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L'AMOUR DE L'ART 12° ANNÉE .2. FÉVRIER 1931 FRANCE 10 FR. - ÉTRANGER 15 FR. 110, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (VIe) P. PINSARD.

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ARTISTES, AMATEURS Nous informons MM. les Artistes et Amateurs que le Service Photographique de la Librairie de France (Collection Druet) a été transféré chez VIZZAVONA Photographe Editeur 65, Rue du Bac Tél. Littré 95-85 Nous prions nos clients et amis de bien vouloir confier dorénavant leurs travaux à M. VIZZAVONA, qui par son organisation et son expérience, est à même de leur donner toute satisfaction. --- Comme nouveau Dépositaire de la Collection Druet, la Maison VIZZAVONA se charge de tous les tirages d’épreuves à effectuer d’après les clichés de cette Collection. Représentation Générale de la Collection ALINARI, de Florence

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Vous qui êtes lecteurs de L'AMOUR DE L'ART Soyez aussi des AMIS DU LOUVRE Pourquoi? Parce que la SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE, qui groupe tous ceux qui aiment notre grand Musée, s'efforce par tous les moyens de l'enrichir. Plus que jamais, étant donné les circonstances, le Musée du Louvre a le devoir de réclamer de vous une aide efficace. Il faut que tous ceux qui lui sont reconnaissants des belles heures qu'il leur a procurées lui apportent leur concours moral et pécuniaire. Depuis sa fondation en 1899, la Société des Amis du Louvre, par ses propres moyens ou en collaboration, a donné au Musée : La Vierge à l'Enfant, de BALDOVINETTI, la Pieta d'Avignon, les statues tombales de Charles IV et de Jeanne d'Eyreux, des dessins et aquarelles de DELACROIX provenant des ventes Robaut, Chéramy, Degas, Leprieur, cinq Masques de LA TOUR, le Bain Turc d'INGRES, Crispin et Scapin de DAUMIER, les fresques de CHASSERIAU provenant de la Cour des Comptes, quarante sépias et aquarelles de CLAUDE LORRAIN, l'Atelier de COURBET, les Funérailles de Phocion de POUSSIN, le Laboureur de SEURAT, de nombreux objets d'art antiques, orientaux et extrême-orientaux, etc., etc. De 1915 à 1919, la Société a distribué plus de cinquante mille francs à des œuvres de guerre en faveur des artistes. Les membres de la Société ont droit à de nombreux avantages : entrée gratuite au Musée; promenades et visites de monuments et collections; invitation aux inaugurations du Louvre et des Arts décoratifs; de nombreuses réductions sur des achats de livres, d'estampes, etc. 10 % de réduction sur le prix de l'abonnement à L'AMOUR DE L'ART SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE Palais du Louvre, Pavillon de Marsan, 107, rue de Rivoli (en face la rue de l'Echelle) -- PARIS J'adhère à la Société des Amis du Louvre comme membre titulaire et m'engage à verser tous les ans une somme de ____________ francs. ou (1) la somme de ____________ francs pour rachat de ma cotisation, que je vous prie de vouloir bien faire percevoir à l'adresse suivante : Nom et Prénoms _______________________ Adresse _______________________________ Date ______________________ A _______________, le _______________ 193 SIGNATURE : (1) Effacer l'une ou l'autre formule. La cotisation annuelle minima des membres titulaires est de 50 francs. La somme minima de rachat de la cotisation est de 500 francs.

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L'AMOUR DE L'ART REVUE MENSUELLE FRANCE : 95 tr. BELGIQUE : 107 fr Douzième Année ETRANGER : 150 et 175 fr --- RÉDACTEUR EN CHEF : RENÉ HUYGHE Secrétaire de Rédaction : Germain Bazin --- SOMMAIRE DU N° 2. Février 1931 ART ANCIEN - LE GRÉCO ET VENISE ... Jean Cassou. ART MODERNE - Trois Hommes du Nord : PERMERKE, DE SMET, GROMAIRE ... Paul Fiérens. SYNOPTIQUE - GENÈSE DU CUIRASSIER BLESSÉ DE GERICAULT René Huyghe. ACTUALITÉ - Portraits d'Artistes. — RENCONTRE DE GUS BOFA DANS LE TRAIN DE 8 h. 47 ... René Huyghe. - Le Moulin à Peinture. — LES GALERIES... Germain Bazin. - Enquêtes. — LA RESTAURATION DES TABLEAUX DU LOUVRE... Réponses de Jean Guiffrey et J. Goulina. - Architecture. — LA SALLE D'ÉTUDES DE L'ECOLE NORMALE DE MUSIQUE... Marcel Mayer. - L'ART APPLIQUÉ. — LES EXPOSITIONS... Gaston Varenne. - LES LIVRES... R. H. et G. B. - LES REVUES... --- RÉDACTION, ADMINISTRATION ET PUBLICITÉ : LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard St-Germain, PARIS (VIe) -- Téléph. Littré : 67-91 et 67-92

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N° 2 FÉVRIER 1931 L'AMOUR DE L'ART --- ART ANCIEN LE GRECO ET VENISE par Jean Cassou --- A Crète, — il regno di Candia — était, lorsque Doménicos Théotocopoulos y naquit, dépendance de Venise. Sous le régime de la Sérénissime, crétois et vénitiens, orthodoxes et catholiques faisaient plus ou moins bon ménage. La population de l'île devait supporter patiemment les impôts dont Venise l'accablait. D'autre part, les Vénitiens devaient souvent céder quelques faveurs à l'aristocratie crétoise. Il y avait aussi des échanges entre les deux religions, celles-ci se partageant parfois le même temple. L'image de la Mesopanditisa, dans la cathédrale de Candie, était vénérée par les Grecs comme par les Latins. En échange, la réputation de Saint-François d'Assise s'était répandue jusque chez les Schismatiques, et ceux de la Crète avaient obtenu du pape Jean XXIII l'autorisation de célébrer selon leur rite l'office en l'honneur du saint, le jour de sa fête, dans l'église qui lui était consacrée à Candie. Les franciscains étaient nombreux dans l'île. A ce culte ainsi naturalisé candiote Théotocopoulos restera constamment fidèle, et de tous les saints, c'est Saint-François qu'il peindra le plus fréquemment. La jeunesse de Théotocopoulos fut évidemment nourrie à l'école byzantine. Mais l'on doit chercher quel aspect de l'école byzantine représentait la peinture qui fleurissait alors en Crète. De cette peinture il nous reste quelques rares fresques. Cependant Mistra, le point du continent le plus proche de la Crète, pourra nous en donner une idée plus complète. Par ailleurs, on sait que c'est au début du XVIe siècle que commence à se développer l'art des icônes peintes à la détrempe, qui se répandit jusqu'à Venise. Il n'était pas une famille vénitienne qui n'achetât aux madonneri crétois une image de la Vierge byzantine. L'église Saint-Georges des Grecs à Venise est ornée d'icônes, toutes dues à des peintres grecs. Le Livre du peintre de l'Athos nous fait connaître les principes rigoureux de la peinture crétoise: le principe de la « peinture ouverte », selon lequel l'artiste, quand il achève de peindre, ne recouvre pas entièrement ses dessous, et surtout cet axiome: « le clair rapproche, le sombre éloigne », qui, selon J.-F. Willumsen, critique subtil et audacieux de la jeunesse du Gréco, devait jouer un si grand rôle dans la technique de ce peintre. Il est certain qu'avec ces principes, avec cet art de silhouettes susceptible de répétition en nombre indéfini et où la perspective, l'espace, la profondeur n'imposent aucune préoccupation, mais sont remplacés par des signes canoniques; où les êtres humains apparaissent sous un aspect sacerdotal; où les groupes de personnages sont indiqués par l'étagement des visages les uns au-dessus des autres ; où les corps cylindriques ont leur base inférieure horizontale, cependant que la base supérieure est ovale, il est certain qu'avec cet art hiératique, intellectuel et si immobilement triste, les origines du Gréco se trouvaient au pôle absolument opposé à l'art qui, depuis Cimabue et Masaccio, se développait en Italie, art plastique et qui tendait à s'éloigner de la sainteté pour s'approcher de l'homme et à s'assimiler de plus en plus passionnément les changements uniques, irremplaçables de la lumière, du temps, de l'espace et de la vie. Vasari, qui devait chanter l'épopée de cet art occidental, avec quel mépris parle-t-il des Byzantins, « qui surent plutôt teindre que peindre » ! « Leur art, dit-il, se bornait à tracer des profils sur un fond de couleur. Leurs peintures ne montrent que des yeux effarés, des mains raides et ouvertes et des pieds en pointe. » Mais le Gréco ne peut oublier que cet art était le langage de sa jeunesse; son esprit têtu de solitaire, d'introverti régressif en gardera constamment la nostalgie. A Venise il rencontre pour la première fois l'éclatante nouveauté du langage occidental. Grâce aux échanges qui existaient entre Venise et Candie, cette nouveauté ne l'étonnera pas encore trop violem-

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L'AMOUR DE L'ART L'ART DU A VENISE LE GRÉCO. — GUÉRISON DE L'AVEUGLE. En haut : Fig. 1. — AU MUSÉE DE DRESDE. En bas : Fig. 2. — AU MUSÉE DE PARME.

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L'AMOUR DE L'ART GRECO ET A TOLEDE. --- LE GRÉCO. — LES VENDEURS CHASSÉS DU TEMPLE. En haut : Fig. 3. — GALERIE COOK A RICHMOND. En bas : Fig. 4. — NATIONAL GALLERY.

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L'AMOUR DE L'ART VISAGES. Fig. 5. — LE GRÉCO. ENTERREMENT DU COMTE D’ORGZ. SANTO TOMÉ A TOLÈDE, DÉTAIL. --- (Photo Anderson) Fig. 6. — TINTORET. PORTRAIT D’INCONNU. MUSÉE DU PRADO. --- (Photo Anderson) Fig. 7. — LE GRÉCO. PORTRAIT D’INCONNU. MUSÉE DU PRADO. ---

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L'AMOUR DE L'ART ment et il en acceptera certaines leçons. La puissante personnalité du Gréco draine à travers ses voyages ce qui lui convient. Plus tard, à Rome, il se trouvera en contact avec un académisme plus rigoureusement occidental, mais aussi avec le baroque naissant, avec le gigantisme de Michel-Ange, avec le pathétique tendu des maniéristes. Là encore il profitera de ces diverses influences. Et enfin, mené par un mystérieux destin, il trouvera dans Tolède le sol digne de le fixer. Là, ses récurrences triompheront des contraintes italiennes, et, fécondées par le conceptisme et le mysticisme espagnols, produiront l'univers qui est l'univers inaliénable et inimitable du Gréco. Arrêtons-nous à l'étape vénitienne, à ce premier conflit où se soit trouvée engagée une des plus fortes et des plus démoniaques volontés humaines qui aient paru dans l'histoire de l'art. --- Aux environs de 1567, date probable de l'arrivée du Gréco à Venise, ce qu'on a pu appeler le printemps giorgionesque était terminé. L'art vénitien était au comble de l'épanouissement, et sa somptuosité commençait même à s'emprindre des teintes mélancoliques de l'automne. La découverte de l'univers physique, qui fut le grand événement de la Renaissance et fit sortir l'art de son état de rêve ou de spéculation théologique et lui imposa une constante comparaison avec la nature, avait pris à Venise un caractère de contemplation voluptueuse et exaltée : d'où cette fête perpétuelle de Véronèse et de Titien. Avec le Tintoret la jouissance se fait plus aiguë et plus dramatique. L'atmosphère dorée où Venise baignait le corps humain se trouble et s'attriste. La flambée se refroidit, un crépuscule fait apparaître des tons livides et carminés. Cossio écrit que Gréco fit succéder à la gamme xantique la gamme cyanique. Cette substitution s'est déjà fait jour chez Tintoret. Enfin, cette crise de l'humanisme prend son aspect le plus vif avec les Bassan. « Dans l'opression politique et religieuse, écrit à ce propos l'esthéticien italien Lionello Venturi, l'homme a perdu sa merveilleuse assurance : il se limite et découvre pour l'art quelques nouveaux petits mondes, que de plus riches butins avaient fait oublier : par exemple, l'histoire sainte est sacrifiée au marché de Bassano par Jacopo da Ponte... La crise empire, et, à travers le découragement, elle arrive jusqu'à assujettir l'homme aux choses qui l'entourent ; elle invente la nature morte. Pour avoir voulu diviniser l'homme, la Renaissance italienne a réussi à humaniser les choses. » Ainsi donc, au naturalisme classique, scientifique et intellectuel de Florence, Venise, ayant opposé un naturalisme tout lyrique et que l'on peut qualifier de baroque, aboutit avec les Bassan à un naturalisme appuyé et presque bouffon, car sa première apparition provoqua le rire. En effet, le P. Sigüenza, décrivant dans son Histoire de l'Ordre des Hiéronymites, les collections de peinture que Philippe II avait rassemblées à l'Escrural, nous dit que Jacopo da Ponte aimait à peindre tout ce qu'il voyait chez les laboureurs des environs de Venise : « la jument, l'âne, le bœuf, le coq, la poule, les canards, les chaudrons et les casse-roles, et cela avec tant de propriété et de naturel que cela fait rire et recrée beaucoup la vue. » A la pointe extrême du lyrisme tintorétesque apparaît ainsi un réalisme qui n'est pas un simple réalisme d'observation, mais un réalisme humoristique, appesanti et dont le contraste, après une telle évolution et une si sublime aventure, garde un caractère poétique, sinon héroïque. L'âme, après une trop ardente exaltation, se détend dans un réalisme morne et atrabilaire, et cette chute même ne manque ni de pathétique, ni de grandeur. Cette forme de réalisme plaqué et comme héroico-burlesque est un des plus singuliers aspects du Baroque. Les premières œuvres de Doménicos Théotocopoulos nous révéleront donc un byzantin qui tente de plier son inexpérience de l'espace et de la perspective au savant naturalisme de l'art occidental, s'efforce de représenter des scènes d'un dramatisation dispersé et où les plus humbles choses joueront un rôle absurde et ironique. Considérons dans ce sens les différentes versions de la Purification du Temple et de la Guérison de l'Aveugle. Il est clair que Théotocopoulos s'y est acharné à se vénitianiser. C'est-à-dire à combiner de vastes architectures et d'amples mouvements. A représenter un événement sous un aspect théâtral. Or les ingénieuses coupes horizontales pratiquées par Willumsen sur ces ouvrages y révèlent d'énormes fautes. L'œil indiscipliné du Gréco ne peut s'astreindre à une juste distribution de l'espace. Le Christ des Purifications de la collection Cook (fig. 3) et de la collection Yarborough ne fouette pas les marchands sur lesquels sont fouet paraît levé. La femme qui s'éloigne à droite va fatalement marcher sur le corps de l'enfant étendu devant elle et qui, vu à vol d'oiseau, doit s'allonger sur un espace démesuré et barre toute l'issue. La marchande de colombes se tient à côté de la marche sur laquelle elle semble assise. Quant aux accessoires bassanesques, à cette cage de colombes, à ces lapins, ils disparaissent peu à peu. Et dans le même sujet traité par le Gréco libéré et revenu à son propre génie (National Gallery) (fig. 4), il n'en reste plus trace. L'architecture s'est réduite. Et l'espace. La scène s'est resserrée. Dans la Guérison de l'Aveugle de Parme (fig. 2) on ne retrouve plus le chien et la besace qui figuraient dans la Guérison de Dresde (fig. 1). Et un personnage apparaît à gauche, qui de son bras levé désigne on ne sait quoi d'extérieur et de céleste et signifie ainsi un dramatisme propre au Gréco. Il préfigure ces person-