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L'AMOUR DE L'ART 13e ANNÉE - JUIN 1932 FRANCE : 10 FRANCS G. CONTENAU : LES RUINES DE PERSÉPOLIS BOUCHER - LA COLLECTION STOOP - DUFY ÉLIE FAURE : AGONIE DE LA PEINTURE (II) DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE

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N° 6 JUIN 1932 L'AMOUR DE L'ART ARCHÉOLOGIE PERSÉPOLIS par le Docteur G. Contenau Au moment où une mission américaine exécute des fouilles à Persépolis, dont les ruines sont délaissées depuis des siècles, nous avons demandé au Dr Contenau, l'éminent spécialiste de l'archéologie orientale, de nous décrire la disposition et la civilisation de cette cité, illustre et morte, qu'il a visitée encore tout récemment. Dans les premiers siècles du deuxième millénaire avant notre ère, le vieux monde oriental eut à subir un bouleversement analogue à ce que l'Europe a connu au moment des Grandes Invasions. Sous la pression de nouveaux venus, les peuples de l'Asie Mineure se ruèrent vers la Syrie et entraînèrent nombre de ses habitants en Egypte; c'est l'invasion des Hyksos. En même temps les hordes du Zagros se répandaient en Mésopotamie à qui ils imposaient une dynastie, la dynastie Kassite qui régna à Babylone presque jusqu'à la fin du millénaire (1750-1171 avant J.-C.). De tels mouvements ne sont pas simultanés sans raison, et la cause de cette double migration a pu être cherchée dans l'invasion par les Indo-Européens des territoires qu'ils devaient habiter depuis lors: le plateau de l'Iran d'une part, l'Europe de l'autre, avec retour par l'Hellaspont d'un contingent d'enfouisseurs en Asie Mineure (c'est le rameau qui donna son caractère indo-européen au royaume hittite jusque là foncièrement asiatique). Que des Indo-Européens soient arrivés en Iran dès cette époque, nous pouvons le supposer, car des termes indo-européens se retrouvent dans le peu qui nous est conservé du vocabulaire des Kassites, dont la langue paraît être à affinités caucasiques. Après des siècles d'organisation et sans doute des vagues successives d'immigration, les Indo-Européens acquièrent la suprématie en Iran, et il paraît bien que les populations autochtones furent totalement annihilées. Les Médès qui furent une de ces vagues, originiairement cantonnés dans le Nord, et les Perses installés dans le Sud, durent payer le tribut aux rois Assyriens depuis le IXe siècle. Les Médès, profitant de la tranquillité relative où les laissait leur vassalité, constituèrent une armée régulière, à l'assyrienne. Cette armée put se mesurer avantageusement avec les Assyriens, et lorsque la Babylonie se révolta contre l'Assyrie, elle appela les Médès, qui avaient pour roi Cyaxare, à son secours. Ninive est prise en 612. La Babylonie annexe alors le territoire assyrien; les Médès joignent à l'Iran, l'Arménie et la Cappadoce jusqu'au fleuve Halys. Mais l'éclat de l'empire Méde fut de peu de durée. Après 558 lorsque Cyrus, de la famille d'Achémenès, monta sur le trône de Perse, il n'eut pas de peine à secouer le joug de l'empire Méde; il s'empara d'Ecbatane, la capitale (aujourd'hui Hamadan), et emporta le butin dans sa ville forte de Suse située au pied des montagnes de Perse, gardant la trouée qui mène au Louristan. Le premier adversaire du nouveau royaume fut Crésus, de Lydie; après la prise de Sardes en 546, les Perses se trouvèrent au contact des Ioniens dont les villes furent occupées; puis en 539 ce fut le tour de Babylone, l'ancienne alliée des Médès contre l'Assyrie. L'empire Perse comprenait désormais ce qui avait fait trois grands Etats, la Médie, la Babylonie, la Lydie, et parmi les facteurs qui ont contribué à assurer pendant un temps la fidélité de tant de provinces si lointaines et si diverses, l'esprit de tolérance des nouveaux maîtres eut sans doute sa large part. Chaque pays garda le droit d'adorer ses dieux, ce qui était chose nouvelle, et c'est en vertu de cette politique que Cyrus permit aux Israélites déportés par Nabuchodonosor de retourner à Jérusalem. Les successeurs de Cyrus, Darius notamment, agrandirent encore l'héritage qu'ils avaient reçu; le vieux rêve assyrien de la conquête de l'Egypte fut réalisé et l'organisation de tous ces territoires en provinces appelées satrapies assura des relations étroites avec le pouvoir central, relations facilitées par la «route royale» d'une longueur d'environ 2.400 km. qui reliait Sardes à Suse et que sillonnaient les courriers. Il nous reste, dans le Nord de la Perse, un monument célèbre qui commémore la puissance de Darius; à Béhistoun, au flanc d'un énorme rocher qui surplombe la route de Ker-manshah à Hamadan, un bas-relief accompagné d'inscriptions s'aperçoit à grande hauteur. C'est l'image de Darius vainqueur de princes rebelles enchâinés devant lui, posant le pied sur le chef de la confédération ennemie; l'inscription en trois langues: perse, babylonien, anzaniite (langue de la région de Suse, capitale avant la fondation du grand royaume achéménide), est justement célèbre car elle servit, grâce au perse déjà connu, à déchiffrer le babylonien. Au pied du rocher, deux souverains de la dynastie des Arsacides, Mithradatès II (80 avant J.-C.) et Gotarzès II (50 avant J.-C.), firent aussi

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L'AMOUR DE L'ART 186 Fig. 1. — Persépolis. Les propylées. sculpter leurs bas-reliefs; ils ont malheureusement été mutilés pour permettre l'apposition d'une nouvelle inscription à l'époque moderne (fig. 11). Le désir de châtier la Grèce qui trop souvent intriguait avec les turbulentes villes d'Ionie et leur prêtait son appui dans leurs révoltes, causa la perte des Achéménides. Nous ne ferons que rappeler les principaux épisodes des guerres Médiques: Marathon (490) vit la défaite de Darius, Salamine et Platée (479) celle de Xerxès. Puis ce furent des révoltes au cours des règnes de ses successeurs, qui montrèrent à l'Occident ce qu'avait de fragile la puissance de la Perse; on sait comment Alexandre de Macédoine mit fin à son profit à l'empire des Achéménides. Des trois grandes villes de la monarchie perse: Suse, Pasargades, Persépolis, la dernière est celle qui témoigne le plus de la puissance des Achéménides et dont les ruines, encore debout, permettent le mieux d'étudier l'art perse. Lorsqu'on se dirige vers Chiraz, la route resserrée dans un ravin pénètre dans la plaine de Mervdacht, longue d'environ 70 km. sur 12 de large, traversée par une rivière issue de la montagne. A la sortie de la gorge, la route aborde brusquement un entassement d'énormes pierres où l'on distingue encore la forme d'une porte; c'est Istakhr, ville qui existait dès l'époque achéménide et qui ne disparut qu'au x° siècle de notre ère; au delà de la porte, de multiples vallonnements de terrain indiquent les ruines de l'ancienne cité. La route s'infléchit à gauche, contourne un éperon rocheux, laissant sur sa droite la paroi abrupte de la montagne criblée des tombes des anciens rois (lieu dit Naksh-i-Roustem), et brusquement, la cité royale, Persépolis, apparaît sous forme d'une terrasse gigantesque adossée au rocher face à l'étendue de la plaine, hérissee de colonnes et de ruines (fig. 7). Des trois capitales de la Perse, Suse est la plus ancienne; elle fut occupée plus de 3.000 ans avant notre ère et les Achéménides y élevèrent des palais. Pasargades, au Nord de Persépolis, jouit de la faveur de Cyrus qui y fut inhumé. Les successeurs se fixèrent près d'Istakhr qui était un site fort ancien, presque aussi ancien que Suse, si l'on en juge par les céramiques analogues à celles de Suse que M. Hertzfeld y a découvertes. Ces poteries sont une variété de la céramique dite du « Style I bis » dont les premiers spécimens, antérieurs à 3.000 ans avant notre ère ont été découverts à Tépé-Moussian à 150 km. à l'Ouest de Suse, céramique qui depuis a été trouvée dans toute la Perse et la Mésopotamie. Tandis qu'en Perse elle persiste, selon les points, jusqu'au deuxième millénaire avant notre ère (Suse), et même jusqu'au premier (Louistan, Néhavend), la céramique peinte disparaît en Basse-Mésopotamie (pays de Sumer), avant le début de l'histoire (3.000 avant J.-C.). Persépolis fut détruite au temps d'Alexandre; les ruines doivent à leur abandon et à leur éloignement des centres habités de n'avoir pas trop souffert des déprédations des fouilleurs clandestins, sauf dans ces dernières années. De plus en plus visitées, elles constituent un ensemble qui ne peut manquer d'attirer les voyageurs et les archéologues lorsque le grand tourisme sera devenu possible en Perse. La ville royale de Persépolis comprend un certain nombre de bâtiments reposant sur une large terrasse adossée à la montagne et c'est là, je crois, du point de vue du coup d'œil général, une erreur initiale. Les monuments de Persépolis sont de dimensions colossales; le voyageur placé au pied d'une colonne est frappé de stupeur par son élévation, mais l'ensemble souffre du voisinage de la montagne qui l'écrase, impose son échelle et rapetisse les constructions; combien plus avisés ont été les Athéniens en construisant leurs temples sur l'Acropole; ils plaçaient tout ce qui entourait le rocher sous la dépendance de ses monuments, tandis que Persépolis subit la domination de la montagne. Bâtie seulement en plaine, comme Balbek, Persépolis eût été d'un effet autrement prestigieux. La terrasse de Persépolis est à demi-artificielle; les dernières pentes de la montagne ont été utilisées pour servir de socle à la ville royale; aplanies par arasement ou par comblement des anfractuosités, elles ont formé une terrasse d'environ 10 à 13 m. de hauteur, mesurant d'un côté 473 m. et de l'autre 286 m. de long. Ce grand parallélogramme dont une face se confond avec la montagne est paré sur les autres côtés de pierres énormes bien jointoyées, et dont l'assemblage est si précis qu'aujourd'hui encore, malgré les tremblements de terre, on ne relève en beaucoup de points aucune solution de continuité entre les blocs. On accède à la terrasse par un grand escalier à double rampe et à mouvements contrariés, coupés de larges paliers (fig. 8). Les principaux monuments sont situés sur des terrasses plus petites surplombant la grande plate-forme; des escaliers de même profil conduisent à ces terrasses secondaires.

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L'AMOUR DE L'ART Avant d'entreprendre la description des divers monuments qui s'offrent aux yeux du visiteur, nous rappellerons en quelques mots les principaux caractères de l'art achéménide. La visite que j'ai faite récemment à Persépolis a quelque peu modifié mon opinion sur son originalité (1). Il procède étroitement de l'art mésopotamien d'Assyrie et de Babylone, ayant été jusqu'à adopter des procédés de construction que nécessitait la nature des matériaux employés par les Assyriens, alors que les Perse disposaient de matériaux tout autres; mais il y a là une persistance bien orientale dans le respect pour des types transmis, et ayant pour eux le privilège de leur antiquité. Les Assyriens qui possédaient la pierre en abondance, avaient déjà suivi les enseignements des Sumériens qui en manquaient totalement. L'originalité des Perse réside seulement, et le fait est de grande importance, dans l'emploi de la colonne de pierre et dans l'imitation de quelques formules architectoniques de l'Egypte. Par contre la décoration fait preuve, nous le verrons, de moins de facultés d'invention. Lorsque le visiteur atteint la terrasse des palais, cette terrasse qui n'est ici qu'un socle destiné à mettre en valeur les bâtiments, tandis qu'en Assyrie et auparavant en Sumer, elle sert à isoler les constructions, du sol imbibé d'eau par les inondations, il se trouve en présence des propylées de Xerxès (486-465); ce mot qui désigne en Grèce un portique servant de passage encadré de deux ailes, convient tout à fait au monument (fig. 1). Deux épaisses murailles formant un couloir d'entrée débouchent sur un emplacement orné de quatre colonnes; le même élément placé en réplique sert de sortie. Dès ce moment, les rapports et les différences avec l'Assyrie s'accentuent. Comme en Assyrie, des taureaux colossaux taillés en haut-relief sur les murailles gardent ces portes, mais s'ils dépassent de beaucoup les dimensions des taureaux assyriens, les taureaux de Persépolis ne sont plus monolithes et se distinguent par leurs ailes coquillées tandis qu'en Assyrie les ailes étaient rectilignes. Enfin les colonnes servent maintenant de support; ce ne sont plus des colonnes ornementales sans utilité véritable comme les comprennent les architectes de l'Asie Occidentale, par exemple à Jérusalem où deux colonnes se dressaient devant le Temple; ou à Tell-el-Obeid, en Basse-Mésopotamie, où deux colonnes supportaient un simple auvent à l'entrée du sanctuaire; ce sont des colonnes qui soutiennent un toit en charpente, donnant la possibilité de salles immenses, inconnues des Assyriens qui ne savaient les développer qu'en longueur. Le profil de la colonne perse est lui aussi une nouveauté; la base est campaniforme à côtes longitudinales, et le fût, relativement mince, cannelé, s'élançe à grande hauteur (les colonnes qui se voient à Persépolis mesurent plus de 15 m. sans les chapiteaux). Le chapiteau est un complexe d'éléments originaux mais un peu hétéroclites, et un bon spécimen provenant de Suse en est conservé au Musée du Louvre (fig. 2). Des volutes affrontées se détachent du fût; souvenir manifeste de l'origine florale de la colonne, les cannelures rappellent, comme en Egypte, des tiges liées en faisceau et les volutes leurs extrémités fleuries. Mais la partie haute du chapiteau est conçue dans un tout autre esprit; elle est constituée de deux avant-corps (deux « protomes ») soudés de taureaux aux pattes repliées, les poutres de la toiture reposant sur l'ensellure formée par la réunion de deux corps. L'idée est, pour l'époque, assez nouvelle, du moins dans son application à la construc- (1) G. Contenau, Manuel d'Archéologie Orientale. P. A Picard, III, 1931. La Perse, p. 1397 — 1454. tion, car l'Asie Occidentale a de tous temps affectionné le type du monstre composé de deux avant-corps d'animal soudés ensemble; à Suse même, des cylindres-sceaux datant d'environ 2.500 avant notre ère reproduisent déjà ce motif. La grande habileté de l'artiste a été de réunir des parties si disparates de façon que l'œil ne soit pas choqué par la présence de ces avant-corps de taureaux juchés à pareille hauteur. Deux sortes de palais occupent le reste de la terrasse; les uns, les plus proches des propylées, sont destinés à la réception, les autres, les plus éloignés, à la vie intime du monarque. Les premiers sont la salle hypostyle de Xerxès et la « salle aux cent colonnes»; la partie centrale de la première qui est un APADANA, c'est-à-dire un bâtiment réservé aux grandes réceptions, se compose d'une partie centrale dont la toiture était soutenue par trente-six colonnes, mais entourée de péristyles qui en portaient le nombre à soixante-douze (fig. 9). On connaît bien le plan de ces salles par l'apadana de Suse qui couvrait un espace de plus de 10.000 mètres carrés, et qui était clos par des murailles en briques aujourd'hui disparues. La partie centrale de l'apadana de Persépolis dont quelques colonnes se dressent encore en un jet prodigieux, occupait une surface de 2.500 mètres carrés, portée à 7.300 mètres en y comprenant les ailes et les passages. Rappelons à titre de comparaison que la nef centrale de la grande salle hypostyle Fig. 2. — SUSÉ. CHAPITEAU ACHEMENIDE.

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L'AMOUR DE L'ART LA SCULPTURE ACHEMENIDE Fig. 3. — LES GARDES, MUSÉE DE BERLIN. Fig. 4. — COMBAT DU ROI ET DU GRIFFON. PERSÉPOLIS. Fig. 5. — LION ATTAQUANT UN TAUREAU. PERSÉPOLIS. (V°-IV° SIÈCLES AVANT J.-C.)

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L'AMOUR DE L'ART de Karnak était soutenue par douze colonnes et couvrait 2.500 mètres carrés. Le bâtiment voisin appelé la « salle aux cent colonnes » d’après le nombre de ces éléments architecto- niques, est l’œuvre de Darius (521-486) et de Xerxès; elle fut détruite par un incendie, sans doute à l’époque d’Alexandre. Tandis qu’à l’apadana, nous ne voyons plus que les colonnes sans la clôture, dans cette salle, les bases des colonnes sont seules apparentes, mais une partie des parois demeure (fig. 10). Car voici encore une particularité de l’architecture perse: les Sumériens, faute de pierre, puis les Assyriens par imita- tion, utilisaient pour leurs murailles la brique soit cuite, soit crue le plus souvent; les Perses qui avaient la possibilité de se procurer de la pierre d’excellente qualité, autant qu’ils le voulaient, ont seulement construit les portes et les fenêtres de leurs palais en pierre et ont employé la brique pour le reste de la muraille; elle a donc complètement disparu et il ne reste plus que les portes et les fenêtres; ces dernières sont d’autant plus solides que souvent l’architecte les a taillées dans un monolithe de pierre que sa masse a préservé de tout déplacement. Les autres palais de la terrasse, bâtis à peu près sur le même plan, étaient destinés à l’habitation du roi et de sa famille. Un de ces palais, celui qui est situé à l’extrémité sud de la terrasse, donnait sur un jardin artificiel dont on a retrouvé les traces; de même, au voisinage des propylées, des arbustes et des arbres garnissaient la plate- forme, contribuant à l’agrément et à la fraîcheur des salles hypostyles. Pareille disposition existait en Egypte, notamment à Deir-el-Bahari et aux ruines du temple dit de l’Akirou près d’Assur, où le sol est régulièrement creusé de petites fosses qu’on garnissait de terre pour y faire des plantations. C’est encore à Persépolis que nous étudierons le mieux l’art décoratif perse. Les surfaces que l’artiste désirait orner étaient à peu près toujours les mêmes: les parements des escaliers conduisant aux terrasses, et la face interne des blocs évidés qui constituaient les portes et les fenêtres. Cette ornementation procède évidemment d’une convention mi-politique, mi-religieuse comme dans les palais assyriens. Il s’agit avant tout de représenter le roi dans sa gloire; pour cela les Assyriens ont montré le monarque entouré de ses officiers, recevant les tributaires ou bien prenant part aux expéditions guerrières, et l’artiste s’est préoc- cupé d’éviter les redites dans la traduction de sujets assez monotones. Chez les Perses, ce souci n’existe pas; les quelques motifs qui symbolisent la grandeur du roi sont l’arrivée des tributaires, la garde d’honneur des monarques, et accessoirement la représentation du roi sur son trône ou s’avancant accompagné de courtisans. Sur les surfaces planes telles que le grand escalier qui prend naissance sur la terrasse, les gardes se suivront aussi nombreux qu’il le faudra pour couvrir l’espace disponible; sur les parements des rampes d’escaliers les tributaires dont les costumes rappellent les différentes parties de l’Empire, semblent gravir les degrés, portant leur tribut ou leur offrande pour le sacrifice. S’il s’agit du trône du roi, un motif nouveau est entré dans l’art; le trône devient une haute estrade sur laquelle le roi est assis dans un fauteuil, accompagné de dignitaires, dont le porteur de chasse-mouches et de parasol. Cette estrade est formée d’une série de plate-formes superposées et supportées par de petits personnages, les bras levés dans l’attitude de l’effort; leurs costumes permettent de voir en eux les divers peuples de la Perse. Ce motif est en somme une variante de celui qui nous montre le roi foulant aux pieds ses ennemis; ici les sujets pris en masse, soutiennent à bout de bras l’estrade que couronne la majesté royale. Ce symbolisme a d’ailleurs subsisté; l’ancien trône du Shah de Perse était une plate-forme supportée par un ensemble de cariatides: serviteurs, fauves ou animaux fantastiques. Le motif du roi sur son trône sera reproduit sur les escaliers avec des inscriptions qui commémorent la gloire du monarque, sur les murailles des salles de réception, dans l’embrasure des portes. Une autre série de bas-reliefs est d’esprit religieux; là encore il y a une notable différence avec l’Assyrie. Celle-ci accumulait sur ses façades les images de génies, le plus souvent ailés, qui devaient protéger la demeure royale, ou bien les représentations du héros Gilgamesh combattant les fauves; ici un pas de plus est franchi; à part les taureaux ailés des propylées, plus de génies! C’est le roi lui-même qui en tient la place; il combat tantôt le lion, tantôt le griffon; son attitude est de souveraine majesté; d’une main, il maintient le monstre, sans effort, de l’autre il l’éventre avec son poignard; le roi n’a plus besoin d’intermédiaire, il est devenu lui-même génie du bien et lutte contre le mal (fig. 4). Tantôt enfin, l’artiste reprend un vieux thème oriental, celui du lion attaquant le taureau dont la signification reste encore assez obscure; ce thème se prête mieux à la décoration des esca- liers. Tout ceci constitue de fort bons morceaux de sculpture, mais leur répétition à plusieurs exemplaires dans la même salle, évidemment à intention talismanique, en affaiblit l’effet; ce n’est plus un enseignement, un sujet à méditation, comme si le bas-relief était unique; c’est désormais un simple décor. Pourtant, dans cette sculpture si mesurée, certaines inexpé- riences étonnent; tel est le cas d’un bas-relief provenant de la rampe du grand escalier que nous reproduisons (fig. 5); l’artiste a fort bien mis en place son sujet dans l’espace triangulaire dont il disposait; le mouvement d’attaque du lion reste vivant, puissant même, comme l’attitude du taureau cabré sous le choc, mais une des pattes de devant de la bête se dresse, Fig. 6. — PERSÉPOLIS. TOMBE ROYALE DE DARIUS III.