Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

L'AMOUR DE L'ART 13° Année - NOV. 1932 FRANCE : 10 FRANCS --- L'EXPOSITION REMBRANDT A AMSTERDAM PREHISTOIRE & FAUSSAIRES - DUFRESNE MUSÉE D'ALGER - COLLECTION HANSEN --- DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE ---

Page 2

ÉDITIONS AUGUSTE PICARD 82, RUE BONAPARTE — PARIS (VI°) En souscription : LE MONT SAINT-MICHEL PAR GERMAIN BAZIN ATTACHÉ À LA BIBLIOTHÈQUE DE L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS Préface de M. MARCEL AUBERT PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D’ARCHÉOLOGIE --- RECTE CURRUM RECIT --- Un Volume in-quarto raisin de 350 pages, orné de 100 dessins dans le texte et 76 planches hors texte en phototypie. 50 exemplaires sur papier de luxe à ...

Page 3

La Première Revue d'Art du Monde THE BURLINGTON MAGAZINE Une Revue Internationale pour Amateurs Fondé en 1903 Le Burlington Magazine est indispensable à tous ceux qui s'intéressent sérieusement à l'art. Il étudie toutes les formes de l'art, tant ancien que moderne, et par là même s'adresse autant à l'étudiant qu'au collectionneur. Ses collaborateurs sont les historiens d'art les plus célèbres du monde entier; ses illustrations, par leurs dimensions et leur présentation, sont inégalables; pendant plus d'un quart de siècle il a gardé la première place par l'importance de son contenu. Les articles portent sur des matières telles que: de Vieux Maîtres inédits ou nouvellement découverts (peintures et dessins), les Vieilles Etoffes, les Porcelaines, le Fer forgé et toute branche d'art ancien qui puisse présenter de l'intérêt pour le collectionneur et l'étudiant d'art. Illustré, Mensuel 2 s. 6 d. (3 s. franco). Abonnement d'un an : 35 s. Si vous n'êtes pas déjà lecteur du BURLINGTON MAGAZINE et si vous désirez en voir un numéro, un exemplaire-spécimen vous sera adressé gratuitement à la réception de la formule ci-dessous. THE BURLINGTON MAGAZINE Ltd BANK BUILDINGS, 16 a. St. James's Street, LONDON, S.W.I. (England) Please send me a specimen copy of The Burlington Magazine, post free NAME _______________________________ ADDRESS _____________________________ Vous qui êtes lecteurs de L'AMOUR de l'ART Pourquoi? Parce que la SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE, qui groupe tous ceux qui aiment notre grand Musée, s'efforce par tous les moyens de l'enrichir. Plus que jamais, étant donné les circonstances, le Musée du Louvre a le devoir de réclamer de vous une aide efficace. Il faut que tous ceux qui lui sont reconnaissants des belles heures qu'il leur a procurées lui apportent leur concours moral et pécuniaire. Depuis sa fondation en 1899, la Société des Amis du Louvre, par ses propres moyens ou en collaboration, a donné au Musée: La Vierge à l'Enfant, de BALDOVINETTI, la Pieta d'Avignon, les statues tombales de Charles IV et de Jeanne d'Evrux, des dessins et aquarelles de DELACROIX provenant des ventes Robaut, Chéramy, Degas, Leprieur, cinq Masques de LA TOUR, le Bain Turc d'INGRES, Crispin et Scapin de DAUMIER, les fresques de CHASSERIAU provenant de la Cour des Comptes, quarante sépia et aquarelles de CLAUDE LORRAIN, l'Atelier de COURBET, les Funérailles de Phocion de POUSSIN, le Laboureur de SEURAT, de nombreux objets antiques, orientaux et extrême-orientaux, etc., etc. De 1915 à 1919, la Société a distribué plus de cinquante mille francs à des œuvres de guerre en faveur des artistes. Soyez aussi des AMIS DU LOUVRE Les membres de la société ont droit à des nombreux avantages: entrée gratuite au Musée; promenades et visites de monuments et collections; invitation aux inaugurations du Louvre et des Arts décoratifs; de nombreuses réductions sur des achats de livres, d'estampes, etc. 10% de réduction sur le prix de l'abonnement à l'Amour de l'Art SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE Palais du Louvre, Pavillon de Marsan, 107, rue de Rivoli (Ilece r. Echelle) - PARIS J'adhère à la Société des Amis du Louvre comme membre titulaire et m'engage à verser tous les ans une somme de __________ francs, ou (1) la somme de __________ francs pour rachat de ma cotisation, que je vous prie de vouloir bien faire percevoir à l'adresse suivante: Nom et Prénoms ________________________ Adresse _______________________________ Date _______________________________ Le ________________ 193 SIGNATURE: ___________________________ (1) Effacer l'une ou l'autre formule. — La cotisation annuelle minima des membres titulaires est de 50 fr. — La somme minima de rachat de la cotisation est de 500 fr.

Page 4

FORAIN, DE L'INSTITUT BOUSSINGAULT DEVAUX DIGNIMONT DU NOYER DE SEGONZAC FALKÉ GUS BOFA MARCHAND OBERLÉ VILLEBŒUF ILLUSTRENT LES ŒUVRES COMPLÈTES de Georges Courteline Édition des "Amis de Courteline" 1.575 fr. Brochés 10 Volumes in-4° Couronne 2.175 fr. Reliés LIBRAIRIE DE FRANCE 110. B° SAINT GERMAIN - PARIS

Page 5

L'AMOUR DE L'ART REVUE MENSUELLE FRANCE : 95 fr. BELGIQUE : 107 fr. ETRANGER : 150 et 175 fr. Treizième Année DIRECTEUR-RÉDACTEUR EN CHEF : RENÉ HUYGHE Rédacteur en Chef-adjoint : GERMAIN BAZIN Secrétaire de Rédaction : GEORGES NÉEL --- SOMMAIRE DU N° 9. Novembre 1932 ARCHÉOLOGIE --- Préhistoire et faussaires. --- Mme Chevallier-Verel. --- ART ANCIEN --- L'Exposition Rembrandt à Amsterdam. --- G. Isarlov. --- ART MODERNE --- Charles Dufresne. --- par Jacques Combe. --- COLLECTIONS PUBLIQUES --- Le Musée d'Alger. --- Jean Alazard. --- DOCUMENTS --- Le classicisme de Barye. --- Walter Pach. --- LES EXPOSITIONS --- Germain Bazin. --- COLLECTIONS PRIVÉES --- La collection Hansen. --- René Huyghe. --- La Fenêtre ouverte dans l'art contemporain --- Gaston Poulin. --- PROBLÈMES --- Le Maître de Flemalle. --- René Huyghe. --- LES LIVRES --- Charles Sterling, R. H. G. B. --- RÉDACTION - ADMINISTRATION - PUBLICITÉ : ÉDITIONS AUGUSTE PICARD, 82, rue Bonaparte — PARIS (VI) Téléphone Danton : 96-75

Page 6

--- ÉDITIONS AUGUSTE PICARD 82, Rue Bonaparte - PARIS (VI°) --- A. VASILIEV Histoire de l'Empire Byzantin Préface de CHARLES DIEHL 2 volumes grand in-8° (496 et 498 pages) 30 planches hors-texte - 7 cartes Broché : 135 fr. --- VENTE AUX ENCHÈRES PUBLIQUES COLLECTION JULES STRAUSS IMPORTANT TABLEAUX MODERNES PASTELS, AQUARELLES, DESSINS par : P. Bonnard, E. Boudin, E. Carrière, C. Courbet, E. Degas E. Delacroix, E. Derain, H. Fantin-Latour, P. Gauguin J.-B. Jongkind, M. Laurencin, S. Lépine, E. Manet, A. Marquet Cl. Monet, A. Monticelli, B. Morisot, C. Pissaro, A. Renoir K. X. Roussel, A. Sisley, E. Vuillard, J. MC-N. Whistler. VENTE GALERIE GEORGES PETIT A PARIS, 8, RUE DE SÈZE Le JEUDI 15 Décembre 1932, à 14 h. 1/2 très précises Commissaires-Priseurs : Me Henri BAUDOIN 10, Rue de la Grange Batchiers, Paris Me Alph. BELLIER 30, Place de la Madeleine, Paris Experts : M. Joseph HESSEL 26, Rue La Boétie, à Paris M. Etienne BIGNOU 8, Rue La Boétie, à Paris EXPOSITIONS Particulière : le Mardi 13 Décembre 1932, de 14 à 18 heures Publique : le Mercredi 14 Décembre 1932, de 14 à 18 heures --- De belles couleurs sur de bonnes toiles Sous la marque bien connue de la rose stylisée F. LINEL, vous trouvez le plus grand choix de couleurs fines pour l'aquarelle, détrempe, gouache, huile et les excellentes toiles à peindre et marouflage A. BINANT. Demandez donc les marques de F. LINEL et A. BINANT à votre fournisseur, elles représentent pour vous les meilleures garanties de qualité. Gros: 154, Faubourg Saint-Denis Paris - X° --- COULEURS F. LINEL TOILES A. BINANT Publ. MALLERICH et VITRY

Page 7

N° 9 NOVEMBRE 1932 L'AMOUR DE L'ART ARCHÉOLOGIE PRÉHISTOIRE ET FAUSSAIRES par Mme Chevallier-Verel DEFUIS qu'il y a des œuvres d'art et qui se vendent, depuis qu'il y a des collectionneurs pour attacher un prix à toutes sortes d'objets, même insignifiants en apparence, il y a des faux. Cinq ou six riches Romains ne se flattaient-ils pas de posséder chacun l'Héraklès Epitrapézios de Lysippe? On est généralement porté à croire que le fraudeur ne nuit qu'au collectionneur atteint dans sa vanité ou dans son porte-monnaie. Mais la fraude a bien souvent des répercussions importantes et lointaines. Elle a servi parfois, dans un but politique ou religieux, à susciter de vastes mouvements populaires et quand elle réussit auprès d'un savant qui fait autorité elle peut enrayer pour longtemps la marche de nos connaissances. C'est pourquoi il est du plus grand intérêt d'en connaître la genèse et le développement. Les nombreuses controverses engagées dans ces dernières années, au sujet d'un gisement devenu fameux, ont amené M. Vayson de Pradenne à constituer les dossiers d'un certain nombre de fraudes archéologiques (1). Il examine rigoureusement chacun de ces dossiers et en dégage ce qu'on pourrait appeler les constantes de la fraude. Mais avant d'aborder cet examen, l'auteur expose, à propos de l'étude des produits de fouilles, une méthodologie très originale et très suggestive. Il ne convient pas d'appliquer à cette étude la méthode des Sciences naturelles, comme on l'a cru, mais bien celle de l'Histoire, car «la critique doit être non seulement interprétative, mais qualitative». En effet, tandis que la découverte d'ordre scientifique se vérifie par des expériences répétées, la découverte archéologique n'est plus contrôlable une fois l'objet sorti de son lieu d'origine et elle se réduit pour le savant au récit du fouilleur. Il faut donc faire la critique de ce témoignage, comme on fait la critique d'un document historique. Là, comme en Histoire, on ne peut a priori se fier au témoignage de personne. A peine la Préhistoire était-elle née qu'elle avait à se défendre contre les faussaires. Des fossiles authentiques ayant été découverts, au début du XVIIIe siècle, près de Würzburg, un jeune bachelier, étudiant en médecine, nommé Huber, décide de faire des fouilles. Il emploie comme terrassiers les trois fils d'une veuve, dont l'ainé à dix-huit ans. Ceux-ci lui fournissent bientôt des plaquettes, où sont taillés en relief toutes sortes d'animaux, dont nous donnons ici quelques spécimens (fig. 1). D'autres figuraient le soleil, la lune, les étoiles, des comètes; certaines portaient des inscriptions en divers caractères, notamment hébraïques, où quelques mots étaient reconnaissables, mais dont l'ensemble était dénué de sens. Ces objets paraissaient à Huber d'autant plus intéressants qu'il ne trouvait nulle part l'analogie dans les livres et il résolut d'en faire le sujet d'une thèse pour l'Université, sous le titre «Les Iconolithes». Ni les doutes émis par des camarades, ni la mystification organisée par l'un d'entre eux, qui exécute des plaquettes du même genre et les fit vendre à Huber par un gamin, ne réussirent à ébranler la foi de l'enthousiaste chercheur. Il fit imprimer sa thèse en un volume de grand format, où il tentait d'expliquer l'origine de ses «iconolithes» et où il discutait à ce sujet toutes les hypothèses émises à son époque sur les objets préhistoriques. Il en est de savoureuses que rapporte M. Vayson de Pradenne: «Les pierres figurées seraient l'œuvre de génies souterrains, ou la pétrification des bêtes immondes que le démon envoyait aux anachorètes, ou encore l'œuvre de la vertu graphique de la lumière, etc.» Il consacrait ensuite tout un chapitre à réfuter les accusations de faux portées contre ses trouvailles et, comme le dit M. Vayson de Pradenne, Huber, doyen des dupes en archéologie préhistorique, se révèle alors «créateur de leur argumentation défensive». D'abord, il rend les contradicteurs antipathiques au lecteur; il se dit persécuté et explique par la jalousie des confrères les calomnies dirigées contre lui. Il déclare la fraude inadmissible pour des raisons qui auraient pu, au contraire, entraîner tous ses doutes: «Il est impossible, dit-il, qu'un faussaire ait fait ces deux mille pièces en six mois, les seules personnes qui eussent eu intérêt à les fabriquer sont ces trois enfants, tout à fait ignorants en sculpture. Enfin, comment les voisins n'auraient-il pas vu le fraudeur introduire les objets dans le champ de fouilles?» (1) A. VAYSON DE PRADENNE, ingénieur civil des Mines, ancien président de la Société préhistorique française: LES FRAUDES EN ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE, avec quelques exemples de comparaison en archéologie générale et sciences naturelles; illustré de 46 planches et 40 figures, 676 pages in-8". Emile Nourry, édit., Paris, 1932.

Page 8

L'AMOUR DE L'ART Ces arguments, qu'on retrouve dans presque toutes les affaires de fausses découvertes, sont en réalité sans valeur. Un faussaire peut fabriquer un nombre étonnant de pièces et son ignorance même le sert dans certains cas. Pour les objets préhistoriques en particulier, une gaucherie naturelle et une certaine grossièreté de conception peuvent donner l'illusion d'une œuvre primitive. Les fameuses poteries moalites dont Clermont-Ganneau eut tant de peine à faire reconnaître la fausseté (vers 1872) étaient semées par centaines dans une vaste contrée par un Arabe malin, mais sans culture, qui les fabriquaient lui-même. Enfin quand le fraudeur n'est autre que le terrassier, on apportée, avant la soutenance de thèse, la preuve irrécusable du faux pour dessiller les yeux d'Hüber. Malheureusement, M. Vayson de Pradenne n'a pu trouver de précisions sur cette phase de l'affaire. Mais dans d'autres cas, nous connaissons la manière dont l'imposture a été reconnue et dévoilée. Souvent alors, on est surpris de constater combien sont simples les procédés employés par les truques. Il en est ainsi pour l'affaire de Thayngen. Alors que le Professeur Merck préparait en 1873 la publication des os gravés qu'il avait découverts dans la grotte de Kesslerloch à Thayngen, près de Schaffhouse, et parmi lesquels figure l'admirable « renne broutant », universellement connu, conçoit aisément que les voisins n'y puissent rien voir. Au Moulin-Quignon, Boucher de Perthes fut trompé de façon analogue par ses ouvriers qui introduisaient dans la coupe verticale du terrain de fouilles des ossements humains et des outils en silex. Il fallut mettre parmi eux un fouilleur désintéressé, l'Anglais Keeping, pour découvrir le manège. Au reste, rien n'est plus difficile que de déceler l'introduction des faux dans les terrains de fouilles. « Celui qui, comme moi, disait Lindenschmidt, a suivi depuis plus de quarante ans les recherches scientifiques avec la pelle et la pioche, ne considérera rien comme impossible après avoir vu en plein jour, par un ciel clair, dans un terrain tout à tout fait intact, d'un dépôt durci, sous le regard attentif d'hommes connaissant parfaitement le contenu des gisements locaux (en partie leur propriété), surveillant chaque coup de pelle et mettant souvent la main au travail, apparaître tout à coup un nid volumineux de terres cuites romaines nouvellement fabriquées. » Les arguments invoqués par Hüber ne sont donc pas probants, mais on a vu avec quelle énergie et quelle apparente logique la dupe défendait le fraudeur. Il fallut que fut on lui annonça qu'un ouvrier, en furetant dans les déblais, avait découvert deux autres os gravés, dont l'un portait la figure d'un ours, l'autre celle d'un renard (fig. 2). Merck inséra les reproductions de ces os dans son ouvrage, tout en faisant remarquer qu'ils étaient d'exécution beaucoup moins habile et que le dessin manquait de finesse. La fraude, soupçonnée par quelques spécialistes, éclata lorsqu'en 1876 Lindenschmidt publia côte à côte, dans « Archiv für Anthropologie », les os prétendus préhistoriques et les dessins d'un ours et d'un renard extraits d'un ouvrage pour la jeunesse de Leutemann, sur les jardins zoologiques et les ménageries (fig. 3 et 4). Le rapprochement, pour inattendu qu'il fut, était évident et l'ouvrier Stamm dut avouer qu'il avait fait dessiner par un de ses parents les deux animaux sur des ossements et qu'il les avait gravés ensuite. Cependant ces deux fausses pièces suffirent à jeter pendant longtemps la suspicion sur toutes les découvertes de Thayngen et même certains savants, à cause d'elles, en vinrent à douter de l'authenticité de toutes les gravures de « l'âge de renne ». Car les conséquences de la fraude au point de vue scienti-

Page 9

L'AMOUR DE L'ART 295 L'OURS ET LE RENARD DE THAYNGEN (1873-77) Fig. 2. — PRÉTENDUS OS GRAVÉS MAGDALENIENS. fique ne se mesurent pas à son importance matérielle. La colossale mystification par Vrain-Lucas du mathématicien Michel Chasles, «l'Immortel» d'Alphonse Daudet, init dans la bouffonnerie, sans nuire en rien aux études historiques. Mais elle est intéressante à rappeler parce qu'elle met en pleine lumière la tactique du fraudeur et la psychologie de sa dupe. Vrain-Lucas, autodidacte farci de lectures de toutes sortes, fut mis en relations, vers 1861, avec Michel Chasles, physicien et géomètre de valeur, membre de l'Académie des Sciences; il lui prétendait qu'il avait à placer des manuscrits provenant de la collection du Comte de Boisjaudain, émigré en 1791. Comme il avait le sens de l'opportunité et l'intuition de ce qui pouvait séduire un client, l'année du bi-centenaire de l'Académie des Sciences, il vendit à Michel Chasles une série de lettres de Retrou (originaire de Chartres, comme Chasles), dont deux au Cardinal de Richelieu pour l'engager à fonder l'Académie. Ces lettres, lues en séance publique, ne soulevèrent pas d'objections. Peu après, Chasles apportait à l'Institut toute une correspondance entre Pascal et Newton, d'où il ressortait que c'était Pascal qui avait établi la loi de la gravitation universelle. Et c'est ici que l'affaire devient éminemment instructive. Plusieurs collègues de Chasles se montrèrent sceptiques, mais l'Académie au lieu d'éclairer immédiatement la question de l'authenticité matérielle des autographes, discuta de la possibilité de leur teneur et Michel Chasles, pour convaincre ses collègues, versa au débat de nouvelles pièces. C'est là très souvent le principal moyen de défense du fraudeur et du collectionneur trompé, comme si un objet pouvait être authentifié par un autre qui ne l'est pas lui-même. C'est ainsi que Chasles fournit en guise d'explications quatre douzaines de notes de Pascal, TOUTES SIGNÉES. Cependant, Sir David Brewster, d'Edimbourg, apportait un argument décisif : l'impossibilité d'une correspondance d'ordre scientifique entre Pascal et Newton, alors âgé de onze ans. Chasles, utilisant toujours le même système, entreprend de --- Der sogenannte Eisfuchs von Thayingen. Originalbericht von K. Merk. Taf. II, Fig. 99 --- Der Fuchs von Leutemann. Allerwege ein Duckmausser". Die Thiergarten und Menagerien. Fig. 23, S. 22. Fig. 4. — LE RENARD DE THAYNGEN : LA PIÈCE FAUSSE ET LE DESSIN DE LEUTEMANN COPIÉ PAR LE FAUSSAIRE. --- Der Bar von Thayngen. Der Bar von Leutemanu. Der Schwermuthsbar. Die Thiergarten u. Menagerien etc. Fig. 14, S. 16. Der Hohleufund im Kesslerloch bei Thayingen, Canton Schaffhausen. Originalbericht des Entdeckers Konrad Merk, Reallehrer. Taf. II, Fig. 98. Zürich, 1875. 4°. Fig. 3. — L'OURS DE THAYNGEN : LA PIÈCE FAUSSE ET LE DESSIN DE LEUTEMANN COPIÉ PAR LE FAUSSAIRE. --- Der Bar von Thayngen. Originalbericht von K. Merk. Taf. II, Fig. 99 --- Der Fuchs von Leutemann. Allerwege ein Duckmausser". Die Thiergarten und Menagerien. Fig. 23, S. 22. Fig. 4. — LE RENARD DE THAYNGEN : LA PIÈCE FAUSSE ET LE DESSIN DE LEUTEMANN COPIÉ PAR LE FAUSSAIRE. --- Der Bar von Thayngen. Der Bar von Leutemanu. Der Schwermuthsbar. Die Thiergarten u. Menagerien etc. Fig. 14, S. 16. Der Hohleufund im Kesslerloch bei Thayingen, Canton Schaffhausen. Originalbericht des Entdeckers Konrad Merk, Reallehrer. Taf. II, Fig. 98. Zürich, 1875. 4°. Fig. 3. — L'OURS DE THAYNGEN : LA PIÈCE FAUSSE ET LE DESSIN DE LEUTEMANN COPIÉ PAR LE FAUSSAIRE.

Page 10

L'AMOUR DE L'ART foi de Michel Chasles, et cependant il semble prouvé qu'il n'avait jamais pris conscience de la vérité et qu'il ne capitulât même pas pleinement devant l'évidence. C'est lui-même qui fit arrêter Vrain-Lucas, non pour avoir fabriqué des pièces, mais pour ne lui avoir pas livré un certain nombre d'autographes promis. La déposition de Chasles au procès fut stupéfiante; on apprit alors que dans sa collection, il y avait des lettres de Sapho à Phaon, de Jules César à Vercingétorix, du roi Dagobert à Saint-Eloi, de Vercingétorix à Trogue Pompée (fig. 5), le tout SUR PAPIER ET EN FRANÇAIS! Il avait suffi à Vrain-Lucas, qui manquait des notions d'histoire les plus élémentaires, d'une connaissance superficielle de l'écriture et des formules usuelles que l'on trouve dans tous les documents des environs du XVIe siècle, pour donner à ces faux une apparence archaïque. La transposition d'un texte puisé dans un ouvrage quelconque rendait parfois le document vraisemblable. Vingt-sept mille faux autographes, Fig. 5. — LES FAUX AUTOGRAPHES DE VRAIN-LUCAS : En haut : SAUF-CONDUIT DE TROGUE POMPÉE PAR VERCINGÉTORIX ; En bas : LETTRE DU ROI DAGOBERT A SAINT ELOI. Les illustrations qui figurent dans cet article sont extraites du livre de M. Vayson de Pradenne. vendus à Chasles pour un total de 140.000 francs furent produits au procès. On est confondu de voir qu'un grand savant a pu se laisser prendre à des supercheries aussi grossières, car on pense généralement que les savants sont plus que quiconque qualifiés par leurs connaissances pour déceler la fraude. Il n'en est rien; les érudits sont souvent, au contraire, d'excellentes proies pour les fraudeurs. L'amplitude des connaissances emmagasinées ne suppose pas nécessairement l'esprit critique ; elle peut même très bien s'allier à une certaine fausseté de jugement et, comme s'il existait une affinité entre l'objet faux et l'esprit faux, il est curieux d'observer que les fraudes trouvent toujours les mêmes savants pour défenseurs. D'autre part, une spécialisation excessive cantonne le savant dans un cercle étroit d'observations et de discussions et l'empêche de voir certains aspects essentiels de la question. En même temps, l'abondance même de sa documentation lui fait trouver, entre les objets qu'il connaît déjà et ceux qu'on lui présente, des analogies qui étayent sa conviction et lui permettent de soutenir la controverse. Comme il est en relation constante avec son fournisseur, il se trouve l'éduquer et, par suite de cette aide inconsciente, la fraude prend un développement constant: bientôt apparaissent de nouveaux objets, plus convaincants que les premiers, qui ancrent le savant dupé dans son erreur et parviennent à impressionner le public par leur nombre même. Il y a sur cette question, dans l'ouvrage de M. Vayson de Pradenne, toute une étude psychologique, qui n'est ni la moins intéressante ni la moins suggestive. L'auteur nous apprend à nous défier a priori des choses et des gens, mais il nous montre aussi que les affaires de fraudes suivent toute une marche semblable et qu'il est possible de tirer d'utiles leçons des expériences passées. L'archéologie ne doit s'en laisser imposer ni par les rapports des découvertes, ni par l'autorité de ceux qui les patronnent. Il doit garder son jugement sain et ne pas se laisser entraîner dans le labyrinthe de discussions plus ou moins détournées du sujet. C'est encore l'examen rigoureux des objets en eux-mêmes, dans leur matière et dans leur technique, qui permet le mieux de décider de leur authenticité. Tôt ou tard, quand la fraude se développe, le faussaire est contraint d'aller vite et laisse découvrir les traces de l'outillage moderne et rapide dont il se sert. Une science étendue en archéologie ne peut suffire à déceler la fraude si elle ne s'attache qu'aux théories explicatives et aux hypothèses. Il y faut joindre tout un ensemble de connaissances pratiques et une grande culture générale.

Page 11

ART ANCIEN Fig. 6. — AERT DE GELDER. LA FAMILLE DU MÉDECIN BOERNAAVE. CHATEAU DUIVENVOORDE, COLLECTION BARON SCHIMMELPENNINCK VAN DER OYE. L'EXPOSITION REMBRANDT à Amsterdam, 1932 par George Isarlov A Happy Weekes. ORGANISÉE par la Conservation du Rijks-Museum, le Dr F. Schmidt-Degener en tête, pour commémorer le tricentenaire de l’Université d’Amsterdam, l’exposition présentait 42 tableaux, 123 dessins et environ 200 estampes du maître, par ordre rigoureusement chronologique (1). Parmi les visiteurs, nombreux étaient ceux qui, en 1929, avaient vu, à Londres, la rétrospective de l’Art hollandais et qui avaient médité sur un art inclus dans un cadre géographique et auréolé de caractère national. Par contre, à l’exposition d’Amsterdam, (1) Le catalogue de l’exposition, d’une haute tenue scientifique, comportait une importante préface du Dr F. Schmidt-Degener, l’éminent historien de Rembrandt. Parallèlement, plusieurs expositions furent organisées à Amsterdam: 1) chez A. W. M. Mensing (Maison Fr. Muller) «Rembrandt et son école»; 2) au Musée Fodor (entièremment remis à neuf, grâce à l’énergie et au goût de son jeune conservateur, M. J. Q. van Regteren Altena) «Les Dessinateurs classiques hollandais»; 3) chez D. A. Hoogendijk «Maîtres rares»; 4) chez J. Goudstikker; 5) chez E. J. Wisselingh; 6) chez B. Houthakker et 7) à La Haye, à la galerie Kleykamp «La collection Del Monte de Bruxelles». Nous reproduisons plusieurs pièces qui ont fait partie de ces expositions, ainsi que le Rembrandt inédit présenté par le Dr F. Schmidt-Degener et ses savants collaborateurs. Les estampes, toutes de qualité, de fraicheur impressionnante, font partie de la collection de M. I. de Bruyn, Spiez. devant un ensemble d’œuvres d’un seul artiste, devant une évolution individuelle, combien relatives devenaient ces frontières géographiques entre lesquelles les esprits suffisants désirent dépecer l’Histoire de l’Art. L’homogénéité d’une époque, d’un siècle ressortait dans toute sa fière indépendance. Ainsi, les premières œuvres de Rembrandt nous rejettent vers un italianisme dont les faces sont aussi bien à Rome qu’à Anvers, à Amsterdam ou à Utrecht. Cet italianisme ne s’inspire plus de Raphaël, ni du Parmesan. Sa source nouvelle est l’ECOLE DE ROME où des artistes allemands, français, flamands et hollandais apportaient un ferment nouveau à l’idéal italien qui se débattait entre les ANCIENS et les MODERNES révolutionnaires. Comme il était de bon ton à son époque, le regard du jeune Rembrandt dut se tourner vers cet italianisme. Mais il semble s’inspirer surtout du côté SUJET de cette école (2). (2) Figures posées et immobiles comme des vases; amour de ruines, de coupoles, d’obélisques, de sculptures, de turbans et de draperies, d’objets précieux et d’animaux rares; sur fond de ciel violenté de nuages multicolores; — ce bric-à-brac historicisant semble avoir profondément impressionné Rembrandt puisqu’il en garde trace encore en 1641, comme le prouve l’estampe LE BAÎTÈME DU MAURE.