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2e Année. — Numéro 13 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • L'ART SUISSE D'HOLBEIN A HODLER au Jeu de Paume des Tuileries « Placée au cœur même de l'Europe, au centre de trois grandes nations dont elle emprunte la langue et auxquelles elle sert entre elles de chemin de communication naturel, la Suisse ne pouvait manquer de subir, dans les différents modes de la pensée, cette triple influence. L'esprit local, néanmoins, qui tient au particularisme des mœurs et de la vie sociale et politique, est assez puissant pour modifier dans son empreinte les inspirations venues du dehors, et les marquer, malgré tout, de sa robuste personnalité. » Ces lignes que M. Léonce Bénédite met en tête de son introduction au catalogue de l'Exposition de l'Art Suisse, marquent exactement, nous semble-t-il, la place que celui-ci, à côté des grandes Ecoles qui l'encadrent et le dominent, peut revendiquer. Le but des organisateurs français et suisses de l'Exposition, qui vient de s'ouvrir au Jeu de Paume, a été de montrer le bien-fondé de cette revendication, et d'apporter la preuve que notre pays n'est pas seulement une entité politique, mais qu'il possède, malgré les langues différentes qui s'y parlent, un ensemble d'aspirations communes dont son art est le reflet. Et c'est à donner les raisons historiques de ce phénomène que M. de Reynold a consacré sa préface. À mesure que nos historiens d'art étudiaient des époques déterminées, des personnalités distinctes, ils en arrivaient à discerner les fils invisibles qui relient les temps entre eux, rattachent l'un à l'autre nos miniaturistes, nos peintres de tableaux d'autel, de vitraux, de portraits, nos paysagistes. Après MM. Rahn et D. Burckhardt, M. Ganz, avec ses ouvrages sur Holbein et la Peinture de la Pré-Renaissance en Suisse, M. Wartmann avec ses recherches sur les vitraux suisses et sur les tableaux religieux du xve et du xviiie siècle, M. de Mandach, avec ses monographies des Petits Maîtres bernois, M. Schmid, avec ses études sur Böcklin, contribuaient chacun à affirmer ces rapports, à rendre plus évidentes ces parentés. En rapprochant des œuvres jalousement conservées dans nos collections fédérales et nos musées, l'Exposition du Jeu de Paume permet, nous semble-t-il, de constater la réalité de ces affinités. On y saisit au premier coup d'œil ce qui caractérise nos artistes : le souci de la vérité, le scrupule dans l'exécution, l'observation émue de la nature, Cl. Gazette des B.-A. LIOTARD. Portrait de Mme d'Epinay si frappante même chez le grand imaginatif qu'est Böcklin. La dentelure bleue des Alpes relie entre eux les fonds de la plupart des tableaux de nos maîtres du xve et du xviiie siècle. Dans un volet du grand retable de Fribourg qui, pour la première fois, quitte le couvent des Cordeliers, on croit reconnaître le profil des Dents de Broc ;

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BEAUX-ARTS dans la Décollation de Saint-Jean, de Manuel, nous voyons la rive droite du lac de Thoune, les âpres rochers du Sigriswil Rothorn et la cime de la Jungfrau ; dans le Saint-Luc, du même peintre, n'est-ce pas l'île de Saint-Pierre et le lac de CONRAD WITZ. Délivrance de Saint-Pierre Bienne, dominés par la chaîne lointaine des gla- ciers, qui servent de cadre au portrait de la Vierge ? Et que dire de ce panneau de la Pêche Miraculeuse, de Witz, où le peintre de la Sainte-Marie-Magdeleine et de la Sainte-Catherine, chef-d’œuvre du Musée de Strasbourg, a donné de la rade de Genève, du paysage environnant, et du massif du Mont-Blanc, une image si scrupuleu- sement exacte, que cinq siècles n’en ont pu modi- fier que des détails ! A la suite de la Renaissance qui nous a apporté, avec Holbein, une conception nouvelle de l’Art, la Réforme triomphe, qui supprime la peinture religieuse, oblige nos artistes à s’expatrier, en fait pour longtemps des errants Petitot au xvie siècle, Fussli au xviiie, le déli- cieux Agasse au xixe partent pour l’Angleterre ; Léopold Robert se consacre à l’Italie où il meurt d’amour pour une princesse ; le Soleurois Buchser court le monde. Il aurait été le plus intéressant de ces peintres, si Liotard n’avait existé ; — Liotard qui de France passe en Italie, où il s’em- barque, avec deux grands seigneurs anglais, pour Constantinople, — qui gagne ensuite la Moldavie où il laisse croître sa barbe, — qui, précédé de sa réputation de peintre turc, arrive à Vienne, y portraiture toute la Cour, y trace de la « Belle Chocolatière », cette adorable image dont Alga- rotti disait qu’elle est « un Holbein au pastel », qui ne s’arrête à Genève que pour y peindre ce portrait de Mme d’Epinay, considéré par Ingres comme un des plus beaux portraits du monde, — qui retourne en Angleterre, qui se marie en Hollandé, — et à la veille de sa mort n’hésite pas à repartir pour Vienne. Mais le grand Haller, dont nous avons ici un portrait par Freudenberger, mais Gessner et Rous- seau ont entrepris de célébrer les beautés de la Suisse. Et les géologues, de Saussure en tête, célèbrent après eux, la magnificence des Alpes. Nous voyons alors nos artistes reprendre pos- session de leur pays ; les petits maîtres bernois se consacrent à l’Oberland, au Hasli ; De la Rive, au Mont-Blanc, Töpffer le père à sa chère Savoie, en attendant que nos romantiques, les Calame, les de Meuron, les Diday, dramatisent les chutes de la Handeck et les cimes glacées du Wetter- horn. C’est contre ces tendances que va réagir Barthélémy Menn. Originaire des Grisons, né à Genève, élève de Ingres, ami de Delacroix et de Corot qui le tenait en si haute estime, il fonde l’enseignement où la plupart de nos meilleurs artistes, de la fin du xixe siècle, puiseront leur savoir et leurs HODLER. Un combattant. convictions. C’est à cette source que le Bernois Hodler vient, vers 1873, boire à son tour. Germain de race et de culture latine, il est sans doute l’artiste le plus complètement représentatif que la Suisse ait produit. Il suffit de comparer certains de ses portraits à ceux de Tobias Stimmer, et ses grandes compositions héroïques aux images de

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BEAUX-ARTS bataille de Manuel, ou de Urs Graf, pour sentir combien la tradition, en lui, est demeurée vivante. M. de Reynold compare l'Art Suisse à un arbre fortement enraciné, dont les vents, les plus divers, Cl. Boissonnas. BARTHÉLÉMY MENN. Bords de rivière. agitent les feuilles et aident les fruits à mûrir. Il est facile au Jeu de Paume de vérifier l'exactitude de cette comparaison. Une telle leçon n'était pas possible en Suisse. Nous la devons aux efforts inlassables de MM. Léonce Bénédite, Charles Masson et André Dezarrois. Nous devons aussi à la direction du Louvre, et particulièrement à M. Guiffrey, d'avoir pu la rendre plus éloquente, grâce à des prêts Cl. Gaz. des B.-A. HODLER. Son portrait. comme ceux du portrait d'Erasme, et des ravissants dessins de Liotard. Qu'ils en soient ici, au nom du Comité suisse d'organisation, remerciés avec gratitude. Daniel BAUD-BOVY. NOUVELLES Dans les Musées nationaux. La démission de M. Louis Demonts, conservateur adjoint du département des peintures du Musée du Louvre, a été acceptée. M. Demonts a été nommé conservateur honoraire des musées nationaux. Conseil supérieur des Beaux-Arts. Par arrêté en date du 6 juin 1924, ont été nommés membres du Conseil supérieur des Beaux-Arts : MM. Léon Bérard, député, Humblot, sénateur, et Weerts, artiste-peintre. A l'Ecole des Beaux-Arts. M. Pierre Laurens est nommé professeur chef d'atelier de peinture à l'Ecole des Beaux-Arts en remplacement du maître Cormon, récemment décédé. Prix du Salon et Bourses de voyage. Le 16 juin, le Conseil supérieur des Beaux-Arts s'est réuni, sous la présidence de M. Paul Léon, pour procéder à l'attribution du prix du Salon et des bourses de voyage. Le prix a été donné à M. Inguimberty, ancien élève de l'Ecole des Arts décoratifs, qui a exposé à la Société nationale des Beaux-Arts une Vue des Quais de Marseille. Les bourses de voyage ont été attribuées à MM. Bivel, Martin-Ferrières, Hervé et Virac, pour la peinture; à MM. Popineau, Jigou et Proszinski, pour la sculpture; à MM. Legendre et Cosson, pour l'architecture et à M. Linossier, pour les arts décoratifs. Vente des bijoux de la collection Thiers. Cette vente, que nous avions précédemment annoncée, a eu lieu le 16 juin au Palais du Louvre, par le ministère de Me Lair-Dubreuil, commissaire-priseur. Le produit a atteint la somme de 11 millions 374.500 francs dont 11 millions 280.000 francs pour le seul collier. En considération du caractère national et philanthropique de l'opération, les commissaires-priseurs et les experts avaient généreusement fait abandon de leurs droits, en sorte que les acquéreurs, MM. Hemsi et Lopez, n'ont eu à acquitter que le droit de 13,50 pour cent perçu par l'Etat. Le produit de la vente sera partagé par tiers comme l'on sait, entre la caisse des Musées nationaux et les fondations Thiers et Dosne. Exposition internationale de 1925. Peu à peu toutes les nations font officiellement connaître au gouvernement français leur intention de participer à la grande manifestation artistique de l'an prochain. En plus des adhésions dont nous avons déjà fait part à nos lecteurs, nous devons enregistrer celle du Japon qui se propose d'affecter un important crédit à l'organisation de sa section. M. Loudon, le ministre de Hollande à Paris, a annoncé la participation de son pays, aux représentants duquel des emplacements seront réservés au Grand-Palais, à

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BEAUX-ARTS l'Esplanade des Invalides et au Cours-la-Reine où un pavillon sera édifié. Une démarche semblable a été faite par la Suisse et par le Danemark, qui établira ses stands d'exposition au Grand-Palais et à l'Esplanade des Invalides. Notons encore qu'un concours a été ouvert pour la création d'un timbre-poste commémoratif de l'Exposition. Les Ateliers d'art de l'Union Centrale des Arts décoratifs. — Dernièrement ont été inaugurés les nouveaux bâtiments, dus à l'architecte Pierre Sardou, où sont installés, rue Beethoven, les ateliers d'art décoratif que dirige M. Rapin. Diverses expositions avaient déjà fait connaître les heureux résultats donnés par cet enseignement si libéralement patroné par le Comité des dames de l'Union Centrale des Arts décoratifs. Le Centenaire de Carrier-Belleuse. — A l'occasion du centenaire du sculpteur Carrier-Belleuse, la municipalité de Paris a procédé, le 13 juin dernier, à l'inauguration d'une plaque commémorative apposée sur l'immeuble de la rue de La Tour d'Auvergne où l'artiste habita et travailla de 1855 à 1887. Divers discours furent prononcés où fut célébrée la carrière du sculpteur qui contribua à la décoration de nombreux édifices et places de Paris. Une autre cérémonie a eu lieu le même jour à Sèvres où Carrier-Belleuse fut le directeur artistique de la Manufacture et où une exposition de ses œuvres s'ouvra prochainement au musée céramique. Inaugurations. — Ces jours-ci aura lieu à Obernai (Bas-Rhin), sa ville natale, l'inauguration du monument de Mgr Freppel. L'œuvre est due au sculpteur Léon Morice à qui l'on devait déjà le monument élevé à Mgr Freppel, à Angers. (Voir Beaux-Arts, N° du 15 décembre 1923). — Dans le jardin du Muséum d'histoire naturelle, sous la présidence de M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, a été inaugurée, le 4 juin, une statue élevée à la mémoire de Frémiet. Le monument est l'œuvre du sculpteur Greber. Congrès archéologique. — Le congrès annuel de la Société française d'Archéologie s'est ouvert le lundi 16 juin à Clermont-Ferrand, sous la présidence de M. Marcel Aubert, directeur de la société. Pendant une semaine, les congressistes ont visité les monuments et les curiosités du Puy-de-Dôme et des départements limitrophes en des circuits effectués à l'aide d'autocars qui les ramenèrent chaque soir à Clermont-Ferrand où eurent lieu un certain nombre de réunions. Une Exposition d'art chinois à Strasbourg. — Le Palais du Rhin tend de plus en plus à devenir le cadre consacré des manifestations artistiques organisées à Strasbourg. Au mois de décembre 1923, c'était l'exposition des « Prix du Salon » dont nous avons entretenu nos lecteurs (Beaux-Arts, n° du 15 Janvier 1924); le mois dernier c'était une exposition d'art chinois ancien et moderne, organisée par la direction des Beaux-Arts. L'Association des Artistes chinois en France, la Société chinoise des Arts décoratifs de Paris et un certain nombre de collectionneurs ont prêté leur concours à cette intéressante manifestation. La Collection fédérale des estampes de Zurich. — Le Cabinet fédéral suisse d'estampes, qui est conservé à l'Ecole polytechnique de Zurich, vient d'être installé dans de nouveaux locaux. A cette occasion une exposition s'est ouverte qui durera jusqu'au 30 septembre. Grâce surtout à la donation Schulthess von Meiss, cette collection d'estampes est une des plus intéressantes d'Europe; elle comprend notamment de remarquables exemplaires des œuvres d'Albert Dürer, Schongauer, Lucas de Leyde et Rembrandt. NECROLOGIE Le 11 juin, à l'âge de 87 ans, est mort le compositeur Théodore Dubois, membre de l'Institut. Prix de Rome en 1861, il composa une série d'ouvrages lyriques qui furent représentés à l'Athénaque, à l'Opéra et à l'Opéra-Comique. Mais c'est dans ses œuvres d'inspiration religieuse, comme les Sept piroles du Christ ou le Paradis perdu, que son talent s'affirma avec le plus de maîtrise. Organiste remarquable, Théodore Dubois fut successivement maître de chapelle aux Invalides, à Sainte-Clotilde et à la Madeleine. A la mort d'Ambroise Thomas, il prit la direction du Conservatoire qu'il garda jusqu'en 1905. L'éminent archéologue Jacques de Morgan est mort récemment à Marseille. Né en 1857, il fut élève de l'Ecole des Mines d'où il sortit ingénieur en 1882. Les recherches archéologiques accaparèrent bientôt son activité qui s'exerça d'abord en Egypte. Des fouilles particulièrement fécondes en résultats le désignèrent pour le poste de directeur général des Antiquités de l'Egypte qu'il occupa de 1892 à 1897. Entre temps, il fondait le Musée d'Alexandrie. Quittant l'Egypte, Jacques de Morgan alla en Perse recueillir la succession de Dieulafoy, à la direction de la mission scientifique française. Dans ce nouveau domaine, il devait bientôt remporter de retentissants succès en découvrant, sur l'emplacement de l'ancienne Suse, des monuments d'une importance exceptionnelle, ainsi qu'en témoigne la magnifique collection que conserve aujourd'hui le Louvre. Jacques de Morgan avait publié, au sujet de ses fouilles, un grand nombre de rapports de haute tenue scientifique. En un livre intitulé: Premières Civilisations, il a réuni les réflexions que lui avaient inspirées sa longue intimité avec les monuments d'un lointain passé. Dernièrement à Astène, près de Gand, est mort à l'âge de 75 ans, le peintre belge Emile Claus. Adepte de l'impressionnisme, il avait subi profondément l'influence de Pissarro et de Claude Monet, ainsi qu'en témoigne la très belle œuvre de paysagiste qu'il laisse. ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Bell's-Lettres Séance du 6 juin M. Sénart signale l'exploration, par M. Foucher, d'une station bouddhique près de Kaboul. M. Pierre Paris rend compte des fouilles d'Albaniz où l'on a trouvé des poids de tisserand en argile, en forme de croissant, avec un trou à l'extrémité de chaque corne. M. Bacot fait une communication sur les manuscrits

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thibétains provenant du baron Schilling de Commstadt et appartenant à la bibliothèque de l'Institut. Séance du 13 juin M. Blanchet donne des détails sur la découverte d'un autel gaulois dans la forêt de Corgebus. En 1918, les Américains, ayant creusé un puits, constatèrent la présence d'un ruisseau souterrain au bord duquel avait été élevé un autel. On présume que cet autel avait été dédié par les Gaulois à une déesse tutélaire. L'abbé Chabot, continuant ses études sur les fouilles récentes du sanctuaire dit de Tanit, à Carthage, parle de trois autels découverts. Trois inscriptions phéniciennes qui ont été relevées, ont été traduites. Elles disaient toutes : « La divinité châtiéra quiconque touchera à ces pierres ». Académie des Beaux-Arts Séance du 14 juin Par 24 voix contre 19 à M. Léonce Bénédite, 1 voix à M. Bricon et 1 voix à M. Hourticq. M. Jacques Rouché, directeur de l'Opéra, est élu membre libre en remplacement du prince d'Arenberg. MONUMENTS HISTORIQUES Ain. — La petite ville de Pérouges a le rare privilège de n'avoir subi que bien peu de modifications depuis le xvie siècle. D'une certaine importance à la fin du moyen âge, elle comptait, dit-on, plus de 1.500 habitants: elle a perdu la presque totalité de sa population puisqu'aujourd'hui une centaine de personnes seulement demeurent dans son enceinte. C'est dire que sa destruction se consommait peu à peu, lorsqu'en 1910 un comité de défense et de conservation se forma pour sauver de la ruine la curieuse petite cité fortifiée. Interrompus par la guerre, les efforts de ces amateurs ont repris depuis lors et l'on peut dire qu'à l'heure actuelle le succès est assuré: l'administration des Beaux-Arts a classé, outre les portions de remparts, l'église et les portes, plus de trente-quatre maisons, d'autres seront inscrites sur l'inventaire supplémentaire prévu par la loi de 1913: Pérouges conservera ses constructions pittoresques et ses ruelles étroites qui lui donnent son caractère. Il ne faut certes pas chercher à Pérouges de monuments grandioses et des splendeurs artistiques et décoratives; l'église même, massive construction du xve siècle, fortifiée du côté du nord-ouest où elle forme, avec la double porte, une des principales défenses de la ville, n'est qu'une assez pauvre bâtisse. Les maisons, la plupart de pierre, quelques-unes de pans de bois, n'ont en général pour toute décoration que leurs fenêtres à meneaux moulurées et à lintex en accolade. Mais cette petite cité fièrement campée sur une colline abrupte avec sa double ceinture de remparts, ses rues irrégulières, ses constructions souvent mal coiffées de toits informes, offre plus d'un aspect curieux et charmant pour l'artiste et pour l'amateur. Situé aux confins des provinces de Savoie et du Dauphiné, Pérouges dut à sa situation même

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de servir de théâtre aux luttes engagées entre leurs seigneurs. C'est à la suite du siège mémorable de 1469 où les habitants subirent victorieusement l'attaque des Dauphinois que la ville fut en partie rebâtie et c'est de cette époque Cl. de la Comm. du Vieux Paris Paris. Hôtel des Ambassadeurs de Hollande. que datent la plupart de ses constructions. Une curieuse inscription en latin des plus fantaisistes, gravée sur la porte d'En bas rappelle ce fait historique : « Perogiae Perogiarum, urbs imprenabilis! Coquinati Delphinati voluerunt prehendere illam, sed non potuerunt. Attamen, importaverunt portas, gonis cum serros et degringolaverunt cum illis. Diabolus importat illos ! » Loir-et-Cher. — Au moment où l'on célèbre le 4e centenaire de Ronsard, on a cru bon de classer parmi les monuments historiques l'église de Couture-sur-Loire, où sont conservés plus d'un souvenir de la famille de l'illustre chef de la Pléiade. C'est en effet tout près de Couture que se trouve le manoir des Ronsard, la Poissonnière, et c'est le père du poète même qui fit élever la chapelle seigneuriale au nord du chœur et le clocher, élégante construction du xvie siècle surmontée d'une pyramide de pierre à quatre pans. Les armes de Ronsard, « à trois roses d'argent alésées en fasce sur fond d'azur », sont sculptées sur un chapiteau et sur plusieurs contreforts; enfin les statues tombales de Louis de Ronsard et de Jeanne de Chaudrier, père et mère de Pierre de Ronsard, ont été conservées lors de la destruction de leur mausolée et ont été replacées à l'entrée de la nef sous le clocher. Elles offrent, quoique mutilées, de curieux détails de costume. Le chœur de l'église, plus intéressant, remonte au xime siècle; il est recouvert d'une voûte dite angevine, très bombée, dont les arcs diagonaux retombent sur des culs de lampe décorés de têtes sculptées. Seine. — Bien peu de vieux hôtels parisiens nous sont parvenus intacts et encore à l'heure actuelle, il est souvent difficile de les faire échapper à de malencontreuses restaurations ou à des utilisations qui leur enlèvent une partie de leur intérêt. L'Hôtel dit des Ambassadeurs de Hollande, 47, rue Vieille du Temple, est de ceux là. Le classement permettra cependant d'empêcher la disparition d'une demeure dont les vieux historiens de Paris ont célébré maintes fois la splendeur. Construit par l'architecte Cottart pour le maître des requêtes J.-B. Amelot de Bisseuil, il doit le nom sous lequel il est connu, au séjour probable qu'y fit vers 1720 le pasteur Marius Guitton. Beaumarchais y habita et y écrivit, dit-on, son Mariage de Figaro, avant d'y fonder son fameux « Institut de bienfaisance pour les pauvres mères nourrices ». Outre son magnifique portail à fronton tournant et la belle ordonnance de sa cour où de délicieux enfants formant cariatides soutiennent la corniche du toit, l'hôtel a conservé une bonne partie de sa décoration intérieure, notamment l'Hercule et l'Hébé que Louis Boullogne peignit à la coupole Cl. de la Comm. du Vieux Paris Paris. Hôtel des Ambassadeurs de Hollande. Plafond attribué à VIEN. de la chambre d'apparat, le plafond attribué à Viën qui représente une Flore transportée par des Amours, la galerie à l'italienne enfin, où J.-B. Corneille a tracé l'Histoire de Psyché. Jean VERRIER.

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[61] 1er JUILLET 1924 199 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE Peintures et Dessins Le département a pu retenir, dans la vente de la succession A. Pontremoli, un certain nombre de pièces intéressantes, dont la plus importante est, sans conteste celle qui lui a été offerte par la Société des Amis du Louvre, le double dessin de Daumier — recto et verso —, (n° 17 du catalogue) qui offre de vigoureuses études de Saltimbanques utilisées pour la Parade foraine, la magistrale aquarelle qui fut jadis offerte au Musée par les enfants de M. Henri Rouart, lors de la vente de la collection de leur père en 1913. (Voir dans les Musées de France, l’article de Paul Leprieur, 1913 p. 19, pl. IX). Toute une série d’autres dessins de Saltimbanques ont été décrits dans le catalogue de l’œuvre de Daumier par Klossowski (nos 185 à Cl Serv. phot. B.-A. DAUMIER. Etude de Saltimbanques. 805, Munich 1908), ainsi que plusieurs répliques de la Parade appartenant aux collections Esnault-Pelleterie, Bareau, Barre, M. Geoffroy, Jonides, etc. Une étude comparative de ces documents sou- lignerait certainement l’importance du magnifique morceau qui vient d’entrer au Louvre. D’autre part, on a pu acquérir une intéressante feuille d’études de Delacroix, datant de sa Cl. Serv. phot. B.-A. DAUMIER. Etude de Saltimbanques. jeunesse et contenant divers croquis et études pour son Dante et Virgile aux Enfers (n° 26 de la vente) : au recto, une tête d’homme à la plume et à l’estompe, au verso différentes recherches pour la composition fameuse qui lui valut son premier succès. — La collection Pontremoli, par suite d’une prédilection marquée de l’amateur délicat qui l’avait formée, était particulièrement riche en œuvres du paysagiste ADOLPHE HERVIER (1818-1878), qui fut un charmant petit maître de la génération de 1850-60 qui suit immédiatement celle des grands créateurs du paysage naturaliste de 1830. L’occasion a paru bonne pour représenter les différents aspects de son talent dans la collection nationale. Il a été acquis d’abord une peinture (n° 128 de la vente) représentant un bord de rivière calme avec un coteau verdoyant.

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BEAUX-ARTS Puis, d'autre part, cinq aquarelles pittoresques, une Rue du Vieux Saint-Germain (n° 56), une Marchande de légumes à Rouen (n° 68), un autre Marché aux légumes (n° 67), un coin de ville désigné sous le titre de Vieilles maisons du XVIIe siècle (n° 73), et qui n'est autre que la représentation de la vieille prison de St-Lazare au faubourg Saint-Martin, enfin un paysage avec maison, arbres, mare et figure daté de 1857 (n° 88). Collections d'Extrême-Orient Parmi les récentes acquisitions du département, il est intéressant de signaler la charmante statuette de lièvre taillée dans un bloc de marbre assez semblable à de la brèche. Ces petites sculptures d'animaux sont assez souvent difficiles à dater, celle-ci doit appartenir à l'époque des T'ang (618-906) et viendra se placer à côté d'autres pièces, Cl. Serv. Phot. B.-A. Lièvre accroupi. Sculpture chinoise époque T'ang entrées au Musée depuis quelques années, qui permettent de se rendre compte de la recherche de vérité que les artistes de cette période mettaient dans la représentation de l'animal. Certains animaux ayant eu en Chine, dès les époques les plus anciennes, un caractère symbolique, les artistes chinois s'en servirent pour décorer les objets du culte ; à l'époque des T'ang, ils arrivent à rendre, non seulement la forme générale, mais l'attitude même de la bête ; une observation rigoureuse apparaît dans la représentation des mouvements. Ici nous avons affaire à un lièvre au repos, accroupi, les pattes de devant allongées, les longues oreilles rejetées en arrière et formant un léger relief sur les épaules, il est d'un modèle à la fois souple et simplifié, tout à fait caractéristique. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS La commission du Musée des Arts Décoratifs poursuivant ses acquisitions modernes, a acheté aux dernières expositions d'art contemporain et des Artistes Décorateurs, un meuble de Ruhmann avec marquetterie d'ivoire, une table de chevet de Chareau, un vase de Dunand à décor de coquille d'œuf, une coupe en argent de Daurat, et une statuette en terre cuite de Guino. Dans le même ordre d'idées, le Musée a reçu de M. Gabriel Thomas des esquisses de Maurice Denis pour une décoration de salle à manger et deux grandes maquettes de Chéret pour une de ses plus célèbres compositions : l'affiche du Musée Grévin. Signalons aussi, que le concours dû à l'initiative de M. David Weill, dont nous avons entretenu nos lecteurs (Voir Beaux-Arts, 15 février 1924, p. 49) pour la composition de sièges modernes, a été jugé récemment pour la première épreuve et que 35 projets ont été retenus et primés. Nous y reviendrons, lorsque ces projets seront exposés en exécution définitive, au mois de novembre prochain. AU MUSÉE CONDÉ A propos du Massacre des Innocents de Poussin Il faudrait plutôt parler du « massacre de l'inno-cent », car il n'y a qu'une victime et c'est un point qu'il importe de noter tout de suite. En effet, M. Moschetti, dans un article considérable à tous égards, où il démontre l'influence du poète Marino sur Pou-sin, est amené à étudier le tableau du Musée Condé, en le rapprochant d'un passage de la Strage degli Innocenti del Cavaliere Marino, un poème publié à Venise en 1633. Après avoir analysé les données caractéristiques des nombreuses peintures où le sujet fut traité, depuis Giotto jusqu'au Guide, en insistant sur la grande part à faire à Matteo Giovanni, il fait observer que chez Giotto, chez Matteo, comme chez Raphael ou le Guide, c'est toujours le massacre des Innocents et presque toujours les mêmes détails : le bourreau arra-chant un enfant à sa mère et le perçant de son glaive, les femmes fuyant avec leurs nourrissons, mais saisies violemment et ramenées en arrière par les bourreaux, d'autres désespérément assises à terre et pleurant sur un cadavre. Au contraire, tout diffère dans le tableau du Musée Condé, que la reproduction ci-contre nous dispense de décrire en détail. Pour la première fois, une seule mère, un seul enfant; le bourreau sai-sissant d'une main la chevelure de la mère et posant le pied sur l'enfant, avant de le frapper; la mère enfin, le bras étendu, le buste presque nu pressant le corps de l'assassin, les yeux levés

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BULLETIN DES MUSÉES au ciel, la bouche convulsée dans un cri de désespoir. On a dit souvent que c'est là une application éloquente de la doctrine classique, qui sacrifie les détails ou n'y prend que ce qui est indispensable pour l'expression de l'idée. Cela est vrai sans doute, mais ici la première pensée vient de Marino. Voici, en effet, en parallélisme du tableau, quelques vers de la Strage : Essa (la mère), si come trunco edera cinge, Al dolce pegno abbarbicata stassi, Ma lui, nel pié, lei ne la chioma cinge, Si forte il fier che'l fin convien che lassi; Poi con robusta man lo scaglia e spinge Cl L. Levy NICOLAS POUSSIN. Le Massacre des Innocents. (Musée Condé, Chantilly) Contro il muro vicin fra duri sassi... Al fin, rotto le membra, infrante l'ossa, Steso al suol tutto pesto e tutto trito. Per le labra e le nari il copia grande: Con la bianca midolla il sangue spande. Nè di cio pago ancor l'uom crudo e rio Con le piante calcandolo lo sprezza ; Ella, ch'altro non sa, rivolta a Dio E scoppiandole il cor di tenerezza Crido... Si nous laissons de côté dans le tableau la femme qui s'enfuit en portant les mains à sa tête dans un geste de terreur, épisode accessoire emprunté directement à Raphaël Poussin, comme l' fait observer M. Moschetti, a reproduit presque textuellement le texte de Marino, que nous n'avons pu citer qu'en partie. S'il a choisi, comme il convient à la peinture, un moment : celui où l'enfant a été jeté à terre et va être massacré, il n'est pas un trait de l'attitude de la mère qui ne vienne de Marino. Exemple de son influence d'autant plus saisissant et précieux que ce n'est pas le genre tragique qui constitue son originalité et qui lui valait sa popularité chez les Italiens de son temps. On trouvera dans les tableaux mythologiques et pleinement païens de Poussin des rapprochements encore plus directs, précis et nombreux avec les poèmes de l'écrivain italien, qui renouvellent sur certains points, mais très profondément, l'étude de la psychologie artistique du peintre. Nous y reviendrons peut-être. Henry Lemonnier. MUSÉE DE DIJON Un tableau inédit de Conrad Witz prête à l'Exposition de l'Art Suisse L'exposition de l'art suisse, de Holbein à Hodler, actuellement organisée au Jeu de Paume, vient d'être l'occasion pour le Musée de Dijon de présenter une pièce rare, récemment arrivée dans ses galeries. En 1922, le Musée de Dijon entrait en possession, après un procès qui avait duré de longues années, d'une collection considérable laissée à la ville par le Docteur et Mme Paul Dard. Au nombre des œuvres, amassées surtout par un ancêtre de Mme Dard, le baron Pichot l'Amabilais, figurent des primitifs suisses et rhénans de toute première valeur. Le manque de place n'ayant pas permis une présentation définitive, la conservation du Musée de Dijon a tenu à faire apprécier par les érudits et les amateurs les pièces les plus remarquables de cette nouvelle acquisition et en a fait de très nombreuses expositions temporaires. Dès novembre 1922, au cours d'une conférence faite au Musée, nous avons fait connaître l'importance de ce legs et nous avions identifié ces œuvres dont les attributions étaient alors plus que discutables. L'exposition actuelle de nos amis de Suisse méritant toutes les sympathies du monde artistique, M. Gaston Girard, maire de Dijon, a bien voulu accepter les propositions de M. Joliet, conservateur, demandant l'envoi à Paris d'une au moins des pièces rares de la nouvelle collection. Et c'est ainsi qu'un Conrad Witz représente en ce moment à Paris les galeries dijonnaises. (1) L'étude de M. Moschetti : Dell influsso di Marino sulla formazione artistica di Nicola Poussin a fait l'objet d'une communication au Congrès international de Rome de 1912. Elle a été reproduite en 1913 dans un tirage à part, que j'ai résumé (Journal des Savants de 1918). Elle figure (p. 356-384) dans les Atti del Congresso internazionale di storia dell'arte in Roma, un vol. gr. in-4°, 557 p., 113 planches, qui est de première importance pour l'histoire de l'art.

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BEAUX-ARTS Ce panneau de Conrad Witz était arrivé au Musée de Dijon avec l’attribution à Jean de Bruges; à une époque où l’on se bornait à une étude superficielle des lignes et des riches colorations des costumes, de la sincérité des physionomies et des attitudes, elle pouvait avoir un semblant de vérité. Un examen scientifique du fond, de la technique nous a amené à la certitude que nous venions de recevoir un très beau Conrad Witz, un des fragments du grand polyptyque exécuté vers 1434, dont le Musée de Bâle présente quelques-uns des morceaux les plus importants Le roi David auquel Abisai, Sabothai et Benaja ap- CONRAD WITZ. L'Empereur Auguste et la sibylle de Tibur (Musée de Dijon) portent des offrandes, Esther et Assuérus, Melchisedech offrant du pain et du vin à Abraham, César et Antipater. L’aimable et érudit M. Ganz, le savant professeur de l’université de Bâle, a bien voulu confirmer notre diagnostic et il est arrivé à identifier les personnages. La scène, homologue de l’Esther devant Assuérus de Bâle, représente L’Empereur Auguste et la Sibylle de Tibur ayant la vision de la naissance du Christ. Les deux personnages en riches costumes bordés de fourrure ou de pierres sur passementerie d’or sont en effet dans la position d’une vision, telle que nous la connaissons à la fin du Moyen-Age. Il restera à reconstituer le retable ou les retables de Conrad Witz à Bâle. Ce sera un grand honneur pour le Musée de Dijon d’avoir rendu possible cette reconstitution. Au cours des dernières années du xixe siècle, le panneau de Conrad Witz a subi un accident qui a endommagé le fond d’or. Une consolidation provisoire en a été faite; elle disparaîtra bientôt pour faire place à une sage et logique restauration, conforme à la technique pointillée de Witz qui est actuellement parfaitement connue. La face postérieure sera également conservée intacte, dans l’esprit des panneaux de Bâle. Nous n’ajouterons qu’un regret, c’est que les galeries dijonnaises n’aient pas pu contribuer encore plus largement au grand succès que mérite l’exposition suisse. Elles auraient pu fournir, en même temps que le panneau de Conrad Witz, de très importantes pièces d’un « Maître à l’œillet »; elles ont, d’autre part, reçu dans le même legs deux pages rares des Dunwege de Dortmund et nombre d’autres tableaux de peintres rhénans ou suisses actuellement identifiés. Leur installation n’est qu’une question de temps, grâce à la protection éclairée de la municipalité dijonnaise qui a fait tous les sacrifices pour une mise en place digne des œuvres qu’elle vient de recevoir. Fernand MERCIER. PALAIS DE FONTAINEBLEAU Inauguration d’une salle Rosa Bonheur On sait quelle prédilection Rosa Bonheur avait pour Fontainebleau et sa forêt. Aussi a-t-on pensé à y commémorer le souvenir de l’artiste. Grâce à une généreuse donation et au zèle de son élève et amie Miss A.-E. Klumpke, une salle, consacrée aux œuvres de Rosa Bonheur, a été installée au Palais de Fontainebleau et a été inaugurée par le ministre de l’Instruction publique, le 25 mai dernier, à l’occasion du 25e anniversaire de la mort de l’artiste. Cette salle contient un certain nombre d’études de paysages et d’animaux provenant de l’atelier de l’artiste et légués aux Musées nationaux. On y a joint quelques tableaux importants qui apparaînaient déjà aux collections de nos Musées. On avait déjà, l’autre année, pu juger de la qualité de cet ensemble lors de l’exposition rétrospective qui fut organisée au Salon des Artistes français. La mémoire de la grande artiste sera conservée désormais au sein de ce Palais de Fontainebleau auquel les artistes américains auront de plus en plus de raisons de s’intéresser, en raison de l’hospitalité qu’ils y reçoivent et des générosités venues d’outre-mer qui vont en raviver l’éclat.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ITALIE L'Exposition internationale d'art moderne à Venise Pour la quatorzième fois, Venise offre une hospitalité généreuse à l'internationale artistique. Ce n'est pas une assemblée révolutionnaire. Les représentants des Soviets sont en retard ; les Allemands se sont affublés de défrôques très officielles ; les futuristes italiens nous manquent... Il reste néanmoins un millier d'exposants répartis entre les quarante-trois salles du Palazzo et les sept pavillons qu'ombragent les platanes des Giardini. Nulle part ailleurs en Europe on ne voit périodiquement réunies tant d'œuvres contemporaines venues de partout. M. Vittorio Pica préside à l'organisation de la biennale où le gouvernement français, pour la première fois, délégua MM. Léonce Bénédite et André Dezarrois, chargés de recruter l'équipe nationale. Mais commençons par l'Italie... On sait que le dix-neuvième siècle consacra dans la péninsule la décadence des arts plastiques. Ni Mancini, ni ses tristes imitateurs ne sauverent la situation. Nous voyons à Venise dominer encore la médiocrité, le réalisme sentimental et l'idéalisme nébuleux. Cependant — cela seul est de quelque importance — une demi-douzaine de jeunes artistes remontent délibérément la pente où, depuis le commencement du romantisme, leurs compatriotes glissaient. Le plus remarquable de ces avanguardisti est M. Giorgio de Chirico. Ce qu'il y avait de trop cérébral dans son art disparaît aujourd'hui. Un lyrisme qui s'apparente à celui des batailles où Delacroix mélange aux ombres chaudes une lumière dramatique, souffle sur le Duel à mort, tableau robuste. On y salue un des rares peintres modernes qui ne se méfient point de l'imagination. M. Primo Conti, enfant prodige, montre notamment deux figures hautes en couleur, fermement cernées, d'un étonnant relief. L'auteur, qui n'a pas vingt ans, se voit attribuer la récompense destinée au meilleur tableau reçu par le jury. Un tel choix honore vraiment ceux qui le firent. Quant à M. Conti, dessinateur puissant, peintre original, il fera bien de se soustraire à l'attraction d'un « néo-classicisme » autour duquel plusieurs de ses confrères tournent en rond. En France aussi, sous prétexte de réussir le saut périlleux par dessus le cubisme, plus d'un retombe lourdement dans l'académisme le plus faux. Il est possible, qu'en principe, M. Casorati se trompe. N'empêche qu'il nous en impose par beaucoup de science, de charme et de sérénité. Il sait composer, utiliser l'espace, parler franc ; d'exquises figures rachètent ce qu'il peut y avoir d'inhumain dans la couleur ou dans le trait. M. Oppi, surtout dans les scènes campagnardes et les paysages qui sont de la même veine, accuse une personnalité très sympathique. Pour ne rien négliger d'essentiel dans l'apport artistique de la jeune Italie, il faudrait faire mieux que citer M. Virgilio Guidi, dont le style décoratif évoque celui de Iacovleff, — et consacrer une étude attentive aux sei pittori del novecento, en insistant sur l'ordre qui règne dans les tableaux de Mario Sironi, d'Achille Funi, de Gian-Emilio Malerba. Quelques sculpteurs évoluent parallèlement vers une simplicité raisonnable. Ce sont notamment MM. Zanetti et Pollidori. Plus sûr de son art, M. Libero Andreotti nous montre une Madone en pierre et parvient à renouveler un sujet dont l'Italie ne pourra jamais se dépren dre. Quant à M. Adolfo Wildt, entre autres bustes colossaux, d'un métier précieux, d'un poli qui conviendrait mieux à de minuscules ivoires, il expose un Mussolini aux yeux profonds. On voit encore au Palazzo, des ensembles fort instructifs : ceux de MM. Spadini, Fragiaco mo, Scattola, Maraini ; on traverse des sections japonaise, américaine et roumaine, une petite salle réservée aux fines gravures de M. Chahine... Il nous reste à visiter les pavillons. La Hongrie a des coloristes. Il en est de charmants qui procurent comme un regain de fraîcheur Cl. Canonica CASORATI. L'atelier