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5e ANNÉE N° 4, AVRIL 1924 --- L'AMOUR DE L'ART ART ANCIEN ART MODERNE ARCHITECTURE ARTS APPLIQUÉS FRANCE : 5e ETRANGER : 7e --- L'ART APPLIQUÉ MODERNE LA GALERIE A. DE RIDDER ... YVES ALIX ... LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS (6e) 1924

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L'Amour de l'Art REVUE MENSUELLE 5e ANNÉE SOMMAIRE DU N° 4 (Avril 1924) Secrétaire Général : WALDEMAR GEORGE - En marge de l'Art appliqué moderne ...

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MAURICE MARINOT - VASES ET FLACON EN VERRE TAILLÉ. ( Photo Librairie de France ) En marge de l'art appliqué moderne Il est fort peu probable que l'art appliqué d'à présent soit accepté en bloc par la postérité, chaque génération commençant par répudier les préférences de l'âge précédent, en attendant que, par le recul du temps, le démodé devienne de l'ancien. Mais faut-il se placer au point de vue de l'an 2000 pour juger l'art de 1924 ? On risquerait de tomber dans la même erreur que les haute-lissiers des Gobelins et de Beauvais, qui dénaturent sciemment leur gamme chromatique en prévision de la décoloration que la lumière fera subir à leurs laines dans une dizaine d'années. Un seul point importe, aujourd'hui. L'art de maintenant répond-il à notre stade actuel de civilisation ? Avons-nous les meubles, les tapis, les tentures, les céramiques qui s'adaptent le mieux à notre vie d'à présent ? Je voudrais essayer de répondre à cette question, si angoissante à la veille de la grande consultation internationale de 1925, en tâchant de faire abstraction des tempéraments d'artistes, pour ne tenir compte que des résultats généraux. Je ne chercherai pas à mettre notre art au-dessus de tout. Si je parviens à montrer qu'il est de notre temps, cela doit suffire. Et d'abord l'art d'à présent est-il issu de celui que nous appelions moderne il y a vingt ans ? Ce n'est pas sûr. Des protagonistes de 1900, des adeptes du style naturaliste de Nancy, que reste-t-il dans le clan des décorateurs ? Gaillard a renoncé, semble-t-il, à l'art du meuble, Guimard se recueille, Lambert expose rarement, Prouvé, Carabin professent, Iribe est en Amérique, Landry est mort, Majorelle a évolué. Quelques attardés sacrifient encore timidement au décor floral naturel. Mais on ne rencontre plus le trait en coup de fouet que dans les dessins des élèves de nos écoles nationales d'art décoratif. Le modern style se meurt, le modern style est mort. PIERRE LEGRAIN - RELIURE.

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L'AMOUR DE L'ART Ne lui prodiguons ni les fleurs ni les couronnes. Ce guide imprudent avait conduit l'art décoratif à une impasse où il piétinerait encore si vers 1913, les Véra, les Sue, les Mare, les Groult et quelques autres n'avaient donné à leurs confrères une vigoureuse leçon d'audace et de discipline, en les ramenant à la tradition oubliée ou trahie. Rappelons-nous néanmoins que sans l'exemple d'un Gallé ou d'un Guimard nous admirerions encore les pastiches du passé, et ne soyons pas trop sévères pour ce temps, où s'élabore, à notre insu, l'art vivant qui règne à présent. Il fallait abattre pour reconstruire. L'art vivant ! Je ne retire pas le mot, bien qu'il semble étrange de l'appliquer à des objets d'usage ou à un décor mobilier. Mais il devient d'une vérité littérale si on le confronte à l'art du siècle dernier, qui avait une odeur de cadavre, non seulement parce qu'il était fait des débris de toutes les civilisations éteintes, mais encore parce qu'il gardait la stagnation des choses mortes, industriels et artistes se contentant de rééditer à satiété les modèles qui avaient plu un jour, et qu'ils décrétaient devoir plaire à jamais parce qu'il leur était plus commode et plus économique de se livrer à des redites que de se mettre en frais d'invention et de renouvellement. L'art de maintenant ne se contente pas de secouer la poussière des siècles. Il évolue. Il s'enfante lui-même. Il se présente chaque printemps avec un visage nouveau où nous retrouvons des traits qui nous étaient familiers, mais avec une expression, une intention nouvelles. Et qu'on me permette de placer ici la confession d'un témoin de ces vingt dernières années de luttes artistiques. J'ai, comme bien d'autres, adjuré trop tôt les décorateurs de clore l'ère des recherches. J'ai vu quelque chose de troublant dans leur passion du changement, en même temps qu'un danger pour la diffusion du mobilier moderne. Je n'ai pas été assez convaincu que cette présentation constante de formes neuves était la preuve de la vitalité dunouvelessor. Aujourd'hui, l'ère des vulgarisations est ouverte. Mes vœux imprudents sont exaucés, mais par les meubliers de second ordre, par les suiveurs, par les industriels exploitants de la recette Dufrène, Follot ou Ruhlmann. Ce n'est pas de ces habiles commerçants que la jeunesse attend des leçons, ce n'est pas à leur réussite que je veux consacrer ces pages. Qu'il leur suffise du succès mérité que le Ministère du Commerce leur ménage à l'Exposition de 1925. *** Cette renaissance des arts appliqués, qu'il serait puéril de nier puisque ceux mêmes qui s'étaient montrés les moins accueillants à l'art moderne s'en font maintenant les plus chaleureux défenseurs, est sans précédent dans l'histoire. Au XVIe siècle, au XVIIe siècle, au SZADO - MARTEAU EN FER FORGE. EILEEN GRAY - COMMODE. (Ph. Lib. de Fr.)

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L'AMOUR DE L'ART FRANCIS JOURDAIN - CHAMBRE D'HOMME. PIERRE LEGRAIN - FAUTEUIL, SIÈGE ET APPAREIL D'ÉCLAIRAGE.

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L'AMOUR DE L'ART OLESIEVICZ - PAPIER PEINT (ÉD. PAR L'ATELIER PRIMAVERA). xviii° siècle et même à l'époque impériale, c'est l'omnipotence des architectes qui a rénové, avec les lignes monumentales, les formes mobilières. Au xx° siècle, les architectes ont failli à leur mission atavique, sans doute parce qu'ils n'étaient pas soutenus par un pouvoir central ou par une aristocratie capable d'imposer un goût. L'art vivant a triomphé par les seuls efforts des artistes décorateurs, privés d'encouragements officiels et tenus à l'écart par les architectes réputés. Il n'a profité que d'une circonstance heureuse et fortuite; le réveil du goût de la couleur amené par la jeune peinture moderne. Ce sont les peintres et non les architectes qui ont assuré son triomphe définitif. Paradoxe? Pas autant qu'on le pourrait croire. Ni les expositions d'art décoratif, ni les articles de revue, ni les conférences n'étaient parvenus à modifier le goût public. Certains mécènes et des artistes se meublaient en art nouveau. La masse des acheteurs restait réfractaire. Il a fallu les peintres d'avant-garde, les décorateurs des ballets russes pour rajeunir notre vision, pour dessiller des yeux qui ne voyaient le monde qu'à travers les musées. Nous avions des âmes d'antiquaires. L'amour de la couleur nous a rééduqués. Nous avons vu les choses sous leur vrai jour et non plus sous la patine du temps. Le succès de modernité s'est affirmé dans les spécialisations industrielles en raison directe de l'appel qu'elles font à la couleur. Les toiles imprimées, les papiers peints, les soieries, les tapis, les terres vernissées, les verres émaillés, les appareils d'éclairage, ont pris la tête du cortège, entraînant à leur suite le mobilier, qui a revêtu, pour se mettre à l'unisson, une parure du bois des îles, de marqueterie, de laque d'or. Une autre circonstance a favorisé l'éclosion du goût nouveau. C'est la diffusion de l'automobile, l'éveil de notre sensibilité à la beauté dépouillée de la machine, merveille de vitesse, d'endurance, de noble proportion, c'est ce rare bonheur surtout, que pour la mise au point de la carrosserie nouvelle on n'ait nulle part fait appel aux esthètes, que nul artiste, nul décorateur n'ait imposé une inspiration même géniale. L'effort fut collectif. Chaque constructeur profita des améliorations apportées au type par son prédécesseur et porta un peu plus loin l'excellence du modèle. L'auto révéla une beauté résultant de la pureté des lignes, de la logique de la construction, de la netteté, de la sincérité, de l'excellence des matériaux: les meilleurs bois, les meilleurs aciers, les meilleurs vernis. Cette orientation nouvelle du goût public serait restée cependant inopérante sans la participation d'un RAOUL DUFY - DAMASSÉ POUR AMEUBLEMENT. (ÉD. PAR BIANCHINI-FÉRIER).

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L'AMOUR DE L'ART petit nombre d'industriels éclairés et, plus récemment l'entrée en scène des grands magasins. Après les tentatives sans lendemain de la Maison moderne et de Bing, les industriels hésitèrent longtemps à tenir boutique d'art nouveau. Puis quelques-uns se risquèrent. Géo Rouard se spécialisa Avenue de l'Opéra dans la céramique, Lalique ouvrit un comptoir pour ses verreries Place Vendôme, Vuitton mit en vente Avenue des Champs-Elysées des modèles entièrement renouvelés d'objets de toilette, Cornille frères, Boulevard Montmartre, et Bianchini, Place de l'Opéra, firent chatoyer des soies de coloris et de dessins imprévus. Mais les acheteurs qui s'adressaient à ces maisons de goût et à quelques autres, étaient gagnés d'avance. Pour arriver à une conversion en masse, il fallait une fréquentation plus ample et moins spécialisée. Il fallait le formidable appoint des grands magasins, où cent mille visiteurs, tous les jours, se familiarisent avec les modèles originaux, dans toutes les catégories d'objets d'usage. Il fallait les puissants capitaux, les possibilités d'exécution pour ainsi dire illimitées de ces sociétés anonymes, pour faire regagner au mobilier moderne, en quelques années, son retard sur le stock séculaire des copies de style, pour lui permettre de figurer autrement qu'en parent pauvre, à côté des splendeurs bourgeoises du faubourg Saint-Antoine. JEAN LURÇAT - PAPIER PEINT (ÉD. PAR LA BOUTIQUE PIERRE CHAREAU). Pour assurer le succès, chaque firme prit pour maître de l'œuvre un des créateurs de l'art nouveau : les Galeries Lafayette ouvrirent " La Maîtrise ", le Bon Marché, l'atelier de " Pomone " le Louvre, " Le Studium", le Printemps avait depuis longtemps montré la voie avec l'atelier " Primavera ", qui sut maintenir, contre vents et marée, un modeste rayon jusqu'au jour où l'élan donné, il put déployer la même activité que ses rivaux. Cette action nécessaire, bienfaisante et féconde des Grands Magasins est encore trop récente pour que nous puissions en prédire les conséquences. Va-t-elle renforcer l'élan de l'art appliqué moderne, va-t-elle le conduire plus loin, va-t-elle au contraire le confisquer à son profit? Il est trop tôt pour répondre. Des artistes complets, comme ceux qu'ils ont mis à la tête de leurs ateliers modernes, si rien n'entrave leur initiative, sauront suffire à alimenter ces grandes entreprises en production courante, tout en poursuivant les recherches personnelles et en continuant leur rôle de créateurs d'élite. Malgré tout, aux yeux des jeunes, feront-ils aussi nettement figure de chef de file? Pour les décorateurs isolés, ne porteront-ils la peine des rancœurs que l'implacable puissance des capitaux soulève sur son passage? Au contraire verront-ils croître leur influence LOUIS MARCOUSSIS - CRETONNE IMPRIMÉE (ÉD. PAR L'ATELIER DE LA MAÎTRISE).

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L'AMOUR DE L'ART SONIA DELAUNAY - TABLE DE SALLE A MANGER. par l'espoir des commandes dont ils seront les dispensateurs? Sans doute se sont-ils eux-mêmes posé les questions et faut-il leur savoir gré d'avoir accepté, avec toutes ses conséquences, un commandement industriel d'où sortiront et d'où sont sortis déjà de si heureux effets pour la diffusion du mobilier moderne. *** Ces quelques jalons posés, abordons l'examen de l'art appliqué contemporain dans chacun de ses compartiments. Nous commencerons par le meuble, dont le problème prime à vrai dire tous les autres. C'est la question toujours discutée, celle qui soulève les polémiques les plus vives, celle qui nous apparaît avec les éléments les plus contradictoires. Il convient de s'en réjouir. Quand l'unanimité du goût sera un fait accompli, quand les formules seront fixées, la décadence commencera. La vie est faite du conflit des forces opposées. Sans doute les Salons de 1923 ne font plus songer, comme ceux d'il y a dix ans, à une chaudière en ébullition. Dans leur abondance de production harmonieuse, les tempéraments individuels se fondent, et c'est tant mieux pour la diffusion du style. Mais sous cette harmonie générale on discerne heureusement quelques dissonances particulières. Des décorateurs comme Legrain, Poulet, Miss Gray, Francis Jourdain, Martine, pour n'en citer que quelques-uns, cherchent à donner au meuble une expression qui paraît plutôt ressortir du domaine de la peinture ou de la sculpture, et ne reculent pas devant une note suraiguë ou un accord discordant. Des gens assurément bien intentionnés les condamnent au nom du bon goût. Il conviendrait mieux, peut-être, de se réjouir de leurs audaces, de leurs réalisations téméraires, de leurs fantaisies outrancières, d'où peut jaillir une idée nouvelle, une forme heureuse. La distinction, l'élégance, le goût sont des qualités éminemment françaises, c'est entendu. Mais toute médaille a son revers. N'oublions pas que le goût est un élément paralysateur. Il faut SONIA DELAUNAY - BUFFET DE SALLE A MANGER.

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EILEEN GRAY - TAPIS AU POINT NOUÉ. (Photo Librairie de France) --- JEAN LURÇAT - TAPIS AU POINT NOUÉ. (ED. PAR LA BOUTIQUE PIERRE CHAREAU). --- ATELIER PRIMAVERA - TAPIS AU POINT NOUÉ. --- PAUL VERA - CARTON DE TAIPISERIE. ---

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L'AMOUR DE L'ART savoir oser et même oser se tromper. C'est l'absence de goût qui a fait le succès de l'art munichois : « Une grande brute, disait en 1915 Louis Thomas, se trompera dix fois, cent fois, produira des mastodontes et des monstres, mais finira peut-être par nous donner une pièce, un morceau réussi. En art il n'y a que cette réussite qui compte. » Certes, il est possible de tout concilier, surtout quand on est retenu par des nécessités pratiques. Ruhlmann, Sue et Mare, Chareau, Bagge, Groult, COMPAGNIE DES ARTS FRANÇAIS - TABLE DE SALON. Montagnac en sont la preuve. Mais aucun de ces meubliers ne sacrifie au désir de plaire l'indépendance de ses recherches et c'est tant mieux. Quand la vulgarisation aura banalisé les formes mobilières d'aujourd'hui, comme la reproduction à outrance des meubles de style a démonétisé au siècle dernier les réelles beautés des bois du XVIIe et du XVIIIe siècles, c'est à ce petit groupe de beaux artisans qu'il faudra recourir pour retrouver l'accent et le caractère que la production industrielle aura fatalement enlevé au mobilier. Et ceci est vrai pour toute la phalange des meubliers dont les talents divers parcourent toute la gamme de la modernité, depuis les ouvriers de la première heure, Dufrène, Follot, Rapin, Jallot, Tony Selmersheim, Fréchet, Joubert, qu'on serait tenté de qualifier de classiques, jusqu'aux derniers venus comme Leleu, Bouchet, Letessier, Madame Renaudot, Palyart, Fabre, Nathan, Dominique, Djo Bourgeois, René Prou, plus dégagés des formules d'avant-guerre. De ces éléments, souvent divergents, se dégagent cependant quelques caractéristiques à peu près universellement adoptées et qui sont comme la grammaire du mobilier d'à présent : Simplification des lignes, sobriété du décor, étude réfléchie des éléments constructifs, amour des surfaces nettes, recherche des bois précieux. L'intransigeance des décorateurs de 1910, qui n'employaient que le bois massif et se refusaient à tout agrément de placage, de marqueterie, d'incrustation, de peinture ou de laquage, a fait place à un sage retour aux procédés séculaires de l'ébénisterie. Le bronze, toutefois, n'est pas rentré en grâce, et on peut le regretter. Telle commode de grand prix se comprend mal avec des poignées faites d'un anneau de bois tourné, simplement fixé par l'attache d'un ruban. La sculpture, également, est tenue à l'écart, et on ne peut que le déplorer, quand on songe au talent inemployé d'un Le Bourgeois, d'un Malclès, d'un Borga. Toutes les pièces du mobilier moderne — et il faut convenir que le nombre n'en a pas sensiblement augmenté depuis Louis XVI, nos décorateurs ayant laissé aux ingénieurs le dessin des appareils scientifiques nouveaux, postes téléphoniques, télégraphie sans fil, phonographes et le reste — ont maintenant leurs formes heureusement renouvelées. Tables, bureaux, secrétaires, buffets, bibliothèques, armoires basses, toilettes, lits, quel que soit le tempérament de leur auteur, n'ont rien à envier aux chefs-d'œuvre réputés du passé. Il reste encore quelques retardataires, — le piano, le billard, par exemple, — mais la faute en est pas plus aux industriels qu'aux décorateurs qui, dès qu'on le leur a demandé, ont tout récemment étudié des modèles intéressants. La réussite n'est pas aussi générale dans le siège. On compte les décorateurs qui, comme Dufrène, ont réalisé des chaises ou des fauteuils gracieux, confortables, bien équilibrés, et cela seul suffit à montrer com-

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L'AMOUR DE L'ART bien il est dangereux de rompre trop ouvertement avec la tradition. Nous avons la même façon de nous asseoir que les Français du XVIIIe siècle. Conservons donc les proportions et les lignes générales d'un meuble qui s'est lentement adapté au corps humain et qui doit sa grâce à ce parfait accord. Fuyons surtout les sièges coupés à angle droit comme un morceau de galette. Cette rigidité géométrique peut convenir aux gens du Nord. Les latins aiment les courbes reposantes, où le corps s'infléchit. Je préfère encore, à ces constructions algébriques, le vieux capiton où Napoléon III rêvait en fumant son éternelle cigarette et que Paul Follot n'a pas craint de moderniser en somptueux damas de soie. Le problème des appareils d'éclairage, non plus, ne peut être considéré comme résolu. Si la lampe portative, l'applique, le plafonnier nous offrent des modèles acceptables et souvent aimables, dont nous sommes redevables à l'entente entre les verriers et des ferronniers comme Brandt, Subes ou Nics, le lustre reste encore à trouver. La vasque est un expédient. La couronne de lumière semble trop empruntée au Moyen Age, ce qui ne laisse pas de surprendre de la part de décorateurs modernes. Peut-être faut-il revenir au lustre à branches, dont Georges Chevallier et Subes ont donné d'intéressants modèles, et reprendre l'emploi du bronze doré. Ce serait tant mieux pour cette belle industrie de luxe où les modèles originaux sont rares, malgré les heureuses créations de Jallot, de Dufrène, de Hamm, de Schenck et plus récemment de Gigoux et de Mare pour la serrurerie d'appartement. En somme, de tous les métaux, le fer a seul réalisé de notre temps l'union de l'art et de l'industrie. Non pas que les industriels, à quelques heureuses exceptions près, aient fait appel aux décorateurs, mais parce que les artisans comme Robert, Brandt, Szabo, Subes, sont devenus des usiniers. C'est grâce à eux que nous avons vu de beaux exemples d'architecture ferronnière, dignes de l'âge du fer, où nous sommes plus que jamais, dirions-nous si nous voulions conserver l'antique classification de la préhistoire. Nous leur devons l'entrée du fer forgé dans la décoration de l'appartement : grilles d'intérieur, cache-radiateurs, lampadaires, appareils d'éclairage, partout où la légèreté du décor doit s'allier à une ossature d'une solidité à toute épreuve. Nos maîtres du marteau — et il convient de mettre dans les meilleurs Richard Desvallières et Edouard Schenck — sont en tous points dignes de leurs devanciers. Ils vont même plus loin qu'eux, le fer dont ils disposent étant d'une qualité meilleure et la soudure autogène leur permettant de se livrer à des raffinements qui n'ont pour ainsi dire d'autre limite que leur fantaisie. C'est un danger auquel, j'en suis convaincu, saura échapper ce bel art de la forge qui a précédé tous les autres, ne l'oublions pas, dans la voie du modernisme. Le retour du travail au marteau, en réaction contre les procédés expéditifs mais vulgaires de la fonte, ne se manifeste pas seulement dans le fer. Il s'exerce avec un rare bonheur dans le cuivre, et malgré son ignorance sans borne des techniques, le public se passionne pour les ouvrages de nos dinandiers, leurs formes franchement accusées, leur décor dépourvu de toute superfluïté, où la main de l'artisan, le choc de l'outil, ont laissé leur empreinte. Mais les bons repousseurs sont rares, bien qu'à vrai dire tous les artisans du métal se soient plus ou moins essayés à cette pratique. Dunand est le plus complet et le plus représentatif. Pour ne rien enlever à l'harmonie, à la simplicité, à l'équilibre de ses formes, il remplace le décor en relief par des incrustations, des patines, des laques. Il se livre à des études chimiques auxquelles personne avant lui n'avait songé. Il crée un décor d'une sobriété et d'une retenue qui fait songer aux classiques poteries antiques. D'autres le suivent, sans le copier : Carrel, Linossier, tan- COMPAGNIE DES ARTS FRANÇAIS - FAUTEUIL DE SALON. TAPISSERIE DE CHARLES DUFRÈNE.