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COLLECTION DOCUMENTAIRE D'ART MODERNE
LÉON MOUSSINAC
INTÉRIEURS-IV
ERIC BAGGE - PAUL FOLLOT - LÉON JALLOT
B.J.KLOTZ - PIERRE LEGRAIN - MARTINE
P.P.MONTAGNAC - RENÉ PROU - L.SOGNOT
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ÉDITIONS ALBERT LÉVY
Librairie Centrale des Beaux-Arts
PARIS 2, RUE DE L'ÉCHELLE
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- INTÉRIEURS - IV
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Les modèles publiés dans le présent ouvrage sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions, même partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs.
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INTÉRIEURS-IV
ERIC BAGGE - PAUL FOLLOT - LÉON JALLOT
Mme B.-J. KLOTZ - PIERRE LEGRAIN - MARTINE
P.-P. MONTAGNAC - RENÉ PROU - L. SOGNOT
50 PLANCHES PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION
ET AVEC UNE INTRODUCTION DE
LÉON MOUSSINAC
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COLLECTION DOCUMENTAIRE D'ART MODERNE
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ÉDITIONS ALBERT LÉVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
PARIS — 2, RUE DE L’ÉCHELLE
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INTRODUCTION
Cette quatrième série d'Intérieurs sera la dernière. Ce n'est pas que nous prétendions avoir épuisé le sujet et qu'il n'existe encore des ensembles mobiliers dignes de figurer dans le choix de cette collection, mais nous avons préféré les abandonner plutôt que de les présenter dans des conditions désavantageuses à la fois pour l'artiste et pour l'éditeur, ou de n'en présenter que des détails, soit que certains de leurs éléments manquent d'homogénéité, soit que des difficultés particulières en compromettent la reproduction.
Telle, il nous semble, complétée par les œuvres des artistes qui figurent dans ce dernier volume, cette série d'intérieurs nous paraît remplir pleinement le but que nous nous étions proposé et représenter de façon suffisamment complète l'art de ce temps.
Eric Bagge. L'esprit rigoureux de l'architecte se tempère d'une fantaisie décorative qui marque la personnalité d'Eric Bagge, soit que l'artiste travaille sur un programme imposé, soit qu'on lui laisse — ou qu'il prenne — la liberté de créer selon son goût. On pourrait dire de lui que c'est un talent organisé : en cela qu'il est toujours prêt et capable de résoudre un problème nouveau. Pièce en série ou pièce d'exception trouve en lui une intelligence attentive qui sait s'adapter aux nécessités du moment, ne manque pas d'opportunisme artistique, et garde toujours une solution prête. Il a dessiné de nombreux modèles non seulement de meubles proprement dits, mais d'appareils d'éclairage, de tapis, voire de radiateurs. La sécheresse à quoi risquerait d'aboutir chez lui une certaine conception des lignes arrêtées du décor, est évitée, souvent, par le choix d'harmonies adoucies et franches.
Paul Follot. Il fut un des jeunes maîtres de la génération dite d'avant-guerre. Il possède de l'art une conception aristocratique. S'il a sensiblement évolué, ce n'est pas sous l'action d'influences extérieures, mais avec la seule volonté de rester uniment d'accord avec soi-même. Artiste, il conçoit et réalise selon des principes qui se sont peu à peu cristallisés en une doctrine qu'il enseigne avec autorité. Il attache, justement, tout l'intérêt possible à l'étude du volume en affirmant qu'«un meuble dépouillé de toute ornementation sculptée, un meuble nu, peut avoir une plasticité très supérieure à celle d'un meuble entièrement sculpté, mais conçu à plat». Il soutient que les notions d'art possible
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en série sont contraires à toute conception de l'art, la série, selon lui,
ne pouvant produire que la quantité : « Il faut qu'on n'encourage que
l'ordre de créations destinées à satisfaire non pas l'inculte, mais le plus
averti. » Il a, ainsi, exécuté des ensembles ou des meubles exceptionnels d'une franche unité, des appareils d'éclairages, des tissus, des glaces,
des objets divers. Ses modèles de tapis marquent une date importante dans l'histoire du tapis français moderne. A l'Atelier « Pomone », qu'il dirige depuis sa création, Paul Follot s'applique à l'édition des modèles les plus divers susceptibles de satisfaire une vaste clientèle bourgeoise, mais conçus selon son goût.
Léon Jallot. La forte logique de son esprit s'appuie sur une pratique sévère d'artisan et sur une conception d'artiste qui s'alimente aux sources d'une imagination sans cesse exaltée. Son amour de collectionneur pour les œuvres de la Chine, de l'Egypte, du Moyen âge, même pour l'art nègre, confirme son amour d'artiste pour le beau métier, la simplicité populaire, la conscience professionnelle. Léon Jallot reste toujours près de la vie, mêlé à la vie. C'est pourquoi ses œuvres disent son désir de satisfaire, avant tout, les soucis sentimentaux et les besoins pratiques de ses clients; c'est pourquoi il accepte volontiers la fabrication en série et, mieux, la souhaite. Point embarrassé de théories, tout à son outil, technicien savant, décorateur, peintre, sculpteur, respectueux aussi bien des simples que des riches matières, il s'est formé seul, en raisonnant moins sans doute sur les autres que sur soi-même. De là des œuvres sobres, ordonnées, pratiques, loyales.
Mme B.-J. Klotz. La variété ne va pas, de toute évidence, sans une certaine inégalité, chez cette artiste sensible, éprise des beaux accords, des souples ordonnances, des atmosphères soigneusement préparées. Un certain hall, exécuté récemment pour une villa de montagne était d'une parfaite homogénéité et méritait le complet succès qu'il obtint à l'Exposition des Arts Décoratifs. Mme B.-J. Klotz s'applique à obtenir l'unité nécessaire non seulement à la réussite d'un meuble isolé, mais d'un ensemble de meubles à l'échelle d'une architecture originale. Si son goût la pousse à aimer particulièrement les matières riches et rares, délicates, précieuses, elle n'oublie pas que leur emploi ne doit être impérieusement déterminé que par le jeu des besoins pratiques et de la logique. L'accord général n'est point, de la sorte, sacrifié au bénéfice d'un effet de détail, d'une trouvaille ingénieuse. Un art aussi élégant sait rester sobre, dépouillé, sans perdre de sa sensibilité particulière.
Pierre Legrain. Une originalité d'esprit discutée, mais un art indiscutable. Et le raffinement d'un goût qui s'exprime notamment en d'admi-
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rables reliures qui sont les premières de ce temps. La personnalité de Pierre Legrain devait se laisser séduire par les problèmes d'organisation et de décor de l'intérieur pour une minorité sociale particulièrement riche et désireuse de paraître informée du meilleur. De là aussi, parce que particulièrement riches, des ensembles mobiliers particulièrement exceptionnels. L'art de Pierre Legrain est exclusif. Et ce qu'on pourrait y découvrir d'étrange ou ne s'accordant pas toujours avec cette logique sévère qu'on est accoutumé de louer aujourd'hui, ne fait qu'affirmer plus complètement une personnalité qui veut s'exprimer tout entière, avec la fantaisie ou le réalisme extrêmes qui lui plaisent, sans opportunisme pratique. Ce qui est capable de tenir en respect toute critique.
Martine. La mode. Et la mode en ce qu'elle représente de plus volontaire et de plus fugitif. Expliquer et commenter les œuvres de l'Atelier Martine, dont plusieurs tapis et tissus notamment sont remarquables, c'est presque dire l'influence considérable de la mode sur l'évolution et la création du décor de la vie contemporaine, Nous avons déjà écrit : « Paul Poiret est l'animateur de l'Atelier de Martine. Cela garde la valeur d'une profession de foi. C'est dire, en effet, que Poiret a groupé l'activité d'artistes jeunes, particulièrement attentifs aux plus excessives manifestations du goût, ici et ailleurs, à ce que le music-hall, le cirque, — après le théâtre, — les théories les plus en faveur ou en puissance encore, la diffusion par les collectionneurs des arts primitifs encore inconnus chez nous, ou la mise en valeur des styles populaires, sans compter la continue découverte de l'Orient, apportent d'éléments et de matériaux neufs à l'imagination... A l'Atelier Martine, on reste donc moins préoccupé de définir un aspect du décor de la vie présente, que les aspects mobiles du décor où une minorité mondaine, fardée, oisive, mêlée, cosmopolite, se plaît à vivre une saison... » C'est aussi pourquoi on catalogue, comme nulle part, chez Martine, les influences qui ont agi sur les tendances de l'art décoratif. Élément d'étude de premier ordre, et qui nous éclaire brusquement sur la psychologie et les mœurs d'aujourd'hui.
P. P. Montagnac. Si certaines réalisations de P. P. Montagnac nous ont parfois causé quelque déception, c'est que nous exigeons beaucoup de lui, et que, ce faisant, nous ne pouvions mieux lui marquer notre estime. Ses meubles révèlent une étude sérieuse, une entente réfléchie des diverses nécessités auxquelles ils doivent répondre. Ils s'emploient également à participer à la réussite d'une ordonnance générale non sans richesse, disons cossue, pour employer un terme désuet mais qui dit bien les goûts de confort et de luxe sans tapage d'une certaine bourgeoisie soucieuse de sa réputation et de son rang. La couleur joue un grand rôle. C'est que l'architecte a conservé un œil de peintre fin et sen-
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sible. N'en retenons pour preuve que les aquarelles des deux ensembles reproduits dans cet ouvrage, et qui restent représentatives à cet égard.
René Prou. Tous les programmes le tentent et il accepte volontiers les plus particuliers. Un grand nombre de ses réussites sur divers paquebots français sont connues. Sa manière ne s'embarrasse pas de subtilités techniques ou de complications sentimentales : il va droit à la solution la plus claire, la plus nette, et, la retenant, ne transige point avec elle, mais s'y tient et l'accuse avec une certaine franchise. On ne saurait ne pas lui savoir gré de sa sincérité. On pourrait seulement discuter, quelquefois, le goût qu'il manifeste pour des sortes de décorations linéaires qui n'expriment pas toujours complètement le sens de sa recherche et le but de son application, mais qu'il retient sans doute pour tempérer quelque peu ce qu'il estime montrer une trop rigoureuse logique. On goûte l'aisance et l'équilibre d'un esprit qui ne redoute pas de résoudre un problème compliqué, mais ne s'évertue point à compliquer un problème simple.
L. Sognot. Il est parmi ceux qui ont établi les plus délicates et les plus charmantes compositions avec des constructions simples, dépouillées, mais toujours élégantes, d'une heureuse distinction. L'expression de telles qualités, et d'une sensibilité si originale, malgré des influences évidentes, situe cet artiste aux côtés des meilleurs. La mode, ou plutôt les éléments non pas les plus singuliers mais, au contraire, les moins éphémères de la mode, corrigent ce qu'un tel art pourrait, absolu, garder de sévérité et parfois même d'austérité. L. Sognot se sert des gris avec virtuosité ; ils n'ont jamais dans ses harmonies un rôle attristant, mais ils s'animent d'une opposition choisie et discrète de couleurs franches. Chaque meuble occupe dans l'ensemble toute sa place, et seulement sa place. De la sorte, l'artiste aboutit souvent à des ensembles particulièrement homogènes et vivants.
Toute conclusion générale serait inutile. La diversité des talents et des tendances révèlent seulement, dans cette suite complète d'Intérieurs, une activité créatrice qui, depuis longtemps, ne fut jamais si profonde et qui ne cesse de se développer. L'originalité des artistes se manifeste ainsi en des caractères qui expriment déjà fortement l'époque et qu'affirment ces ensembles mobiliers pour la présentation et l'explication desquels on n'a négligé la reproduction d'aucune recherche générale de composition ou de couleur, comme d'aucun détail technique, particulièrement représentatifs.
LÉON MOUSSINAC.
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TABLE DES PLANCHES
Planches
1. Chambre à coucher. I. Perspective ...