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2e Année. — Numéro 16 1er Septembre 1924 BEAUX-ARTS REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE • --- MALMAISON LE PALAIS ET LES COLLECTIONS Le 12 août 1896, par une après-midi lumineuse, un riche philanthrope dont le nom figure parmi les bienfaiteurs de l’Institut Pasteur, M. Daniel tenance de 63.093 mètres carrés et sa mise à prix était de 25.000 francs. C’est le hasard seul qui avait amené là les deux *Cour d’honneur du Palais de Malmaison Gravure ancienne d’après Mongin.* Osiris, montait en compagnie de son ami le peintre Edouard Bisson, l’allée ombragée de platanes qui conduit de l’entrée primitive du domaine sur la route de Paris, à la grille de la cour d’honneur devant le Château. Leur attention venait d’être attirée par l’affiche qu’avait fait apposer Me Sourdeau, notaire à Bougival, et qui annonçait pour le même jour la vente sur licitation en trente-cinq lots des château et parc de Malmaison. Le lot comprenant le château était désigné avec une con-promeneurs. Mais la curiosité et l’intérêt de M. Osiris avaient été tout de suite mis en éveil. Il visita de fond en comble le château qui était dans un état voisin de la ruine et, en songeant aux conséquences de cette vente, si une demeure d’un tel caractère historique tombait entre des mains profanes ou indifférentes il se décida soudain à prendre part aux enchères : quelques instants plus tard il était pro-clamé acquéreur du château et de ses dépendances au prix de 152.000 francs.

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BEAUX-ARTS Mais ce n'est pas pour faire de Malmaison sa résidence personnelle que le nouveau propriétaire avait tant tenu à surenchérir. Il n'avait eu qu'un but: sauver le château de la ruine et l'offrir à l'Etat pour y créer le musée du Consulat et de l'Empire. *** Aucune destination ne pouvait mieux convenir. Bonaparte et Joséphine à Malmaison, c'est comme Louis XIV à Versailles et Marie-Antoinette à résidence officielle; mais le vieux palais des rois sembla vite à Bonaparte austère et sans attrait. Il lui inspira même un jour cette exclamation désenchantée que rapporte Roederer: triste comme la grandeur! Aussi pendant toute la durée du Consulat, — de 1800 à 1803 surtout — c'est le charme rustique du domaine acquis par Joséphine, qui l'avait emporté, c'est Malmaison qui était devenu la demeure de plaisance du Premier Consul, le coin d'élection où s'étaient éveillés ses plus beaux rêves et d'où avait surgi l'épopée glorieuse. Façade postérieure du Palais de Malmaison. Peinture de P.-J. Petit (1802). Trianon. Le domaine, dont M. Osiris venait d'acquérir au mois d'août 1896 le lot principal, offre à cet égard des souvenirs d'histoire incomparables. C'est à la générale Bonaparte, en effet, le 2 floréal an VII, — 21 avril 1799 — au moment même où son mari venait de remporter en Syrie la victoire du Mont-Thabor, que le domaine fut vendu pour 325.000 francs. Il était alors beaucoup plus étendu. Depuis deux siècles, des familles de gens de robe ou de financiers l'avaient occupé successivement. Joséphine s'y installa tout de suite. Six mois plus tard, en octobre 1799, Bonaparte, à l'improviste, débarquait près de Fréjus et Paris saluait bientôt son retour triomphal. Quelques semaines encore et le général en chef de l'armée d'Egypte était proclamé Premier Consul de la République française. Les Tuileries lui avaient bien été affectées comme On a écrit maintes fois que Bonaparte venait passer seulement à Malmaison les jours de congé, ceux qu'il arrachait, selon sa propre expression, au «collier de misère», le nonidi, le décadi et le primidi, c'est-à-dire le samedi, le dimanche et le lundi. Ce n'est pas complètement exact. Il y venait encore en dehors de ces jours fixes et la mauvaise saison n'était même pas un obstacle à son assiduité. En plein mois de janvier, le 4 pluviose an IX, on le voyait à Malmaison s'entretenir avec Roederer des affaires de l'Etat. A propos de cette Salle du Conseil (v.p. 246), que Bonaparte avait fait installer en dix jours au mois d'août 1800, on ne peut s'empêcher de citer le mot de Taine qui compare le Premier Consul à un architecte souverain dont l'édifice de la France moderne porte l'indestructible empreinte. On retrouve pour ainsi dire à Malmaison, l'écho de toutes les délibérations d'où sont sorties tant de réformes

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BULLETIN DES MUSÉES ou de créations dans l'ordre politique, diplomatique, civil, religieux et militaire. La vie à Malmaison n'était pas absorbée toute par le travail et par les grands actes du Consulat. Joséphine avait mis tous ses soins à embellir le château. Elle avait agrandi le parc, et le modeste domaine des Lecoulteux était vite devenu une sorte de Trianon — le Trianon Consulaire — qui possédait comme l'autre ses kiosques, ses temples de l'Amour, ses bergeries, ses chaumières et même son petit théâtre. lui-même avec une réelle expérience aux détails de la mise en scène et du costume. Malmaison, sous le Consulat, c'est tout un passé de gloire, d'amour et de bonheur. Mais la vieille demeure devait connaître aussi les années douloureuses. A partir de 1804 elle s'était appelée : Palais Impérial de Malmaison. Cinq ans plus tard, au jour fatal du divorce, l'Impératrice Joséphine l'avait choisie comme retraite et jusqu'à sa mort, le 29 mai 1814, l'âme remplie de tristesse, elle y avait vécu sans bruit, au milieu d'une cour faite de ses enfants Autour de la future Impératrice qui apparaissait dans toute la floraison de sa beauté et de sa grâce de créole, s'était formée une cour brillante avec des hommes d'Etat, des généraux, des poètes, des artistes, de jolies femmes, qui devaient être bientôt les duchesses, les princesses, les maréchales de l'Empire. C'était, d'un mot, le rendez-vous des gloires de la France. Des distractions continuelles égayaient la petite cour consulaire. Les excursions en voiture, les chevauchées à travers la campagne se multipliaient à la belle saison, sans parler des parties de barre ou de Colin-maillard, si souvent contées dans les mémoires du temps, et où Bonaparte lui-même n'hésitait pas à se mêler. Quelques-uns des hôtes du château jouaient enfin la comédie. On représentait de préférence le Mariage de Figaro, le Barbier de Séville, et le Premier Consul présidait et de ses amis, gardant pour l'Empereur un tel culte qu' « elle n'avait point permis que l'on dérangeât une chaise de son appartement ». Un épisode émouvant et suprême avait marqué la chute de l'Empire et l'histoire de Malmaison. Au lendemain de Waterloo et de la seconde abdication, avant de partir pour Sainte-Hélène et de quitter la France à tout jamais, Napoléon était retourné pour la dernière fois dans la maison de Joséphine. Il y était demeuré du 25 au 29 juin 1815. Triste et vieilli, il avait évoqué dans le château: silencieux et dans le parc solitaire, les anciens jours de bonheur et de gloire. Au moment du départ, il s'était fait ouvrir la chambre où était morte un an plus tôt la bonne Impératrice. Portes closes, il y était demeuré seul avec ses pensées et il en était sorti les yeux gonflés de larmes. Enfin, dans la bibliothèque avait eu lieu la scène intime

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et poignante des adieux. L'Empereur avait serré dans ses bras la reine Hortense, puis, s'arrachant à cette séparation douloureuse, il avait traversé la salle du Conseil, la salle à manger, le vestibule d'honneur, il avait franchi le petit pont que bordent les deux obélisques en marbre rouge et il avait gagné la calèche jaune sans armoiries qui l'atten- Le Vestibule d'honneur. dait à la porte Sud du parc, pour le conduire à Rochefort (1). \\ Après l'Empire le domaine de Malmaison avait subi bien des vicissitudes. Il était d'abord resté la propriété du prince Eugène, fils de l'Impératrice Joséphine; mais à la mort du prince, ses enfants étant mineurs, il avait été mis en vente. Un banquier suédois, M. Hagermann, l'avait acheté en 1829, puis revendu en 1842 à la Reine Marie-Christine d'Espagne, qui l'avait occupé sous le règne de Louis-Philippe et au début du Second Empire. En 1861, Napoléon III s'en était rendu acquéreur à son tour, en souvenir de sa grand-mère. Mais après la proclamation de la République, le nouveau gouvernement, à la date du 6 septembre 1870, avait décrété Malmaison domaine national. Malheureusement, quelques années plus tard, en 1877, il avait cru devoir le céder à un particulier, M. Gautier, qui en fit le morcellement par petits lots. D'autres propriétaires, dont le nom importe peu, s'étaient ensuite succédé jusqu'au jour où nous avons vu M. Osiris, d'un geste généreux, arracher à une ruine définitive la maison qu'emplissaient de si grands souvenirs. C'est au mois de janvier 1904 que la donation de M. Osiris fut officiellement acceptée et Malmaison, comme Fontainebleau, comme Compiègne, devint un de nos palais nationaux. A vrai dire, ce n'était pas la première fois qu'on formait le projet de créer un musée napoléonien à Malmaison. Une tentative, qui est un peu oubliée et à laquelle on n'a pas assez rendu hommage, avait été faite sous le Second Empire. Après que Napoléon III était redevenu le pro- (1) Cf. Jean Bourguignon, Les Adieux de Malmaison, Album édité par Illustration, 1921.

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BULLETIN DES MUSÉES propriétaire de la vieille maison familiale, l'Impératrice Eugénie avait eu, en 1867, la délicate inspiration de rassembler à Malmaison « les meubles, tableaux et objets divers se rattachant par un lien authentique au souvenir des hôtes illustres de cette demeure historique ». (Moniteur du vendredi 22 février 1867). chambre de Joséphine, en forme de rotonde, avec son plafond peint en ciel, avec ses panneaux rouges chargés de broderies d'or, rinceaux, guirlandes et palmettes, était apparue surtout comme un petit chef-d'œuvre de restauration habile et heureuse. Elle avait été religieusement copiée d'après des documents sûrs, comme la célèbre aquarelle de Grâce aux travaux d'une Commission spéciale organisée par l'Impératrice et présidée par le général Lepic, rien n'avait été négligé pour réaliser la pensée de la souveraine. Du vestibule d'honneur à la Bibliothèque, de la salle de bain aux chambres impériales, le château avait été peuplé des œuvres d'art les plus remarquables comme des plus touchants souvenirs. Bien que Malmaison, par la vente de 1829, eût perdu ses meubles du Consulat et de l'Empire, on avait réussi, en 1867, à fixer au moins des traits épars de l'ancien ensemble et on avait pu donner déjà une idée de l'harmonie, de la grandeur et de la poésie de la maison vivante. La Salle du Conseil avait été reconstituée, telle que Percier et Fontaine l'avaient fait exécuter en dix jours de travail au mois d'août 1800. Mais la Loelliot qui provenait de la Reine Hortense et dont celle-ci avait écrit le sujet de sa main. Le lit même avait été soigneusement imité. La chambre authentique, dont l'Impératrice Eugénie avait fait exécuter cette copie fidèle, existait pourtant. C'était la seule pièce qui eut échappé à la vente de 1829. Les meubles de la chambre de Joséphine avaient été, après la mort du prince Eugène, duc de Leuchtenberg, emportés à Munich avec certains objets qu'on considérait comme des souvenirs de famille, des armes, le sabre de Marengo, des bijoux, en particulier les perles précieuses en forme de poire portées par l'Impératrice en boucles d'oreilles. La veuve du prince Eugène était en effet une princesse bavaroise. Mais son fils Maximilien, ayant épousé, en 1839, la fille de l'Empereur Nicolas, était devenu sujet russe et cer-

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BEAUX-ARTS taines reliques de Malmaison avaient quitté Munich pour Petrograd, où elles étaient encore en 1914. Sous le Second Empire, le prince Nicolas, fils de Maximilien, était venu visiter l'Exposition organisée à Malmaison en 1867. La reconstitution de la chambre de son arrière grand-mère l'avait vivement intéressé. Il avait voulu collaborer à son tour à l'œuvre pieuse de l'Impératrice Eugénie. Il avait détaché de sa chambre des souvenirs, phine. Enfin des œuvres d'art avaient été réclamées par le Musée du Louvre : la Diane chasse- resse en bronze, fondue, croit-on, par Barthélemy Prieur, la fonte de bronze de 1770 de l'Apollon du Belvédère, les deux centaures de la villa Adriana, l'Amour en marbre blanc de Tassaert, des statues de marbre provenant de Marly, des vases en marbre blanc de style Louis XIV et les colonnes rostrales de Richelieu en marbre de couleur que le lit où était morte Joséphine et en avait fait don à Napoléon III. C'est le 11 septembre 1868 que ce lit était arrivé au Garde-meuble Impérial et aussitôt il avait remplacé à Malmaison la réplique qui y figurait. La guerre de 1870 et la chute du Second Empire avaient malheureusement entraîné l'abandon de Malmaison et la dispersion de ce premier Musée napoléonien. Les souvenirs personnels avaient été emportés en Angleterre par la famille impériale. Les collections particulières confiées à l'Impératrice Eugénie avaient été restituées à leurs propriétaires. Le Mobilier National, de son côté, avait repris les meubles qui étaient restés et tous ceux justement qui avaient servi à reconstituer la chambre de José- l'on aperçoit sur la gravure de Garneray reproduite ci-dessus. Malgré sa durée éphémère, la tentative de l'Impératrice Eugénie nous apparaît d'autant plus méritoire qu'elle a servi de première base, et de base solide à la reconstitution actuelle du château (1). (1) M. de Lescure avait dressé un catalogue consciencieux des objets exposés en 1837 et son beau livre sur Malmaison, où est publié ce catalogue, constitue une des sources les plus riches de documentation. Il mentionne notamment, avec le fameux dessin d'ISABEY représentant Bonaparte à Malmaison, le portrait en buste de Joséphine par APPIANI, les portraits de Louis Bonaparte et de la reine Hortense dessinés par celle-ci au crayon et à l'estompe; le roi de Rome à cheval sur une chèvre, etc...

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BULLETIN DES MUSÉES * Dès 1905, en effet, on réinstalla la chambre de Joséphine, telle qu'elle avait été disposée sous le Second Empire, avec le lit authentique donné en 1868 par le duc de Leuchtenberg. La maison Brocard, qui avait exécuté pour 1867 les travaux de broderie de cette pièce, en avait conservé les maquettes. Ces documents servirent substitué aux bois trop simples d'un ameublement Directoire, des bois sculptés et dorés. Dix-sept colonnettes de bois doré divisent aujourd'hui comme autrefois les murs en 16 panneaux dont 11 sont garnis de tenture rouge avec des broderies et des torsades dorées. Les cinq autres panneaux, ornés de glaces, marquent la cheminée, le fond du lit, les deux portes et l'entre-fenêtres. La Chambre de Joséphine. à la restauration commencée par M. Jambon et achevée par le Mobilier National en 1906. Les draps rouges du Second Empire, qui recouvraient les meubles, étaient usés. On les remplaça par des draps neufs sur lesquels on réappliqua les anciennes broderies. Pour les tentures, des broderies neuves complétèrent celles qui manquaient. Cette chambre, ainsi restaurée, donne l'impression exacte de celle que Joséphine avait fait transformer en 1810 durant son voyage à Aix-les-Bains. C'est à cette date, en effet, qu'elle avait fait renouveler en entier l'ameublement de sa chambre à coucher. Sur son ordre, on avait étendu sur les murs et sur les sièges un cachemire amarante brodé d'or fin, on avait drapé les fenêtres et le lit de quinze-seize blanc et de mousseline brodée d'or et Les sièges en bois doré également sont de style Empire et proviennent du Palais des Tuileries. Une étiquette mentionne qu'ils étaient en 1829 « dans la Chambre de Monseigneur le Dauphin ». Mais c'est le lit signé de Jacob qui domine cette chambre impériale et majestueuse, un lit magnifique d'or et de sculpture, construit comme une nef dont deux cornes d'abondance forment la poupe et deux cygnes aux ailes reployées, la proue symbolique. D'un baldaquin aux crépines dorées et que surmonte un aigle sur des branches de pavot, retombent, soutenus par deux thyrses croisés, des rideaux en mousseline des Indes brochée d'or. Sur le lit, comme sur les sièges, se détache en relief le chiffre de Joséphine. C'est là que l'Impératrice a rendu le dernier

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BEAUX-ARTS Secrétaire de Mansion (époque du Consulat) soupir, le 29 mai 1814 et sa mort a fait de la chambre un véritable sanctuaire, où semble encore flotter quelque chose du parfum et de la grâce de celle qui l'habita. La Salle du Conseil avait été restaurée également par l'Impératrice Eugénie. Il fut ainsi plus facile de la remettre en état. On avait du reste pour se guider le projet détaillé de Percier et de Fontaine dans le Recueil de Décorations Intérieures. On avait pu racheter aussi, paraît-il, quelques échantillons des bois en forme de lances qui avaient été vendus par l'ancien concierge. Cette salle du Conseil a donc retrouvé son aspect primitif, en forme de tente soutenue par des piques, des faisceaux et des enseignes. Il n'y manque que les trophées qui la décoraient jadis entre les montants de bois et qui montraient les armes des guerriers les plus célèbres du globe. Le Mobilier National a complété heureusement cet ensemble en disposant des chaises, des divans, des fauteuils et des tabourets en X qui ont appartenu sous l'Empire au Palais de Saint-Cloud et qui ont été recouverts de drap rouge avec franges et galons d'or. Pour la bibliothèque qui est voisine et dont la décoration date de Percier et Fontaine, j'ai eu la bonne fortune de trouver dans la collection de M. Paul Marmottan, un dessin de Lœlliot qui la représente avec l'Empereur assis, en 1815, à sa table de travail. Ce curieux dessin m'a permis de rendre aux meubles, en particulier au bureau, leur vraie place, leur place rationnelle. Un guéridon marque comme autrefois le centre de la pièce et deux bustes — Elisa et Joséphine — ornent les sou-bassements entre les colonnes libres. Quant aux vitrines et aux boiseries d'acajou, que rehaussent des ornements de bronze, elles sont telles que les frères Jacob les avaient exécutées au début du Consulat. La Chambre de Joséphine, la Salle du Conseil et la Bibliothèque sont les seules pièces qui offrent une image exacte ou approchée des intérieurs anciens de Malmaison. On a dû se borner à utiliser les autres pièces en simples salles d'exposition, comme la salle à manger, le salon de billard, le vestibule d'honneur, l'antichambre, les galeries du premier et du second étage. Le Salon doré et le Salon de musique ont bien été aménagés en salons proprement dits. Mais le Bureau provenant de Trianon, par Jacob frères.

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BULLETIN DES MUSÉES Salon de musique n'a plus la décoration exécutée au mois de mars 1800 par les frères Jacob, ni les meubles d'acajou recouverts en drap gris souris, ni ses rideaux de mousseline brodée. Quant au Salon doré, s'il a perdu, comme je l'ai signalé déjà, les belles peintures que pouvaient contempler jadis les hôtes de Malmaison, il n'a pas conservé davantage son meuble d'acajou couvert d'une tapisserie faite par Joséphine, avec un fond de soie blanche et le double J enlacé en roses pompons. Les deux pièces ne présentent forcément qu'un groupement artificiel de meubles empruntés à divers palais de l'Empire : Fontainebleau, St-Cloud, les Tuileries, Trianon. Ce sont des ensembles instructifs et arrangés avec goût. Mais on n'y sent pas, comme dans la Bibliothèque et dans la Chambre à coucher, l'ambiance même de Bonaparte et de Joséphine. A défaut de la vérité historique dans les reconstitutions, il a bien fallu se contenter de chercher la présentation la plus logique et la plus harmonieuse pour les œuvres, les objets et les souvenirs qui peuplent aujourd'hui les salles du château et qui, sans intéresser la vie même de Malmaison, évoquent cependant les années glorieuses du Consulat et de l'Empire ou caractérisent d'une manière saisissante dans toutes ses manifestations, l'art français de cette époque. Harpe de l'Impératrice Joséphine. ** Mais, puisque Malmaison est rarement leur origine, d'où sont venues alors les collections exposées ? Quel est leur intérêt d'histoire, quelle est leur valeur d'art ? Tout d'abord le Mobilier National dont l'administrateur, M. Dumonthier, est un connaisseur doublé d'un homme de goût, a ouvert largement ses trésors. Grâce à lui le Musée actuel possède de beaux spécimens des meubles du temps. Quelques-uns méritent de retenir l'attention. Regardez dans le salon de Musique le bureau de dame qui se trouve juste au-dessous du portrait de Laetitia par Gérard (v.p. 248). C'est un bureau exécuté d'après un dessin de Percier et Fontaine, par les frères Jacob dont il porte la marque : Jacob frères, rue Mestée. Il provient du Grand Trianon à Versailles et a servi vra'ssemblablement à l'Impératrice Joséphine. Ce meuble d'acajou est le type du bureau à coffre. Sa partie supérieure, dont un panneau se rabat pour former la tablette à écrire, Table à ouvrage provenant de Saint-Cloud.

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BEAUX-ARTS présente un large bandeau de bronzes ciselés et dorés où se détachent, au milieu de rinceaux de feuillages, de grappes de fruits, deux chimères grinçantes qui encadrent une serrure ouvragée et surmontée d'un masque. Sous cette ceinture richement décorée court parallèlement une étroite bande de palmettes et le dessus est formé d'un marbre granité. Quant aux deux gaines massives qui supportent le coffre et qui reposent chacune sur quatre Bonaparte à Malmaison. Dessin original d'Isabey pieds à griffes, elles sont ornées à la base d'un galon de palmettes et à chaque angle externe de femmes ailées en bronze vert antique qui sont comme quatre victoires formant cariatides. Ce meuble paraît un peu lourd au premier abord, mais, avec son évidemment qui fait penser à un arc de triomphe, il ne manque pas d'originalité, et le détail en est si délicat, si fin, la décoration si harmonieuse, qu'on ne peut s'empêcher d'en louer l'exécution impeccable. Arrêtons-nous maintenant devant les fauteuils et les chaises qui ont été jadis aux Tuileries et qui meublent la Bibliothèque. Les pieds de devant sont à griffes, les accotoirs des fauteuils sont soutenus par des têtes de femmes égyptiennes. Le dossier à crosse est décoré de palmettes dorées. Ces pièces portent aussi la signature : Jacob frères, rue Meslée. Il en est de même des chaises d'acajou à pieds tournés et à dossier en crosse qui accompagnent le lit d'Hortense; des chaises et des fauteuils de la salle du Conseil et du salon doré; de la chaise en acajou offerte par M. Paul Marmottan et dont le Premier Consul se servit dans son pavillon de chasse du Butard; de la chaise au dossier ajouré qui provient des appartements de Bourrienne, secrétaire de Napoléon; des douze chaises de la Bibliothèque de l'Empereur à l'Elysée que j'ai fait figurer à l'Exposition du Centenaire de Napoléon; enfin de la plupart des meubles qui m'ont permis, en 1920, de reconstituer à Malmaison, la chambre de Bonaparte, Premier Consul, au Palais des Tuileries. Le bois de tous ces meubles est invariablement estampillé : Jacob frères, rue Meslée. Cette signature offre un immense intérêt. Nous savons en effet par le beau livre de M. Lefuel sur les Jacob, qu'elle est essentiellement la marque de la fin du Directoire et de la période consulaire. Elle précise la date des meubles qui la portent et elle aide à dégager certaines caractéristiques des fabrications antérieures à l'Empire. Dans les sièges qui figurent à Malmaison, par exemple, les bois employés sont surtout l'acajou verni et le hêtre doré. Les motifs de décoration y sont rares ou légers. Le plus souvent, de simples moulures encadrent la ceinture et le dossier. Des têtes de femmes égyptiennes ou des sphinx supportent les accotoirs. Quant aux pieds, les types qui dominent sont les pieds à griffes ou les pieds cintrés en forme de sabre et désignés sous le nom de pieds étrusques. La marque qui a succédé à Jacob frères, rue Meslée est la marque Jacob D. R. Meslée (1). C'est celle qui a servi de 1803 jusqu'en 1825 sous la Restauration. Les meubles munis de cette marque abondent à Malmaison. La plupart des sièges du Musée qui ne sont pas signés : Jacob frères, ont été fabriqués par Jacob Desmaltier. C'est le cas des fauteuils dorés de la chambre de Joséphine. C'est le cas aussi des six chaises en bois doré et recouvertes de tapisserie de Beauvais qui sont disposés sur les côtés dans le salon de musique. La décoration en est plus riche que sous la marque précédente. La sculpture du bois y est poussée davantage. Les gros meubles ne sont pas moins remarqua- (1) Jacob Desmaltier était le survivant des frères Jacob.

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BULLETIN DES MUSÉES Chambre du Premier Consul aux Tuileries, par Jacob frères. Meubles de campagne de Napoléon.