Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

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L'AMOUR DE L'ART I MAI 1945 PRIX : 80 FRS

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GALERIE O. PÉTRIDÉS tableaux modernes --- Photo Edy, Elizbud. --- 6, Avenue Delcassé, PARIS (8e) - Bal. 47-43 --- MARTIN FABIANI Tableaux modernes Éditions d’Art 26, Avenue Matignon PARIS --- GALERIE RENÉ DROUIN EXPOSITION DE SCULPTURES D’AUJOURD’HUI EN MARS 1945 17, PLACE VENDÔME OPÉRA 94-00 --- Photo Schall. Sujets en Marbre — Vases en Bronze doré d’André Deluol --- GALERIE DE L’ORFÈVRERIE CHRISTOFLE 12, RUE ROYALE PARIS (VIIIe) ---

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Caravane PARFUM DE BIENAIMÉ PARIS

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L'AMOVR DE L'ART I REVUE MENSUELLE VINGT-CINQUIÈME ANNÉE SOMMAIRE COMITÉ DE DIRECTION - Président : - René Huyghe - Conservateur en chef des Peintures au Musée du Louvre - Larie de Massenef - Jacques Lassaigne - M. Florisoone - E. McFarlane - J. Charles Moreux - M. Raval Secrétaire de Rédaction - Dominique Kerven DIRECTEUR : - Germain Bazin - Conservateur au Musée du Louvre DIRECTION ADMINISTRATION PUBLICITÉ - 139, Faubourg Saint-Honoré - Tél. Balzac 35-15 ABONNEMENTS - FRANCE - 1 an : 800 Fr. - 6 mois : 450 Fr. - ÉTRANGER - 1 an : 950 Fr. ÉDITIONS DU PALAIS ROYAL - 4 bis, Rue du Bouloi - Paris 1er --- RÉINTRODUCTION ... R. Huyghe UN QUART DE SIÈCLE LA FAMINE ... Vercors MUSÉES EN GUERRE ... A. Hulfegger LE SAINT FRANÇOIS DE GEORGES DE LA TOUR ... R. Huyghe LA MARQUETERIE DE PAILLE ... G. Montbrun DRAMES D'ANDRÉ MARCHAND ... J. Lassaigne LES EXPOSITIONS ... J. Laprade LES LIVRES ... R.H. et J.C. LES FAITS ... M. Raval ---

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Réintroduction Au début de 1940, tous les membres de notre Comité de Direction étaient mobilisés, L'Amour de l'Art suspendait sa publication, pour la première fois depuis sa fondation en 1920. Quelques mois plus tard, c'était la défaite, l'occupation de Paris... Dès septembre de la même année, le docteur Breuer et un délégué de la Gestapo se présentaient à L'Amour de l'Art, demandant la réapparition de la revue : on nous offrait l'association avec le grand périodique allemand Weltkunst et avec l'aide de capitaux allemands. Vouloir représenter quelque chose de la culture française renforce les obligations que le patriotisme devrait suffire à rendre strictes. Pourtant si L'Amour de l'Art, malgré les démarches renouvelées et pressantes, se refuse à reprendre une vie matérielle qui aurait été une mort spirituelle, il se trouva aussitôt, dans la presse artistique française, une porte plus accueillante, un autre périodique, un hebdomadaire pour juger compatibles l'exercice de la plume avec l'apprentissage de la servitude. Nous ne croyons pas que L'Amour de l'Art ait à tirer vanité d'avoir accompli son devoir; il n'y aurait sans doute pas lieu d'en parler si tous l'avaient également compris. La vie intellectuelle française ne devait pas s'interrompre, objectent ceux qui ont cru pouvoir la représenter pendant l'occupation. Et certes ils sont logiques avec eux et avec leur défaitisme : de même qu'ils ont pensé qu'un désastre, si ample soit-il, avait suffi à épuiser la grandeur et la vitalité de la France, sans doute ont-ils jugé que la flamme de la pensée française était assez fragile, elle aussi, pour être étouffée par un effacement volontaire de quelques années. Ils auraient dû savoir qu'il y a des silences qui pèsent plus lourd que les paroles. Nous avons, à notre modeste rang, opté pour le silence; nous nous sentons aujourd'hui plus libres et plus résolus pour reprendre notre tâche. L'art, nous l'avons souvent répété, n'est pas une nourriture pesante d'érudits, non plus qu'une distraction futile. Il a un sens. Il est le sens même, qu'un être, qu'un pays attachent à la vie. Un homme peut vivre, assurer sa vie, son confort et ses jouissances, mais ce ne serait qu'animalité plus ou moins perfectionnée si cette vie n'avait pour lui un sens, un sens qui souvent devient une foi. Ce sens, cette foi, il a alors le besoin de les exprimer, d'en porter le témoignage. Ici commencent la Pensée et l'Art, l'une explicite, l'autre suggestif. L'Art est donc chose grave, au même titre que la Pensée, non point un supplément, et un ornement de l'existence, mais une de ses justifications. La France est un des pays, peut-être le pays où cette conviction est le plus fortement ancrée, et manifestée avec le plus d'éclat. La force de cette conviction, ressentie même par ceux qui, dans la myopie de leur matérialisme en nient le bien-fondé, est une des bases de son prestige dans le monde. Dire cette conviction, c'est énoncer notre programme, ou plutôt le rappeler. Dans l'art, et principalement dans l'art ancien, dont le champ est plus vaste, nous chercherons tout ce qui exalte l'esprit et la sensibilité, tout ce qui y parle de leur grandeur et de leur chaleur. Présentant de belles œuvres de tous les temps, de tous les pays, nous poursuivrons le plaisir de l'œil par les amples photographies de détail comme nous essaierons de satisfaire la pensée, en apportant des documents, des faits ou des idées peu connus. Nous ferons appel à la couleur, et dans chaque numéro, l'année durant, des planches reproduiront les acquisitions encore inconnues que le Musée du Louvre a pu poursuivre en ces dernières années : Van Gogh, Renoir, Degas, Gauguin, etc., apparaîtront ainsi tour à tour. Nous resterons aussi proches que possible de la vie, en suivant tous les problèmes que posent ses rapports avec l'art : le problème de la reconstruction d'une France à demi détruite, où le Passé et l'Avenir doivent puiser l'un dans l'autre une force mutuelle et non se contredire, nous amènera à prendre position, voire à ouvrir des polémiques. Nous chercherons aussi, et cela dans chaque numéro, comment le décor de notre vie, en allant du meuble à la mode, peut trouver des inspirations et des enseignements dans les créations et les techniques de jadis. La Vie nous mènera ainsi du Passé à l'actualité : au lieu de la suivre dans son détail, nous tirerons chaque mois de ses principales manifestations, des expositions en particulier, ce qui nous paraîtra durable et propre à mieux dégager sa signification et son évolution. Accroître la compréhension de notre esprit, la somme de nos connaissances, les richesses de notre sensibilité; en puisant dans le trésor illimité de l'art, voilà qui répond à nos ambitions, et sans doute aussi aux désirs de cet homme féru de culture et de vie, dont nous voudrions faire notre lecteur et notre ami. L'AMOVR DE L'ART --- 1874 PUBLISHERS OF THE SERIES

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--- VINCENT VAN GOGH *Portrait du peintre Eugène-Guillaume Boch. — Peint à Arles au mois de septembre 1838. Entré au Musée du Louvre en 1944, par legs du modèle lui-même.*

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Amour de l'art UN QUART DE SIÈCLE **MAI 1920 — La grande tuerie vient de finir. Du moins les hommes le croient et s’abandonnent à nouveau à l’ivresse de créer, las de la fureur de détruire. La vie de l’esprit renait et Paris redevient le lieu géométrique des forces spirituelles de l’univers. Un groupe d’amateurs d’art, présidé par M. ALBERT S. HENRAUX, fonde une revue d’art ancien et moderne dont le titre L’AMOUR DE L’ART est l’enseigne parlante. Raoul Dufy en dessine la couverture, dont le beau dessin encadre cette page. Tout de suite, le directeur, LOUIS VAUXCELLES, oriente la revue vers cette largeur de vues que tout au long de sa carrière elle s’efforcera de maintenir contre tous les absolutismes, de droite ou de gauche. L’AMOUR DE L’ART est la première revue, qui sans être une revue de tendance, adopte résolument le parti des initiatives les plus audacieuses de l’art présent qu’elle met à la portée du grand public. Toutes les expressions littéraires et artistiques l’intéressent comme étant liées au mouvement des arts plastiques. L’impressionnisme est encore d’hier; la revue en recueille les derniers témoignages directs et publie d’admirables pages de Joachim Gasquet, l’ami de Cézanne et de Renoir. Elle s’ouvre avec faveur aux aperçus esthétiques. Elie Faure écrit souvent dans ses colonnes. --- 1920 Couverture de Raoul Dufy pour le n° 1 (Mai 1920).

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L'Amour de l'Art 1925 Waldemar George, secrétaire général dès la fondation, prend la Direction. Il met au service de la revue son insatiable curiosité; son ardeur généreuse a défendre les valeurs de choc de l'art contemporain. Sous sa direction, la revue se consacre entièrement aux arts plastiques. Dans une série d'articles L'Amour de l'Art fait l'inventaire des chefs-d'œuvre impressionniste répartis dans les collections de France et de l'Étranger, les grands créateurs de l'art moderne, Matisse, Bonnard, Picasso, Braque, Dufy, Vlaminck sont étudiés à côté des grands maîtres du passé et sont considérés comme des autorités reconnues. La revue assure ainsi à leursœuvres une large diffusion tant en France qu'à l'Étranger. En 1928, Waldemar George quitte L'Amour de l'Art. François Fosca lui succède; il soutient toute une équipe de peintres qui ont tenté d'assimiler les valeurs de création du fauvisme et du cubisme aux traditions classiques. Boussingault, Segonzac, Luc-Albert Moreau sont les peintres favoris de la revue. 1931 La Direction de L'Amour de l'Art est confiée à René Huyghe récemment nommé conservateur des Peintures du Musée du Louvre. Il s'adjoint Germain Bazin, comme Secrétaire de rédaction. La revue élargit son champ et applique à l'étude de l'art ancien un esprit nouveau, né de la vision moderne des formes. Elle s'efforce dans sa présentation à tirer de l'image toute sa valeur propre d'expression, créant même les « Synoptiques ». Dans des numéros spéciaux consacrés à Dégas, Manet, Toulouse-Lautrec, Rubens, Corot, Cézanne, Delacroix, elle inaugure une forme nouvelle d'étude monographique. Pour l'Art contemporain, elle signale une nouvelle génération d'artistes qui succède à celle des créateurs de l'art présent et mettent en œuvre ses conquêtes plastiques, Aujame, Chapelain-Midy, Poncelet, etc. En 1934, fusionnant temporairement avec Formes, elle retrouve la collaboration de Waldemar George. 1933 Pendant 1933 et 1934, L'Amour de l'Art se transforme en une histoire de L'Art Contemporain. La revue inaugure une forme nouvelle de critique d'art qui considère les créations de l'art moderne avec l'objectivité et les méthodes historiques qu'on applique depuis trente ans à celui du passé. Il en résulte un livre, préfacé par Henri Focillon et qui est à la fois une vision synthétique, une anthologie critique, et un dictionnaire bio-bibliographique. Plus de quatre cents peintres de l'école de Paris et de tous les pays du monde y sont étudiés dans cet esprit. Ayant ainsi fait le bilan de l'apport des créateurs de la peinture contemporaine et ceux qui ont suivi leur impulsion, L'Amour de l'Art, se consacrera à nouveau à l'étude des aspects les plus variés de l'art ancien et de l'art moderne. 1939 Subissant la tentation du péché de l'esprit, L'Amour de l'Art renonce à son titre et adopte celui plus ambitieux de Prométhée. Sous ce titre, et avec une couverture de Daragnès, la revue poursuit la quête des grandes idées qui animent notre temps. Dans des articles de tête, groupés sous la rubrique « Table d'Orientation » créée en 1935, elle demande à des grands d'étudier écrivains les problèmes généraux de culture qui dominent notre époque. Elle a ainsi l'honneur de compter parmi ses collaborateurs : Paul Valéry, Jean Giraudoux, Edmond Jaloux, Jean Cassou, André Siegfried, Maurice Denis, Louis Gillet, J.-H. Rosny, Jacques Copeau. Mais la revue, soucieuse de l'actualité s'intéresse à une nouvelle génération qui intègre dans une vision plus directe du monde les conquêtes poétiques de surréalisme. 1940 En février paraît avec retard, le dernier numéro de 1939. Successivement ont été mobilisés les trois membres du Comité de Direction, René Huyghe, Germain Bazin et Michel Florisoone, entré à la revue comme secrétaire de Rédaction en 1935. En septembre, L'Amour de l'Art préfère se saborder plutôt que d'accueillir les propositions qui lui sont faites par les services allemands de propagande. La rédaction repousse cette accoutumance à la honte que chaque jour, par l'organe de la presse, de la radio, propose aux Français un homme qui apporte à la France la plus grande escroquerie morale qu'aît jamais connue notre peuple. Les deux Directeurs, qui depuis 1931 mènent L'Amour de l'Art, entrent dans des groupements de résistance et à la Libération l'un d'eux est capitaine F. F. I. 1945 L'Amour de l'Art achève sa vingt-cinquième année. Il semble à la rédaction qu'elle obéit aux destinées de la revue en reprenant son vieux titre qui redevient actuel par tout ce qu'il exprime d'opposition aux forces matérialistes qui menacent d'écraser la valeur de l'esprit.

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TABLE D'ORIENTATION LA FAMINE par VERCORS J'AVOUE que je n'y avais pas songé, jusqu'à ce que j'eusse pensé à mes fils. Les voici grands bientôt, me dis-je un jour, ils vont commencer sans doute d'être curieux, de s'intéresser à autre chose qu'aux toupies et aux billes. Et je me rappelai, à leur âge, mes émerveillements. Devant le grand sphinx de granit. Devant les Noces de Cana. Devant le Radeau de la Méduse. (Devant aussi, pour être sincère, la Mort de Bara, d'Édouard Detaille ; et devant la Joconde parce qu'on l'avait volée.) Et alors — l'idée me venant d'y mener mes fils — je pensai au Louvre depuis cinq ans désert et vide. J'y pensai soudain avec une angoisse étrange, avec une sensation analogue à celle de certains nerveux, de ces gens atteints de claustrophobie qui sont pris tout à coup (dans un ascenseur, dans le métro) de la crainte panique de manquer d'air. Oui, c'est cela exactement. Il me sembla soudain que je manquai d'air. Il faut reconnaître les choses humblement. Ces quatre ans furent pour beaucoup d'entre nous assez occupés et préoccupants. Nous avons mené une vie plutôt agitée, qui ne nous laissait guère le loisir d'être pris brusquement du désir impérieux: de revoir le portrait du frère de Rembrant, ou la petite tête d'Aménophis. Notre besoin de beauté, nous y pourvoyions au hasard de la fourchette, pour ainsi dire, en attrapant du coin de l'œil une lumière dans le ciel, une sculpture sur un porche, un dessin dans une vitrine. Ou bien nous nous arrêtons trois minutes sur un pont, par un matin brumeux, à jouir pour la millième fois d'un Paris plus beau que jamais. Cela nous suffisait, et pour le reste nous nous étions munis de patience, sans trop d'effort avouons-le parce que, n'est-ce pas, une patience de plus ou de moins... Mais voici qu'en pensant à mes fils je mesurai quelle absence vertigineuse représente un musée vide. Mes fils ont le temps. Mais les garçons plus âgés? Mais ceux qui commencent des études sérieuses, et ceux qui même les terminent? Et ceux, et ceux qui veulent de la beauté faire leur carrière? Depuis cinq ans sans pain et sans sel! Depuis cinq ans ne connaissant rien de de tout cela que par oui-dire! Avouons que nous ne Le vide des Panathènes au Louvre. Photo Laure Albin Guillot.