Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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CIMAISE
art et architecture actuels
N° 162-163
present day art and architecture
65 F.
ISSN 0009-6830
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art
CINETIQUE
CINE LIGNE
CINETIQUE
CINE LIGNE
####### CINETIQUE
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épisode spécial
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1983
22-27 MARS
STOCKHOLM
INTERNATIONAL
ART EXPO
SIAE 83
Organisation - Siège Social:
Loïf Ståhle
MASSBOLAGEN AB
Box 174
S-191 23 Sollentuna
Suède
Tél. 08/35 92 35
Correspondants en France
Christine Paulvé Nane Stern
11, rue Lepic 25, av. de Tourville
F-75018 Paris F-75007 Paris
France France
Tél. 257.99.92 Tél. 705.08 46
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NANE STERN
25, avenue de Tourville
75007 Paris
705 08 46
Jean Paul JAPPÉ
peintures récentes
du 8 février au 19 mars 1983
Gérard KOCH
sculptures
du 12 avril au 14 mai
du mardi au vendredi 15 h - 20 h 30
le samedi 10 h - 12 h et 15 h - 20 h 30
En raison de la Foire de Stockholm
la Galerie sera fermée du 19 mars au mardi de Pâques
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ROYER
> "Depuis plus de cent ans
> Royer embaîle et transporte
> à travers le monde
> Cableaux
> Antiquités
> Objets d'art"
BUREAUX : 14, RUE DU CHERCHE-MIDI - 75006 PARIS
ATELIERS : 5, RUE DU CHERCHE-MIDI - 75006 PARIS
166, RUE CARDINET - 75017 PARIS
TELEPHONE : 548.65.64 - 222.31.95
TELEX 203653 F
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MIKINA
présente
ses toiles et ses dessins
du
1er au 31 mars 1983
à
L'HÔTEL MERIDIEN
1, Promenade des Anglais
NICE
Le pied, encre sur papier, 40 x 30 cm.
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CIMAISE
ART ET ARCHITECTURE ACTUELS
PRESENT DAY ART AND ARCHITECTURE
30e année N° double 162-163
Janvier - Février - Mars 1983
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Directeur-Rédacteur en Chef : Jean-Robert Arnaud
Conseillers : John Franklin Koenig, Ante Glibota
Secrétaire général : René Barzilay
Secrétaire de rédaction : Luis Lemos
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Adjoint à la rédaction pour le CANADA : Henri Barras
Chicago : 299 East Ontario Street
Chicago, Illinois 60611
Distributeur pour le Canada : Leo Bonneville
“Séquences”
4005 rue de Bellechasse
Montreal H1X 1J6
Téléphone : (514) 288-3764
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Administration-Rédaction : 8, rue Récamier, Paris 7e. Tél. 544.04.82
Impression : Société Mondiale d’Impression, 3, rue Maurice Loewy, Paris 14e. Tél. 327.15.40
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Prix
Ce numéro double : France 65 francs
Étranger 75 francs
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Abonnement
Abonnement 6 numéros :
France : 210 F.
Étranger : 280 F.
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Couverture
Composition graphique de Jean-Louis Majewski
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Numéro spécial : ART CINÉTIQUE
Éditorial
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Jean-Robert Arnaud
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Trente ans déjà
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Histoire
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Roger Bordier
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Mouvement, mouvements Movement, Movements
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Gilles Plazy
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Interview Denise René
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Commentaires d’artistes :
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Agam
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Cruz-Diez
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Vasarely
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Bury
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Visites d’atelier
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Michel Ragon
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Agam
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Gilbert Lascault
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Pol Bury
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Gilles Plazy
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Soto
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Paule Gauthier
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Vasarely
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Daniel Abadie
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Cruz-Diez
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Jonathan Benthall
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Tsaï
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Histoire
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Gérard Xuriguera
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Le Groupe de Recherches d’Art Visuel
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Denise René
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A propos du GRAV
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Actualité
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Claude Bouyeure
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Paris
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Henry Barras
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Montréal
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Les traductions en anglais sont de Alastair McLurg et de Jérôme Reese.
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ÉDITORIAL
TRENTE ANS DÉJÀ
Chaque jour, ou presque, des revues naissent, gentils éphémères qui meurent avant même de s’exprimer, dès les premiers balbutiements.
C’est que l’aventure est tentante, excitante encore en ses prémices. On réussit toujours à sortir un numéro, parfois deux, dans la fièvre : émerveillement devant cette naissance !
Mais une revue ce n’est pas quelques cris poussés, même s’il en est parfois de fort beaux. C’est après ce premier élan que tout commence ; lorsque les numéros doivent paraître les uns après les autres, avec continuité, régularité, opiniâtreté. Le profil d’une revue, sa physionomie, se dessinent peu à peu avec chaque publication, comme se compose un puzzle ; et c’est avec le temps qui passe que sa personnalité s’affirme.
Témoin essentiel d’un moment de l’art en train de se faire, une revue doit par ailleurs avoir une vision d’ensemble à travers le temps et aussi l’espace, les frontières en art, plus qu’en tout autre domaine, sont dérisoires, aujourd’hui encore plus que jamais, en ces temps de repli craintif.
Traiter dans le temps et dans l’espace.
LE TEMPS
Pour ce faire, Cimaise jouit d’un double privilège :
- Le temps, la durée : 162 numéros, parus en 30 ans, constituent un panorama en soi de l’art contemporain, panorama unique, enrichi sur le plan historique, par la publication de numéros spéciaux tels :
- L’art russe des années vingt (n° 85-86, 1968).
- Le Bauhaus (n° 91-92, 1969).
- De Stijl (n° 99, 1970).
Numéros devenus avec le temps (encore lui) plus précieux aujourd’hui qu’hier avec, en plus des articles de fond, les témoignages directs qu’ils comprennent :
THIRTY YEARS ALREADY
Each day, or almost, magazines are born – pleasant ephemera that die before even having expressed themselves, as of the first gurglings.
The adventure is tempting, exciting at the beginning. One always succeeds in printing one, perhaps two, issues in a fever: amazement in front of this birth! But a magazine is not several roars, even if sometimes there are some very beautiful ones. It is after this first spark that everything begins, when the issues have to come out one after another, with continuity, regularity, and obstinacy. The profile, the physiognomy of the magazine sketches itself little by little with each issue, the way a puzzle is put together; and it is with time going by that its personality asserts itself.
Essential witness to a period of art in the act of creating itself, a magazine should also have a global vision of time and space; the frontiers of art, more so than other boundaries, are derisive – today more so than ever in these times of fearful retreat.
Working in time and space
TIME
To do it, Cimaise enjoys a double privilege:
- time, longevity: 162 issues published in 30 years, constituting a panorama in itself of contemporary art, a unique panorama enriched on a historical level by the publication of special issues such as:
- Russian art of the 1920’s (n° 85-86, 1968).
- The Bauhaus (n° 91-92, 1969).
- De Stijl (n° 99, 1970).
Issues which have with time become (even more) precious today with the testimonials they contain, as well as their articles:
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- numéro Art Russe : témoignages de Nina Kandinsky, de Madame Pougny, de Madame Pevsner.
- numéro Bauhaus : témoignages de Herta Wescher, de Nina Kandinsky, de Jean Leppien.
- numéro De Stijl : témoignages de Michel Seuphor, de Nelly Van Doesburg, de César Doméla, de Herta Wescher.
L’ESPACE
- L’espace, l’universalité : dans deux domaines différents Cimaise se déploie. Celui de la diffusion, avec des abonnés, dont de nombreuses bibliothèques publiques – musées, universités, écoles – dans 61 pays ; celui de l’information, avec de très nombreux articles sur des pays étrangers (études, notes de voyage sur le Japon, les Indes, le Moyen-Orient, les Pays de l’Est, l’U.R.S.S., chroniques régulières, manifestations internationales), des numéros spéciaux aussi consacrés à un seul pays :
- l’Angleterre (n° 63, 1963).
- le Japon (V° série n° 5, 1958).
- les Etats-Unis (IV° série n° 2, 1956 ; VI° série n° 3, 1959 ; n° 69-70, 1964).
- le Canada (n° 80-81, 1967).
Universalité accentuée encore par une publication bilingue. Toutes les études sont intégralement publiées en français et en anglais, les deux versions étant publiées côte à côte et en même corps afin que la lecture en soit également aisée dans les deux langues.
- Aujourd’hui comme hier, nous continuons à jouer notre rôle, et nous publierons en alternance avec des numéros sans thème, des numéros spéciaux consacrés à un seul pays :
- le numéro 159 consacré à l’Italie a déjà paru
- un très prochain numéro, en cours d’élaboration, est consacré au Venezuela, d’autres à venir sur l’Espagne, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, l’Australie.
- Des numéros historiques consacrés à certains mouvements :
- les Nouveaux Réalistes, l’Abstraction Géométrique, l’Abstraction Lyrique, d’autres encore dont ce numéro consacré au Cinétisme.
Il est en effet temps aujourd’hui de tenter une approche synthétique d’une époque que nous avons vécu, depuis trente ans au jour le jour et dont nous nous souvenons. Notre quotidien d’alors devient peu à peu aujourd’hui histoire ; et nous avons connu cette histoire, nous savons comment elle s’est faite pour l’avoir vécue ; nous en connaissons les acteurs : artistes d’abord et ceux qui les ont accompagnés, directeurs de galeries, critiques d’art, amateurs.
LE CINÉTISME
Bien qu’en divers de ses aspects, le cinétisme lui soit antérieur, bien que le mot lui-même soit né avant cette manifestation, c’est l’exposition “Le Mouvement” (Galerie Denise René, 1955) que nous prenons comme point de départ de notre numéro, l’événement nous paraissant avoir valeur d’exemple.
- Dans son étude historique “Mouvement, mouvements”, publié en introduction, Roger Bordier qui fut à l’époque partie prenante, mêle souvenirs, analyses et commentaires.
- Cette exposition eut lieu à la Galerie Denise René, qui devint à partir de là, et quoiqu’on en dise parfois, la cheville ouvrière, du mouvement qui venait de naître, et il nous est apparu nécessaire de publier une interview de Denise René que nous avons demandé à Gilles Plazy de réaliser.
- Russian art: testimonials by Nina Kandinsky, Madame Pougny, Madame Pevsner.
- The Bauhaus: testimonials by Herta Wescher, Nina Kandinsky, Jean Leppien.
- De Stijl: testimonials by Michel Seuphor, Nelly Van Doesburg, César Doméla, Herta Wescher.
SPACE
- Space, universality: Cimaise exerts itself in two domains. That of diffusion, with subscriptions – including numerous public libraries, museums, universities, and schools in 61 countries; that of information, with numerous articles on foreign countries (studies, voyage diaries on Japan, India, the Middle East, Poland, Russia), regular chronicles during international manifestations, and special issues devoted to numerous countries:
- England (n° 63, 1963).
- Japan (n° 5, series n° 5, 1958).
- United States (n° 6, series n° 3, 1959; n° 69-70, 1964).
- Canada (n° 80-81, 1967).
Universality accentuated even more by being a bilingual publication. Every article is printed in its entirety in French and in English, the two versions side by side and the same length to facilitate their reading.
Today, as before, we continue to play this double-role, and we publish, in alternance with issues without a theme, special issues devoted to a single country:
issue n° 159 dedicated to Italy has already come out.
A coming issue, now in its final stages, is devoted to Venezuela, and others on Spain, the United States, Canada, Japan, and Australia are to come.
- Historical issues devoted to certain movements: the New Realists, Geometrical Abstraction, Lyrical Abstraction, and others, including this issue devoted to Cinetism.
It is in fact time now to attempt a synthetic approach to a period we have lived for the past thirty years on a daily basis, and which we remember. Our daily life then is becoming little by little history today, we know how it became so by having lived it; we know the actors: artists first, and those that accompanied them, gallery owners, art critics, connoisseurs.
CINETISM
Even if in some of its aspects Cinetism is anterior to it, even if the word itself was born before this manifestation, it is the “Movement” exhibition at the Denise René Gallery in 1955 that we use as the starting point for this issue, the event seeming to us to have more than ever the value of being a precedent.
- In introduction is the historical study “Movement, movement” by Roger Bordier, an active participant at the time, which mixes memories, analysis, and commentary.
- This exhibition was held at the Denise René Gallery, which became from that moment, regardless of what is sometimes said, the backbone of the newborn movement. It seemed necessary to publish an interview with Denise René, which we asked Gilles Plazy to conduct.
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Tinguely : Métamécanique - 1956 - 100 x 76 cm.
Tinguely : Métamécanique - 1955 - 41 x 41 cm - Collection particulière, Paris.
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AGAM, BURY, SOTO, VASARELY
Enfin, il nous fallait plus précisément en venir aux artistes. Il nous est apparu cohérent de choisir d’abord, en dehors des vieux maîtres, les artistes ayant participé à l’exposition “Le Mouvement”.
Michel Ragon met l’accent sur le rôle historique de l’œuvre d’Agam ; Gilbert Lascault, au contraire, ne traite que des œuvres relativement récentes de Pol Bury : les fontaines. Gilles Plazy, lui, pour parler de Soto, prend l’histoire de plus haut pour établir sa filiation directe avec Mondrian ; tandis que Paule Gauthier s’attache à mettre en relief l’aspect théorique de l’œuvre de Vasarely.
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TINGUELY
Nous avons longuement hésité à inclure ou pas une étude sur Tinguely dans ce numéro. Non pas qu’il n’y ait pas sa place. Il l’a, et je suis mieux placé personnellement que quiconque pour le savoir puisque c’est à la Galerie Arnaud, au printemps 1954 et à l’automne de la même année qu’il fit ses deux premières expositions.
Je m’en souviens encore, il m’avait téléphoné un jour pour prendre rendez-vous pour me montrer ses œuvres. Comme je lui demandais dans quel esprit il travaillait (car souvent venaient nous voir des artistes qui n’avaient rien à voir, ni de loin ni de près avec l’art que nous défendions), il me répondit : “mon travail ne ressemble à celui de personne”. C’est ce que souvent répondent les artistes. Il vint. Sa démarche, en effet était originale, même si plus tard, après sa première exposition, on a parlé abusivement de l’influence de Bodmer, artiste suisse, qui m’avait d’ailleurs écrit à ce sujet pour revendiquer une antériorité, ou encore, et pourquoi pas, pendant qu’on y était, de celle de l’horlogerie suisse !
Il s’agissait de boîtes noires rectangulaires, de 4 ou 5 centimètres d’épaisseur. Sur la surface plane une composition de barres et de pastilles blanches montées sur tiges noires, quasi invisibles, détachées du fond d’environ un centimètre. Un moteur, caché dans la boîte, mettait en action ces tiges, de longueurs différentes, fixées sur un axe et tournant à des vitesses différentes en rapport avec leur longueur. Les pastilles et les barres blanches se déplaçaient sur la surface noire, créant une composition en mouvement constamment renouvelée. Une intense impression poétique se dégageait de cette œuvre toujours recommencée et toujours autre. Enthousiasmé, je lui proposais d’emblée une exposition qu’il accepta et j’appelais Roger van Gindertael, alors rédacteur en chef de Cimaise, qui se trouvait dans l’arrière boutique obscure qui servait de bureau ; je lui demandais s’il voulait bien rédiger un texte pour l’invitation ce qu’il fit, bénévolement. Il intitula ces œuvres des “automates”, terme auquel Tinguely préféra plus tard celui de “métamécaniques”.
Mais Tinguely est devenu très vite, un des membres principaux du mouvement des “Nouveaux Réalistes”, et aux “Nouveaux Réalistes” nous avons l’intention de consacrer un prochain numéro.
Or, comme nous le disions plus haut, une revue est une action continue et ses numéros forment un ensemble. Il nous est apparu difficile, à peu de temps d’intervalle, de consacrer deux études partielles à Tinguely au risque de couper arbitrairement l’étude de son œuvre en deux ; et, après bien des hésitations, nous avons pensé préférable de le “garder” pour le numéro consacré aux Nouveaux Réalistes.
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AGAM, BURY, SOTO, VASARELY
- Of course, the artists. We had to choose and the choice was difficult. It was apparent that we had to choose, not counting old masters, the artists who had participated in the “Movement” exhibition.
Michel Ragon puts the accent on the historic value of Agam’s work; Gilbert Lascault, on the contrary, only discusses Pol Bury’s relatively recent work: the fountains. Gilles Plazy, to speak about Soto, starts at the beginning in order to establish the direct filiation with Mondrian; Paule Gauthier prefers to bring out the theoretical aspect of Vasarely’s work.
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TINGUELY
We long hesitated in deciding whether or not to include Tinguely in this issue. Not that he doesn’t have his place in the movement. He does, and I am in a better position than anyone to judge because it is at the Arnaud Gallery in the spring of 1954 and in the fall of that year that he had his first two exhibitions.
I still remember: he had called one day to make an appointment to show me his work. When I asked him what manner he worked in (since artists often came to see us who had nothing whatsoever to do with the art we were supporting), he replied: “my work resembles no one’s”. This is what artists often answer. He came, and it was true; even if later, after his first exhibition, people spoke abusively of the influence of the Swiss artist Bodmer, who has written to me himself on the matter to claim antecedence, and more; and why not, since we were on the subject, also the influence of Swiss clockmaking...
Tinguely’s work at the time consisted of black rectangular boxes 4 or 5 centimeters thick. On the surface floated a composition of bars and white pastilles on almost invisible black sticks a centimeter from the bottom. A motor hidden in the box put into action the differently lengthed sticks mounted on axes which turned at different speeds depending on their length. The white pastilles and bars moved around on the black surface, creating constantly renewed compositions. The works gave off an intense poetic impression. Enthusiastic, I immediately proposed an exhibition, which Tinguely accepted. I called Roger van Gindertael, editor of Cimaise at the time, from the back of the dark boutique which served as the office, and asked him to write a text for the invitation, which he did benevolently. Gindertael titled these works “automatons”, which Tinguely later replaced with “metamechanisms”.
But Tinguely quickly became one of the principal members of the “New Realists” movement, and we have the intention of devoting an issue to that movement soon.
And, as we said earlier, a magazine is a continuous action and its issues form an ensemble. It seemed difficult, in such a short interval, to devote two partial studies to Tinguely’s work, at the risk of arbitrarily cutting his work into two, and after much hesitating we thought it preferable to “keep” him for the “New Realists” issue.
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TinguelyGalerie Arnaud
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L’exposition actuelle de Tinguely nous apporte encore quelques œuvres du type le plus noble de ses “automates” : des formes géométriques réduites à quelques cercles et barres de dimensions déterminées se placent en blanc sur un fond noir. Dans la lente précision des mouvements réglés, les rapports de ces formes prennent à chaque instant une autre signification : suivant les lois de variations et de combinaisons illimitées, les éléments plastiques déploient une vie autonome, que la peinture stable ne peut qu’indiquer.Les deux dernières constructions nous ramènent des sphères de la mathématique supérieure au parterre de la mécanique élémentaire en dépit de leurs rouages compliqués. En se multipliant, se pliant, les petits plans, qui sont mis en rotation, paraissent moins nécessaires, et le metteur en scène leur permet même de se retourner et de montrer au lieu de leur face blanche, leur dos coloré. L’engrenage du mécanisme, visible au spectateur, provoque une curiosité qui se satisfait d’un plaisir esthétique, sans cette sensation plus profonde que les œuvres précédentes nous ont procurée.Herta WescherCimaise, deuxième série n°2, novembre-décembre 1954.
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The current exhibition by Tinguely again includes several of the most noble of his “automatons”: geometric forms reduced to several white circles and bars of determined dimensions against a black background. In the slow precision of the regulated movements, the relationship of these forms takes on at each instant another significance: following the laws of variations and of unlimited combinations, the plastic elements display an autonomous life, which stable painting can only indicate.The last two constructions bring us back from the spheres of higher mathematics to the level of elementary mechanics in spite of their complicated gears. In multiplying and in folding themselves the little plans, which rotate, seem less necessary, and their creator even allows them to turn over and to show the colored backs of their white fronts. The mechanism’s gears, visible to the spectator, provoke a curiosity which satisfies itself with an esthetic pleasure, without the more profound sensation the preceding works gave us.Herta WescherCimaise second series n°2 - November-December 1954
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TINGUELY. Automate en mouvement 1954 (Photo David) Reproduction parue dans Cimaise série II n°4, nov.-déc. 1954.
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Néanmoins, à titre de référence, nous reproduisons trois de ses œuvres de cette époque, et le compte-rendu que Herta Wesher écrivit alors pour sa deuxième exposition et qui fut publié dans Cimaise, série II, n° 2, novembre-décembre 1954.
CRUZ-DIEZ ET TSAI
Ni Cruz-Diez ni Tsai ne participèrent à l’exposition “Le Mouvement”, mais le cinétisme ne s’est pas arrêté en 1955, et pour en souligner l’évolution et l’enrichissement, nous avons choisi ces deux artistes et consacré à chacun une étude. Ils se considèrent, l’un et l’autre, comme des scientifiques, ce qu’ils sont, pour nous ce sont d’abord des poètes :
- Cruz-Diez dont Daniel Abadie met en relief la démarche originale dans la recherche de la couleur.
- Tsai, étudié par Jonathan Benthall, et qui utilise une technologie savante pour nous émerveiller.
LE GRAV
Enfin, il y a le Groupe de Recherches d’Art Visuel dont Gérard Xuriguera nous conte l’histoire, et dont Denise René nous précise le cheminement, en commentant l’étude de G. Xuri-guera que nous lui avions communiquée.
COMMENTAIRES
Dans le même souci d’information nous avons communiqué à chacun des artistes auxquels nous consacrions une étude, le texte de Bordier et l’interview de Denise René. Leurs réponses, que nous publions, nous éclairent un peu plus, sur l’époque, sur eux-mêmes, sur leurs préoccupations. D’autant plus que nous avions laissé à chaque auteur toute liberté pour traiter de chacun d’entre eux.
Ce numéro est limité, et nous le savons tous ; et sans doute un autre serait-il nécessaire pour le compléter. Tel quel nous pensons apporter, par ces études, ces témoignages, ces différences d’éclairages, ces appréciations parfois ces divergences, quelques éléments nouveaux aidant à la compréhension du cinétisme.
Jean-Robert Arnaud
P.S. Se rapportant de près ou de loin au sujet, nous avons publié en plus des numéros Art Russe des années vingt (85-86), Bauhaus (91-92), et De Stijl (99) les études suivantes:
1953 Série I, n° 2. G. Annenkov : Lès débuts de l’art abstrait en Russie.
1954 Série I, n° 4. Julien Alvard : Le manifeste réaliste constructiviste.
Série I, n° 7. Herta Wesher : Les bases théoriques de l’art non figuratif (II).
1960 n° 47. Michel Ragon : Peinture en mouvement et sculpture animée dans le ballet contemporain.
1962 n° 58. G. Gassiot-Talabot : Abstraction et construction.
n° 60. Michel Ragon : R. Jacobsen
G. Boudaille : Tinguely.
1965 n° 72. Michel Hoog : Vasarely.
1966 n° 76. Jean-Jacques Lévêque : La Galerie Denise René.
Nevertheless, as a reference, we are illustrating three of his works of the period, accompanied by a critique done by Herta Wescher at the occasion of Tinguely’s second exhibition, and published in Cimaise (series n° 2, November-December, 1954).
CRUZ-DIEZ AND TSAI
Neither Cruz-Diez nor Tsai participated in the “Movement” exhibition, but cinetism did not stop in 1955, and in order to stress its evolution and enrichment we chose two other artists and devoted studies to them. Both consider themselves as scientists, which they are, but for us they are poets first:
- Cruz-Diez, of whom Daniel Abadie analyzes the original ways he did research with colors.
- Tsai, who uses a knowledgeable technology in order to amaze us, studied by Jonathan Benthall.
THE GRAV
Finally, there is the “Groupe de Recherches d’Art Visuel” (Visual Arts Research Group), whose history is recounted by Gérald Xuriguera, and whose course is detailed by Denise René, who also comments on Xuriguera’s study (which we had given to her).
Comments by Artists
With the same concern for information we communicated Bordier’s text and Denise René’s interview to each of the artists. Their answers, which we are printing, enlighten us a little more about the period, the artists, and about their preoccupations. Even more so in that we gave the artists total liberty to discuss any of the other artists.
This issue is limited, and we all know it; no doubt another one would be necessary to complete it. As it is, we think we have brought – in the studies, testimonials, and divergencies – some new elements to helping better understand Cinetism.
Jean-Robert Arnaud
P.S. In Cimaise we have published the following articles which have something to do with the subject:
1969 n°90. Michel Ragon : Pol Bury.
1970 n° 95-96. Michel Ragon : Kosice et le mouvement MADI.
n° 97. P. d’Elm : Soto.
n° 98. P. d’Elm : Tomasello.
1971 n° 102. Michel Ragon : Lev Nusberg et le groupe cinéti-que Dvijenié.
n° 104-105. Roger Bordier : Cruz-Diez.
1972 n° 108-109. Roger Bordier : F.J. Malina.
Michel Ragon : Agam.
Claude Bouyeure : Tsai.
1974 n° 117-118. J.Jacques Lévêque : N. Schoffer.
1975 n° 123-124. Paule Gauthier : Hans Richter.
1978 n° 137. D. Marchesseau : Pol Bury.
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Roger Bordier
Histoire
MOUVEMENT, MOVEMENTS
MOVEMENT, MOVEMENTS
On peut d’abord penser que c’est un vieux rêve : refuser à l’art cette immobilité qui lui confère, la dernière touche posée, une séculaire grandeur ; imaginer dès l’origine l’accident qui va renouveler l’œuvre ; concevoir tout un jeu de métamorphoses dont non seulement le principe esthétique, mais le style même serait dépendant ; bref, faire aller la Ronde de nuit vers une promenade de jour, changer en poires les pommes de Cézanne, plaquer à la verticale une horizontale de Mondrian... C’est d’ailleurs ici, pour notre sujet, cette dernière image qui conviendrait le mieux, mais nous aurons l’occasion d’y revenir et voyons d’abord ce qu’il fût, encore assez près de nous, ce rêve-là. Ni vieux ni jeune, à vrai dire, ou tout au moins n’y pensions-nous pas en ces termes, mais ce qui est sûr, étonnamment présent. L’aventure nous conquit et nous l’avons aimée en tant que telle, pour la poésie, sans imaginer qu’elle serait un jour l’histoire. Seulement voilà, trente années se sont écoulées et l’on sait ce que représente aujourd’hui le cinétisme.
Le mot ne fut pas employé dès le début et il faut ajouter que l’on ne se préoccupait guère de terminologie, d’école ou de code. Heureusement. Ces choses vinrent après, comme c’est toujours le cas. L’attention se portait plutôt, de façon très directe et spontanée, sur les travaux d’inconnus qui faisaient irruption, en quelques rares lieux, proposant comme Agam ou Soto des recompositions par déplacement du champ visuel, comme Pol Bury des tableaux animés électriquement, comme Tinguely des plans mobiles soumis à l’imagination du spectateur. Les “œuvres transformables” exposées par Agam à la Galerie Craven en 1953 avaient déjà constitué, en soi, un certain événement, même si beaucoup ne l’avaient pas compris ainsi. Il reste que le plus déterminant, le plus singulier a priori fut, je crois, un an plus tard, la présentation par Jean-Robert Arnaud dans sa galerie de la rue du Four, en ce bon endroit et en ces beaux moments d’un Saint-Germain des Prés désormais abâtardi, de ces fameux tableaux animés électriquement et construits par Jean Tinguely. Si je disais un peu plus haut qu’une image évocatrice de Mondrian s’imposait assez bien, c’est que Tinguely nous proposait au fond, lui qui n’est pas de nature austère, une même économie de moyens, une même rigueur et une même précision, mais avec cette différence que la précision, la rigueur, l’économie même étaient sans cesse menacés par ce mouvement qui les entraînait vers une sorte de gaieté toujours à redécouvrir. Roger Van Gindertael l’avait fort bien vu, qui avait écrit une préface très appropriée à ce qui était alors la préoccupation de Tinguely : multiplier les combinaisons transformatrices de l’œuvre par toutes les interventions possibles, les unes sophistiquées et les autres brutes, les unes de caractère très technique et les autres d’inspiration artisanale. Ainsi, il pouvait aussi bien utiliser de petits moteurs spéciaux adaptés par leur mouvement irrégulier à certaines fonctions de tableaux de bord des avions que creuser patiemment des poulies en bois avec des outils ancestraux ou fixer négligemment les deux extrémités d’une courroie. Tout ça, c’était l’invisible
It would seem at first that we are facing an old dream: to deny to art, once the last touch is given, this immobility that endows it with a secular greatness; to imagine from the start the accident that will renew the work; to conceive a whole play of metamorphoses upon which not only the aesthetic principle but the style itself would be dependent; in short, to turn The Night Watch into a daylight stroll; to change Cézanne’s apples into pears, or to set one of Mondrian’s horizontals upright... In fact, this last image would suit our subject best, but we will have occasion to come back to it; let us see first what was this dream which is still quite close to us. Neither old nor young, at least we did not think in those terms, but, surely enough, suprisingly present. The adventure conquered us and we liked it as it was, for its poetry, without imagining one day it would be history. Except that thirty years have gone by and we know what kinetism represents today.
This word was not used at first, and we should add that we were barely concerned with terminology, schools or codes. Thankfully. These came later, as is usually the case. The attention was more directly and spontaneously focused, rather, on works by unknown artists that were coming on to the scene in certain places, proposing, as in the case of Agam or Soto, recompositions by way of shifting the field of vision or, in the case of Tinguely, electrically driven paintings, or Pol Bury’s mobile plans left to the viewer’s imagination. Agam’s “transformable objects” shown in the Craven gallery had already constituted, in themselves, quite an event, even if many people did not understand it as such. Most determinat and unique a priori was, I think, the exhibition one year later of Jean Tinguely’s famous electrically driven paintings at Jean-Robert Arnaud’s gallery on Rue du Four – in that lovely Saint-Germain des Prés quarter, henceforth debased, and during that beautiful period. If I said earlier that an evocative Mondrian image would easily fit in well here, is because waht Tinguely was really proposing to us, though he is not austere by nature, was the same economy of means, the same rigour and precision, but with the difference that this precision, rigour or economy were always threatened by a sort of joyfulness which was always there to be rediscovered. Roger van Gindertael had seen this very clearly when writing an appropriate preface on what was then Tinguely’s preoccupation: to multiply the work’s transformable combinations through all possible interventions, some sophisticated, some crude, some technically very elaborate, others more cratsman like. Thus, he could just as easy use small engines specially adapted by their irregular movement to certain functions of an airplane’s instrument panel, or patiently hollow out wooden pulleys with ancient tools, or carelessly fix the two ends of a belt. All this was the invisible