Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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Palou de l'art
Art Ancien
Art Moderne
Arts Appliqués
Directeur : Louis Vauxcelles
Troisième Année - N° 1. Janvier 1922
France: 5 fr. -- Etranger: 5 fr. 50
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Le Salon des Indépendants Signorelli
Librairie de France, 99, Boulevard Raspail, PARIS (VIe)
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1922
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L'Amour de l'Art
REVUE MENSUELLE
Directeur : LOUIS VAUXCELLES
Secrétaire général : WALDEMAR GEORGE
3e ANNÉE
SOMMAIRE DU N° 1 (Janvier 1922)
- Luca Signorelli
- Théodore Chassériau, peintre orientaliste
- Le Salon des Indépendants
- Modigliani
- Simon-Lévy
- Kisling
- Dessins de Luc-Albert Moreau
- Les Œuvres d’art et les variations de la Carte politique
- Les tendances modernes aux Etats-Unis
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EDMOND EPARDAUD.
LÉANDRE VAILLAT.
LOUIS VAUXCELLES.
ANDRÉ SALMON.
WALDEMAR GEORGE.
CL. ROGER-MARX.
JEAN DE BONNEFON.
WALTER PACH.
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Le numéro : 5 fr. — Étranger : 5 fr. 50
ABONNEMENTS : Pour la France, 50 fr. — Pour l’Étranger, 60 fr. par an.
Les abonnés reçoivent sans aucune majoration tous les numéros spéciaux publiés dans le cours de leur abonnement.
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La correspondance, les mandats, les factures, les livres pour comptes rendus, etc., devront être adressées impersonnellement à
L'AMOUR DE L'ART, 99, Boulevard Raspail, Paris (6)
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Luca Signorelli et la Jeune École Française
Ce que nos peintres contemporains doivent au grand maître « constructeur » de la Renaissance.
Il sera difficile de définir l'art pictural contemporain, tant qu'il n'aura pas atteint sa plénitude. Cependant on peut admettre que notre jeune école, réagissant côté du cubisme ou partis du cubisme, se proposent l'équilibre des plans et des volumes, ont des affinités immédiates avec Cézanne, inspirateur direct et avoué. Or Cé-
L'APPEL DES ÉLUS AU CIEL (CATHÉDRALE D'ORVIETO)
contre la fureur paysagiste et coloriste de l'impressionnisme, tente un retour vers les solidités de la construction et du style. L'art des musées, très sottement méprisé par les petits esprits de la génération précédente, redevient une source d'inspiration possible.
Nos peintres actuels, ceux du moins qui, à zanne préconisait éloquemment l'étude des chefs-d'œuvre de musée. Ce révolutionnaire avait l'âme d'un classique. Mais l'influence du maître d'Aix n'épuise ni ne limite les antécédents historiques de l'art que nous voyons se former sous nos yeux. Il convient de fouiller plus loin. Tout est dans tout — ce
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principe du panthéisme métaphysique est vrai aussi en histoire de l'art. Et ce n'est pas un simple jeu de l'esprit de rechercher à travers les dogmes et les formules antiques les grandes directives suivies par les écoles naissantes. Cette recherche a un autre but :
Il est en effet le peintre "constructeur" par excellence, plus encore que Michel-Ange qui apporta à l'art volontaire et brutal de son prédécesseur, certains disent de son maître, les atténuements poétiques et voluptueux de la Renaissance.
Luca Signorelli nous apparaît surtout à travers les fresques de la cathédrale d'Orvieto. C'est là, au sommet de cette autre colline inspirée, en ce monument qui révéla à l'Italie les austérités gothiques, que nous devons le surprendre et l'approfondir.
Or, que voyons-nous à Orvieto? Signorelli réagir contre les coloristes florentins et ombriens du siècle qui s'achève, Fra Angelico, Benozzo Gozzoli, Ghirlandajo, Botticelli, Filippino Lippi, Pinturrichio, plus illustrateurs et enlumineurs que sculpteurs et pétrisseurs de formes. Déjà on pourrait trouver des exemples de subordination de la couleur à la plastique sculpturale chez le padouan Mantegna et l'ombrien Péruign, mais que sont ces balbutiements timides à côté des splendides hardiesses de Signorelli? La décoration de la Cappella Nuova marqua vraiment une révolution comparable en importance historique à l'apparition des Vénitiens découvrant non pas, comme on l'a dit, la couleur (les primitifs ont été de grands coloristes), mais les lois de la perspective moderne.
Signorelli se révéla le premier peintre scientifique, celui qui, le premier, osa une esthétique de l'anatomie humaine basée sur l'observation précise des jeux des muscles et des rapports d'équilibre du corps. Encore peu familiarisé avec la science nouvelle, il procède par lentes et vigoureuses analyses.
dégager une certaine continuité de l'art, une permanence des lois organiques qui mette tout effort loyal et sain à l'abri des extravagances arbitraires.
De tous les peintres "classiques", celui que pourraient revendiquer avec le plus de vraisemblance nos jeunes artistes est Luca Signorelli.
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Et ce travail d’analyse, de décomposition anatomique, se retrouve dans les puissantes synthèses de reconstitution, d’où l’aspect heurté, violent, excessif, presque agressif de son style. La science domine parfois chez lui le goût et le sentiment. Et cette réduction volontaire en plans et en volumes, en lignes et en angles, avec le trait de délimitation des corps fortement accentué, donne à ses figures l’apparence rêche de planches anatomiques.
Signorelli ne s’embarrasse pas des angoisses de l’âme. Ses damnés ne souffrent pas et il ne torture pas leur masque impassible à peine implorant. Ce précurseur des grandes traditions modernes — et peut-être le plus audacieux des modernes — méprisant le spiritualisme des mystiques, de Léonard de Vinci et des florentins, semble pressentir le matérialisme ou du moins le pragmatisme des doctrinaires des dix-neuvième et vingtième siècles, la froide raison qu’anime le seul amour du fait humain. Le paganisme renaissant opposé au mysticisme chrétien du Moyen-Age fut la principale inspiration de l’art moderne inauguré par Signorelli, Michel-Ange et Raphaël.
Signorelli est le plus païen des trois, le plus classique dans le sens de la statuaire grecque, avec des accentuations que n’avaient pas prévues les artistes péricléens.
La décoration de la Cappella Nuova dut paraître à l’époque un défi, un défi technique et religieux. Fra Angelico de Fiesole l’avait commencée en 1447 dans le style coloriste des mystiques florentins. Pourquoi appela-t-on l’ombrien Signorelli à lui succéder cinquante ans après?
L’Ombrie n’est pas la terre douceuse que les profanes se représentent. C’est une terre dont l’aridité plastique contraste avec la poétique tendresse et la grâce suave du paysage florentin. Luca Signorelli de Cortona était déjà célèbre par ses compositions de la légende de Saint-Benoît, de Monte Oliveto Maggiore. On était en 1499. Il avait quarante-neuf ans, mais il n’avait pas encore donné sa pleine mesure. Il n’avait pas encore osé. A Orvieto, le cadre gothique, la sévérité de cette vaste armature, l’immensité des surfaces à couvrir lui inspirèrent des résolutions d’audace. Orvieto énerva et exaspéra son génie. Il devait faire de la construction pour que la décoration
DÉTAIL DE LA “RÉSURRECTION” (CATHÉDRALE D’ORVIETO) (photo Giraudon)
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murale répondit aux proportions architecto- niques de la chapelle et à la grave majesté de l’édifice tout entier. Il s’y jeta éperdument.
De même il lui fallait de grands sujets. Il prit le plus grand, le plus terrible de tous, la fin du monde. La théologie orviétaine illus-
trée à la fin du quattrocento par l’humaniste prélat Antonio Alberi lui fournit quelques précisions sur les prophéties. Le sujet était à sa taille. Il s’y attela avec toute la fougue de son bouillant génie. Fra Angelico avait appliqué sa tendresse ineffable au chapitre précurseur : le Christ juge du monde. Le chœur des prophètes fut seul entrepris et achevé par le peintre florentin, dans la manière édifiante qui lui est habituelle. Signorelli ne se laissa pas influencer par cette admirable page liminaire et il n’essaya pas de plier son âme hautaine à la douceur de la discipline évangélique. Dès les premiers coups de pinceau et de brosse, il s’affirma lui-même, avec sa force d’artiste souverain du monde, avec sa désinvolture de païen renaissant et sa sûreté de scientifique épris d’amour terrestre et de beaux corps charnels... L’homme de la nature prenait parti contre l’homme de la foi. Il tonna, il vitupéra; il exhala sa flamme comme un chant de triomphe ; il martyrisa les formes et étira les visages, impuissant à saisir les âmes, inapte à exprimer par des moyens spirituels et symboliques les vices et les vertus.
L’artiste, par condescendance obligée, avait consulté les théologiens orviétains. Mais il avait surtout écouté la formidable leçon de Dante. On le sent devant ces peintures de volonté et d’orgueil titaniques: Dante est présent aux yeux et à l’esprit du fresquiste. C’est lui qui l’inspire, c’est lui qui le conduit. Et si l’on veut l’explication totale et dernière du génie de Signorelli, c’est dans le poème dantesque que nous devons l’aller chercher.
Pour la technique, rien antérieurement ne pouvait laisser prévoir Luca Signorelli. Il n’y a pas de génération spontanée pas plus en art qu’en microbiologie. Et j’ai indiqué déjà ce que les fresques d’Orvieto pouvaient devoir aux essais plastiques de Mantegna ou du Pérugin. Mais ces timides antécédents à part, rien n’annonce le dantesque illustrateur de la Cappella Nuova. Juste en la
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dernière année de ce quattrocento qui avait été le triomphe de la peinture d’âme et du mystique coloriage, éclate la plus violente affirmation de volonté constructive, d’affranchissement dogmatique et d’agressive impiété qui ait jamais surgi d’un cerveau humain.
Luca Signorelli s’est peint lui-même dans un angle de la Prédication de l’Antechrist, aux côtés du tranquille et glorieux Angelico. Son visage, que nous avons tout lieu de croire ressemblant, exprime l’orgueil tenace et hautain, la froide ironie du dominateur plus intelligent que sensible, avec la forte carrure du menton volontaire et l’amertume des lèvres tombantes.
Avec Signorelli nous sommes vraiment au seuil d’une ère nouvelle. Les effacements et les humiliétés du moyen-âge et de la prérenaissance disparaissent. L’artiste se déclare souverain du monde. L’âge moderne que nous voyons s’épuiser aujourd’hui en des prolongements indéfinis, se crée, avec cette jeune puissance tyrannique : la personnalité.
La personnalité de Luca Signorelli, instaurateur de l’art moderne, a de tels reliefs qu’il faudra remonter jusqu’à Richard Wagner pour trouver une égale domination d’art. Michel-Ange lui-même dont le Jugement dernier s’impose si totalement à notre entendement et subjugue toutes nos forces d’émotion, n’aura pas l’originalité du coup de théâtre signorellesque, car il en profitera. Et on peut se demander très sérieusement si le Jugement dernier de la Sixtine aurait été possible sans la Fin du monde de la Cappella Nuova.
Nous voilà bien loin, semble-t-il, des médiocres tentatives contemporaines. Et c’est peut-être mal servir nos jeunes artistes que d’agiter à leur sujet d’aussi formidables spectres.
Je ne suis pas de ceux qui croient ou feignent de croire que notre époque d’art comporte sa plénitude d’inspiration et d’expression. Je penserais plutôt que les dix années postimpressionnistes qui viennent de s’écouler et durant lesquelles nos peintres ont essayé de trouver quelque chose, constituent un passage. Aujourd’hui le passage n’est pas franchi. Nous avons quitté une rive peut-être trop battue et nous en cher-
LES " CONDAMNÉS À L'ENFER " — DÉTAIL (CATHÉDRALE D'ORVIETO) (photo Giraudon)
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chons une nouvelle pour aborder. Mais nous voguons toujours, sur la mer incertaine, sous le ciel capricieux et changeant.
Quelques maîtres sollicitent nos artistes en mal d'un dogme inusité. Ouvertement ils revendiquent Paul Cézanne, Cézanne qui en plein impressionnisme sauva les traditions constructives de l'art des Musées.
Ils revendiqueraient Luca Signorelli s'ils le connaissaient mieux et s'ils ne devaient s'en aller gravir la montagne abrupte d'Orvieto pour lui rendre hommage. Car de tous les précurseurs modernes, voilà le plus conscient, le plus volontaire, le plus richement et royalement prédéstiné. Son génie agressif et démolisseur aux yeux du passé, est un tentateur prodigieux d'avenir. A l'aube magnifique de la Renaissance italique il nous devine et nous pressent, avec toutes nos tortures morales, toutes nos tristesses désabusées, avec nos angoissantes recherches d'équilibre, nos retours difficiles vers la forme oubliée.
Pour retrouver cette forme, il était inévitable que nos jeunes peintres, comme le titan d'Orvieto, seraient amenés à la décomposer, à la triturer, à la faire souffrir. D'où cette analyse douloureuse et triste, cette réduction en lignes, en angles, en plans et en volumes, qui est non pas l'affirmation d'un dogme nouveau mais le sacrifice nécessaire de la recherche patiente aux illuminations peut-être lointaines du génie.
C'est dans cet esprit, je crois, que nous devons apprécier et encourager l'art des André Favory, des Luc Albert Moreau, des Picasso, des Derain, des Othon Friesz, des André Lhote, des Charles Dufresne, pour citer les plus sages. Préoccupés de la forme et de l'eurythmie géométriques, ces "constructeurs", oublieux un moment de la couleur factice et arbitraire dont leurs prédécesseurs avaient abusé, se sont voués à la recherche d'un large style architectonique et sculptural où ils pourront satisfaire leur anxiété présente.
Par delà Cézanne, père spirituel incomparable, ils contempleront avec joie et profit l'ancêtre Signorelli, formidable professeur d'énergie, pétrisseur de formes humanisées et de matière terrestre, édificateur de rhytmes, d'équilibres, de perspectives et d'espace.
Les voies de la peinture moderne sont là, en cette Cappella Nuova de la cathédrale d'Orvieto où Michel-Ange eut la pleine conscience de ses forces et de ses fins, où les nôtres, plus modestement, pourront découvrir les causes mystérieuses de leurs souffrances et de leurs incertitudes.
EDMOND EPARDAUD
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Théodore Chassériau
PEINTRE ORIENTALISTE
Il me souvient d'avoir rencontré, parfois dans les rues de Paris, des caïds arabes. Je regardais avec curiosité leur manteau rouge, leur croix de la Légion d'Honneur, car ils sont tous chevaliers, leur turban noué au-dessus de leur tête ; je pensais avec effort à cet Orient que je ne connaissais que par les peintures dites orientalistes; mais l'avouerais-je, si je pressentais vaguement la noblesse de leurs attitudes et de leurs gestes lents, j'enparvenais pas à dégager complètement dans mon esprit la beauté de cette évocation, tant est puissante l'influence du "milieu", de l'atmosphère sur nous-mêmes, tant il est vrai que les êtres et les choses ne deviennent compréhensibles que par ce qui les entoure habituellement.
J'avais peine à comprendre l'enthousiasme que provoqua, en 1845, à Paris, le Khalifat de Constantinople, chef des Aractas, de son nom Ali-Hamed. Théodore Chassériau fit son portrait en cavalier magnifique, grandeur nature, au milieu d'une escorte, il l'exposa au Salon ; et Théophile Gautier, un des glorieux patrons de notre confrérie si décrite, écrivit à propos de cette toile, que l'on cherche maintenant au Musée de Versailles : "Ali-Hamed, que tout le monde a pu voir à l'Opéra, aux Italiens, dans les promenades, est d'une ressemblance frappante. Ce sont bien les yeux terribles et doux, mornes et flamboyants, qui semblent tournés en dedans et qui pourtant vous traversent de part en part, ces yeux de gazelle et de lion, qui ont fait frissonner et rougir tant de belles Parisiennes au fond de leurs loges".
Il est certain, d'après ces lignes, qu'Ali-Hamed a dû très mal se conduire à Paris et qu'on a dû ménager, dans son emploi du temps officiel, quelques heures officieusement consacrées à la visite de ce personnage mystérieux que dans le Roi on appelle le "Président du Sénat". En tout cas il se montra satisfait de son image, et l'emporta malgré la malédiction des hadith; mais comme les temps sont durs, trente-cinq ans plus tard, elle quitta son palais pour échouer à l'Hôtel des ventes.
Ali-Hamed ne manqua pas d'inviter son peintre à venir le visiter à Constantine. Chassériau qui, d'autre part, avait un cousin établi en Algérie, M. Frédéric Chas-
(Collection du baron Chassériau)
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sériau, architecte à la ville d'Alger, ne manqua pas de se rendre à l'invitation de son modèle. Peut-être l'exemple de Delacroix n'était-il pas étranger à son empressement. En 1846, au printemps, il parcourut l'Algérie en compagnie de l'état-Major des généraux Bedeau Bertrand, Yusuf et Daug-
du Conseil d'Etat. Il ne reste que quelques lettres adressées pendant le voyage à son frère aîné Frédéric, et quelques notes écrites en marges de ses croquis, un peu à la manière du carnet de route de Delacroix. Avant de signaler les toiles qui nous restent comme les témoignages pittoresques et plastiques de ce beau voyage, je voudrais citer les passages essentiels de ces lettres et de ces notes. Ils nous introduiront dans la compréhension des œuvres.
Une lettre datée de Constantine, le 13 mai 1846, nous apprend que le peintre a fait sa première traversée de Marseille à Philippeville. Il est muni de lettres pour les généraux Lamoricière (celui qui est si déplorablement statifié à Constantine) et Bedeau; il vit avec les officiers: "Le pays est très beau et très neuf. Je vis dans les Mille et Une Nuits. Je crois pouvoir en tirer un vrai parti pour mon art. Je travaille et je regarde".
Excellentes intentions.
Nouvelle lettre du même endroit, dix jours plus tard. Il restera encore une quinzaine à Constantine. De là il ira à Alger. Il a terminé son affaire (il ne dit pas laquelle) avec le Khalifat, il a reçu un excellent accueil du général Bedeau, et l'hospitalité de trois jeunes chefs des spahis: "Ne soyez pas inquiets si vous entendez parler d'une expédition dans la Kabylie, conduite par le général Bedeau. J'ai trouvé à Constantine tout ce que je voulais voir de Kabyles et je n'ai aucun intérêt à la suivre.... Je serai à Paris dans le milieu de juillet.... Le climat est très sain et je souffre ici moins de la chaleur qu'en France, où les grandes rues laissent le soleil vous cuire
DEUX ARABES A CHEVAL ARRÊTÉS A UNE FONTAINE.
mas. Il y avait un certain mérite, à cette époque, à voyager dans un pays que l'on parcourt actuellement dans les confortables auto-cars de la Compagnie Générale Transatlantique, mais qui alors n'étaient rien moins que sûrs.
Une partie des papiers de Chassériau a malheureusement disparu dans l'incendie
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L'AMOUR DE L'ART
tout à son aise (attrape pour l'urbanisme moderne et les rues droites, à la mode sous Louis-Philippe). Ici on est toujours à l'ombre".
De Constantine, le 4 Juin 1846.
"Je suis encore à travailler à Constantine.... D'après ce que j'ai entendu dire, je fais bien de m'arrêter quelques jours de plus ici. C'est le seul endroit vraiment arabe qui reste en Afrique. (Déjà).
De Philippeville, le 13 Juin 1846.
"Après-demain, je m'embarquerai pour Alger.... Le général Bedeau m'a donné mon passage à la table du commandant comme à un officier supérieur (comme le maréchal Lyautey, le général Bedeau comprenait l'importance des artistes et des écrivains dans l'œuvre de la colonisation, qui est une vulgarisation des colonies).... J'ai été content du Khalifat. Il m'a remis 1.500 francs sur la somme qu'il me doit et m'a promis les 800 autres qu'il reste me devoir pour le plus tôt possible. Il est très gêné en ce moment.... J'ai vu des choses bien curieuses, primitives et éblouissantes, touchantes et singulières. Dans Constantine, qui est élevée sur des montagnes énormes, en voit la race arabe et la race juive comme elles étaient à leur premier jour. Je te raconterai cela et tu verras des études nombreuses, tout ce qu'il est possible de faire en voyant passer en si peu de temps des choses si diverses devant les yeux. J'ai pris des notes, et avec le souvenir je pense ne rien oublier".
Donc la plupart des tableaux de Chassériau sur l'Afrique n'ont pas été exécutés en Afrique, mais à Paris, à l'atelier, d'après des notes prises en Afrique, ce qui est d'ail-
leurs conforme à la tradition classique....
"Du reste tout deviendra français avant peu comme construction et la ville où je suis maintenant est aussi grande et aussi française que Châlons, Mâcon, et elle a été faite en quatre ans. Il est donc faux de dire que nous n'avons aucun résultat". Si c'est
un résultat d'europaniser des villes africaines, je ne partage pas l'admiration de Chassériau. Peut-être voulait-il faire plaisir à son cousin Frédéric Chassériau, qui avait dressé un plan d'extension de la ville d'Alger sur la colline de Mustapha, avec des voies de 45 mètres de large....
"Je pense qu'elles (ses sœurs) sont contentes du prédicateur qu'elles ont main-