et L. de BROGLIE, CASSOU, CLAUDEL, COLETTE, MAX JACOB, FRANÇOIS MAURIAC, PROFESSEUR MONDOR, ROMAIN ROLLAND, PAUL VALERY 80 PAGES EN DEUX COULEURS… 150 FRANCS NOMBREUSES ILLUSTRATIONS EN QUADRICHROMIE 14, RUE GAILLON --- CHAQUE BON DE LA LIBÉRATION QUE VOUS SOUSCRIVEZ C’EST UNE PIERRE QUE VOUS APPORTEZ A LA RECONSTRUCTION DU PAYS

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EDITIONS D'ART SAGILE 139, rue du faubourg St.-Honoré. PARIS - BALzac 35-15 --- RENÉ - JEAN CLOT XVI LITHOGRAPHIES ORIGINALES Présentation de Michel FLORISOONE Tirage strictement limité à 160 exemplaires Prix de souscription : 1.600 francs --- EN SOUSCRIPTION TIRAGE LIMITÉ A 100 EX. IMAGES DU MALHEUR 10 EAUX-FORTES DE JOHNNY FRIEDLAENDER PRÉSENTÉES PAR JÉROME, de l’Académie Française et JEAN THARAUD Les 10 eaux-fortes (format 32,5×42) que comporte cet ouvrage ont été tirées à 100 exemplaires, savoir 1 exemplaire sur Japon contenant des épreuves d’état; 9 exemplaires sur Arches et 90 exemplaires sur Velin de Rives. PRIX DE SOUSCRIPTION : 5.000 FRANCS NOTICES ET BULLETINS DE SOUSCRIPTION SUR DEMANDE

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L'AMOVR DE L'ART II REVUE MENSUELLE VINGT-SIXIÈME ANNÉE SOMMAIRE - SOURCES ALCHIMIQUES DANS L'ART DE JÉROME BOSCH ... Jacques Combe - POSTDAM AU TEMPS DE SANS-SOUICI ... V. St-Mirgors - IMAGES ET DOCUMENTS: - I. Kwannon du Hôryúji. - II. La fontaine de vie. - III. Promenade du Poussin, par Corot. - IV. Moïse sauvé des caux, par Poussin. - UN EXPRESSIONNISTE BRÉSILIEN: CANDIDO PORTINARI. G. Bazin - LES PRIMITIFS NÉERLANDAIS AU MAURITSHUIS ... Vitale Bloch - LES EXPOSITIONS: - Venard ... D. Kerven - Modigliani ... V. S.-M. - LES GALERIES ... Y. Sjoberg - LES FAITS: - Galanis à l'Institut ... H. Horne - LES LIVRES: - Poussin vu par André Gide. ... G. B. - Réflexions sur quelques tableaux de Poussin ... T.Bertin-Mourot - Éditions de luxe ... G. B. --- COMITÉ DE DIRECTION Président: RENÉ HUYGHE Conservateur en chef des Peintures au Musée du Louvre - M. FLORISOONE - Nicolas H. de LARIE - Jacques LASSAIGNE - E. McFARLANE - J. CHARLES MOREUX - M. R AVAL Secrétaire de Rédaction DOMINIQUE KERVEN --- DIRECTEUR : GERMAIN BAZIN Conservateur au Musée du Louvre --- DIRECTION ADMINISTRATION PUBLICITÉ 139, Faubourg Saint-Honoré Tél. Balzac 35-15 --- ABONNEMENTS FRANCE - 12 numéros : 1.000 Francs - 6 numéros : 550 Francs ETRANGER - 12 numéros : 1.200 Francs --- ÉDITIONS PAUL DUPONT 4 bis, Rue du Bouloi - Paris 1er

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Sources alchimiques dans l'art de JÉROME BOSCH par Jacques COMBE. Dans cette peinture des ostentations de l’âme au cours de la vie terrestre qu’est essentiellement l’œuvre de Bosch, les puissances du mal, ses artifices, ses tromperies, ses pièges paraissent fréquemment sous le dehors de symboles liés à la magie, à la sorcellerie. Tolnay a précisé bien des thèmes de cet ordre, et c’est là ce qui nous a amené tout naturellement à chercher du côté de la luxuriante symbolique alchimique, la clef de thèmes boschiens. Ce domaine encore inexploré des sources de l’iconographie de Bosch s’est trouvé particulièrement riche. La pensée alchimique qui côtoie la science et la philosophie pour se perdre bien vite chez la plupart de ses sectateurs dans les méandres fumeux d’un automatisme allusif et symbolique délirant, a connu au XVᵉ siècle, une large diffusion et d’abondants développements. La tradition antique a été transmise au Moyen âge par les auteurs arabes dont les traités ont été traduits en occident vers le XIIᵉ siècle, comme c’est le cas pour le plus fameux d’entre eux, Geber. Au temps de Bosch, l’imprimerie donne une diffusion immense à ces écrits en même temps qu’à ceux des auteurs plus récents, de tous ces philosophes alchimistes dont la chaîne s’étend du XIIᵉ au XIVᵉ siècle. Tous ces auteurs s’expriment constamment par images, symboles, nombres, allusions. C’est toute une langue figurée qui ne se départit pas des données d’une tradition autoritaire, à tel point qu’au XVIIᵉ siècle, au crépuscule de cette littérature, des vulgarisateurs — tel, en France, Guillaume Salmon — purent établir, par compilation, des lexiques des symboles les plus fréquemment employés en alchimie. Symboles de l’œuf, du soufflet et de la tour en forme de coloquinte. Triptyque de Lisbonne.

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Or, dès que l'on s'enfonce dans ce grouillement de symboles qu'est la littérature alchimique, on rencontre des thèmes correspondant à certains des motifs les plus déconcertants de la plastique boschienne. Les thèmes de source alchimique se combinent et se recoupent sans cesse dans plusieurs de ses principaux ouvrages subsistants, essentiellement dans le Triptyque de la Tentation de Saint Antoine du Musée de Lisbonne et dans celui du Jardin des Délices de l'Escorial, actuellement exposé au Prado. Le thème central de la symbolique alchimique est celui de l'œuf. C'est autour de lui que gravite toute cette emblématique ésotérique. Dans les écrits des philosophes alchimistes, l'œuf figure tout à la fois l'univers lui-même aussi bien que le secret de sa création, objet de leur recherche, comme encore leur creuset, instrument de leurs travaux. C'est tout en même temps le signe de la création et celui de leur « grand œuvre » qui, à travers la transmutation des métaux, vise beaucoup plus loin, et par là revêt un caractère sacré à leurs yeux : il vise à une re-création de la matière inorganique, parallèle à la création sexuée de la matière organique, végétale ou animale. C'est une doctrine sur la création du monde considéré comme né de fécondations sexuées, en opposition à l'enseignement de l'église ; c'est une doctrine hérétique et elle a été jugée comme telle pendant tout le Moyen âge, assimilée à la magie et à la sorcellerie ; elle appartient au domaine de Satan. Aussi il est parfaitement cohérent de trouver fréquemment, dans ces ouvrages ce thème central de l'emblématique alchimique, ce thème de l'œuf qui, retrouvant sa signification, va contribuer à l'intelligence des compositions où il figure. Nous le trouvons au centre du Triptyque de Lisbonne : on présente sur un plat à l'assemblée de démons qui festoie aux côtés du Saint, un crapaud qui porte un œuf, présenté comme image sacrilège de l'eucharistie dans la messe noire qui se célèbre. Le thème reparait au haut de la tour en ruines où l'œuf est à l'instant d'éclore et marche sur deux pattes ; au ciel encore ou,

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ailé, il est chevauché par un démon, au bas du volet gauche une fois de plus. Enfin, la tour ovoïde où aboutit une galerie du château ruiné est aussi une version du même symbole, recoupée et confirmée par l'enseigne du soufflet, emblème des alchimistes, des « souffleurs », qui patronne le cabaret où sont réunis des moines et des nonnes égarés. Ce thème de l’œuf, du germe vivant, symbole éloquent et puissant, dégénère dans le vulgaire de la littérature alchimique en toute une série de figures dérivées. Accessoirement et, peut-on dire, plus matériellement, l’œuf figure, en même temps que le cœur de la doctrine, le creuset de l’alchimiste et, en ce sens, c’est plus sa forme extérieure que sa structure vivante qui est éloquente. Aussi la folie allusive des écrivains ésotériques lui a-t-elle inventé L’homme-arbre (Symboles de l’arbre creux, de l’œuf et de la chouette). Dessin. Vienne. Albertina.

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Symbole de l'arbre creux associé à l'idée de l'œuf. toute une série d'emblèmes morphologiquement analogues. Le creuset, après avoir été « l'œuf », « l'habitacle du poulet », devient quantité de choses ovoïdes ou sphériques telles que la cucurbite, la boule de verre. Or ces thèmes paraissent avec constance chez Bosch. Celui de la coloquinte, du fruit sphérique, isolé ou né d'une inquiétante végétation fantastique, est des plus fréquents. C'est un des thèmes essentiels du Triptyque de Lisbonne — à gauche du panneau central — où toute une équipe de démons sort d'une gourde géante. Le thème paraît en plusieurs variantes au panneau central du Retable des Délices. Cette fois, le fruit sphérique est habité par un couple (angle intérieur gauche et vers le centre). Le couple obscène qui habite la boule flottante au milieu de ce paysage fantastique confirme cette interprétation, comme la chouette, image constante de l'hérésie, — l'oiseau aveugle à la lumière divine —, qui guette dans la sphère supportant la Fontaine de Vie au volet du Paradis terrestre. Hérésie, sexualité, les deux aspects principaux du symbole alchimique de l'œuf : il n'y pas là un hasard pittoresque. Quant à la boule de verre, elle apporte un exemple plus précis encore, symbole verbal constant, la tradition alchimique nous l'apporte également sous forme graphique ; des traités alchimiques du XVIe et du XVIIe siècles nous présentent le soufre ou le mercure comme un être humain enfermé dans une boule de verre, image analogue à la boule qui, au Jardin des Délices, — à gauche vers le bas du panneau central —, enferme un couple amoureux qui, là encore précise le sens du thème, allusion à l'union dont le creuset, la « chambre nuptiale », disent encore les alchimistes, est le lieu. Par delà ces symboles simples et clairs, les écrivains alchimiques ont conçu une foule de figures analogiques où le symbole devient forcé et arbitraire, peu intelligible parce qu'édifié tantôt sur un caractère mineur de l'objet, tantôt sur une anecdote fabuleuse. C'est principalement le fourneau de l'alchimiste, du « philosophe », qui revêt quantité de figures énigmatiques. C'est ainsi que, traditionnellement, la figure d'un chêne creux est un de ces emblèmes représentant le creuset. Or le thème de l'arbre creux revient sans cesse dans l'œuvre de Bosch et, là aussi, des thèmes secondaires apportent

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leur recoupement. L'arbre creux figure au volet droit du Triptyque de Lisbonne en une version particulièrement probante : des démons écartant une draperie, découvrent à Antoine une femme nue abritée dans un tronc creux ; union encore du thème alchimique à son interprétation sexuelle. Le même thème reparait au volet du Triptyque des Ermites de Venise qui est consacré à saint Antoine. Mais, cette fois, la draperie écartée par le démon découvre un couple à côté de l'arbre creux et la femme invite l'homme. Par ailleurs, en plusieurs dessins, l'arbre creux est la demeure du hibou, thème combiné de l'hérésie identique à celui de la Fontaine de Vie des Délices. Et le volet de l'Enfer de ce dernier triptyque fournit l'exemple peut-être le plus important par sa complexité et sa cohérence du maniement par Bosch de la symbolique alchimique. Deux barques, — et le « vaisseau double » paraît en alchimie avec l'idée de l'alliance de la nature et de la science du chimiste —, supportent chacune un arbre creux dont l'écorce passe insensiblement en une forme nettement ovoïde formant le corps d'un monstre dont le chef se couvre d'une cornemuse, emblème nettement obscène. Un dessin de l'Albertina reprend le même thème de l'homme au corps d'arbre creux. Il est au Triptyque de Lisbonne un recoupement plus probant encore : du creuset, de l'œuf, de l'arbre creux, de la « matrice de la nature », comme ils disent encore, les alchimistes tirent, par l'union des éléments mis en présence, leur mercure hermétique, et pour ce le nomment-ils l’« enfant ». Or, au panneau central du Triptyque de Lisbonne, à droite, au pied de la tour, dans le marécage, une figure de vieille femme associée à un corps d'arbre creux, est l'amazone d'un rat. Du creux de ce corps ligneux de ce chêne, sort à demi un nouveau né au maillot. Les exemples sont assez nombreux pour permettre d'affirmer avec certitude que la pensée alchimique était familière à Bosch et qu'elle lui a été un truchement particulièrement favorable à l'exposition de son monde mauvais, de son monde de tentations. Jacques COMBE. Tryptique des Délices. Madrid.