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2e Année. — Numéro 7 1er Avril 1924 BEAUX-ARTS REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE • --- LA PREMIÈRE “EXPOSITION DE COLLECTIONNEURS” au profit de la Société des Amis du Luxembourg M. Charles Pacquement, le fervent amateur d’art moderne qui a succédé, l’an dernier, au regretté Olivier Sainsère, comme président des Amis du Luxembourg, a eu l’idée d’organiser, au profit de cette société, une exposition originale. Sur son initiative, quatorze collectionneurs, lui compris, se sont partagé pour un mois (du 10 mars au 10 avril), les salles de l’Hôtel de la Curiosité et des Beaux-Arts, rue de la Ville l’Evêque. Liberté entière était laissée à chacun d’eux pour le choix des œuvres dont il consentait à se séparer temporairement et pour leur présentation sur le panneau qui lui était attribué. On savait bien qu’il ne pouvait résulter d’une liberté si complète aucune cacophonie, car les collectionneurs invités sont connus pour aimer les belles choses; et les belles choses, quelle qu’en soit l’origine, ont toutes entre elles un air de parenté. Ils ont pris plaisir à leur tâche, cela se voit. Ils semblent nous dire: «Jugez-nous sur nos amitiés et, si le cœur vous en dit, rendez, avec nous, hommage aux peintres dont les œuvres embellissent nos demeures et venez partager nos joies». Un seul d’entre eux, M. Sacha Guitry, s’est éradé hors de ces cinquante dernières années et hors des limites de la peinture. Personne n’aurait voulu contrarier son aimable et philosophique fantaisie. Il s’est plu à accrocher côte à côte un nu de Renoir et un nu de Boucher, tandis qu’il réunissait dans une vitrine, tout près d’un admirable portrait de Mme Yvonne Printemps par Vuillard, ces portraits des écrivains par eux-mêmes que sont, pour qui sait pénétrer le secret des écritures, les autographes et les manuscrits originaux. Cette exception faite, c’est à peu près exclusivement à la gloire de la peinture française, depuis Cézanne, Degas, Renoir et Claude Monet jusqu’aux jeunes maîtres de nos jours, qu’est consacrée l’exposition. Après les grands ainés du temps de l’Impressionnisme, représentés par des toiles qui étaient connues que de quelques privilégiés, voici la fête de couleurs délicatement harmonisées que nous donnent Vuillard et Bonnard, les émouvantes petites études peintes par Maurice Denis à Rome et à Florence, les toiles lumineuses de Jean Puy et de Jules Flandrin… puis toute cette couleur s’apaise et le tableau s’assombrit: nous sommes au temps de Derain, de Dunoyer de Segonzac et de Marchand, soucieux d’affirmer leur volonté de construction, épris de rapports de tons sobres et graves. Et c’est, en somme, une sélection très remarquable. Elle nous prouve que, quoi qu’on dise, toutes les œuvres les plus originales de la peinture française moderne n’ont pas émigré à l’Etranger. Soyons reconnaissants aux amateurs qui savent les conserver à notre pays et, pour notre joie et notre enseignement, souhaitons que l’exposition dont M. Pacquement a pris l’initiative se renouvelle d’année en année. Elle met de l’ordre dans les idées et permet de vérifier certaines valeurs. Léon Deshairs. --- NOUVELLES Le concours Camondo. À la veille de l’ouverture de l’Exposition de 1925, certains esprits judicieux ont pensé qu’il serait de l’intérêt de l’art comme de celui des artistes de proposer quelques thèmes bien définis à leurs méditations et à leurs efforts. Dans le numéro du 15 février de Beaux-Arts, nous avons entretenu nos lecteurs de l’institution du concours David Weill pour l’établissement de modèles de sièges. Aujourd’hui, c’est un autre grand amateur, M. le comte Moïse de Camondo, qui, avec non moins de générosité, ouvre un concours du «cadre moderne». Cette idée, qui au même moment préoccupait la revue Le Musée, et qu’elle se proposait de réaliser de son côté, est particulièrement heureuse.

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BEAUX-ARTS Il est, en effet, trop vrai que nous n'avons pas le cadre de notre époque. Le xixe siècle a vécu en utilisant les modèles qu'il tenait du passé et notre siècle continue les mêmes errements. Le cadre fut toujours le résumé du style architectural de son temps. Les peintres lui accordaient autrefois une extrême importance et certaines œuvres du xviiie siècle témoignent de l'art remarquable atteint par les Boulanger et les Boutry. Ces préoccupations paraissent ignorées de nos contemporains. Un « Maurice Denis », présenté dans un cadre qui semble emprunté à un tableau de Boucher, tel est l'anachronisme que nous rencontrons chaque jour. On ne considère ni le caractère de l'œuvre, ni celui de l'ensemble décoratif, où elle prendra place. C'est pour remédier à cette lacune du goût contemporain que M. de Camondo a institué un concours, doté par lui de prix importants, dont les conditions sont les suivantes. Le concours est ouvert entre tous les artistes français. Deux modèles de cadres différents sont demandés : un cadre pour tableau, un cadre pour dessin ou gravure. Un premier examen permettra de sélectionner seize projets dont les auteurs seront admis à se présenter à une épreuve de second degré qui comportera l'exécution des cadres dans leur matière définitive. Le jury sera composé de huit membres : quatre, dont le président, appartiendront à l'Union centrale des Arts décoratifs; les quatre autres seront choisis parmi les artistes, amateurs ou fabricants. La protection des antiquités en Indo-Chine — Le Syndicat d'initiative de l'Indo-Chine vient d'affirer l'attention du Gouverneur général sur la nécessité de prendre des mesures pour assurer la conservation des richesses archéologiques de notre colonie. Dernièrement, en effet, une statue antique du dieu Ganeca, déterrée au cours de travaux de voirie, disparaissait sans qu'on pût en retrouver la trace. D'autre part, le tribunal de Pnom-Penh vient d'être saisi d'une affaire où seraient inculpés deux européens, accusés d'avoir dérobé dans les ruines d'Angkor des bas-reliefs appartenant à l'art Khmer du xiie siècle. Il serait urgent de procéder au classement des principaux monuments d'Indo-Chine ayant un caractère historique ou artistique et de surveiller l'exportation des objets d'art. Fouilles d'Our en Chaldée. — Il était admis naguère comme un article de foi par les archéologues que la colonne était inconnue des Babyloniens avant l'époque perse. Les récentes découvertes d'Our en Chaldée, dont nous avons plusieurs fois entretenu nos lecteurs, renversent cette théorie : le temple déblayé par l'expédition anglo-américaine, au-dessous de la tour à étages — temple rectangulaire d'environ 80 mètres sur 54 — présentait sur une de ses faces un portique couvert supporté, en avant, par une série de colonnes engagées, en brique, reliées par des panneaux pleins, et, en arrière, par une rangée de colonnes libres, en bois, plantées sur une muraille basse; les colonnes elles-mêmes ont disparu, mais la muraille porte encore les traces très nettes de leurs fûts circulaires. La construction date du xvie siècle av. J. C. (roi Kouri Galrou). Déjà à Tell-Obeid on avait relevé des colonnes remontant au ve millénaire! Une nouvelle basilique à Rome (?). — Dans une salle souterraine, terminée à une extrémité par une abside et découverte récemment à Rome, Via Po, certains archéologues sont tentés de voir une basilique chrétienne du type le plus primitif. Sur une paroi, une mosaïque mutilée nous montre Moise frappant le rocher. Dans l'abside, une peinture figure Diane chasseresse accompagnée d'une de ses nymphes. Un bassin carré, creusé dans le sol, prend des allures de baptistère. A qui attribuer cet ensemble hétéroclite? A quelque secte hérétique, ou à des chrétiens orthodoxes? Mgr Wilpert croit y retrouver le baptistère où saint Pierre lui-même officia, selon une vénérable, mais assez vague tradition. Cette audacieuse conjecture a soulevé bien des contradictions et la discussion continue à Rome, au moment où nous mettons sous presse ces lignes. La villa de Sir Arthur Evans à Cnossos. — Un don magnifique vient d'échoir à l'école anglaise d'Athènes. L'éminent archéologue Sir Arthur Evans, dont les travaux ont révélé l'existence en Crète d'une civilisation préhomérique, lui cède la propriété des champs de fouilles, qu'il exploita d'une façon si féconde, et de sa villa de Cnossos, avec la bibliothèque et les collections de documents qu'elle contient. Les revenus du domaine, d'un superbe vignoble en particulier, en assureront l'entretien. On comprendra facilement quelle aide puissante est ainsi apportée à l'école anglaise dont les moyens d'action vont se trouver grandement accrus. Le centenaire de Smetana à Vienne. — Il y a cent ans, le 2 mars, naissait dans un village de Boheme, le grand musicien tchèque Smetana. La célébration de ce centenaire, auquel le gouvernement autrichien a pris une part officielle, a donné lieu à Vienne à de grandes manifestations musicales au cours desquelles les principales œuvres du maître ont été exécutées de la façon la plus brillante. ENSEIGNEMENT Ecole du Louvre. — M. Louis Réau, docteur ès-le-tres, ancien directeur de l'Institut français de Pétrorad, a été désigné par arrêté ministériel du 26 février, pour suppléer M. Paul Vitry, dans son cours d'histoire de la sculpture pendant le temps que celui-ci supplée M. André Michel au Collège de France. Ecole Boulle. — En vue d'une expérience pédagogique qui doit être tentée dans les divers enseignements de l'Ecole, chaque professeur développant pendant une période donnée son enseignement sur un certain thème, la direction de l'Ecole, grâce au concours des élèves, des professeurs et des amis de l'Ecole, a organisé une exposition d'œuvres d'art décoratif chinoises et japonaises qui a duré deux semaines du 5 au 20 mars.

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BEAUX-ARTS ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 7 mars M. Diehl étudie, d'après une note envoyée par le P. Larres, bénédictin, et d'après les belles aquarelles du comte de Pelliat, les peintures qui décorent l'église d'Abou-gosch, près de Jérusalem. Monument fort intéressant de l'art français en Palestine à l'époque des Croisades : comme les mosaïques et les peintures de l'église de la Nativité, à Bethléem, elles montrent un curieux mélange de thèmes byzantins et de traditions latines, et attestent combien est grande, jusque dans les églises bâties par les Latins, l'influence des modèles et la part des artistes orientaux. Académie des Beaux-Arts Séance du 1er mars M. Paul Léon, directeur des beaux-arts, a présenté à l'Académie le rapport de la commission chargée d'étudier la réforme du règlement de la villa Médicis. Les conclusions de cette commission tendent à réduire de quatre ans à trois ans, ou trois ans et trois mois la durée du séjour des pensionnaires, ce qui permettrait d'augmenter le montant de la pension de ceux-ci. Cette mesure permettrait, d'autre part, d'allouer des frais supplémentaires d'études et des frais de voyages à l'étranger, notamment à la villa Velasquez de Madrid, à la maison Rothschild de Londres, ainsi qu'à d'autres centres artistiques. Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 27 février M. Merlin communique de la part de MM. Poinsot et Lantier la description de deux stèles puniques trouvées dans la région de Tunis et récemment entrées au Musée du Bardo. M. Prinet communique un document relatif à la chute du Pont Notre-Dame, de Paris, qui s'est produite le 25 octobre 1499. Séance du 5 mars M. de Mély communique un passage du testament de Pierre d'Acquigny, conseiller au Parlement de Paris, inhumé dans l'église de N.-D. de Louviers, qui fait en 1403 un legs à Pierre Guilbert, miniaturiste parisien. Or, cet enlumeur est l'auteur d'une Bible Historiale, de la Bibliothèque royale de Bruxelles (Ms. 9001), dont il a signé une miniature qui se trouve ainsi datée et identifiée. M. Dimier signale trois vers de Dante où, ayant à parler de copie tracée par la peinture, il se réfère à l'instrument non des peintres de tableaux, mais des enlumeurs, preuve de plus que ceux-ci ont occupé surtout sa pensée. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 7 mars M. Lemonnier montre comment les propriétaires de Chantilly, du xive au xviiie siècle, principalement les Montmorency et les Condé, agrandirent et embellirent leur domaine. M. Marquet de Vasselot, avec le concours d'un croquis d'Hubert Robert et d'autres documents dessinés ou peints, reconstitue le Musée des Antiques au Louvre, dans l'état où il se trouvait sous la Révolution et l'Empire. M. Serbat présente et commente un manuscrit que l'architecte Huvé, mort en 1808, rédigea à la fin de sa vie, pour accompagner des dessins aquarellés qu'il avait exécutés d'après des monuments, pendant son séjour en Italie comme pensionnaire de Rome, entre 1774 et 1775. QUELQUES PETITS MAITRES ANVERSOIS DU XVIIIe SIÈCLE au Musée de Bruxelles Le beau chapitre consacré par M. Louis Gillet (1) à la Peinture dans les Pays-Bas au xviiiie siècle ramène l'attention vers un groupe de bataillistes dont J.-P. Verdussen est le meilleur représentant. On sait les rapports de ce peintre avec la France et que, directeur d'académie à Marseille, il fut portraituré par le provençal Honoré Révelly. L'aimable tableau du musée de Toulon a été reproduit déjà dans la Gazette (2). La femme de l'artiste, très pomponnée, en robe décolletée vert pâle, ornée de rubans au cou et de fleurs au corsage, — tient ouvert sur ses genoux le livre de la Vie des peintres; Verdussen, la palette en main, coiffé d'un bonnet à l'instar de Chardin, désigne le chevalet où se voit une bataille confuse; à l'arrière-plan, une servante curieuse; dans le coin (1) Histoire de l'art, sous la direction de M. André Michel, t. VII, 1re partie, p. 375. (2) Gaz. B. A., 1906, VI, p. 167. L'Exposition générale d'art provençal à Marseille. Cl. du Musée de Bruxelles Peter Tillemans. — L'attaque d'un convoi. (Musée de Bruxelles)

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BEAUX-ARTS gauche, un petit chien. La toile s'écaillle, parmi de poussiéreux et négligeables « envois de l'Etat ». Selon une tradition recueillie auprès de M. Pontier, conservateur du Musée d'Aix, Verdussen serait l'auteur de la jolie cavalcade visible derrière le portrait de Claude de Simiane enfant, par Arnulphy, l'un des tableaux les plus populaires des collections aixoises. A l'énumération des œuvres citées dans les Annales de l'Académie royale d'archéologie de Belgique (1), il faut ajouter celles des musées d'Abbeville, de Metz, de Montauban, et surtout, à Chartres, le Gué et l'Hôtellerie, deux tableautins charmants (signés). En Belgique, une Halte de cavaliers au Musée de Liège. Toiles et dessins de Verdussen atteignirent en des ventes récentes des prix élevés (collection Alfred Sussmann, mai 1922) (2). L'Exposition de la Vénérerie française au pavillon de Marsan (mai-juin 1923) montrait un amusant Déjeuner de chasse, appartenant à M. Féral. Peter Tillemans, né à Anvers vers 1680, mort en Angleterre, s'apparente étroitement à J.-P. Verdussen. Le Musée de Bruxelles acquit à la vente Cavens (mai 1922) son Attaque d'un convoi, que nous reproduisons. On en goûtera la minutie pittoresque, influencée par Courtois le Bourguignon et le chevalier Breydel, bataillistes par excellence! Notre galerie vient d'adjoindre à son catalogue un autre nom de peintre anversois du xviie siècle, avec la Fête de carnaval dans un palais, signée H. Goovaerts et datée 1714 (don de la Société des Amis des Musées royaux). L'artiste, baptisé à Malines le 21 juillet 1669, maître à Anvers en 1699/1700, mourut dans cette ville le 10 février 1720. Il voyagea en Allemagne et en Hongrie, séjournant à Francfort, Prague, Vienne. Le Musée d'Anvers conserve son œuvre principale : le Jeune Serment de l'Arbalète, inaugurant le portrait de Jean-Charles de Cordes, son chef-homme (1713). Les sources mentionnent des tableaux de genre, comme la Chambre de l'accouchée et la Prière avant le repas, à Brême; une Femme malade chez le médecin avec sa famille (1707) à Hermannstadt. Dans ce Musée aussi, une composition historique aux multiples personnages: Antoine et Cléopâtre. Parmi les sujets à la Watteau, analogues à celui-ci, nous citerons: Badinage de masques et de comédiens italiens, à Hanovre; et passée en vente à Bruxelles en 1918 (3), une Fête dans un château interrompue par une rixe, dont le style et les dimensions indiquent un pendant du nôtre. Le catalogue Fréd. (1) IX, (1921), p. 289. (2) L. Maurice Lang, Annuaire des Ventes. (3) Salle Fièvez, juin 1918. Muller à Amsterdam (11 février 1919) en qualifiant notre toile « beau tableau d'un maître rare », décrit ainsi la scène: Hendrik Goovaerts. Compagnie joyeuse. Dans le large vestibule d'un palais (à Vienne?), une compagnie d'hommes et de femmes s'amuse. On y voit entre autres des Polonais dans leurs costumes nationaux. Ils font de la musique, dansent et boivent à cœur joie. Une femme, vêtue de soie blanche, verse à boire à un gamin couché à ses pieds. Un homme en chemise blanche, habillé d'un pantalon bleu et portant une écharpe rouge, joue du violoncelle. A gauche, des personnes, vêtues de noir, précédées par un arlequin masqué, descendent un escalier au pied duquel est couché un homme ivre, près d'un rafraîchissoir ». Cette plaisante mascarade figure dans les Blätter für Gemäldekunde de Frimmel avec la provenance : château d'Ansback en Bavière (1). Cl. du Musée de Bruxelles H. GOOVAERTS — Carnaval dans un palais. (Musée de Bruxelles) Hendrik Goovaerts, contemporain des Balthazar van den Bossche et des Horemans le Vieux, méritait bien la place modeste qu'il occupera désormais au Musée de Bruxelles. Le groupe sculpté de deux robustes amours que l'on aperçoit dans notre tableau et dans un Atelier de sculpteur (également signé), à Budapest, se retrouve en plusieurs œuvres connues de Van den Bossche aux musées d'Anvers et de Stockholm (2). Cet accessoire d'atelier, qui eut du succès, établit donc un lien entre plusieurs de nos petits maîtres anversois du début du xviie siècle! Pierre BAUTIER. (1) 1908, p. 221. Le texte renvoie à l'ouvrage de Basserman-Jordan : Unveröffentlichte Gemälde alter Meister aus dem Besitze des bayrischen Staates. (2) Voir Revue de l'Art ancien et moderne, 1924.

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BEAUX-ARTS Cl. du Dr Colombe AVIGNON. — Palais des Papes. Coupe. Dessin de 1821. MONUMENTS HISTORIQUES Vaucluse. — M. le docteur Colombe, le distingué conservateur du Palais des Papes à Avignon, s'est voué à la tâche souvent difficile de rendre à ce magnifique ensemble une partie de sa splendeur passée. On se souvient que jadis le maire, M. Pourquery de Boisserin, obtint après de longues et laborieuses négociations l'abandon à la ville de la plus grande partie des locaux occupés par les casernes d'infanterie. Depuis lors, le service des monuments historiques consacre chaque année une somme, malheureusement trop peu importante faute de crédits suffisants, à la remise en état des plus belles salles, suppression des étages intermédiaires et des refends surajoutés, rétablissement des anciennes baies, des passages couverts, etc. Actuellement le docteur Colombe poursuit la cession par le génie militaire des sous-sols encore occupés par la manutention. Cette opération permettrait notamment de procéder aux travaux de consolidation qu'exige la grosse tour, dite tour de Trouillas. Il y a tout lieu de croire d'ailleurs que ces négociations aboutiront et qu'on pourra ainsi débarrasser ces sous-sols des dépôts de bois de chauffage qui les encombrent et qui présentent un danger permanent d'incendie pour l'édifice. Le conservateur a obtenu aussi récemment l'abandon par l'autorité militaire de la majeure partie du fonds d'archives concernant les travaux effectués au Palais depuis la Révolution. Ces archives contiennent des plans du plus haut intérêt pour l'histoire de l'édifice et notamment un grand plan de 1821, antérieur par conséquent aux principaux travaux consécutifs à l'occupation par les troupes. Le docteur Colombe a d'ailleurs publié ces plans accompagnés de très courtes notices et il a pu reconnaître ainsi l'emplacement des deux jardins aménagés en terrasse à l'est du Palais par l'avant dernier des Papes avignonais, Urbain V. Nous reproduisons ici l'une des coupes sur la droite de laquelle apparaît cette disposition. C'est en 1837-1839 que ces jardins, d'une différence de niveau de 3 m. 50 environ, furent nivelés par le remblai du jardin inférieur, pour établir un terrain d'exercice à l'intérieur des remparts. Le mur de Benoit XII se trouva de ce fait complètement enterré. On se propose aujourd'hui de rétablir les niveaux anciens par l'enlèvement des terres et de rendre à cette face du Palais son aspect antérieur infiniment plus pittoresque. À l'intérieur, l'activité du docteur Colombe ne s'exerce pas d'une façon moins heureuse. Il a fait poser dans les salles et dans les couloirs et escaliers des pancartes indiquant avec précision leurs noms et leur destination anciens; les visiteurs peuvent ainsi se rendre plus facilement compte des explications données par les guides sur les dispositions du Palais lors de son occupation par les souverains pontifes. On a décidé, d'autre part, sur avis conforme Cl. Mon. Historiques AVIGNON. — Palais des Papes. Salle de l'Audience.

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BEAUX-ARTS Cl. Bartésago. AVIGNON. — Palais des Papes, vu du côté Est. de la Commission des Monuments historiques, de placer dans une salle du deuxième étage de l’aile qui ferme au nord la cour d’honneur, de fort belles boiseries du xvire siècle, provenant de la salle des Consuls de l’ancien hôtel de ville et qui n’ont pu être utilisées dans la nouvelle construction. Cette salle, actuellement sans emploi, servira à aménager les dessins et les gravures de la belle collection Chambon donnée au Palais des Papes. Les visiteurs la traverseront pour se rendre à la tour Saint-Jean voir les admirables fresques découvertes en 1906, que Robert André-Michel a étudiées avec tant de pénétration et attribuées avec certitude, ainsi que celles de la voûte de la salle de l’Audience, à Matteo de Viterbe (1). Beaux-Arts a signalé (15 octobre 1923, p. 266), que l’on se proposait aussi de rassembler au Palais des Papes des moulages des tombeaux de ceux des souverains pontifes avignonais et des personnages importants de leur cour que l’on pourrait faire exécuter. Actuellement outre l’effigie de Clément VI, seul reste du magnifique mausolée que ce pape s’était fait élever à l’abbaye de la Chaise-Dieu et qui a été placée dans la sacristie sur un soubassement également moulé, à la Chaise-Dieu, la chapelle contient cinq tombeaux ou fragments de sépultures : l’effigie de Benoit XII; le tombeau de Pierre de la Jugie dont l’original est partagé entre la cathédrale de Narbonne et le musée de Toulouse; celui de Renaud de Menclar provenant de la Chaise-Dieu; celui du cardinal d’Albornoz donné par le roi d’Espagne, et celui du cardinal Philippe de Valois, donné par Pie X, dont l’original, œuvre de Paolo Romano, est conservé à Santa-Maria-in-Trastevere à Rome. Bientôt viendra s’adjoindre le moulage du tombeau de Clément V, premier pape d’Avignon, enterré à l’église d’Uzeste, près de Bordeaux. Nous rappelons enfin qu’en ce moment (v. Beaux-Arts 1923, p. 266 et 330), on a aménagé dans la salle de l’Audience et dans la chapelle une magnifique exposition de tapisseries et de tapis de la Savonnerie, prêtés par le Mobilier national, où figurent notamment les fastueuses tentures de Cl. Bartésago. AVIGNON. — Palais des Papes. Grande Chapelle. l’Histoire d’Artémise et de l’histoire d’Esther, qui font à ces sévères murailles un somptueux décor que l’on souhaiterait leur voir conserver. Jean VERRIER. (1) Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, 1913, mai-aout, pp. 341-349, Gazette des Beaux-Arts, 1914, août, pp. 293-316.

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[37] 1er AVRIL 1924 103 BULLETIN DES MUSÉES RÉSULTATS DES FOUILLES FRANÇAISES DE SYRIE au Musée du Louvre La conservation des antiquités orientales a prêté l'asile somptueux de la salle Dieulafoy, de la colonnade du Louvre, pour une exposition qu'elle Cl. Serv. Phot. B.-A. Papposilène trouvé à Sidon. Fragment. (Ivoire) vient d'organiser temporairement, des résultats des fouilles archéologiques entreprises en Syrie, sous le patronage des hauts-commissaires de la République, le général Gouraud, puis le général Weygand. L'exposition a été inaugurée par M. le Ministre de l'instruction Publique le 24 mars dernier. Un rappel pieux a été consacré par une vitrine spéciale au souvenir de l'explorateur et archéologue Maurice Pézard, ancien attaché au Musée, mort des suites de ses campagnes en Orient. Il avait, pendant deux années consécutives, fouillé à Qadesh, sur le moyen Oronte, les ruines d'une forteresse hittite d'où proviennent de curieux fragments de céramique de l'époque mycénienne. On a fait place, également, dans une vitrine, à un remarquable ivoire de l'époque hellénistique, trouvé à Sidon par M. le Dr Contenau, attaché au Musée. C'est un « Papposilène » de grande taille, à la tête chauve, à la barbe frisée, aux mamelles gonflées. L'ensemble morcelé en menus fragments dont nous donnons seulement ici le principal, a été recomposé avec beaucoup d'ingéniosité, dans les ateliers de réparation du Louvre. M. Thureau-Dangin lui-même, qui dirige aujourd'hui le département oriental, au cours d'un voyage récent en Orient, a recueilli une série d'objets, dans une tombe présargonique, c'est-à-dire datant de 3.000 ans environ avant J.-C., de l'ancienne Tirqa, sur l'Euphrate. Mais les ensembles les plus considérables sont ceux dont nous avons parlé déjà ici, à plusieurs reprises, qui proviennent des fouilles de M. Montet à Byblos et de M. Cumont, à Doura. Les premières nous font remonter, comme l'on sait, aux temps les plus anciens de la pénétration égyptienne en Phénicie. Ce sont des objets datant de l'Ancien Empire ou même plus vieux encore, d'autres provenant de tombes de rois de Byblos contemporains de la XIIe dynastie, tels le magnifique miroir au disque d'argent oxydé, au manche en forme de papyrus, en or et ébène, et le merveilleux coffret à encens taillé dans l'obsidienne et serti en or, que nous avons publiés (voir Beaux-Arts 1924, n° 4), ou ces pectoraux au cloisonné minutieusement rempli de pierres de couleur. D'autres objets proviennent d'un tombeau de l'époque de Ramsès II, où l'on a retrouvé le fameux sarcophage qui porte une inscription phénicienne. De fabrication locale, comme un magnifique cou-teau rituel à lame d'argent et placage d'or, ou importés d'Egypte, comme un beau vase en brèche grise, ces objets donnent l'idée d'un art très somptueux et très élégant où les métaux précieux sont répandus à profusion, mais où les formes attestent un raffinement de goût particulier. Les fouilles de Doura, colonie macédonienne sur l'Euphrate, ont donné surtout des objets hellénistique, d'un très joli style d'ailleurs, comme cette statuette en marbre d'Aphrodite à la tortue, ou des fragments de reliefs en stucs provenant de la décoration d'une maison, ou enfin de ces curieux bustes en plâtre d'époque gréco-parthe représentant deux victoires et une Artémis.

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UNE EXPOSITION DE DESSINS DE GÉRICAULT au Musée du Louvre En attendant les deux manifestations, qui doivent avoir lieu prochainement à Paris et à Rouen, à l'occasion du centenaire de la mort de Géricault, le Louvre a tenu à prendre part dès maintenant à cette célébration en exposant un choix important de dessins du maître. La plupart proviennent de la collection His de la Salle et entrèrent au musée, par voie de donation, en 1878. Depuis quelques années, la mode est aux dessins. De même qu'en littérature la moindre ligne, pour peu qu'elle ait été tracée par une plume illustre, est pieusement recueillie, de même nous avons vu le croquis le plus sommaire trouver ses dévots, dès qu'on pouvait l'attribuer, avec plus ou moins de vraisemblance, à un grand artiste. Une pareille critique ne peut certes pas s'adresser à la présente exposition. Tous les dessins, qui nous sont montrés, sont incontestablement de la main de Géricault. Chacun d'eux constitue une œuvre achevée et même le seul regret, qu'ils nous inspirent, serait de nous renseigner insuffisamment sur les procédés de l'artiste, sur ses études et ses préparations. Ce ne sont point les œuvres d'une verve primesautière; ils ne nous font point pénétrer dans l'intimité du génie. Géricault, on le sait, remettait vingt fois son ouvrage sur le métier. Le moindre dessin lui demandait des efforts incroyables; corrigeant, raturant, surchargeant, il lui arrivait devant l'enchevêtrement des lignes de prendre un papier calque pour ne garder que celles qui, finalement, le satisfaisaient. C'est ainsi que le plus grand nombre de ces dessins sont l'aboutissement d'un travail antérieur, qui nous échappe. Rehaussés souvent de gouache ou d'aquarelle, ils acquièrent en valeur artistique ce qu'ils perdent en intérêt documentaire. Comme on pouvait s'y attendre, la plupart ont le cheval pour sujet, le cheval qui fut, avec la peinture, la grande passion de Géricault. Du reste, on comprend facilement qu'avec sa nature fougueuse, son goût de l'effort physique, ce sportif avant la lettre ait été attiré par la beauté d'un animal susceptible d'exprimer, en des formes parfois si nobles, une vitalité si puissante. Souvent les chevaux de Géricault sont accompagnés de personnages, mais il est aisé de discerner que l'artiste réserve à ceux-ci un rôle secondaire et les a traités avec un moindre plaisir. A cette catégorie appartiennent les sujets militaires qu'affectionnait le peintre pour ce qu'ils lui offraient de visions de vie intense et de gestes violents, comme l'Episode de la campagne d'Egypte ou le Combat singulier. Nous y rangerons aussi les scènes où palefreniers et chevaux se trouvent aux prises en des luttes que Géricault a contemplées avec une visible complaisance, témoin le Dressage, que nous reproduisons ici, où un gaillard, admirablement campé, exerce au saut de la barre un magnifique normand qui résiste. Cl. Serv. phot. B. A. GÉRICAULT. — Le dressage. (Musée du Louvre) Cl. Serv. phot. B. A. GÉRICAULT. — La chasse. (Musée du Louvre) Une autre série de dessins, datant, sans doute, pour la plupart de la période anglaise de leur auteur, représentent le cheval dans son intimité, si l'on peut dire, le cheval à l'écurie, au pansage, à la promenade. Nous citerons notamment les

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BULLETIN DES MUSÉES Cavaliers, au crayon noir et à l'aquarelle, où l'un des chevaux, celui dont le dessin est le moins poussé, est représenté avec une vérité d'allure absolument étonnante. Un Pur sang, (crayon noir, aquarelle et gouache) à la robe tout illuminée de reflets, retient notre attention par tout ce qui se révèle de force virtuelle, contenue en des formes dont l'élégance un peu grêle fait souvenir que Géricault passa par l'atelier de Carle Vernet. Enfin, un dernier groupe de dessins comprend ceux qu'inspirèrent l'antiquité et la mythologie et qui doivent dater du séjour de Géricault en Italie, comme la Chasse, qui porte la mention: Roma, 1817, ou comme l'Hercule et le Taureau, vraiment épique, qui semble sorti de la main de Michel-Ange. Mais dans cette série, il faut accorder une mention particulière à l'Idylle d'un sentiment païen si pénétrant. Ce dessin, au crayon noir, lavé d'encre de Chine et de gouache, représente un lieu élevé qui domine un magnifique paysage. Un arbre abrite de son ombre un groupe formé d'une nymphe et d'un faune qui joue de la flûte. Troublée par la musique, la jeune femme a oublié la laideur de son compagnon et d'un geste languissant a posé son bras sur l'épaule du faune tandis que son corps, sans voiles, révèle à nos yeux ses lignes superbes. Un charme intense et virgilien se dégage de cette simple scène. Lorsque nous aurons noté encore les études de chats et de lions, qui font pressentir les fauves de Delacroix et de Barye, nous aurons, croyons-nous, indiqué les principaux attraits de cette manifestation discrète en l'honneur d'un artiste que le romantisme et le réalisme ont tour à tour revendiqué comme un ancêtre. André LINZELER. MUSÉE DU LOUVRE Collections d'Extrême-Orient Les séries d'Extrême-Orient du Louvre dont l'importance artistique et archéologique s'accroît sans cesse, viennent de s'enrichir d'une curieuse suite d'objets en bronze, appliques ou éléments de décor mobilier d'un style encore mal déterminé, mais d'un très beau caractère d'art, ces objets provenant de la Chine septentrionale procédant d'un art, qui se rattache à celui des peuples barbares, de la Sibérie. BIBLIOTHÈQUE NATIONALE Peu de jours après son arrivée rue Richelieu, M. Roland-Marcel a eu le plaisir de voir signer dans son cabinet l'acte aux termes duquel, après la mort des donateurs, les collections de M. et Mme Eugène Le Senne entreront à la Bibliothèque nationale. C'est un ensemble tout à fait remarquable de documents et qui viendra enrichir, un jour, notre grand dépôt national : livres imprimés, manuscrits, plans et estampes intéressant l'histoire de Paris — notamment une collection complète de La Mésangère. Afin de mettre sous les yeux du public les richesses artistiques que possède la Bibliothèque, M. Roland-Marcel a l'intention d'organiser toute une série d'expositions temporaires. La première, qui s'ouvrira au cours du mois de mai, sera consacrée aux Chefs-d'œuvre d'écrivains et d'artistes français du XVe au XIXe siècles. Le produit des entrées sera versé à la caisse de l'Anthologie des écrivains morts pour la France. BIBLIOTHÈQUE D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE Dans sa dernière séance, le Conseil de l'Université a été avisé par le recteur que M. David Weill, un des grands bienfaiteurs de l'Université, vient d'offrir au directeur de la Bibliothèque d'art et d'archéologie de l'Université de Paris (fondation Jacques Doucel) une somme de 20.000 francs en vue de l'acquisition d'une partie du journal autographe de Delacroix. Le conseil a témoigné à M. David Weill toute sa gratitude pour le geste qu'il a fait afin de conserver à la France, sous la garde de la Bibliothèque d'art de l'Université, ce précieux manuscrit qui fait partie du patrimoine national. AU MUSEE DE LILLE Le legs Verly-Lecoutre de Beauvais Les collections du Musée de Lille, quand elles seront de nouveau ouvertes au public, apparaîtront singulièrement enrichies, grâce aux dons des par-

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BEAUX-ARTS ticuliers et à l'activité du conservateur général, M. Emile Théodore, qui ne se contente pas de la besogne considérable de la réinstallation qu'il poursuit méthodiquement, mais continue à penser à l'accroissement continu des séries dont il a la charge. Les libéralités de la famille Gentil, de la famille Agache, de M. Grimomprez avaient déjà depuis la guerre, apporté un appoint sensible aux collections archéologiques, réunies dans le rez-de-chaussée du Palais des Beaux-Arts. Voici que l'on annonce aujourd'hui l'arrivée au Musée d'un legs considérable de M. Verly, qui lui avait laissé par testament une trentaine de pièces auxquelles sa veuve, Madame Verly, née Lecoutre de Beauvais, a bien voulu ajouter encore un ensemble de soixante-dix numéros, non moins importants que les premiers. Le buste en bronze de M. Verly, par Deplechin, qui les accompagne, sera un légitime hommage au généreux donateur. Il s'agit surtout, ainsi que le souligne notre confrère le Grand Hebdomadaire Illustré de Lille, auquel nous empruntons les reproductions jointes à cette note, de meubles flamands, de statues, de joyaux, d'horloges, toutes productions locales des xve, xvie, xviiie et xviiiie siècles, qui permettront de présenter dans les galeries lilloises, en une suite abondante et logiquement classée, l'art qui se développa sur place aux siècles passés, renforcé d'éléments venus de la région parisienne ou importés de Hollande par Dunkerque aux xviiie et xviiiie siècles. Quelques peintures de Donvé, Salomé, Nollet, Coignard, sont à noter tout d'abord, quelques beaux bois sculptés de la fin de l'époque gothique également, notamment une Vierge et un Saint Jean, venant d'un calvaire, aux plis amples et abondants, un saint Gilles avec la biche, spécimens d'art flamand ou bien directement inspirés de l'art des Flandres. Des coffres, décorés de panneaux à serviettes ou de rinceaux formés de ceps de vigne, accompagneront logiquement ces figures gothiques. D'autres pièces de mobilier appartenant à la Renaissance flamande, une armoire avec un décor d'oves, de cariatides, de fleurs et de fruits d'une fécondité d'invention, d'un relief abondant et puissant très typiques, une table avec allonges rentrantes, avec pieds en forme de balustres, etc... Deux belles armoires hollandaises de chêne avec leurs colonnes trapues et leur fine ornementation sculptée évoquent le luxe cossu du xviiie siècle, tandis qu'une table à jeu du xviiiie siècle se distingue par une marqueterie d'un goût moins pur, avec ses rinceaux et ses corbeilles de fleurs. Le goût purement français du xviiiie siècle est représenté par deux jolis meubles d'une recherche élégante et délicate qui montrent l'éclectisme des amateurs qui ont formé la collection et donneront d'utiles modèles de goût et de tenue pour les visiteurs du Musée et les artisans qui y viendront chercher une inspiration. C'est une table de jeu faite de marqueterie de bois de rosé et de violette et d'autre part, une commode également de marqueterie, mais rehaussée d'une ornementation de bronzes dorés et ciselés d'un travail exquis. Ces bronzes portent la marque célèbre du C couronné que l'on considère généralement comme celle de Caffieri, bien que cette identification ait été discutée depuis Molinier et que des recherches futures doivent peut-être seules nous fixer sur l'artisan, de premier ordre en tous cas, orfèvre, ciseleur ou dorcur, qui l'a utilisée.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ANGLETERRE Un nouveau feuillet des « Heures de Maître Etienne Chevalier » exposé au Burlington Club de Londres On sait que, parmi les plus précieux trésors du Musée Condé à Chantilly, figure une série de quarante feuillets détachés au xviie siècle d'un livre d'Heures, exécuté pour Maître Etienne Chevalier, haut fonctionnaire des Finances sous les règnes de Charles VII et Louis XI, et dont les admirables peintures peuvent être attribuées d'une façon qui me paraît absolument indiscutable à notre grand artiste français, Jean Foucquet, « le bon peintre et enlumineur du roi Louis XI, natif de Tours ». Les « Quarante Foucquet de Chantilly », achetés par le Duc d'Aumale en 1891 à Francfort, ne constituent pas tout l'ensemble des peintures que Foucquet avait exécutées pour Etienne Chevalier dans son livre d'Heures. Quatre autres morceaux, provenant du même volume, ont été successivement identifiés, dont deux appartenant au Musée du Louvre, un à notre Bibliothèque nationale, un autre au British Museum. Mais le total n'est pas encore complet. Dès 1891, j'indiquais que ce total de quarante-quatre feuillets n'était encore que « provisoire »; et, revenant un peu plus tard sur le sujet, j'émettais l'espoir qu'on retrouverait peut-être quelque jour d'autres pages de la superbe suite. Mon savant confrère et ami, M. Henry Martin, a poussé plus loin les choses. Il a dressé un tableau des miniatures qui pouvaient vraisemblablement se trouver à l'origine dans le même livre d'Heures et qu'il n'était pas impossible de voir inopinément réapparaître. Parmi ces miniatures, il y en avait une qui devait certainement se rapporter à l'archange saint Michel. Cette miniature a été retrouvée l'an dernier en Angleterre, par MM. Maggs frères, les grands libraires de Londres. Ceux-ci ont tenu à célébrer leur heureuse trouvaille par une publication spéciale, imprimée avec luxe, formant un volume généreusement distribué par ces Messieurs, aux membres de la Société Française de Reproductions de Manuscrits à peinture, que dirige avec tant d'ardeur et de haute compétence M. le Comte Alexandre de Laborde, membre de l'Institut (1). Le précieux feuillet appartient aujourd'hui à l'Hon. Walter H. Samuel, qui a bien voulu le faire figurer à l'Exposition d'hiver du Burlington Club (n° 116 du catalogue non imprimé). Comme dans la majeure partie des pages peintes détachées du même livre d'Heures, la composition est partagée en deux registres superposés. Dans le haut, c'est l'archange St. Michel combattant le Dragon infernal. Dans le bas, Lucifer présidant au supplice des damnés en Enfer. Que ce feuillet provienne des Heures d'Etienne Chevalier, c'est ce qui ne peut faire aucun doute. On y trouve, de même que dans les feuillets de Chantilly, tant sur le recto, que sur le verso, le chiffre d'Etienne Chevalier, consistant en deux E liés ensemble. D'autre part, vers le milieu de la page se trouvaient, à la suite d'une grande initiale M, initiale du nom de saint Michel, quelques mots de texte. Ces mots ont été cachés par un fragment de parchemin collé, découpé dans la bordure ornémentée d'un autre manuscrit de la fin du xve siècle, ou du début du xvie. C'est là une particularité caractéristique, dont on rencontre en Angleterre, [Londres], 1923, « pour les membres de la Société Française de reproductions de manuscrits à peintures », in-4°, avec planche. (1) Comte Paul Durrieu, Livre d'Heures peint par Jean Foucquet pour maître Etienne Chevalier, — Le quarante-cinquième feuillet de ce manuscrit retrouvé J. FOUQUET. — Saint Michel. Feuillet des Heures d'Etienne Chevalier (Coll. Hon. Walter H. Samuel)