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L'AMOUR DE L'ART V OCTOBRE 1945 PRIX : 80 FRS
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L'AMOUR DE L'ART V OCTOBRE 1945 PRIX : 80 FRS
vient de paraître QUADRIGE REVUE MENSUELLE DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE LA PENSÉE : Lettres et Sciences L'ART : Arts plastiques et Spectacles LA VIE : Économique, Politique et Sociale L'ÉLÉGANCE : La Mode et le Luxe Dans les premiers numéros GÉRARD BAUER, M. et L. de BROGLIE, CASSOU, CLAUDEL, COLETTE, MAX JACOB, FRANÇOIS MAURIAC, PROFESSEUR MONDOR, ROMAIN ROLLAND, PAUL VALERY 80 PAGES EN DEUX COULEURS... 150 FRANCS NOMBREUSES ILLUSTRATIONS EN QUADRICHRHOMIE 14, RUE GAILLON Yves ROUÉ Joaillier 61, B'd. MALESHERBES, PARIS (St-Augustin) D'une pierre deux coups ! * Un coup de chance pour vous, peut-être. * Un coup d'épaule sûrement, pour des Français malheureux. Prenez régulièrement un billet de la LOTERIE NATIONALE au profit d'ŒUVRES de BIENFAISANCE A.S CHACQUE BON DE LA LIBERATION QUE VOUS SOUSCRIVEZ C'EST UNE PIERRE QUE VOUS APPORTEZ A LA RECONSTRUCTION DU PAYS
JAPON LES TROIS GOUTEURS DE VINAIGRE École Kano, XVIe siècle, peinture monochrome. (Musée Guimet, acquis en 1943.)
L'AMOVR DE L'ART REVUE MENSUELLE VINGT-CINQUIÈME ANNÉE SOMMAIRE COMITÉ DE DIRECTION - Président : RENÉ HUYGHE Conservateur en chef des Peintures au Musée du Louvre - M. FLORISOONE - Nicolas H. de LARIE - Jacques LASSAIGNE - E. McFARLANE - J. CHARLES MOREUX - M. RAVAL Secrétaire de Rédaction Dominique KERVEN DIRECTEUR : GERMAIN BAZIN Conservateur au Musée du Louvre DIRECTION ADMINISTRATION PUBLICITÉ 139, Faubourg Saint-Honoré Tél. Balzac 35-15 ABONNEMENTS FRANCE 1 an : 800 Fr. 6 mois : 450 Fr. ÉTRANGER 1 an : 950 Fr. --- LES ACQUISITIONS DES MUSÉES DE FRANCE, 1939-1945... A.A. L'ARCHÉOLOGIE ET LES ARTS ASIATIQUES... J. Auboyer LA PEINTURE, LE DESSIN, LA FRESQUE... A. Hulfegeer LA SCULPTURE... P. PraDEL LES OBJETS D'ART... P. Verlet LES LIVRES... R.H. LES FAITS... R.H. --- ÉDITIONS PAUL DUPONT 4 bis, Rue du Boulois - Paris 1er

LES ACQUISITIONS DES MUSÉES DE FRANCE 1939-1945 PENDANT la guerre, le rôle des Musées de France fut double : un rôle passif, tout consacré à la sauvegarde des collections dont ils sont les dépositaires; un rôle actif, consistant à utiliser ces années creuses pour accroître notre patrimoine national. Le rôle passif, on sait que rien ne fut épargné pour le jouer parfaitement; là aussi l'esprit de résistance trouva son compte. Mais le rôle actif paraît, à première vue, plus paradoxal en ses temps où tout était si difficile; pourtant il fut considérable. Si considérable même que lorsqu'il s'est agit d'en présenter les résultats dans le palais du Louvre, les organisateurs durent à trois reprises agrandir leurs plans; la vaste salle des États fut d'abord choisie; vite jugée trop restreinte, on lui en ajouta une seconde, qui se révéla elle aussi insuffisante, et l'abondance des acquisitions fit déborder l'exposition dans les salles déjà ouvertes au public, chassant du pavillon Denon les panneaux illustrant les méthodes de protection des objets d'art pendant la guerre. Cependant le public ne peut voir dans cette exposition qu'une partie des acquisitions réalisées au cours de ces quatre années. En effet, il y eut deux sortes d'achats : ceux qui furent normalement effectués et ceux qui le furent fictivement, ces derniers concernant les biens israélites pour lesquels les conservateurs des Musées de France firent jouer parfois le droit de préemption, retirant ainsi provisoirement les plus belles pièces du commerce et les mettant, du même coup, à l'abri des convoitises allemandes. Les reproductions que publie aujourd'hui L'AMOVR DE L'ART ne sont qu'un choix parmi ce qui figure à l'exposition du Musée du Louvre; chaque département a fourni un gros effort pour acquérir des pièces intéressantes; chacun a dû consentir des sacrifices, ne pouvant tout exposer. A notre tour, nous avons dû nous limiter; ce ne sont que les œuvres mises en vedette que nous reproduisons, soit qu'elles se signalent par leur beauté ou leur rareté, soit qu'elles présentent un intérêt documentaire particulier. Nous rappelons d'autre part que L'AMOVR DE L'ART a déjà publié plusieurs de ces chefs-d'œuvre dans ses livraisons précédentes; ils ne figurent donc pas ici. L'AMOVR DE L'ART --- Ce torse de marbre reproduit un original grec antérieur au milieu du V° siècle et que l'on connaissait déjà par une réplique conservée à Rome (Vénus de l'Esquilin au musée des Conservateurs.) C'était sans doute l'image d'une héroïne sportive, telle que la plongeuse Hydna. C'est une des rares statues grecques de cette époque qui traitent le nu féminin.
L'ARCHÉOLOGIE ET LES ARTS ASIATIQUES ÉGYPTE, MOYEN EMPIRE STATUETTE DE FEMME ASSISE L'intérêt de cette pièce réside principalement en la matière même qui la compose. En effet, les figurines exécutées en bronze, datant de la XIIe dynastie, sont extrêmement rares. La lourdeur des mains et des pieds, la face élargie, les vastes oreilles qui contrastent avec l'étranglement de la taille, la forme de la perruque « bathorique », la simplicité de la parure, sont des détails spécifiquement typiques de cette époque. Bronze, 0m109. Legs Nanteuil. --- LES départements des Musées de France qui groupent l'art antique, l'art égyptien, l'art assyro-babylonien et les arts asiatiques (Musée Guimet) se sont enrichis d'une manière notable pendant ces années de guerre. Cet enrichissement est dû en partie à des dons et à des legs, dont un des principaux fut peut-être le legs de M. et Mme Henry de Nanteuil de la Norville, en 1944 : les départements égyptien, grec et asiatique en ont reçu chacun des pièces intéressantes, particulièrement une série de trente-trois bronzes antiques et un vase de bronze chinois du type « kouei » à la belle patine vert clair. Les collections égyptiennes se sont accrues d'objets divers parmi lesquels il faut signaler une série d'amulettes très rares provenant de la collection Virey, de Lyon, plusieurs pièces coptes, un remarquable panneau de bois sculpté des ve-vie siècles, représentant peut-être l’« Annonciation » et un manuscrit sur papyrus de la collection du comte de Jumilhac. Il faut mentionner tout particulièrement quatre fragments provenant d'une des « stèles frontières » qui délimitaient le territoire de la ville Amarna à la fin de la XVIIIe dynastie (environ de 1366 avant J.-C.) ; consacrée à l'histoire de la fondation de la ville, cette stèle, qui était sculptée sur la paroi rocheuse elle-même, représente, au-dessous du disque solaire, Aton le roi Aménophis IV (Akhenaton), son épouse la reine Nefer-iti et une de leurs six filles, la petite princesse Maket-Aton agitant un sistre. Quant au département des antiquités, il a acquis, entre autres, une belle tête de taureau en pierre, d'art sumérien archaïque (première moitié du IIIe millénaire avant J.-C.), provenant de Basse-Mésopotamie. Par ailleurs, la réunion des collections extrême-orientales du Musée du Louvre à celles du ---
ART KHMER (CAMBODGE ANCIEN) Une nymphe (apsaras) du paradis d'Indra, seconde moitié du xie siècle (style du Baphuon). Déjà se répand sur tout le visage le sourire qui éclairera les traits plus spiritualisés de la fin du xiiie siècle, ce sourire « d'Angkor » qui traduit le recueillement mystique et la compassion bouddhique pour chaque être. La gracilité de ce corps juvénile, la candide stylisation de ses formes font de cette œuvre un très pur exemple de l'art de transition qu'est le style khmer au xie siècle. H.: 1 m 28 × o m 86, grès, acquisition 1944.
L'ARCHÉOLOGIE ET ÉGYPTE, ÉPOQUE SAITE FRAGMENT DE VISAGE Les détails qui subsistent de cette tête suffisent à évoquer avec quel talent et quelle douceur infinie les artistes de la période néo-memphite savaient éclairer d'un sourire léger les visages frémissants de vie de leurs statues. Basalte, 0m8. --- Musée Guimet, effective depuis 1941, a permis d’unifier les acquisitions en les dirigeant vers un but commun : compléter les séries existantes, combler les lacunes, composer un tout cohérent de ces arts si divers. L’achat le plus considérable de ce département fut, en 1944, un grand vase de bronze chinois, du type « hou », dont les entrelacs traditionnels jouent sous une admirable patine verte et brune aux reflets verts et bleus et aux empâtements plus rugueux; ce vase rituel, d’une exceptionnelle qualité de conservation, avait déjà figuré à l’exposition des bronzes chinois archaïques du Musée Cernuschi, en 1937. Indépendamment des objets que nous reproduisons ici, il convient de signaler quelques acquisitions particulièrement intéressantes, tel qu’un linteau en pierre volcanique provenant de Java et appartenant probablement au style de Prambanan (environ IXe siècle), la traditionnelle tête de monstre appelée Kāla, encadrée de petits personnages. Il faut aussi parler d’un très beau bouddha siamois dont le type souriant est empreint d’influences khmères attardées; tout à fait caractéristiques du style d’Ou Thong (XIVe siècle), sa grande taille, la perfection de sa technique et la beauté de la patine du bronze en font une pièce rare et attrayante. Jeannine AUBOYER, Attachée au Musée Cernuschi. --- ART KHMER (CAMBODGE ANCIEN) TÊTE DE DÉMON (ASOURA), FIN DU XIIe OU DÉBUT DU XIIIe SIÈCLE Ce masque, détaché d'une colossale effigie démoniaque, est un exemple typique de la stylisation des traits du visage sous l'aspect terrifiant que les religions extrême-orientales prêtent à certaines divinités. L'enroulement des sourcils, les yeux exorbités, le nez fortement froncé, les lèvres contractées en un rictus mauvais, tout doit traduire la violence et provoquer l'effroi, afin de tenir éloignée du sanctuaire toute influence néfaste. H.: 0m59 × 0m43. Grès. Acquisition 1943. ---
LES ARTS ASIATIQUES GRÈCE, BRONZES ANTIQUES La partie de la collection léguée par Henry de Nanteuil au Département des Antiques est très importante, tant par la quantité que par la qualité des pièces qui entrent ainsi dans notre patrimoine national. Ces deux bronzes antiques ont été choisis parmi les trente-trois statuettes qui constituent un remarquable ensemble d'art grec et étrusque. Ils appartiennent l'un et l'autre à l'art grec de la première moitié du V° siècle avant l'ère chrétienne. Celui de droite représente un athlète portant le disque ; c'est peut-être l'œuvre d'un atelier installé en Grande Grèce ; la sûreté et la beauté de sa musculature, la très belle proportion des membres et l'équilibre de l'attitude en font une des pièces maîtresses de la collection. Quant à l'autre, plus fruste et plus spontané, il rappelle curieusement par sa pose les guerriers blessés du fronton d'Egine.

Cette publication de L'Amour de l'Art présente une sélection des acquisitions des Musées de France entre 1939 et 1945. L'ouvrage détaille les nouvelles pièces dans les départements de la peinture, du dessin, de la fresque, de la sculpture, des objets d'art, ainsi que dans les arts asiatiques et l'archéologie. Il met en avant des œuvres remarquables acquises durant cette période, certaines ayant été retirées du commerce pour les protéger des convoitises allemandes.