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L'AMOUR DE L'ART VIII NOUVELLE SÉRIE N° 15 PRIX : 100 FRS

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vient de paraître : QUADRIGE REVUE MENSUELLE DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE LA PENSÉE : Lettres et Sciences L'ART : Arts plastiques et Spectacles LA VIE : Économique, Politique et Sociale L'ÉLÉGANÇE : La Mode et le Luxe INÉDITS de L. et M. DE BROGLIE, CLAUDEL, COCTEAU, ELUARD, EMMANUEL, MAX-POL FOUCHET, GIRAUDOUX, LANGEVIN, LA TOUR DU PIN, ROMAIN ROLLAND, ELSA TRIOLET, VALÉRY, VERCORS, etc... N° IV : OMBRES et LUMIÈRE N° VII : RAISON et FOLIE Le numéro France 150 fr. Étranger 175 fr. et 200 fr. Les 5 numéros 725 fr. Étranger : 1/2 tarif : 850 fr., plein tarif : 975 fr. Abonnements Les 10 numéros 1.400 fr. Étranger : 1/2 tarif : 1.650 fr., plein tarif : 1.900 fr. DIRECTION-ADMINISTRATION : 68, rue Caumartin --- BONS DE LA LIBÉRATION à intérêt progressif --- LE FAIT DU JOUR Directeur : G. ANDRÉ-FRIBOURG Chaque fascicule (hebdomadaire format 15,5 × 24, 32 pages) comporte une étude sur la principale question d'actualité rédigée par l'un des spécialistes les plus qualifiés. Fascicules parus : N° --- Titre --- La question vitale : Faut-il rétablir les Allemagnes? --- Notre rançon : Quels paiements en numéraire l'Allemagne et l'Italie nous ont-elles contraints à leur faire de 1940 à 1945. --- La crise franco-anglaise ou de la nécessité de jouer le «fair-play». --- Où Hitler démontre la nécessité d'en finir avec l'unité allemande. --- Du danger des tours de valse ou la politique anglo-italienne depuis 1919. --- L'Italie et nous. --- La Sarre et la France. --- L'Italie dans la guerre 1939-1945. --- Les travaillistes et le Reich. Histoire d'une illusion tenace. (Le Parti — Le Daily Herald). --- ABONNEMENTS Numéro --- Prix --- 165 francs --- 325 francs --- 625 francs --- Le numéro : 15 francs RÉDACTION ET ADMINISTRATION : ÉDITIONS PAUL DUPONT 4 bis, Rue du Bouloi — PARIS (1er) Téléphone : GUT. 26-50 et 51 — Compte chèques postaux : Paris N° 5421-86

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JOHNNY FRIEDLAENDER IMAGES DU MALHEUR PRÉSENTATION DE JÉROME et JEAN THARAUD de l'Académie Française JOHNNY FRIEDLAENDER qui appartenait au même groupe d’artistes d’avant-garde que KLEE et FEININGER fut une des premières victimes du régime nazi. Arrêté en 1933, il connut dès cette époque les atrocités des camps allemands. En dehors de toute anecdote, il a exprimé dans ses eaux-fortes « IMAGES DU MALHEUR » les souffrances du peuple juif martyrisé par l’hitlérisme. Cette suite de 10 eaux-fortes (format $32,5 \times 42$ ) a été tirée à 100 exemplaires, dont : - 1 exemplaire sur Japon (souscrit) - 9 — sur Arches (3 disponibles) .. .. 10.000 frs - 90 — sur Rives .. .. .. .. .. 5.000 frs NOTICES ET BULLETINS DE SOUSCRIPTION SUR DEMANDE --- ÉDITIONS PAUL DUPONT 4 bis, rue du Bouloi, Paris (1er) Tél. : GUTenberg 26-50 et 51

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L'AMOVR DE L'ART REVUE MENSUELLE VIII VINGT-SIXIÈME ANNÉE COMITÉ DE DIRECTION Président : RENÉ HUYGHE Conservateur en chef des Peintures au musée du Louvre --- M. FLORISOONE JACQUES LASSAIGNE E. McFARLANE J. CHARLES MOREUX M. RAVAL --- DIRECTEUR : GERMAIN BAZIN Conservateur au Musée du Louvre --- Secrétaire de Rédaction DOMINIQUE KERVEN --- DIRECTION ADMINISTRATION PUBLICITÉ 139, Faubourg Saint-Honoré Tél. Balzac 35-15 --- SOMMAIRE LA BASTIE D’URFÉ. . . . . H. GUILLET TABLEAUX FRANÇAIS EN ITALIE. . . . . . . . . . J. VEYSSET IMAGES ET DOCUMENTS : I. Squelette du musée de Pompeï, mosaïque. II. Détail de la bataille de Darius, mosaïque. III. Camille Corot (horstexte), « Bretonnes à la fontaine ». IV. Portrait-charge de Corot. V. Jeune fille à la licorne - Bâle - Tapisserie. L’INSTITUT CENTRAL DE RESTAURATION A ROME.. . . . . . . . . C. BRANDI MARC CHAGALL PARMI NOUS. . . . . . . J. LEYMARIE LES FAITS : Maurice Garnier . . . . . . J.-C. MOREUX LES LIVRES : La Suisse et les livres (II).. R. HUYGHE Vous droits de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Copyright by Editions Paul Dupont 1946. --- ABONNEMENTS FRANCE 12 numéros : 1.000 Francs 6 numéros : 550 Francs ÉTRANGER 12 numéros : 1.200 Francs --- Dépôt de vente en Belgique: DIETRICH & Cie 83, Montagne de la Cour BRUXELLES --- Dépôt de vente en Suisse: NAVILLE & Cie 5-7, Rue Lévrier GENÈVE --- Bureaux à New-York: PAUL DUPONT 500, Fifth Avenue NEW-YORK 18 NY --- Bureaux à Londres: PAUL DUPONT Limited 25, Villiers Street LONDON WC 2 --- ÉDITIONS PAUL DUPONT 4 bis, Rue du Boulois, Paris 1er - C. C. Postaux : Paris N° 5421-86

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La Bastie d'Urfé par HUBERT GUILLET Il est en notre pays de France des sites, des monuments dont les noms seuls évoquent des pages entières de notre Histoire, et pourtant, oubliées de nos jours, combien de vieilles demeures en des lieux riches en souvenirs du passé, délaissées, mutilées, ne dressent plus sous le ciel qu'une silhouette morte. La Bastie d'Urée en Forez est un de ces trop nombreux exemples. Honoré d'Urfé et l'Astrée, quel homme du XVIIe siècle, quelle dame, en ces temps d'une si jeune et si ardente curiosité littéraire n'en prononçaient les noms : Céladon et Astrée et le « coulant et doux Lignon ». Si pour nous l'Astrée n'est plus qu'en deux syllabes harmonieuses, une synthèse de bergeries fanées, si ce roman de quelques six mille pages ne trouve de nos jours plus guère de lecteurs, un fait demeure : sa prodigieuse influence sur l'évolution des mœurs au cours du siècle de Louis XIV. Or, au sud de Montbrison, entre les petites villes de Feurs et de Boën, la Bastie d'Urfé, lieu où fut écrite une partie de l'Astrée, existe encore. Le site : « Auprès l'ancienne ville de Lyon, du costé du soleil couchant il est un pays nommé Forest, qui en sa petitesse contient ce qui est de plus rare au reste des Gaules... Au cœur de ce pays est le plus beau de la plaine, ceinte comme une forte muraille de monts assez voisins et arrosée du fleuve Loyre,... non point encore enflé ni trop orgueilleux, mais doux et paisible. Plusieurs autres ruisseaux en divers lieux la vont baignant de leurs claires ondes, mais l'un des plus beaux est Lignon, qui vagabond en son cours aussi bien que douteux en sa course, va, serpentant par cette plaine. » A part le tracé rectiligne des routes modernes coupant le cours sinueux du ruisseau, le pays a dû peu changer depuis cette description lyrique qu'en faisait Honoré d'Urfé dans la première page de son roman. Le Lignon coule toujours calme dans la plaine, comme près de ses rives se dresse toujours la demeure seigneurale des d'Urfé, mais si le ruisseau reflète toujours sous le même ciel les frondaisons chères aux personnages de l'Astrée, la Bastie, œuvre de l'Homme, en a, en revanche, trop souvent subi l'indifférence et il faut bien le dire, la cruauté. C'est dans le cours du XIIIe siècle que la famille d'Urfé, d'ancienne race féodale, apparaît en Forez. --- La fenêtre grillée de la grotte, autrefois ornée de feuille de vigne et de raisins dorés. — Photo F. Thiollier.

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Intérieur de la Chapelle, état ancien, d'après le tableau de Giuseppe UBERTI (musée de St-Étienne — ph. R. Paul) et deux photos donnant idée de son état actuel (ph. BOULIN.) Fixée d’abord dans son manoir fortifié de la proche montagne, elle l’abandonne vers le milieu du xve siècle pour s’établir dans la plaine, à la Bastie. Cette demeure, plutôt « Maison des champs, que véritable château », subira d’ailleurs de nombreuses transformations au cours desquelles elle perdra peu à peu tout caractère féodal. La Bastie ne prétend pas à la somptuosité des grands châteaux de la Loire, elle n’en a, non plus, ni les proportions ni surtout l’homogénéité de style que confèrent à ces derniers l’étroite fusion des éléments français et des apports de la Renaissance italienne. Ici, au contraire, et c’est là, peut-être, où réside le charme si particulier de cette demeure, les éléments italiens, architecture et décor sculpté, demeurent indépendants, intégrés dans un édifice plutôt sévère en son premier aspect et conservant ainsi, avec leur légèreté, leur originalité propre et la pureté de leur style. Asymétrique, sans plan bien déterminé, le château est flanqué à l’orient d’une aile assez nue, peut-être un ancien corps de garde; par contre, comme le fait remarquer le chanoine O. C. Reure, l'historien des d’Urfé, la Renaissance n’a pas dans le Forez de morceau plus élégant que la double galerie plaquée vers 1535, par Jonylion, l’architecte de Claude d’Urfé, sur l’aile occidentale.

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C'est au rez-de-chaussée une suite de onze arcades qui supporte au premier étage une véritable loggia d'une grâce toute florentine à laquelle on accède, non par un escalier, mais de l'extérieur, par un plan incliné. De cet ensemble se dégage une particulière impression de rythme et d'équilibre. Le corps de logis principal surprend par la fantaisie de son ordonnancement : au deuxième étage, percé de fenêtres à A droite — Portrait d'Honoré d'Urfé figurant dans l'édition de 1628 de son roman "L'Astrée" En bas — Vue extérieure de la Bastie d'Urfé.

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meneaux, régulièrement espacées, les étages inférieurs, le rez-de-chaussée surtout, opposent dans leur disposition ce qui semble être le fruit de l'inspiration la plus libre. C'est dans ce corps de bâtiment, au rez-de- chaussée que se trouve, ou plus exactement se trouvait, le joyau de la Bastie: sa chapelle. Une peinture d'Uberti, conservée au Musée de Saint-Étienne en reconstitue l'aspect au temps de sa splendeur : peintures murales de l'École italienne, stucs polychromés et dorés, pavements de faïence émaillée de l'atelier italien d'Abaquesne, panneaux de bois sculptés, bas-reliefs de marbre et vitraux, concouraient à donner à ce lieu un aspect d'intime somptuosité. Un curieux vestibule auquel l'architecte a donné l'aspect d'une grotte, donnait accès du château même à la chapelle. Cette grotte, « une des premières qui auraient été réalisées en France et une des mieux conservées » (Paul Vitry) est d'une ornementation assez bizarre : le sol et les parois disparaissent sous un revêtement de cailloutis, de bassins, de stalactites artificielles et de figures mythologiques. Des autres étages du château, on peut encore aujourd'hui parcourir les vastes pièces, vides hélas et souvent délabrées, plus ou moins modifiées au cours des temps en leur disposition ; on peut, dans leur silence, évoquer les figures de ceux qui firent de l'histoire des d'Urfé une fresque si haute en couleur et en violents contrastes. Ce Pierre d'Urfé, grand'maître des arbalétriers de Charles VII, et Claude, père d'Honoré d'Urfé, nommé par François 1er, bailli du Forez, et Honoré d'Urfé lui-même, tout d'abord enragé ligueur, puis lieutenant général au gouvernement du Forez, ou, servant sous le connétable de Lesdiguière « en la reprinse de la Maurienne », avant que d'être pour tous le « Chantre de l'Astrée ». On peut, des terrasses, contempler la campagne aux doux vallonnements et que ferme au couchant la ligne ondulée des monts du Forez, mais les nombreuses transformations qu'a subies la Bastie ne nous permettent plus d'en reconstituer la disposition première. Où était la chambre d'Honoré d'Urfé, de quelle fenêtre Diane de Chateaumorand, son épouse, regardait-elle le ruisseau où sous le nom d'Astrée l'immortelle bergère régnait sur le cœur de Céladon ? Et la librairie aux quatre mille volumes et les deux cents manuscrits, heureusement recueillis et parmi lesquels, prodigieux entre tous, se trouve le seul interrogatoire en français de Jeanne d'Arc lors de son procès ? Qu'est-il advenu de la Bastie, des splendeurs passées à nos jours ? Le quinze février 1600, Diane de Chateaumorand, dont le mariage avec Anne d'Urfé avait été annulé deux ans auparavant, épousait son beau-frère Honoré d'Urfé. Peu après leur mariage les époux se séparaient et ainsi, à l'aube du XVIIe siècle, devait s'éteindre la vie artistique et littéraire de la Bastie, Vue donnant sur la galerie. (Ph. C. Faure). Ces deux photographies montrent l'ensemble de la grotte dont le décor est encore bien conservé (Photographie F. Faure).

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Le décor se compose de Stalactites en rocaille et d'un revêtement en calloutis incrustés recouvrant les murs et les personnages. Que resterait-il aujourd'hui de cet ensemble dont Paul Vitry a pu dire « que l'équivalent n'existe réellement nulle part dans la construction de la Renaissance Française ». Que resterait-il aujourd'hui de la Bastie, peut-être pas même ses ruines, si, tout d'abord, en 1875 le comte Jean de Neufbourg n'avait eu l'heureuse initiative de s'en rendre acquéreur et si, en 1909, l'active société archéologique et historique du Forez « la Diana », en devenant à son tour propriétaire, ne l'avait prise sous sa garde. Tel qu'il apparaît, le château, vu de l'extérieur, ne semble pas avoir trop souffert. Depuis sa prise de possession, « la Diana », tout d'abord, puis les « Monuments Historiques » (le château est maintenant classé) ont paré au plus pressé et limité ainsi les dégâts que n'auraient pas manqué de provoquer les intempéries. Mais l'intérieur, avec ses salles d'apparat, où tout ce qui pouvait être arraché l'a été sans précaution et sans souci de préserver ce qui demeurait, offre le spectacle le plus lamentable. La chapelle est vide de ses vitraux, de ses peintures, de ses bois sculptés. Seuls quelques pilastres ornés et le plafond aux stucs polychromés demeurent en place et la richesse de leur décor accuse, encore plus, l'aspect désolant des murs lépreux où reste marqué l'emplacement des tableaux qui les ornaient autrefois. Pour celui, qui aimant la Beauté, quelles qu'en soient les formes, et plus encore quand cette Beauté se rattache directement à une partie si vivante de notre passé, un tel mépris de notre patrimoine d'art, a quelque chose qui profondément révolte. Si les Beaux-Arts ne purent assister qu'impuissants à ce vandalisme (le château n'était pas encore sous leur protection au moment de son véritable pillage), un certain nombre de pièces importantes put être néanmoins récupéré par des amateurs qui en firent, par la suite, don à l'État. Heureusement, et cela surtout depuis 1918, en réaction contre cette chasse à la curiosité, contre ce démembrement systématique, pierre par pierre, objet par objet, de certaines de nos comme, avec Louis d'Urfé, évêque de Limoges, mort en 1655, devait s'éteindre le dernier du nom. En vertu d'une coutume admise sous l'ancien régime sous le nom de substitution, le nom d'Urfé est porté par Louis Christophe de la Rochefoucauld, marquis de Langeac. Au cours du XVIIIe siècle, Casanova, dans ses mémoires, cite une marquise d'Urfé, et ce n'est qu'avec la chute de la première monarchie que disparaîtra la descendance des premiers seigneurs de la Bastie. Au XIXe siècle, la Bastie conservera encore le sens et l'aspect d'une demeure seigneuriale jusqu'en 1872 où le château ayant été vendu à un industriel, tout ce qui constituait une valeur d'art capable d'être monnayée fut arraché et dispersé au gré des enchères. Galerie édifiée vers 1535. (Ph. F. Faure).