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L'AMOUR DE L'ART II L'ÉCOLE DE PARIS À NEW-YORK JUILLET 1945 NUMÉRO SPÉCIAL PRIX : 120 FRS

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L'AMOVR DE L'ART REVUE MENSUELLE II VINGT-CINQUIÈME ANNÉE SOMMAIRE Numéro spécial COMITÉ DE DIRECTION - Président : RENÉ HUYGHE Conservateur en chef des Peintures au Musée du Louvre - M. FLORISOONE Nicolas H. de LARIE Jacques LASSAIGNE E. McFARLANE J. CHARLES MOREUX M. R AVAL - Secrétaire de Rédaction Dominique KERVEN --- L'ÉCOLE DE PARIS À NEW-YORK - L'ÉCOLE DE PARIS À NEW-YORK, par Germain BAZIN - ART FRANÇAIS EN AMÉRIQUE, par Charles STERLING NOTICES sur E. BERMAN, A. BRETON, JEAN CARLU, JACQUES CARLU, CHAGALL, P. CHARREAU, SALVADOR DALI, C. DOMEC, MARCEL DUCHAMP, KISLING, FERNAND LÉGER, ANDRÉ MASSON, J. MAROGER, MENKÈS, MESTCHANINOFF, MONDRIAN, OZENFANT, YVES TANGUY, TCHELITCHEW, DANIEL VITERBO, ZADKINE. Documentation réunie par Charles STERLING et Germain BAZIN --- ÉDITIONS PAUL DUPONT 4bis, Rue du Bouloï - Paris 1er --- DIRECTEUR : GERMAIN BAZIN Conservateur au Musée du Louvre --- DIRECTION ADMINISTRATION PUBLICITÉ 139, Faubourg Saint-Honoré Tél. Balzac 35-15 --- ABONNEMENTS FRANCE 1 an : 800 Fr. 6 mois : 450 Fr. ÉTRANGER 1 an : 950 Fr.

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JACQUES LIPCHITZ. — Maquette n° 1 pour Prométhée terrassant le vautour (1942), statue commandée par le gouvernement brésilien pour le Ministère de l'Éducation nationale à Rio de Janeiro.

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L'ÉCOLE DE PARIS A NEW-YORK C’ÉTAIT la veille de la guerre ; on avait le « cafard après la fête ». Nombre de critiques ensevelissaient « l’art vivant », déclarant qu’il était temps, enfin, de revenir à la quiétude des « justes milieux », en lesquels trop aisément la société française s’enlise, dès qu’elle s’abandonne à sa vitesse acquise. Mais dans l’âpre conscience qu’elle prit d’elle-même, en cette retraite des années sombres, la France retrouvait le sens de son destin. En art comme en politique et en littérature, cette fois, Déroulède fut à gauche. Cubisme et surréalisme furent les formes de résistance de l’art français. Qui dira pourquoi les « collaborateurs » se recrutèrent uniquement parmi les fauves et les réalistes ? Pas de « gens du voyage » — sinon du voyage de l’exil — dans les milieux dits d’avant-garde. N’est-ce pas parce que l’abstraction est une position de liberté, qui engage tout l’homme et n’admet aucun pacte avec les puissances ? Et tandis qu’autour de Picasso, les peintres de Paris préparaient la bombe cubiste qui allait éclater au Salon d’automne de la Libération, à New-York croissait un surgeon vigoureux du surréalisme. En revenant sur les bords de l’Hudson, le surréalisme ne retournait-il pas à son berceau ? Marcel Duchamp, que je vis, la veille de son départ, en 1942, allait retrouver, trente ans plus tard, le théâtre de ses premiers exploits dadaïstes. Dada était né de la guerre de 1914, comme cette poussée nouvelle du surréalisme profita du présent conflit, sans doute parce que cette libération de l’instinct est une des expressions les plus pathétiques de l’angoisse humaine. Ainsi, tandis qu’une propagande infâme s’employait chaque jour à nous convaincre de notre décadence, un groupe d’artistes où se coudoyaient fraternellement des Français et des étrangers de l’école de Paris, qui avaient adopté notre culture, maintenaient la foi du Nouveau Monde dans les forces créatrices de la France. À ce peuple moderne, nos peintres et nos sculpteurs apportaient une vision moderne des formes et des couleurs qui entraîna, semble-t-il, une adhésion plus large qu’elle n’avait eue dans la société française. Ils s’adressaient à des esprits vierges, qui n’avaient pas subi, comme ceux d’Europe, l’empreinte d’une imagerie millénaire, et qui étaient restés préservés du dogme naturaliste et anthropomorphique, hérité du monde gréco-romain et diffusé par la Rome de la Renaissance. Pays neuf, également, ouvert à toutes les formes de révolution, la Russie soviétique — dont on a pu dire que son art était le plus bourgeois d’Europe — est un terrain beaucoup moins favorable à l’art abstrait ; on a adoré trop d’icônes pendant deux mille ans sur cette terre, pour ne pas conserver le culte des images. Dans les abstractions de Léger, d’Ozenfant, de Lipchitz, dans les imaginaires de Tanguy et d’André Masson, le peuple de la vitesse et de la civilisation mécanique, habitué aux raccourcis de la publicité, de la taylorisation et de la statistique, reconnaissait ses désirs et ses volontés. Lorsqu’il fallut galvaniser les énergies pour la production de guerre, c’est un Français, Carlu, qui l’emporta au concours de la première affiche de Défense nationale, trouvant l’image la plus évidente, la plus dynamique, la plus propre à porter sur la sensibilité américaine. « New-York est maintenant le centre artistique et intellectuel de l’univers » déclare, non sans orgueil, la revue View. L’école de Paris à New-York deviendra-t-elle l’école de New-York ? Les artistes exilés adopteront-ils la patrie qui leur servit de refuge ? Même s’il devait en être ainsi, la France n’en serait pas appauvrie ; elle n’aurait pas failli à sa mission qui est de répandre par le monde la semence d’idées. Germain BAZIN.

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ART FRANÇAIS EN AMÉRIQUE ANDRÉ MASSON 1942 LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ Grâce à la présence à New-York de notre ancien collaborateur Charles Sterling, nous avons pu obtenir la documentation que nous présentons dans ce numéro. Nous l'avons complétée par quelques renseignements puisés dans des publications qui nous ont été courtoisement adressées par M. Lincoln Kirstein, conservateur du Museum of Modern Art de New-York, que nous avons rencontré à Paris sous l'uniforme de l'U.S. Army. Charles Sterling, exilé de France par Vichy, est actuellement assistant au Museum of Modern Art de New-York. Il reprendra bientôt sa place au Louvre et, au moment où cette revue renaît, au milieu d'in vraisemblables difficultés, nous sommes heureux de saluer comme un retour à liberté de pensée cette voix amie qui nous parvient d'au delà des mers. VINGT artistes français et une dizaine de ceux de l'École de Paris sont actuellement à New-York. Ils sont arrivés en deux vagues principales : l'une avant la guerre (Carlu, Marcelle Dorval, Ozenfant, Léger, Domec, Hélion, Menkès) ; l'autre en 1940-42, comme réfugiés ou exilés. Au rythme de ces arrivées correspond, dans une certaine mesure, le rythme de l'influence de l'art français. La défaite créa une crise grave du prestige de l'esprit français. Elle correspondait d'ailleurs à la brusque recrudescence du sentiment nationaliste parmi les artistes et les institutions américaines, qui se manifestait depuis la dépression économique de 1932. L'isolement de la France a été considéré comme une chance exceptionnelle, pour l'art américain, de se libérer de la tutelle européenne et particulièrement française. Quelques expositions importantes de maîtres du xixe siècle (Renoir, Cézanne) et l'arrivée d'un groupe d'artistes dont les noms étaient familiers à l'élite intellectuelle américaine ont rapidement rétabli l'ancien équilibre. Déjà en 1941, la presse artistique américaine (Art Digest) constata avec une sorte d'étonnement que l'intérêt pour l'art français n'avait point décru en Amérique en dépit de la défaite politique, ce à quoi l'on s'attendait ici, selon les habitudes simplificatrices de l'opinion américaine. A cet égard, la situation a été très différente dans les

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autres domaines de l'influence culturelle française : dans les écoles et collèges américains, par exemple, la diminution des élèves apprenant la langue et la littérature françaises a été foudroyante. (On a noté, en 1940-42, des cas d'une diminution de 60 à 80 % au profit de la langue espagnole, ce qui correspondait à la politique du « bon voisinage » avec les républiques latines de l'Amérique du Sud). On peut donc dire que les artistes, ainsi que les marchands d'art exilés, ont bien mérité de la cause française. Le combat a été mené à coups d'expositions de maîtres du xixe siècle et d'artistes contemporains; de livres sur l'art français; d'enseignement artistique donné par les artistes français ou d'enseignement d'histoire de l'art français à l'École des Hautes Études et dans de nombreuses conférences à travers le pays entier. Les prix des tableaux français dans les ventes publiques se sont maintenus, puis ont légèrement augmenté (sans, cependant, jamais atteindre les prix pratiqués actuellement en France). Ainsi qu'on peut l'observer d'après les notices des artistes, le nombre des expositions des artistes français a été stupéfiant pendant ces années de guerre. Il est dû, non seulement à la curiosité américaine pour l'art français, mais à la vitalité de nos artistes qui se sont accrochés à leur travail pour combattre l'isolement de l'exil; et aussi, à l'infatigable activité des marchands, parmi lesquels Pierre Matisse s'est fait particulièrement remarquer. L'influence de l'Amérique sur les artistes français est celle de la nature et du spectacle de la vie, jamais de l'art américain. Dans la plupart des cas, elle se limite à l'introduction des sujets de la vie américaine; chez quelques-uns seulement elle touche le style, durcit la lumière, monte la gamme et accentue les harmonies froides. Fernand Léger est sans doute l'artiste qui s'est acclimaté le mieux, mais son art à l'écriture puissante, aux contrastes violents de volumes et de couleurs, sa passion de l'objet étaient bien faits pour épouser l'atmosphère et le rythme de la vie américaine. L'influence des artistes français ne cesse, au contraire, de se faire sentir, en dépit d'un grand mouvement vers la « désintoxication européenne ». Le spectacle de l'artiste français sûr de lui-même, réalisant obstinément sa vision intérieure, impressionne la critique et l'artiste américains au plus haut degré. Tous les courants de l'art français ont ici leurs adeptes américains, mais plus spécialement le mouvement surréaliste. Ici, les Français sont suivis, non pas directement, par imitation (c'est au contraire le cas de Salvador Dali, souvent imité) mais dans leurs développements théoriques, dont la belle présentation intellectuelle enrichit l'action des œuvres elles-mêmes. On peut dire qu'à cet égard les personnalités d'André Breton, de Marcel Duchamp, d'André Masson dominent les milieux surréalistes américains qui gravitent autour du Museum of Modern Art, de la Galerie Peggy Guggenheim et de la Galerie Buchholz (Curt Valentin). Il est certain que le groupe Breton, Masson, Tanguy, Duchamp a été un facteur très important de la propagande et du prestige intellectuel et artistique de la France. Charles STERLING. JACQUES LIPCHITZ. Museum of Modern Art, MÈRE ET ENFANT, bronze, 1941. New-York.

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LA PEINTURE Amédée OZENFANT Arrivé en 1938 de Londres, où il s'était établi depuis quelques années, pour professer à l'Université de l'État de Washington à Seattle. Ozenfant, qui a eu toujours une tendance très marquée à l'enseignement, fonda en 1939 une école à New-York (The Ozenfant School of Art). En cinq ans, cette école compta de 20 à 25 élèves permanents, dont certains restèrent pendant toute cette période, et 150 élèves qui y passèrent seulement. Parmi les élèves qui sont devenus des artistes de marque, il faut citer Eleonore Carrington (surréaliste), J.-K. Morris, J.-N. Hanson, Prof. Martin. En même temps, il travailla comme radiospeaker, chef de la section des arts plastiques, de l'Office of War Information, contribution quotidienne depuis 1942. Son ouvrage de peinture le plus important, le grand panneau de la Vie Biologique, achevé à Londres en 1938 et acheté en 1939 par le Musée d'Art Moderne de Paris, a été prêté pour l'Exposition Universelle de New-York en 1939 et n'a jamais été montré en France. Relativement peu connu aux États-Unis avant la guerre, Ozenfant est considéré actuellement comme un des théoriciens et des professeurs les plus influents. Sa peinture a évolué vers un romantisme qu'il attribue à l'influence de l'atmosphère et du paysage américains (Arizona). Il subit plus volontiers les séductions de l'imaginaire. C. S. CONFÉRENCES Cours régulier pendant cinq ans à la New School for social Research, New-York; conférences à l'Un. de Yale, à Seattle, à Columbia Un., New-York, sur l'esthétique et l'histoire de l'art. PUBLICATIONS Journey through Life, Mac Millan, New-York 1939, articles dans Technology Institute Magazine, Cambridge Un. Magazine of art, février 1945. Collabore au livre en préparation sur l'œuvre d'architecte, de peintre et d'écrivain de Le Corbusier, par des architectes et critiques américains. EXPOSITIONS PARTICULIÈRES New-York Galerie Passedoit, en 1939. Exposition circulante à Chicago, Art Club; à San Francisco, Civic Center; au Musée de Saint-Paul; à l'Université de Michigan à Ann Arbor, 1940, rétrospective où figura « La Vie Biologique ». New-York, expositions simultanées à la galerie Bignou (œuvre d'ensemble), à la Galerie Nierendorff (Vie Biologique et autres peintures monumentales), à la Galerie Passedoit (aquarelles et dessins). LA VIE BIOLOGIQUE * MUSÉE D'ART MODERNE — PARIS

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LA PEINTURE --- AMÉDÉE OZENFANT 1944 ARIZONA 2

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LA PEINTURE Fernand LÉGER Arrivé en 1940. De son propre avis, le changement récent de son style et le choix de ses sujets sont dus à l'influence de l'atmosphère et du spectacle de la vie américaine. Il s'est attaché à deux thèmes qu'il a traités soit dans son ancien style à trois dimensions, soit dans un style nouveau à deux dimensions : l'intensité dynamique de la figure humaine (la série des Plongeurs), l'objet moderne intégré à notre vie et à la nature (Paysage américain). Son art inspiré des formes mécaniques, sa vision simplificatrice, son esprit de synthèse objective et positive rencontrèrent une adhésion immédiate auprès du public. Léger est considéré ici comme un des artistes français les plus puissants. Son esprit s'accorde en effet particulièrement avec la sensibilité américaine. Il est un des très rares artistes français qui témoignent de l'influence du milieu américain sur le fond de leur art. Il était fait pour le Nouveau-Monde. C. S. PUBLICATIONS Le Corps humain dans l'Espace en collaboration avec plusieurs écrivains américains, français et canadiens. Un Film sur la vie de Fernand Léger est en préparation, mis en scène par Bouchard (il dure vingt-cinq minutes). EXPOSITIONS PARTICULIÈRES New-York, Galerie Harriman, mars 1941 (gouaches). — San Francisco (musée), 1941. — Los Angeles, Stendal Gallery, 1941. — Montréal (Canada), Dominion Gallery 1943. — N.-Y., P.Rosenberg, Plongeurs. - N.-Y., Valentin, Paysages Américains, Nombreuses participations aux expositions d'ensemble. MUSÉES ET COLLECTIONS Plusieurs de ses œuvres sont entrées récemment dans les collections publiques et particulières des États-Unis : Museum of Modern Art, New-York; Museum of Art, Saint-Louis; coll. Nelson Rockefeller, N.-Y. Viviers, Sweeney, Martins,

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LA PEINTURE FERNAND LÉGER. 1942-1943 PAYSAGE AMÉRICAIN.