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2e Année. — Numéro 8 15 Avril 1924 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • --- L’ŒUVRE DE DEGAS A LA GALERIE GEORGES PETIT Cette Exposition est née d’une pieuse et généreuse idée : chercher à situer un peintre de notre temps à son rang, le plus haut, en réunissant de son œuvre considérable les monuments les plus caractéristiques, les plus achevés, les plus beaux, et consacrer le produit de cette Exposition à une des œuvres d’assistance contre le mal, les plus dignes et les plus nobles, parce que ce mal est demeuré jusqu’ici le plus mystérieux et le plus terrible, le cancer. Il faut donc louer d’abord ceux qui en furent les promoteurs, les animateurs, les artisans actifs et enthousiastes, MM. Ernest Rouart et Marcel Guérin, ainsi que M. Scholler qui a mis toute son autorité à la faciliter pratiquement à la Galerie Georges Petit. Presque tous ceux qui ont été sollicités d’y participer par le prêt d’une œuvre importante ont répondu sans une hésitation, conscients de rendre justice et honneur à un grand maître trop longtemps méconnu, dont ils respectent la mémoire, admirent profondément le génie, et qu’ils sont trop heureux, dans la mesure de leurs moyens, d’amener à la place éminente au milieu de la glorieuse école française contemporaine. Seules, les collections américaines se sont abstenues; si elles ont quelque fierté de posséder de nombreux tableaux et pastels du maître, dont nous allons être privés, il n’est pour ces amateurs d’outremer que de faire à leur tour chez eux une manifestation parallèle qui seule nous consolera de leur absence. La mort de Degas en 1916, suivie des nombreuses ventes de son atelier, avait révélé une œuvre considérable et inconnue que sa vie très fermée, un peu secrète, n’avait pu faire connaître, si ce n’est par morceaux à quelques amis très rares et discrets : on ne manqua pas de reprocher à ses exécuteurs testamentaires d’avoir procédé sans mesure ni réserve à la vente pour ainsi dire intégrale de tout ce qu’on avait retrouvé chez lui, et jusqu’à des études préparatoires, recherches toutes personnelles, véritables confidences, dont lui-même aurait détesté et interdit la profanation dans une exhibition, à plus forte raison dans une vente. Les organisateurs ont ici réagi, ne voulant montrer que des œuvres définitives qui classent l’artiste dans le groupe suprême des plus grands maîtres de la peinture de tous les temps. S’il semble qu’à ses débuts, la peinture d’histoire ait pu l’attirer, sans le retenir, l’influence de Lamothe et d’Ingres pourrait l’expliquer : une esquisse de Sémiramis construisant une ville (1860), et les malheurs de la ville d’Orléans (1865), au Musée du Luxembourg, suffisent ici à le rappeler. Sa personnalité ne semble pas encore s’y affir- DEGAS. Etudes pour le portrait de Mlle Salle. (Anc. coll. Hœntschel.)

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mer, pas plus d'ailleurs vraiment que dans le grand Portrait de famille (1865), au Luxembourg, si beau cependant à bien des titres. Et pourtant, à moins de vingt ans, il s'était peint lui-même vers 1853, nue-tête, tenant sa palette; nous avons retrouvé il y a quelques semaines cette petite toile chez son neveu, M. Gabriel Fé- DEGAS. Portraits (Collection David Weill). vre, et c'est déjà une œuvre étonnante, un de ces prodiges, comme nous l'avons déjà constaté au Musée de Bayonne, quand Bonnat, presqu'encore enfant, peignait sa petite sœur. Cette Exposition va révéler ainsi des portraits admirables, que ses neveux et nièce, bien heureusement, avaient soustraits préalablement à la vente, et qui sont inconnus: de son père assis à une table et travaillant avec son caissier Ruelle, de son père encore écoutant Pagans jouant de la guitare, émouvant chef-d'œuvre (vers 1860), de lui-même debout saluant de son haut de forme à la main (vers 1864), de lui-même encore en blouse d'atelier, ou montrant un tableau à son ami Fleury, œuvres d'un sérieux, d'une tenue, d'une maturité rares chez un artiste de trente ans. Et tout de suite, vers 1868, sa peinture devient plus lisse et plus brillante, plus colorée aussi, dans le merveilleux petit portrait de jeune fille (anc. coll. Viau) récemment acquis par le Luxembourg; dans un exquis portrait de Mlle D. (coll. Diéterle); dans le beau portrait de Mlle Dihau et dans l'orchestre à l'Opéra, reproduits récemment ici lors de leur acquisition par l'État — dans le portrait de Mlle Dubourg, et dans la répétition de chant (coll. de Mme Blits), manière qui n'ira qu'en s'élargissant dans ces portraits superbes de la Femme à la potiche (coll. Camondo, au Louvre); ou de Mme Jeantaud au miroir (coll. Doucet). Jusque là les problèmes de la lumière, de l'enveloppe aérée autour des choses, ne semblaient pas l'avoir particulièrement intéressé, avant que d'emblée il n'y obtint de surprenantes réussites en 1873, dans la voiture au champ de courses (Durand Ruel), les répétitions de danse et le pédicure (coll. Camondo, au Louvre), et surtout dans ce tableau déconcertant, le Comptoir des cotons à la Nouvelle Orléans, qu'a bien voulu confier le Musée de Pau et qui par la subtile harmonie de ses blancs floconneux, de ses noirs et de ses gris, sera classé un jour dans les Histoires de l'art futures, comme égal aux plus authentiques chefs-d'œuvre d'un Vermeer. Ce sont ensuite les œuvres où, épris de mouvement rendu par un dessin d'une sûreté, d'une fermeté et d'une largeur admirables, il a noté les formes lougeantes des jambes et des bras de danseuses à l'Opéra, des chevaux sur les champs de courses, des repasseuses dans les blanchiseries, des femmes nues dans leurs tubs, mettant dans les sujets quels qu'ils soient la marque d'une distinction native. Il est impossible qu'une pareille Exposition ne désarme pas les récalcitrants. En existe-t-il encore? Il n'est pas d'art plus complet par la science consommée du dessin, du modelé, la saveur de la peinture, et qui n'a demandé qu'aux spectacles que lui offrait la vie, les éléments uniques de son inspiration. Et je suis sûr que cette Exposition aurait aussi désarmé Degas de son horreur de la publicité, de son amertume, et de son ironie qui n'était que le masque d'un homme excellent, un peu trop sensible aux blessures de la vie. Cette pensée sera la meilleure récompense des organisateurs et des prêteurs. Gaston Migeon. DEGAS. Repasseuse (Collection J. Doucet).

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N.-B.— En même temps une exposition des eaux fortes, des lithographies et des monotypes a lieu à la Galerie Guiot, et des sculptures à la Galerie Hébrard. Un catalogue descriptif, historique, avec toutes les références, illustré de huit planches hors texte, et de vingt-quatre dans le texte même, a été rédigé par M. Marcel Guérin. NOUVELLES L'Exposition de 1925 — Chaque jour, en ce moment, marque un nouveau pas dans la voie de la réalisation. Le 18 mars, en l'hôtel de la fondation Rothschild s'est tenue une réunion des bureaux des comités d'admission en vue d'arrêter le programme général de leurs travaux. M. Fernand David présidait, assisté de MM. Deville, Paul Léon et François Carnot. Après le président et M. Deville, M. Paul Léon a pris la parole pour constater que l'union des artistes et des industriels allait pour la première fois passer dans le domaine de la réalité. Quant à M. F. Carnot, il a exposé la méthode de travail qu'il préconise pour les opérations des comités d'admission. Ceux-ci, composés à peu près également d'artistes, d'industriels et de compétences spéciales, seront à même de juger dans les œuvres présentées aussi bien la part de création que la qualité d'exécution. Le 26 mars, le Président de la République a inauguré sur l'Espanade des Invalides, au milieu d'une nombreuse assistance, les travaux de l'Exposition en jetant, d'un geste symbolique, une pelletée de ciment dans une tranchée. Des discours furent prononcés par MM. Fernand David, Dior et Léon Bérard. Les jurys ont commencé l'examen des demandes d'admission. A l'effet d'établir le programme de leurs opérations, les comités de différents groupes se sont déjà réunis au Grand-Palais. Les décisions prises ont porté notamment sur le mode de présentation des objets et des ensembles et sur les dates auxquelles, selon les classes — très prochainement pour certaines — cesseront d'être reçues les demandes d'admission. Les diverses provinces de la France préparent activement leur participation; c'est ainsi que la région marseillaise prévoit la construction d'un pavillon spécial et d'une maison provençale, tandis que ceux de la région de Rouen présentent pour ses industries d'art un projet de participation qui consistera dans l'édification d'un « Clos-Normand ». Le Gouvernement de l'Algérie et les Résidences de la Tunisie et du Maroc se sont mis d'accord pour la construction d'un pavillon consacré à l'Afrique du Nord, qui s'élèvera sur le cours Albert Ier. C'est sur ce même cours que seront édifiés les divers pavillons des colonies françaises. Une délégation tchéco-slovaque, venue pour étudier les emplacements qui leur sont réservés, a été reçue par M. Fernand David. De son côté, le ministre plénipotentiaire de l'Autriche à Paris a récemment examiné l'espace réservé, cours Albert Ier, aux exposants autrichiens. Enfin, le gouvernement hellénique vient d'aviser notre représentant à Athènes de sa décision de participer à l'Exposition. A la Bibliothèque Sainte-Geneviève — Une exposition sera ouverte le 20 mai prochain, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à l'occasion du Congrès des Sociétés de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France. Elle comportera un ensemble de documents se rapportant à la Montagne Sainte-Geneviève à travers les âges et comprenant des manuscrits à miniatures, des livres imprimés, des plans, des peintures, des dessins et objets divers. Sa durée sera d'un mois. La protection du Mont Saint-Michel — Au cours du banquet annuel de l'Association des Amis du Mont Saint-Michel, le président de l'Association, M. Levalois a protesté contre les divers projets émis par les administrations civiles et militaires et dont la réalisation altérerait gravement la beauté du site déjà compromise. Il s'agirait d'installer dans la baie du Mont Saint-Michel, soit un champ d'exercice pour avions de bombardement ou de tir pour canons à longue portée, soit un terrain d'expérience pour l'utilisation des marées. M. Henri-Robert, qui présidait le banquet, a promis de mettre son éloquence au service des buts poursuivis par l'Association. Exposition d'art ancien à Nantes — La ville de Nantes organisera cet été une exposition d'art ancien dans les salles du Château des Duces de Bretagne. Cette manifestation permettra de se rendre compte de la richesse des collections artistiques conservées dans cette région de la France. Les salles du château décorées de tapisseries anciennes formeront un cadre magnifique à cette exposition qui comprendra une section d'armes et de costumes, une section de peintures anciennes, une section de mobilier et d'objets d'art et enfin une section d'art religieux où l'on verra les trésors des principales églises régionales, entre autres, le fameux Christ de Mouzeil. Les Fouilles de Jérusalem — La Jewish Palestine Exploration Society a entrepris dans la vallée du Cedron, aux environs de Jérusalem, une série de fouilles qui ont eu pour résultat de dégager un certain nombre de monuments funéraires particulièrement intéressants pour l'étude archéologique de cette région. Il s'agit des tombeaux dies d'Absalon, de Josaphat, de saint Jacques et de Zacharie. D'après les objets trouvés au cours des travaux, le premier de ces tombeaux peut-être considéré, avec beaucoup de vraisemblance, comme celui d'un roi Trasmonéen. Les fouilles ont également ramené à la lumière des monnaies datant les unes de l'époque du Christ, les autres de la période des Sélecides. Une Découverte à Rome — Des fouilles entreprises pour la construction d'une maison dans le faubourg de la Porta Salaria ont révélé l'existence d'un hypogée dont la destination primitive reste douteuse.

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Situé au milieu de l'ancien cimetière de Salaria, il ne semble pas être d'une date antérieure au IIIe siècle. Les murs sont décorés de belles fresques d'un caractère allégorique. Conférences sur la Syrie à travers les âges — Après la conférence de M. Cumont, dont nous avons rendu compte récemment, M. Camille Enlart avait été chargé par les organisateurs de la série sur La Syrie à travers les âges de donner une conférence sur les Croisades et l'art franc du Moyen âge en Syrie. Celle-ci a eu lieu le 17 mars, sous la présidence de M. Sénart, membre de l'Institut. On sait les connaissances approfondies de l'éminent directeur du Musée du Trocadéro sur l'art français du Moyen âge, et les travaux déjà publiés par lui sur son expansion à l'étranger, notamment à Chypre. Une récente mission lui a permis, sous le patronage du général Gouraud et de l'Académie des Inscriptions, d'en suivre le développement en Syrie et en Palestine. Ce sont les résultats de cette mission qu'il a exposés, après un brillant aperçu historique sur la première croisade, l'établissement des Croisés, les expéditions suivantes, et le sort subséquent des royaumes chrétiens d'Orient. Il a montré notamment avec quelques influences arabes passagères le parallélisme constat du développement de cet art français d'Orient avec son évolution sur la terre de France, depuis le roman sévère de Tarse jusqu'au gothique avancé de Famagouste. NÉCROLOGIE FERNAND CORMON vient de mourir des suites d'un accident de voiture. Né à Paris, le 22 décembre 1845, il fut successivement élève de Cabanel, de Portaels et de Fromentin. Peintre d'histoire et portraitiste, il obtint aux Salons les plus hautes récompenses. Parmi ses œuvres les plus connues, citons les Funérailles d'un chef (Musée du Luxembourg), les Vainqueurs de Salamine (Musée de Rouen) et la décoration d'une salle du Muséum. Fernand Cormon était membre de l'Institut, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts et commandeur de la Légion d'honneur. Dernièrement est mort à l'âge de soixante-cinq ans, le peintre FRANCK BAIL. Il appartenait à une famille d'artistes lyonnais dont les plus connus avaient été Antoine et Joseph Bail. Né à Paris, en 1858, Franck Bail, après avoir été l'élève de Gérôme, s'était consacré à la peinture des natures-mortes et des intérieurs rustiques. Le 18 mars dernier succombait à Equihen (Pas-de-Calais), Madame MARIE CAZIN, veuve du peintre Jean-Charles Cazin qu'elle avait aidé notamment dans ses travaux céramiques. Elle s'était fait connaître ensuite elle-même comme peintre et comme sculpteur. Le statuaire GUSTAVE MICHEL est mort récemment. Il avait longtemps exposé aux salons des Artistes français. Parmi ses œuvres les plus remarquées, il faut citer La Pensée, qui est aujourd'hui au Musée du Luxembourg. Il avait exécuté la décoration de la passerelle de Passy et s'était également fait connaître comme graveur en médailles. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 14 mars M. Homolle donne lecture d'une étude de M. Perdrizet sur la Petite thèse, de Callot, eau-forte représentant le triomphe de la Vierge et gravée pour servir de frontispice à la thèse du cordelier Etienne Didelot, de Nancy, soutenue à Rome en 1625. M. Blanchet fait une communication sur deux bronzes antiques trouvés à Nérès (Allier). Ces bronzes, qui ont ceci de particulier qu'ils sont dus à des artistes gaulois, représentent un enfant vendangeur et Bacchus à cheval sur une panthere. Une subvention de 6000 fr. est accordée à M. Léon Roy, sur la fondation Piot, pour la continuation des fouilles en Albanie. Séance du 21 mars M. Dicht donne lecture d'une lettre accompagnant une photographie communiquée par M. Papadopoulos, proviseur du lycée français-grec de Constantinople, et relative à une très belle tête de Dionysos en bronze, découverte à Haider-Pacha. M. Montet étudie les résultats de la dernière campagne des fouilles de Byblos dans les tombes du moyen empire (1800 avant Jésus-Christ); il décrit divers objets trouvés dans les tombeaux, objets mobiliers et pièces d'orfèvrerie, dont les principaux seront, d'ailleurs, exposés au musée du Louvre. Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 12 mars M. Mayeux présente des photographies de l'église Sainte-Radegonde de Sérandon (Corrèze). Cette église du xiiie siècle possède un porche important, avec bas-reliefs, analogue au porche d'Ydes (Cantal) et de Lagraulière (Corrèze). Il présente ensuite des photographies et un plan de l'église d'Albussac (Corrèze) dont le chœur à chevet plat du xiiie siècle est orné d'arcatures à arc en mitre, alternant avec des arcs plein cintre, et possédant de curieux chapiteaux. M. Lauer entretient la Société de l'origine et de la date de la tapisserie de Bayeux. Mgr Batiffol signale quelques détails archéologiques concernant le chœur de Notre-Dame de Paris au xviiie siècle d'après le cérémonial de Sonnet. Séance du 19 mars M. V. Chapot étudie un bas-relief trouvé en Thrace, représentant un personnage porté sur un char à quatre roues qu'il croit être d'époque romaine. M. de Mély apporte à la Société la reproduction du magnifique livre d'Heures du duc de Cumberland, que son propriétaire propose en ce moment aux bibliophiles. Il montre aussi des photographies de l'admirable autel émaillé du xiiie siècle, signé Eilbert de Cologne, faisant également partie du célèbre trésor des rois de Hanovre qui va prochainement se trouver dispersé.

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M. Mayeux fait part de la découverte, à Ployron (Oise), d'un vase de verre du xve siècle rempli de vin et conservé dans le fût d'une colonne de la nef de l'ancienne église. UNE EXPOSITION D'ART AMÉRICAIN-LATIN Au Musée Galliera aucune exposition n'est indifférente. Celle qui est ouverte en ce moment, bien qu'un peu sommaire, est un intéressant essai de groupement des artistes d'Amérique du Sud, sous l'égide de l'Académie Internationale des Beaux-Arts et de la Maison de l'Amérique latine. Quatorze nations latines parmi lesquelles notamment la République Argentine, le Brésil, le Chili, Cuba, l'Uruguay et le Vénézuèla y sont représentées par des envois d'artistes de valeur. Alberto Lagos est un sculpteur argentin dont les œuvres sont appréciées aussi bien dans son pays qu'à Paris, car Paris est pour lui comme pour la plupart de ses compatriotes, une seconde patrie. L'Etat a acheté à M. Lagos une tête en bronze d'un grand charme. Mlle Isabel de Etchessary ne nous était pas jusqu'à présent connue comme peintre, mais comme danseuse. Ce sont d'ailleurs des Danseuses et des Etudes de mouvement qu'elle présente au public. Il me paraît juste de mentionner spécialement les maquettes de décors et de costumes que nous montre un autre Argentin, M. Alfred Guido, de Buenos-Ayres. Nous connaissions une très curieuse série de dessins du statuaire Swiecinski pour un ballet indien de Miss Barney, mais nous ignorions ceux que M. Alfredo Guido a conçus pour l'opéra de M. Alphonso Broqua La Croix du Sud. Les uns et les autres sont puisés aux vieilles sources documentaires des Indiens. Les décors de M. Guido sont d'un grand style et nous ne pouvons que souhaiter de les voir quelque jour présentés sur une de nos grandes scènes lyriques. M. Jose de Andrada illustre l'art du Brésil. A dire vrai, ses meubles, exécutés par « La Maîtrise », n'ont rien de spécialement brésilien. M. Hernandez-Giro est cubain : c'est un artiste convaincu, dont les portraits à l'aquarelle ont une force et une sincérité qui retiennent. Il a fallu cette exposition pour nous apprendre qu'Ortiz de Zarate, le fidèle exposant des Indépendants et du Salon d'automne, était Chilien. Son art, à lui non plus, n'a rien de spécialement national; il en est à peu près de même de celui de ses compatriotes MM. Sangroniz et Plaza-Ferrand : ce dernier, dont l'envoi est particulièrement attrayant, expose un portrait très expressif de M. Frantz Calot; M. Jose Félix représente ici le Pérou, M. Egas, la réputation de l'Equateur. Deux artistes urugayens retiennent aussi notre attention, par des scènes pittoresques : M. Castellanos, avec des paysages de l'Amérique tropicale et des maquettes pour un ballet Amancay, M. Figari avec de petits tableaux de genre. L'Exposition est complétée par des objets évoquant l'ancienne Amérique et provenant de collections particulières. Nous citerons celle de M. Raoul d'Harcourt, riche en tissus et vases funéraires de l'Amérique préco'ombienne et péruvienne, celle de MM. Camilo Egas, Timoleon Flores et Chapsal, montrant des tissus, des plumes et des pièces ornementales ayant appartenu aux Indiens. Jean-Gabriel Lemoine. MONUMENTS HISTORIQUES Loire. — Pour le château de la Bastie. — La Société historique et archéologique du Forez, La Diana, lance un éloquent appel à tous les amis des arts qui voudront contribuer à la souscription ouverte pour réunir des fonds destinés à sauver de la ruine la vieille et charmante demeure des d'Urfé, le château de la Bastie. C'est à Claude d'Urfé, bailli de Forez en 1535, envoyé extraordinaire du roi de France au Concile de Trente en 1548, ambassadeur auprès du Saint-Siège l'année suivante, gouverneur des enfants du roi Henri II en 1553, que l'on doit la transformation de la petite forteresse laissée par ses ancêtres, en cette aimable habitation inspirée des « villas » que son propriétaire avait vues et admirées en Italie. LA BASTIE. Vue d'ensemble du château. Cl. Thiolier

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BEAUX-ARTS Le lettré qu'était Claude d'Urfé—Ronsard vante dans une ode de 1555 l'éducation donnée par lui au dauphin—s'était plu à enrichir sa demeure d'œuvres d'art, sa bibliothèque de livres et de manuscrits rares, dont il ne reste, hélas, à peu près rien. Par contre, nous pouvons admirer encore la grande galerie avec sa « loggia », la grotte garnie de rocailles, la chapelle en partie dépouillée de sa décoration, le petit temple rond du jardin. Cl. Thiollier LA BASTIE. La Loggia. Le petit-fils de Claude d'Urfé, Honoré, vécut dans ce cadre charmant et il y plaça la fable de son « Astrée ». On voit des fenêtres de la Bastie, le mont d'Isoure où s'élevait le palais de la nymphe Galathée, Mont Verdun, Marcilly, la ville guerrière, où le druide Adamas avait, comme Claude d'Urfé, réuni des merveilles d'art. La description qu'il donne de la grotte de Damon s'applique exactement à la « rocaille » de la Bastie : « La voûte du portail était supportée par deux Termes qui représentent Pan et Syrinx. Ces deux figures étaient artistement revêtues de petites pierres de différentes couleurs : les cheveux, les sourcils, la barbe et les deux cornes de Pan étaient de coquilles de mer si bien jointes que le ciment ne paraissait point... Autour de la porte, en dehors, pendaient des festons de coquilles. Tout l'édifice était enrichi de statues qui placées dans leurs niches, formaient autant de fontaines et représentaient tous quelque effet de la puissance d'amour. » La chapelle n'était pas moins curieuse : sa voûte à caissons de mosaïque subsiste seule. Les belles boiseries d'une sculpture un peu lourde mais grasse, la magnifique porte de bois, ornée de bas reliefs, les vitraux peints, les carreaux de faïences du dallage et des marches de l'autel, cet autel lui-même avec son bas relief de marbre et son retable en marqueterie de bois de couleurs, toutes ces richesses ont été vendues par le dernier propriétaire de la Bastie. On sait que fort heureusement une partie en est entrée au Musée des Arts décoratifs et que d'autres fragments figurent dans des collections particulières connues. La Diana elle-même a recueilli quelques vestiges et vient de recevoir notamment une des statues de la grotte que l'un des derniers possesseurs du château, le duc de Cadore, qui se l'était réservée n'a pas voulu tenir éloignée plus longtemps du lieu pour lequel elle avait été faite. Le château lui-même était dans un état de délaboration qui a fait craindre pour sa conservation. Propriété de La Diana qui l'a acquis pour le sauver d'une destruction complète en 1909, il ne pouvait être restauré par les moyens de cette seule société. Le Service des Monuments historiques qui ne saurait se désintéresser d'un monument auquel se rattachent tant de souvenirs historiques et littéraires de notre pays, décida de consacrer des sommes importantes à ces travaux indispensables. Déjà une première campagne a permis, en 1923, une réfection des toitures. On poursuit actuellement la réparation des murs, des escaliers, des fenêtres pour mettre définitivement « hors d'eau » le monument. Mais l'Etat ne peut suffire aux dépenses nécessaires. Son effort qui dépasse 100.000 fr. doit être secondé par une subvention du département et une contribution de la Société de La Diana, qui cherche actuelle- Cl. Thiollier LA BASTIE. La Grotte. ment à réunir la somme qu'on lui a demandée, soit 40.000 fr. environ, dont quelques libéralités locales commencent déjà à constituer la base (1). Jean VERRIER. (1) Les souscriptions sont reçues au compte de chèques postaux : Lyon, n° 81.8), E. Rony, trésorier de La Diana.

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[41] 15 AVRIL 1924 119 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE Antiquités Orientales Le Département des Antiquités orientales vient d'acquérir une statuette d'art oriental représentant un bison qui est une pièce de grand intérêt. L'animal, taillé dans une stéatite d'une belle coloration vert bronze, mesure 0 m, 10 de long; sa hauteur, de la tête aux genoux, car les quatre pattes sont sectionnées à ce niveau, est de 0 m, 053. L'origine de cette pièce est assez énigmatique. Si l'œuvre se rapproche de la technique archaïque sumérienne dans la façon de rendre la crinière par mèches triangulaires enchevêtrées, elle s'en éloigne par le procédé qu'a employé l'artiste pour dessiner l'œil de l'animal; le globe de l'œil est en relief, tandis que l'art sumérien de haute époque trace l'œil en losange et l'évide afin de faire place à une incrustation de couleur qui simulerait la pupille. Cette statuette est d'un beau mouvement réaliste, sans inexpérience, mais la race représentée n'est pas tout-à-fait celle que l'on connaît aujourd'hui; le bison d'Amérique a la tête un peu plus longue et le front garni de toison. Le buffle des marais et l'aurochs, qui faisaient partie de la faune de l'Asie antérieure ont fréquemment inspiré les artistes sumériens. Par contre, ce serait la première représentation du bison, dont la présence en Asie Occidentale est attestée par la paléontologie, si cette statuette appartient vraiment à l'art de Sumer. Quelle qu'en soit la provenance réelle, le Département des Antiquités Orientales s'est, en tous cas, enrichi là d'une œuvre d'art remarquable. G. CONTENAU. Cl. Serv. Phot. B.-A. Statuette de bison en stéatite (art sumérien [?]) (Musée du Louvre) FRÉDÉRIC BAZILLE et ses tableaux légués aux Musées Nationaux Qui n'a remarqué, dans le fameux Atelier des Batignolles de Fantin, à l'extrémité droite du tableau, ce grand jeune homme blond, à la mise recherchée, à la tournure élégante, qui domine de sa haute stature le groupe des amis de Manet? C'est Frédéric Bazille, de Montpellier, l'in séparable de Renoir et de Claude Monet. Tué à 27 ans, au combat de Beaune la Rolande, le 28 décembre 1870, il fut un de ces héros inconnus qui firent avec simplicité le sacrifice de leur vie et dont personne ne parla. Bien des années passèrent. Les impressionnistes, — c'est le nom qu'ils prirent après la guerre, — continuèrent la lutte sans leur camarade. La bataille était trop ardente pour qu'on eût le temps de regarder en arrière. Enfin, aux environs de 1900, quand la gloire fut venue et que Renoir, Monet, Sisley et Pissarro apparurent décidément comme les maîtres de la peinture française en ce siècle finissant, on songea à étudier leurs origines et à remonter à leurs débuts. C'est alors que Frédéric Bazille ressuscita. Ses amis et ses admirateurs n'oublieront pas que ce fut Roger Marx qui, avec son goût si sûr et son sens si averti des valeurs de notre art contemporain, remarqua dans un coin du Musée de Montpellier, où elle végétait ignorée, cette délicieuse et fraîche figure de jeune fille en plein air, et l'exposa à la Centennale de 1900. Ce fut une révélation. L'exposition rétrospective des œuvres de Frédéric Bazille, au Salon d'automne de 1910, consacrera définitivement l'artiste et le plaça, dans l'histoire de la peinture française, à côté des triomphateurs du jour, de ses compagnons du début, Monet et Renoir. Malgré tout l'œuvre de ce jeune peintre, reste fort mal connue. Elle est peu abondante, et elle était presque tout entière, pieusement, jalousement conservée par le frère du peintre, M. Marc Bazille, banquier à Montpellier, dont je m'honore d'avoir été l'ami. Lorsque je quittai Montpellier en 1917, M. Marc Bazille, cédant à mon désir, consentit à se dessaisir, en faveur du Musée Fabre, d'un choix im-

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portant de toiles de son frère, et c'est ainsi que j'eus le plaisir, avant mon départ, d'accrocher dans la Galerie française du Musée, le magnifique tableau de la Toilette, qui fait pressentir déjà les plus beaux nus de Renoir. Cl. Serv. phot. B.-A. F. Bazille. Jeune fille sur la terrasse de Méric. Je demandai aussi à M. Marc Bazille de vouloir bien faire la part du Louvre. Il commença par se récrier. Il était la modestie même, et il craignait de paraître indiscret ou même outrecuidant; il avait conservé le souvenir des âpres luttes du début, et il ne savait pas à quel point la partie était gagnée. Mon ami Jean Guiffrey joignit ses instances aux miennes. M. Bazille nous ayant alors laissé le choix de deux tableaux dans l'œuvre de son frère, légua par testament au Musée du Louvre, l'Atelier de Bazille, boulevard de Clichy et une Etude de jeune femme en plein air; il y ajouta le portrait de Frédéric Bazille, peint par Renoir en 1867; en tout, trois toiles de premier ordre, qui iront d'abord rejoindre les deux tableaux déjà exposés au Luxembourg, Réunion de famille sur la terrasse de Méric, et Lisière de forêt à Fontainebleau. Tout le monde a pu admirer l'Atelier, à l'Exposition du Second Empire, voilà bientôt deux ans. La délicatesse des tons, la finesse des gris, un sentiment exquis des valeurs révélaient un peintre d'une singulière distinction. Le sujet présentait aussi un attrait imprévu en évoquant Bazille dans son atelier au milieu de ses amis, Claude Monet sur l'échelle, Maître au piano, et au centre du groupe, debout devant le chevalet, Manet, le dieu, l'idole de tous ces jeunes gens. Près du lui, le maître de céans, Bazille écoute les critiques du patron. Cette figure charmante, si vivement enlevée, fut peinte par Manet lui-même qui voulut donner cette preuve d'amitié à son jeune camarade. « Ton atelier sans toi, ce n'est pas possible », lui dit Manet; ce disant, il s'assied devant la toile, prend un pinceau et en quelques touches indique la silhouette si vivante de son ami. L'Etude de jeune femme en plein air, assise sur le bord de cette terrasse de Méric d'où l'on découvre un paysage digne de la campagne florentine, marque bien la nature des recherches de Bazille pendant sa courte carrière de peintre. Depuis le Déjeuner sur l'herbe de Courbet, — qui fut, avec Delacroix, le grand inspirateur de cette nouvelle génération, — un problème préoccupait surtout, ces jeunes audacieux, celui du modèle des figures en plein air. La Réunion de famille, par Bazille, Les Dames dans le jardin, de Claude Monet, marquent l'aboutissement de ces recherches aux environs de 1868. L'étude de jeune fille qui vient d'être léguée au Louvre, l'autre étude du même genre, plus belle encore, plus complète, et qui constitue un des trésors du Musée de Montpellier, montrent les étapes suivies dans cette recherche. Je me suis demandé souvent en étudiant ces toiles, si la postérité n'attribuerait pas un jour à Bazille la gloire d'avoir créé la technique moderne Cl. Serv. phot. B.-A F. Bazille. L'Atelier. du modelé des figures dans la lumière. Aussi, quand en présence de cette destinée si tragiquement interrompue, on cherche comment aurait évolué, s'il avait vécu, un peintre si richement doué, on

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[43] BULLETIN DES MUSÉES 121 peut penser que l'impressionnisme pur de Claude Monet l'aurait peut-être moins attiré que les études de volume qui devaient surtout préoccuper Renoir dans la dernière partie de sa carrière. De ce peintre si original, qui eût été une des parures de notre école contemporaine, le Louvre, aura, grâce à la générosité de son frère, la bonne fortune de posséder une effigie charmante, le portrait que Renoir peignit pour son ami, en 1867, au temps de leurs débuts difficiles, lorsque Bazille, Renoir. Portrait de F. Bazille. le plus riche ou le moins pauvre de la bande, jouait parmi eux le rôle de Crésus obligeant. C'est un portrait en pantoufles, peint à la bonne franquette, comme tout ce que faisait déjà Renoir, avec un laisser aller qui correspond à ce que nous savons des deux amis, mais aussi avec une maîtrise, une personnalité dans la mise en page qui révèlent déjà un grand artiste. On imagine volontiers Frago campant ainsi, avec cette désinvolture, un ami, un intime à qui l'on ne fait pas payer son portrait. Cette toile a une histoire, et comme je la sais, autant vaut la raconter. Elle appartenait à Manet. Après la mort de Bazille, son père désirait posséder cette image de son fils. Il proposa à Manet de la lui acheter. Manet s'empressa d'offrir au père le précieux souvenir, lui demandant seulement en échange une grande toile de Claude Monet qu'il avait admirée jadis chez son ami, — les Dames dans le Jardin. L'échange fut conclu. Un jour, Manet et Monet ne s'entendirent plus, et se rendirent mutuellement leurs œuvres. C'est ainsi que Claude Monet rentra en possession de cette toile aujourd'hui fameuse; il la garda jusqu'au jour où M. Paul Léon, bien inspiré, en fit l'acquisition pour le Musée du Luxembourg. Il rendait ainsi un juste hommage à la fois au plus illustre des impressionnistes et à celui pour qui elle avait été peinte, Frédéric Bazille. Et voilà que les deux tableaux vont de nouveau voisiner au Luxembourg et réunir dans la même gloire le nom des trois amis d'autrefois, Claude Monet, Renoir et Bazille. André Joubin. MUSÉE DE MARINE Les amateurs, sinon le grand public des dimanches, qui lui témoigne une affection fidèle, oublient un peu la présence du Musée de Marine au Louvre. Déaché administrativement de la réunion des Musées Nationaux et placé dans la dépendance du Ministère de la Marine, celui-ci paraît simplement, à beaucoup, un encombrement et un poids mort dans le palais trop étroit pour les collections d'art; mais son déménagement, toujours décidé en principe, est peut-être de plus en plus désirable et... improbable. On travaille cependant à «la Marine» et les conservateurs, MM. Destrem et Clerc-Rampal, s'ingénient à faire œuvre utile dans les conditions défavorables où ils sont placés. Ils viennent d'organiser une salle du xvm siècle qui a été inaugurée en présence du vice-amiral Grasset, chef d'état-major général de la marine, et de nombreux officiers supérieurs. Les collections qui y sont rassemblées ont pour but de glorifier l'effort naval de la France au xvm siècle. On y retrouve les modèles des bâtiments de l'époque, provenant de la collection des ports ou de celle de Trianon, formée sous Louis XVI. Le type le plus remarquable est certainement le voilier Sans-Pareil, construit en 1760 et portant 108 canons. MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS Une série de dons viennent d'enrichir les collections du Petit-Palais. C'est d'abord Miss Mary Cassatt qui remet au Musée de la ville de Paris un ensemble de ses œuvres gravées. M. Arnold Seligmann vient d'offrir un buste en bronze de Rodin, par Mlle Camille CLAUDEL. Enfin, sir Joseph Duveen, outre un buste en terre cuite de Félice Cavallatti, par DELLOYE, a donné à l'occasion du centenaire de l'artiste deux

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œuvres de PUVIS DE CHAVANNES: un portrait d'homme et une peinture en camaïeu qui représente la Méditation. MUSÉE CARNAVALET Parmi les dons et legs récemment entrés au Musée historique de la ville de Paris, nous noterons un album de croquis dessinés pendant les séances de la Chambre par Lockroy, A. Proust et Pelletan, don de MM. Albert et Paul Clémenceau; douze eaux-fortes, don de M. Béjot; un dessin de M. Sem, douze portraits d'actrices offerts par M. Chaperon; une aquarelle, don de Mme Sainsère; une collection d'objets d'art et de souvenirs se rattachant à George Sand et à sa famille, don de Mme Lauth-Sand, enfin de M. Rainaud, une collection d'objets d'art, souvenirs et reliques relatifs à Louis XVI et à la famille royale, dont le couperet de guillotine qui passe pour avoir servi aux exécutions du roi et de la reine. MUSÉE HENNER Le Musée J.-J. Henner, situé 43, avenue de Villiers, est dès maintenant ouvert au public. Le peintre Many Benner a été nommé conservateur du musée. Le catalogue, qui vient de paraître, contient une notice de Léon Lhermitte sur la vie et les travaux de J.-J. Henner et une liste sommaire de ses œuvres accompagnée de reproductions. LE "MUSÉE" DE LA BIBLIOTHÈQUE SAINTE-GENEVIEVE Nos grandes bibliothèques, sans parler même de la Nationale, avec les incomparables séries du Cabinet des Médailles et de la Galerie Mazarine, renferment presque toutes des séries d'œuvres d'art qui vaudraient d'être plus connues qu'elles ne le sont du grand public et des amateurs. La Bibliothèque Sainte-Geneviève, en particulier, a hérité du Cabinet d'antiquités des Génovéfains, fondé au xvie siècle par le Père du Molinet, et des galeries mêmes de la bibliothèque abbatiale, un ensemble d'œuvres d'art qui constitue un véritable petit musée. Les bustes de Girardon, Coysevox et Caffieri qui en forment la principale richesse, ont été depuis l'année dernière, nettoyés discrètement et exposés harmonieusement dans les deux vestibules de la réserve, au rez-de-chaussée du bâtiment de Labrousset, avec la série des pastels des rois de France provenant du cabinet abbatial. Le bureau voisin de l'administrateur renferme la magnifique table de chêne sculpté du début du règne de Louis XV, qui fut celle du bibliothécaire de l'abbaye de Sainte-Geneviève; on voit ailleurs une armoire ou bahut, avec table de stuc, datée de 1739, une horloge astronomique du xvie siècle, construite par Oronce Finé, deux globes célestes de Coronelli de la fin du xviiie siècle, etc. Notre collaborateur, M. Amédée Boinet, qui avait déjà étudié dans la Gazette des Beaux-Arts plusieurs des plus importantes de ces séries, vient de leur consacrer, dans les Mémoires de la Société d'histoire de Paris et de l'Ile de France (T. XLVII. Tirage à part 1924, 90 p.), un catalogue détaillé qui est un modèle de précision et d'information Souhaitons que cet excellent instrument de travail contribue, comme il convient, à la renommée de la collection et encourage les historiens et les amateurs à ne plus ignorer des pièces aussi capitales pour l'histoire de notre art français que le marbre du Robert de Cotte de Coysevox ou le plâtre du Rameau de Caffieri, qui sont encore groupés, malgré les vicissitudes du temps écoulé, avec la suite de ceux que la volonté des donateurs avait attribué à l'antique bibliothèque génovéfaine. MUSÉE DE BESANÇON Le Musée a reçu en don de M. Pierre Machard, un portrait de son père Jules Machard, daté de 1878, et représentant la femme de l'artiste, originaire de la Franche Comté. MUSÉE DE ROUEN Nous avons publié, l'an passé (voir Beaux-Arts, 1923, p. 315) un tableau d'Hubert-Robert représentant une vue de La Roche-Guyon, qui venait d'être retrouvé par M. Guey dans les réserves du Musée de Rouen. D'intéressants détails sur ce paysage français viennent d'être donnés dans un article de Mlle Cécile Jégilot, dans la Revue de l'art ancien et moderne, de mars 1924. Il se rattache à toute une série de Vues de Normandie, du même auteur, qui fut commandée au même artiste par le cardinal Dominique de la Rochefoucauld vers 1773-1775 et décoré aujourd'hui encore l'ancienne Salle des Etats du palais épiscopal de Rouen. De moindre dimension que ces panneaux qui mesurent 4 m., 20 de largeur sur 3 m., 20 de hauteur, alors qu'il n'a lui-même que 2 m., 85 sur 2 m., il n'appartient certainement pas à la décoration de la Galerie qui comprenait outre les quatre grandes vues de Rouen, de Gaillon, du Havre et de Dieppe, quatre moindres panneaux de ruines antiques qui ont été dès longtemps transportés au Musée. Destinée, sans doute, à quelque autre pièce de l'appartement épiscopal, la Vue de la Roche-Guyon, qui représentait un point du domaine familial du cardinal, devait être demeurée inemployée à l'archevêché jusqu'en 1907, et elle fut à ce moment envoyée roulée au Musée où elle demeura en réserve jusqu'en 1923.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ETATS-UNIS Monsieur et Madame Albert Besnard à l'Exposition de Pittsburg Il y a quelques jours, M. et Mme Albert Besnard s'embarquaient sur le Berengaria, à destination de New-York. Le grand artiste se rend à l'invitation de la Fondation Carnegie qui lui demande de faire partie du jury de l'exposition qu'elle organise à Pittsburg. On sait quelle importance les Américains attachent à cette manifestation si fermée qui recrute ses exposants par invitation et n'admet en général qu'une œuvre par artiste. En sa qualité de membre du jury, M. Besnard a envoyé trois toiles, trois pages lumineuses : l'une déjà ancienne est un frais paysage du Pas-de-Calais qui figura au dernier Salon d'Automne et qui montra combien peu l'art du peintre avait vieilli ; les deux autres sont deux nus harmonieux et nacrés peints dans la joyeuse lumière de Savoie ou d'Italie. C'est avec un peu de mélancolie que nous avons regardé dans l'atelier du maître ces trois œuvres si diversement plaisantes avant leur départ pour l'Amérique d'où vraisemblablement elles ne reviendront plus. Ce n'est point la première fois que M. Besnard se rend en Amérique ; il y a trois ans, il avait fait partie de la mission de propagande qui sous la direction du maréchal Fayolle avait parcouru les Etats-Unis et le Canada. Il avait gardé de son trop court voyage une excellente impression et l'avait agréablement conté dans quelques articles de l'Echo de Paris. Cette fois, il pourra entrer un peu plus en contact avec le monde des artistes et des amateurs de là-bas. Car, outre la manifestation de Pittsburg, M. Besnard se propose d'organiser deux expositions de ses œuvres à New-York. L'une groupera, chez Knoedler, vingt-cinq toiles du maître, parmi lesquelles on compte un remarquable portrait de femme dit : La Robe Verte, et un Marché aux chevaux à Hesdin, plein de vie et de puissance ; l'autre réunira chez Keppel des dessins et des aquarelles : souvenirs de l'Inde ou de la villa Médicis, anecdotes de la vie familiale du peintre ou croquis de voyage et parfois même premiers projets d'œuvres qu'il devait modifier profondément en les reprenant. Ce voyage, M. Besnard ne le fera pas seul, Mme Besnard n'hésite pas à affronter les fatigues du voyage pour ne point se séparer de son mari. Si elle ne porte point là-bas quelques-unes de ses belles sculptures, elle entend bien donner une raison artistique à son voyage. Elle se propose en effet, de faire un certain nombre de conférences à Pittsburg, Boston, Chicago, Buffalo, etc., où elle montrera aux réalistes d'Amérique que l'art n'est pas seulement un luxe, une chose superflue, mais encore le compagnon nécessaire de la chose utile. Dès que l'homme primitif eut réalisé les premiers objets nécessaires à sa vie, il voulut les orner. Loin d'être l'adversaire de l'art, l'activité commerciale doit en être le soutien, comme le métal précieux, devenu monnaie, sert de matière à l'artiste médailleur. L'idée est jolie et nul ne pouvait mieux la présenter à nos alliés que l'artiste de valeur et la femme de goût qu'est Mme Besnard. Souhaitons donc un heureux voyage à ces deux Français qui vont rappeler notre pays dans une ville qui avant de porter le nom de Pitt s'appelait jadis le Fort Duquesne. Charles Marchesné. BESNARD. — Baigneuse. --- ARTS APPLIQUÉS UNE TAPISSERIE DES GOBELINS D'APRÈS M. G.-L JAULMES On se rappelle l'apparition au Salon d'automne de 1919 du magnifique carton de tapisserie de M. G. L. Jaulmes; on sait que celui-ci allait servir à l'exécution aux Gobelins de la tenture que la France devait offrir à la ville de Philadelphie qui avait fait l'honneur