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2e Année. — Numéro 12
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
UNE DONATION AMÉRICAINE POUR NOS MONUMENTS HISTORIQUES
Les sympathies américaines pour notre pays ont pris, dans les dernières années, des formes si ingénieuses et si touchantes, si efficaces aussi, qu'une manifestation de plus de ce genre n'est pas pour nous étonner. Dans le domaine artistique qui seul nous appartient ici, la fondation des bourses Blumenthal «pour la pensée et l'art français» avait témoigné d'une préoccupation infiniment louable de parer à la maigreur de nos budgets d'encouragement envers les forces vives par lesquelles se prépare l'avenir artistique de notre pays. Dans l'œuvre considérable entreprise à l'aide de fonds américains de secours aux régions dévastées, le généreux élan de solidarité qui a aidé sur bien des points la France et la Belgique à panser leurs blessures n'a pas oublié les créations ou rénovations de caractère artistique. On sait notamment que le relèvement de la Bibliothèque de Louvain a pu être entrepris grâce à l'initiative d'une large subvention américaine.
Il était naturel que la cathédrale de Reims, dont le martyre avait ému les intelligences et les cœurs dans les deux mondes, bénéficiait un jour de la même ardente et active sympathie. La donation de M. John Rockefeller, qui comporte un crédit de un million de dollars et dont la réalisation vient d'être annoncée officiellement, comprend comme premier article de son programme l'assistance aux travaux de remise en état de la cathédrale blessée. On sait que ceux-ci sont en bonne voie. La sollicitude du gouvernement français, la diligence de la commission des Monuments historiques, le dévouement et la science technique de son représentant, l'architecte en chef Deneux, chargé des travaux de la cathédrale, ont permis de parer au plus pressé : à la couverture provisoire, à la consolidation des piles et des contreforts ébranlés, à la réfection des voûtes les moins atteintes, etc. Mais l'exiguïté des disponibilités budgétaires autant que les difficultés inhérentes à certaines reprises ralentiront fatalement la poursuite de l'œuvre et l'on n'envisageait certains travaux essentiels à l'aspect et à la santé de l'édifice que pour un avenir assez éloigné. La donation Rockefeller va permettre notamment de refaire tout le comble rasé de la cathédrale, de mettre à l'abri les voûtes réparées et de redonner à ce vaisseau admirable son couronnement nécessaire, y compris le motif célèbre du Clocher à l'Ange qui pourra être relevé à la croisée du transept. Un million de francs va être immédiatement consacré au comble de la grande nef, sur les quatre qui sont prévus pour la totalité de l'ouvrage.
Mais ce n'est pas seulement là où la guerre a marqué brutalement son empreinte que notre patri-moine artistique risque de souffrir des conséquences de la guerre, des pénuries fatales et des plus-values formidables. Pour ne pas avoir à songer jamais à refaire, il faudrait soigneusement entretenir, et le ralentissement dans l'entretien de certaines grandes œuvres, entraîne la ruine lente et les brusques à-coups des restaurations. On a réclamé vivement la résurrection de Versailles. La sagesse veut qu'on l'empêche surtout de mourir et de gros crédits sont nécessaires à cette tâche. L'homme de goût américain, qui considère aujourd'hui notre art classique et notre histoire même comme une des sources profondes de ses propres traditions, ne peut manquer de se préoccuper de certaines situations de fait auxquelles les ressources de sa puissance financière peuvent contribuer à porter remède.
Un intermédiaire naturel s'est trouvé en l'occasion entre le donateur et nous. M. Bosworth, architecte de M. Rockefeller, est un élève de notre Ecole des Beaux-Arts ; il n'a pas manqué de sentir le premier et de souligner ce que nécessitait l'entretien décent de la beauté de Versailles. Il a été convenu que neuf millions seraient consacrés aux travaux les plus pressants du palais et des jardins.
Enfin, comme on dit qu'un bienfait, voire une simple courtoisie, ne sont jamais perdus, l'asile donné depuis quelques années à un centre d'études
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artistiques américain à Fontainebleau, a renouvelé l'intérêt de nos amis pour la vieille et vaste demeure de François Ier et de Napoléon et certes, là aussi, les millions ne seront pas de trop pour conserver avec décence et avec sécurité les très nombreux souvenirs de gloire et d'art qui se rattachent au palais classique. L'occasion a même paru bonne pour relever ce qu'un incendie déplorable avait détruit en 1856 au cœur du Palais, avec la Salle de la Comédie dont les murs découvronnés déshonorent la cour de la Fontaine. Cinq millions seront affectés à Fontainebleau.
Le geste de M. Rockefeller, noble autant qu'amical, ne sera pas, on le voit, sans emploi ni sans efficacité et l'on ne tardera pas à s'en apercevoir : car il est convenu que l'on doit se mettre immédiatement à la besogne.
Paul Vitry.
NOUVELLES
Salon des Tuileries. — L'inauguration du Salon des Tuileries, qui avait été annoncée pour le 14 juin dans un nouveau «Palais de bois» construit à la Porte Maillot, a dû être ajournée par suite des intempéries qui ont retardé les travaux du bâtiment jusqu'au jeudi 26 juin.
Légion d'Honneur. — Dans la dernière promotion dans l'ordre de la Légion d'Honneur au titre du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, nous relevons la nomination de M. Henry Lapauze, conservateur du palais des Beaux-Arts de la ville de Paris, au grade de Commandeur; de MM. Gabriel Astruc, membre du conseil d'administration de l'Association française d'expansion et d'échanges artistiques, et Henri Duhem, artiste peintre, au grade d'Officier; de MM. Prosper Bergès, conservateur du musée Bonnat à Bayonne, Pierre Forot, directeur du musée de Tulle, Georges Grappe, critique d'art, Jacques Thibaut, violoniste, au grade de Chevalier.
Le procès Durighello. — La presse quotidienne a abondamment conté et commenté les revendications de M. Durighello qui, ayant donné il y a une trentaine d'années, au Musée du Louvre, divers objets, spécialement un vase chrétien en argent du IVe siècle après J.C., trouvé en Syrie, dit «vase d'Emèse», réclame aujourd'hui la restitution de ces dons en raison de l'état de sa fortune et de la survenue d'enfants postérieure à la donation.
Une action judiciaire ayant été engagée par M. Durighello, le tribunal de première instance a donné raison au réclamant, bien que les objets soient entrés dans le domaine de l'Etat et soient devenus inaliénables. Mais l'administration, sur l'avis du Conseil de Musées nationaux, est décidée à poursuivre le procès en appel, et au besoin en cassation, pour faire trancher ce problème juridique qui n'avait jamais encore été posé.
Inaugurations. — Le 25 mai dernier, un monument élevé à la mémoire des Externes et anciens Externes morts pour la patrie, a été inauguré à l'Hôtel-Dieu. L'œuvre est due au ciseau du statuaire Bouffez.
Le 29 mai dernier, dans le cloître de l'Ecole pratique de la Faculté de Médecine, a été inaugurée la statue du professeur Farabeuf, œuvre du sculpteur Landowski.
Enfin le 14 juin, des cérémonies solennelles ont consacré, avec la mémoire d'Emile Zola, l'apparition, sur un de nos carrefours, des magnifiques figures du grand sculpteur belge, Constantin Meunier, dont nous donnons la reproduction ci-contre, la Fécondité et le Travail.
NECROLOGIE
Le maître-ferronnier EMILE ROBERT est mort à Mehun-sur-Yèvre à la fin du mois dernier. Cet artiste ne fut pas seulement un admirable technicien, il fut aussi un véritable rénovateur de son art. Dès 1890, il s'associa aux efforts de ceux qui cherchaient à ouvrir aux arts décoratifs des voies nouvelles. On se souvient de la part originale qu'il prit à l'Exposition de 1900 où il n'hésita pas à installer un atelier et à forger le fer sous les yeux du public. Parmi les œuvres remarquables qu'il laisse, il faut citer la grille de clôture du Musée des Arts décoratifs.
ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 23 mai
L'Académie attribue, sur le prix Fould, 3.000 francs à M. Henry Martin pour son ouvrage sur La Miniature
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française du treizième au quinzième siècle, et 2.000 francs à M. Louis Maeterlinck pour son livre : L'Enigme des Primitifs français.
Séance du 30 mai
M. Edouard Cuq donne lecture d'une communication sur les lois hittites. Au cours des fouilles opérées en Asie-Mineure, à Boghaz-Keui, à l'est d'Angora, dans les ruines du palais des rois du Hatti, on a trouvé en effet, en 1906, plus de 10.000 tablettes d'argile couvertes d'écriture cunéiforme, dont quelques-unes contiennent des renseignements précieux sur la législation hittite.
L'Académie vote une subvention de 20.000 francs à M. Montet pour continuer les fouilles qu'il a entreprises à Byblos. Elle accorde aussi une somme de 4.000 francs à la Revue d'Assyriologie.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 17 mai
Le prix de composition musicale Frémont (1.000 fr.) est attribué à M. Fauchet et le prix Chartier (500 fr.) à M. Maurice Emmanuel.
Séance du 24 mai
Au quatrième tour de scrutin, par 17 voix contre 4 à M. Schommer, M. Edouard Maxence est élu membre de la section de peinture en remplacement du peintre Cormon.
Le prix Monbinne de 3.000 francs est partagé entre M. Bachelet pour : Quand la cloche sonnera, et M. Samuel Rousseau pour : Le Hulla.
M. Widor, secrétaire perpétuel, dépose sur le bureau un ouvrage de M. Henry Lapauze sur l'Histoire de l'Académie de France à Rome et informe la compagnie que le roi et la reine d'Italie ont visité dernièrement, à la villa Médicis, les envois de Rome qui arriveront prochainement à Paris.
Séance du 31 mai
M. Fenaille présente un ouvrage de MM. Emile Dacier et Albert Vuaflart sur « Jean de Jullienne et les graveurs de Watteau au dix-huitième siècle ».
Société Nationale des Antiquaires de France
Séance du 30 avril
M. J. Ebersolt présente le moulage d'une tête plate, conservée aux Musées d'Antiquités de Constantinople, ainsi que deux vitraux de la fin du moyen-âge, représentant les figures symboliques de deux Evangélistes.
M. Jules Formigé décrit les fouilles entreprises pour déblayer le théâtre de Vienne (Isère). Ce théâtre semble être le plus vaste de la Gaule et peut-être, après celui de Marcellus à Rome, le plus vaste du monde romain.
M. H. Stein signale des documents récemment publiés sur Nicolas d'Ypres, enlumineur du xve siècle, et sa famille; il apporte un renseignement nouveau sur Jean d'Ypres déjà établi à Avignon en 1435.
L'ART ANCIEN DU PAYS DE LIÈGE au Musée des Arts Décoratifs
Le 10 mai dernier a été inaugurée au Pavillon de Marsan, l'Exposition de l'art ancien au Pays de Liège. Elle obtient un grand succès et ce n'est que justice.
Assurément la vieille cité mosane ne pouvait rivaliser avec les villes de la Flandre et du Hainaut pour le nombre et la qualité des peintres, avec la France pour ce qu'il y aurait eu chez ses sculpteurs de puissance originale, et les organisa-
Chasse de l'église d'Amay
teurs de l'Exposition le savaient bien; mais elle se fait gloire de ses antiques métiers d'art, des bons ouvriers qui, chez elle, pratiquèrent avec une habileté non pareille le travail des ivoires, des métaux, des pâtes vitrifiables, en attendant qu'elle eût des graveurs, des verriers, des ébénistes qui furent sans doute les meilleurs des Pays-Bas.
En vérité, la principauté épiscopale de Liège fut pendant toute l'époque romane, exactement depuis la fin du xe jusqu'au milieu du xixe siècle, un des centres artistiques les plus brillants, les plus féconds de tout l'Occident; au xvive, une imitation intelligente de style français rendit à ses productions une nouvelle jeunesse, un nouveau lustre. Voilà ce qu'il importait de montrer et qui devait réservar aux visiteurs de l'Exposition, on pouvait l'espérer, d'agréables surprises.
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L'événement a donc confirmé ces prévisions. Dès l'entrée, voici les caractères propres de l'art mosan manifestés dans des ivoires et des miniatures. Notez l'ivoire de Notger (xe siècle), la bible d'Aver-
Chancelier de Liverloo, bronze par DELCOUR
(Musée Curtius, Liège)
bode (xiiie) : d'un monument à l'autre, les étapes intermédiaires se devinent sans arrêts ni détours.
Faites quelques pas : vous serez en face des fonts de Saint-Barthélemy, l'œuvre capitale de l'ancien art mosan et ne pourrait-on pas dire de tout le haut moyen âge occidental ? Leur date se place entre 1107 et 1118. Et l'on se prend à douter que leurs belles figures de laiton fondu en haut relief puissent remonter si haut. Où donc, se dit-on, leur auteur, Renier de Huy, aurait-il appris cette science de l'anatomie, cette grandeur dans la composition ? La date est certaine, voilà tout ce qu'on peut dire, et c'est une chose certaine aussi que les types plastiques de Renier sont contenus en germe dans les ivoires liégeois des xe et xiie siècles. L'antique, de plus, a passé par là... mais j'effleure ici un problème hérisssé de difficultés. Tant mieux, d'ailleurs, si l'Exposition du Pavillon de Marsan l'a de nouveau posé.
Renier de Huy se fait connaître tout entier par la cuve de Saint-Barthélemy ; l'œuvre de Godefroid de Claire, l'émaillleur, et de son atelier, énorme, au contraire, se trouve bien dispersé; les chefs-d'œuvre de Nicolas de Verdun ne sont pas transportables; et d'Hugo d'Oignies on regrette l'absen-
ce de pièces bien précieuses. N'importe : grâce aux prêts des Musées, l'Exposition ne décevra pas ceux qui savent à quelle hauteur l'émaillerie mosane fut portée par ces nobles artistes. Il suffit d'une belle œuvre, parfois, pour évoquer toutes celles qui lui ressemblent. Et s'il en est réuni d'assez nombreuses, bien choisies pour se faire valoir soit en s'opposant, soit en se complétant les unes les autres, c'est un art tout entier dont elles peuvent donner l'image fidèle. Il en est ainsi au Pavillon de Marsan, asile actuel du chef-reliquaire de saint Alexandre par Godefroid de Claire (1145), de l'autel portatif du Musée de Bruxelles exécuté par un de ses émules (vers 1160) et du phylactère de Nivelles par le frère Hugo d'Oignies (vers 1225).
Au-dessus de ces merveilles s'érige, éclatant d'or et de pierres précieuses, mais sans majesté, le buste monumental de saint Lambert (début du xvie siècle); tout autour, ce sont de belles dinanderies déjà connues : lulrins, chandeliers pascaux, tabernacles de style gothique. Je préfère signaler pour cette époque la belle châsse de sainte Ode
Armoire Liégeoise, xviiiie siècle, signée LEJEUNE
à l'église d'Amay (1225-1250) et quelques sculptures intéressantes : la tête de sainte en pierre (fin du xiiie siècle) provenant d'un portail de la cathédrale de Saint-Lambert, deux évangélistes du musée
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diocésain de Liège (xive siècle) et la Vierge de Dalhem, par Daniel Monckius (1525), si gracieusement maniérée.
Deux magnifiques tableaux de Lombard rappellent la Renaissance liégeoise. Au xviiie siècle, Jean Delcour le sculpteur disciple de Bernin, était naturellement aimable, éloquent avec application. Le buste du chancelier de Liverlo, exposé à Paris, compte parmi ses œuvres les plus sobres, les plus robustes. Mais je dois passer vite...
Paris connaît Varin qui lui appartient autant qu'à Liège. Il connaît aussi les graveurs Duvivier et Demarteau, puisqu'il a tant contribué à la formation de leur talent. Là où l'on peut penser qu'il prendra un « plaisir extrême », c'est dans les salons latéraux de l'exposition, aménagés en appartements d'autrefois et dont les meubles de chêne, les riches argenteries, les céramiques — sinon les verres à la façon de Venise — lui renverront à travers la déformation, d'ailleurs extrêmement sympathique de l'esprit provincial, quelque chose de sa propre image.
Marcel LAURENT
UNE EXPOSITION A LA BIBLIOTHÈQUE SAINTE-GENEVIÈVE
A l'occasion du Congrès des Sociétés d'Histoire de Paris et de l'Ile de France, réuni cette année du 19 au 22 mai, la Bibliothèque Sainte Geneviève a ouvert au public, du 22 mai au 22 juin, une exposition relative à l'histoire de la Montagne Sainte-Geneviève et de ses monuments à travers les âges. L'organisation de cette manifestation intéressant l'histoire d'un des quartiers les plus attachants du vieux Paris, est due à M. A. Boinet.
Les documents exposés se rapportent à l'église et à l'abbaye de Sainte-Geneviève, aux processions de la châsse de la patronne de Paris, au Panthéon, à Saint-Etienne-du-Mont, à Saint-Etienne des Grès, à de nombreux collèges (des Cholets, de Montaigu, de Navarre, des Ecossais, de Fortet, de la Marche, Sainte-Barbe, des Grassins, de Clermont ou Louis-le-Grand, etc). Ils comprennent des tableaux, des dessins, des estampes, des manuscrits à peintures, des livres imprimés, enfin des objets divers, parmi lesquels une collection d'objets de céramique du ier au xviiie siècle, recueillis dans le sol de la montagne Sainte-Geneviève et appartenant au Dr Capitan.
Les séries d'iconographie parisienne de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, présentant d'inévitables lacunes, on a dû recourir à l'obligance de certains amateurs, parmi lesquels M. l'abbé Gaston, curé de Saint-Hippolyte, MM. David Weill — qui a prêté un tableau remarquable de De Machy représentant la pose de la première pierre du Panthéon en 1764, — G. Hartmann et Edgar Mareuse. D'autre part, le Musée Carnavalet a prêté une trentaine de pièces du plus haut intérêt.
Les documents concernant l'abbaye de Sainte-Geneviève et le Panthéon sont nombreux. Ils permettent de suivre dans le plus grand détail l'histoire de la construction et des transformations de ces édifices. Pour le Panthéon, on a exposé les différents projets de Soufflot et de ses concurrents, des estampes historiques figurant les translations des cendres de Mirabeau, Voltaire et Rousseau ou des événements des Révolutions de 1830 et de 1848. Pour ce qui regarde le culte de Sainte-Geneviève, il faut noter une belle suite d'estampes populaires en couleurs et des manuscrits à peintures dont quelques-uns, de l'école parisienne du xime et du xive siècle, sont d'une exquise finesse.
Parmi les collèges, ceux de Navarre et de Louis le Grand sont abondamment représentés. Pour ce dernier établissement, on notera surtout le feu d'artifice tiré en 1682 à l'occasion de la naissance
Pose de la première pierre du Panthéon, en 1764 par P.-A. Demachy, 1765 (Coll. David-Weill)
Eglises Saint-Etienne du Mont et Sainte-Geneviève gravure de J. Van Merlen (xviiie siècle) (Bibliothèque Sainte-Geneviève)
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du dauphin, les décorations élevées pour les tragédies en 1732 et 1759, enfin le déménagement des Jésuites en 1761.
Un catalogue rédigé par M. Boinet et illustré de 8 planches et de bois exécutés spécialement par M. Baudier, comporte, en tête, un aperçu historique général sur la Montagne Sainte-Geneviève et pour chaque monument une notice spéciale précédant la description des pièces exposées. Cette exposition intéresse donc à la fois les historiens, les amateurs d'art et les bibliophiles et remportera certainement le succès qu'elle mérite.
MONUMENTS HISTORIQUES
Drôme. — Comme bien d'autres villages de la région, Cellau, Gordes, Oppede, Saint-Montant, celui de Poët-Laval est abandonné par ses habitants qui préfèrent résider dans la plaine où se construit la nouvelle agglomération, Gousne. Aussi utilisait-on les murailles, le château et les maisons en ruines comme une véritable carrière où chacun venait chercher les matériaux dont il avait besoin.
Poët-Laval est une ancienne commanderie de l'ordre de Malte dépendant du grand Prieuré de Saint-Gilles. La tradition rapporte que le fameux sultan Zizim y fut interné en 1493 avant d'être enfermé à Bourganeuf dans la Creuse.
Château de Poët Laval.
Le château est à deux cours, dont l'une contient le donjon, épais massif rectangulaire, datant du xixe siècle, auquel vinrent s'adjoindre au xvie siècle, des constructions plus légères aujourd'hui en
ruines, l'autre, la chapelle dont certaines parties peuvent remonter au xie siècle. Aux murs d'enceinte remariés à diverses époques — Poët-Laval fut le théâtre de luttes sanglantes pendant les guerres de religion — sont adossées les maisons
Synagogue de Cavaillon.
actuellement ruinées, qui communiquaient toutes entre elles pour la facilité de la défense.
C'est ce bel ensemble qui vient d'être classé comme monument historique pour permettre la conservation de ces vestiges infiniment pittoresques et auxquels tant de souvenirs de l'histoire locale s'attachent.
Vaucluse. — Comme celle de Carpentras, dont nous avons récemment annoncé le classement (Voir Beaux-Arts, 1924, n° 9, p. 134) la synagogue de Cavaillon vient d'être classée pour assurer la conservation de cette intéressante salle du xviiie siècle où subsistent intactes des boiseries de style Louis XV, d'un dessin délicat, formant lambris autour de la pièce, ou garnissant les portes du tabernacle ; celles-ci sont ornées de cassolettes de type classique, mais rappelant certains accessoires traditionnels du culte hébraïque ; de superbes grilles en fer forgé de la même époque garnissent également le devant du tabernacle ou la tribune réservée aux femmes qui lui fait face et que montre notre cliché.
Jean VERRIER
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[57] 15 JUIN 1924 183
BULLETIN DES MUSÉES
VASES GRECS DU Ve SIÈCLE TROUVÉS DANS UNE SÉPULTURE GAULOISE
Musée de Saint-Germain en-Laye
La Revue a signalé (15 déc. 1923, p. 325) l’achat par le Musée de Saint-Germain d’une partie importante de la collection formée à Dijon par le président Millon, en indiquant que pour cet achat
Vase en céramique peinte
provenant du tumulus de La Motte Saint-Valentin
était entré en application l’article 37 de la loi du 31 décembre 1921, qui donne à l’Etat un droit de préemption sur toute vente publique d’objets d’art. Les Musées Nationaux se sont enrichis de la sorte de deux vases grecs, trouvés dans un tumulus gaulois, le tumulus dit de La Motte Saint-Valentin, à Courcelles-en-Montagne (Haute-Marne). Ce tumulus avait été fouillé par le président Millon en 1880 et la fouille commentée avec une impeccable méthode par J. Déchelette, dans le Catalogue de la Collection Millon (Paris, Geuthner 1913). Les deux vases appartenaient à la sépulture centrale du tumulus, contenue dans une petite fosse creusée au centre, dans le sol rocheux. Le mort avait été incinéré et ses restes mal brûlés placés dans le vase de bronze (fig. 2), recouvert d’une plaque de pierre; de son costume ne subsistait qu’un bouton de bronze; une épée avait été déposée à la hauteur du col du vase au-dessus de la terre dont le tombeau avait été rempli. Cette épée se classe chronologiquement à la 1re période de la civilisation dite de Le Tène, qui fut celle des
Gaulois depuis leur grande invasion en Italie jusqu’à César.
Le gobelet de céramique peinte (fig. 2) qui était au pied du grand vase est un canthare attique d’une série peu nombreuse, mais bien datée; un vase semblable a été trouvé dans le cimetière étrusque de Bologne. Il est donc antérieur à la conquête gauloise et vraisemblablement de la 2e moitié du ve siècle. Un grand tumulus gaulois, fouillé en 1872 à Rodenbach, dans le Palatinat, en a donné un autre exemple fort beau. Le sol de l’ancienne Gaule n’en a pas encore fourni d’autre. Le nôtre, d’ailleurs, est avec la coupe de Somme-Bionne, que possède le British Museum, le seul vase complet de céramique grecque décorée qui ait été trouvé dans le nord de la France.
Le vase de bronze (stamnos) est grec ou italique; il est d’une fonte admirable. Ses anses, fort joliment ciselées, présentent deux yeux stylisés, qui rappellent la tête de satyre, dont sont décorées
Vase de bronze
provenant des fouilles de La Motte Saint-Valentin
les anses d’autres vases de la même famille. Au fond du vase se trouvait une substance résineuse; il avait contenu du vin poissé. Ces vases grecs ou italiques étaient apportés dans les établissements gaulois de la Bourgogne, de la Franche-Comté et
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de la Rhénanie par les marchands grecs qui remontaient le Rhône, la Saône et ses affluents. Ils transportaient du vin et du matériel de buveur. Le chef de Courcelles-en-Montagne avait, si l'on peut dire, une table bien garnie.
Au-dessus de lui était enterrée une femme, dans la tombe de laquelle on trouva un fort joli miroir de fabrication grecque, le seul de cette date trouvé en pays gaulois. Les artisans gaulois ont beaucoup regardé les beaux objets grecs qui leur arrivaient; ils s'en sont habilement inspirés; tout leur art en procède. Le tumulus de Courcelles-en-Montagne sera un monument illustre de l'influence que la Grèce exerça alors sur la Gaule.
H. HUBERT
MUSÉE DU LOUVRE
Collections d'Extrême-Orient
Le Musée n'a pas voulu laisser se disperser la belle collection des gardes de sabres de Louis Gonse sans en retenir quelques-unes. Il a acquis deux pièce de fer ajourée du xvie siècle : une tsuba représentant des coquillages ciselés et damasquinés d'or, de l'atelier des Kinaï dans la province d'Echizen (1) et une autre exécutée dans la province d'Owari, uniquement décorée du swastika symbolique.
Parmi les gardes incrustées de bronze et d'argent, le Musée a choisi deux pièces, la première datant du xviiie siècle sortant des ateliers de Fushimi, dans la province de Yamashiro, simplement composée de feuilles très stylisées, d'un aspect un peu rude, tandis que la seconde, appartenant au xviiiie siècle et sortant des ateliers de Kanazawa en Kaga, fondés par la famille Koike, est entièrement décorée de délicats rinceaux de branches de pivoines en fleurs.
Le xviiie siècle est encore représenté par une garde de cuivre rouge, ciselée en léger relief, attribuée à la famille des Umetada et par une autre sortant des ateliers de Kyoto (2) simplement en fer, ajourée d'un fin décor simulant des fagots de branchages.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS DE STRASBOURG
Le 29 avril dernier a eu lieu l'inauguration de dix nouvelles salles du Musée des Arts Décoratifs, installées dans l'aile Ouest du château des Rohan. De ce fait la réorganisation des collections municipales, entreprise après l'armistice par les conservateurs MM. Hans Haug et Adolphe Riff, et qui avait comme objet la réinstallation et l'agrandissement du Musée des Beaux-Arts, la création du Musée historique, et le transfert des collections du Musée des Arts Décoratifs de l'ancienne Grande-Boucherie au château des Rohan, se trouve entièrement réalisée. D'importantes sections du Musée des Arts Décoratifs avaient été déjà réinstallées en 1921, dans le pavillon Nord-Ouest du château des Rohan; les salles de l'aile Ouest s'y joignent maintenant de la façon la plus heureuse.
Salles des faïences
(Musée des Arts décoratifs de Strasbourg)
Quatre des nouvelles salles ont reçu, dans quarante vitrines, l'importante collection céramique du Musée. La première salle est consacrée aux céramiques de la fin du Moyen âge au xviiie siècle, avec des vitrines pour la céramique poëlière, les grès allemands, les majoliques italiennes, les faïences de Rouen et de Delft. Dans la deuxième salle, on voit se poursuivre dans une collection des plus complètes l'évolution des faïences de Strasbourg, dans la troisième, celles de Niderviller, enfin les faïences françaises et allemandes de feu de moufle présentent d'intéressants points de comparaison. La quatrième salle contient les porcelaines européennes. Plusieurs poêles de faïence et de terre vernissée complètent cet ensemble. Au premier étage, de belles séries de tapisseries, de costumes, de verrerie. Le mobilier du xvie au xviiie siècles occupe trois grandes salles; on peut
(1) Reproduite dans les Chefs d'œuvre d'Art Japonais, par M. Gaston Migeon, no 668, pl. 69.
(2) Reproduite dans l'Art Japonais, par Louis Gonse, vol. II, p. 139.
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BULLETIN DES MUSÉES
suivre son évolution jusqu'à l'Empire dans les étages supérieurs du pavillon Nord-Ouest, ouvert au public depuis deux ans.
Une curiosité de premier ordre est constituée par les parties anciennes de la célèbre horloge
DAVID. Etude pour Socrate s'apprêtant à boire la cigüe (Musée de Tours)
astronomique de la Cathédrale, qui ont été déposées par l'Œuvre Notre-Dame, et que l'on montre pour la première fois dans leur ensemble. On voit entre autre le fameux coq mécanique de la première horloge astronomique de 1354, le grand calendrier avec les peintures de l'artiste strasbourgeois Tobie Stimmer de 1574, l'ancien globe céleste peint par Mock au xvie siècle, les anciennes statuettes décoratives, ensuite des pièces mécaniques du célèbre horloger J.-B. Schwilgué, pièces que les fabricants d'horlogerie MM. Ungerer ont gracieusement mises à la disposition du Musée.
MUSÉE DE TOURS
Le musée de Tours vient de recevoir trois dessins de David que lui a offerts Mme Vinchon, en souvenir de son mari, dont le père, Auguste Vinchon, fut élève du peintre du Sacre. Deux de ces dessins appartiennent à la série d'études entreprises par David en vue du Socrate s'apprêtant à boire la cigüe. Nous en connaissons déjà trois qui font partie de la collection Bonnat, aujourd'hui à Bayonne.
On sait l'intérêt extraordinaire que suscita l'apparition du tableau au salon de 1787. L'enthousiasme des contemporains ne connut pas de bornes. David fut salué l'un des plus grands peintres de tous les temps et Reynolds n'hésita pas à écrire que, depuis la décoration des Chambres du Vatican et de la chapelle Sixtine, l'art n'avait pas atteint un sommet plus élevé.
Aujourd'hui, notre émotion devant le Socrate reste plus discrète, mais nous serions injustes en méconnaissant l'eurythmie de la composition et la noblesse des attitudes. C'est une des œuvres les plus significatives du sentiment de l'antiquité tel qu'il pouvait se rencontrer alors chez un disciple de Vien et de Winckelmann.
L'un des dessins, qui nous intéressent, est une étude, seulement ébauchée, du personnage assis au pied du lit de Socrate et qui passe généralement pour Cébès. Derrière lui, se dresse la figure du disciple qui, la face contre le mur, se laisse aller aux manifestations de la plus extrême douleur, sans doute cet Apollodore que Platon nous dépênt comme un caractère particulièrement émotif.
DAVID. Etude pour Socrate s'apprêtant à boire la cigüe (Musée de Tours)
L'autre étude, que David n'a pas utilisée dans l'œuvre définitive, nous montre Phédon drapé dans son manteau qui lui recouvre la tête, ainsi qu'il se dépênt lui-même dans le dialogue de Platon.
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Ces dessins témoignent de l'admiration de leur auteur pour le «drapé» antique et du talent avec lequel il savait en reproduire le style et la beauté décorative. On sent chez David le profond plaisir qu'il prenait à donner aux étoffes ces plis savants et d'une ampleur pleine de noblesse que lui avait révélés la statuaire grecque.
La troisième étude, signée et datée : 1803, ne laisse pas de nous surprendre. Elle représente un Bélisaire qui n'a rien de commun avec ceux que leur auteur exposa aux salons de 1781 et de 1785 et que conservent aujourd'hui les musées de Lille et du Louvre. On n'y retrouve ni le faire, ni le dessin impeccable de David et l'on ne songerait guère à la lui attribuer si la signature et la provenance ne nous en garantissaient, par ailleurs, l'authenticité.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS DE NANTES
Dans le numéro du 1er mars 1923, Beaux-Arts annonçait la création d'un musée d'Art décoratif que l'on projetait d'installer à Nantes, dans le vieux château des dues de Bretagne. La cérémonie d'inauguration a eu lieu le 30 mai dernier, coïncidant avec l'ouverture d'une exposition d'Art ancien organisée en des salles voisines, décorées pour la circonstance de tapisseries anciennes. Cette exposition, que nous avions annoncée dans Beaux-Arts (15 avril 1924), comprend une section d'armes et de costumes, une section de peintures anciennes et une section de mobilier et d'art religieux.
MUSÉE DE DIEPPE
Une bonne partie des toiles du Musée de Dieppe, installé à l'Hôtel de Ville, et toutes les collections Camille Saint-Saëns, sont actuellement transférées dans le vieux château qui couronne la falaise Ouest. Dix salles ont, jusqu'à présent, été aménagées pour les recevoir, et l'année dernière, M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, est venu procéder à l'inauguration de ces salles.
Les travaux, qui seront exécutés cette année et en 1925, grâce au concours financier de l'Etat, du département et de la ville, donneront des salles nouvelles pour les œuvres d'art restées dans l'ancien musée : l'archéologie locale, la sculpture et l'histoire naturelle.
On ressentait quelques craintes quant à la lumière, dans un édifice dont les murs ont, par endroits, plus de deux mètres d'épaisseur. Or, l'éclairage s'est révélé très bon, sans éclats violents, en quelque sorte intime et reposant. Les artistes nombreux et le public, qui ont visité ce musée pendant les mois d'été de 1923, se sont montrés fort satisfaits.
La disposition des salles permet une promenade agréable dans ce vieux donjon, curieux déjà par lui-même et tout chargé d'histoire. En effet, il fut souvent démoli au cours des guerres, de l'an 800, date de ses premières fondations, jusqu'au xve siècle, qui le vit enfin solidement reconstruit.
La vue dont on jouit du haut des remparts sur la mer, les côtes, la ville ramassée dans la vallée et les campagnes environnantes est également de premier ordre et on ne se lasse pas de l'admirer.
On visite par groupes, sous la conduite d'un gar-
dien, le musée et les pittoresques sous-sols de la forteresse et, depuis cette heureuse réinstallation du musée de Dieppe, le public est venu cinq fois plus nombreux que les années précédentes. Cette affluence s'accroîtra encore quand des embellissements, déjà commencés dans les jardins, que des œuvres architecturales et sculpturales décorent, seront terminés et qu'un autre accès, alliant la commodité au pittoresque, s'offrira aux visiteurs.
E. Lebas,
MUSÉE DU PUY
Nous apprenons la mort de M. Edouard Terrasse directeur du Musée du Puy, aquarelliste de valeur et archéologue émérite.
M. Edouard Terrasse remplissait depuis 23 ans les fonctions gratuites de conservateur des dessins, aquarelles et gravures, et depuis plusieurs années assumait la direction administrative du Musée, en même temps que la surveillance des objets mobiliers classés du département.
Son administration prudente avait permis au comité des conservateurs d'apporter au Musée de très importantes améliorations malgré la parcimonie des subventions allouées.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
RUSSIE
L'Activité du Musée de l'Ermitage
L'immense accroissement des collections de l'Ermitage depuis la Révolution de 1917, grâce aux prélèvements considérables faits dans les anciens palais de la famille impériale (transformés eux-mêmes en musées publics), ainsi qu'à la dissolution de la galerie Kouchélev, du Musée de l'Académie des Beaux-Arts, du Musée de la Société d'Encouragement aux Beaux-Arts et d'une quantité de plus ou moins importantes collections privées, a rendu indispensable le regroupement total des richesses de l'Ermitage. Ce regroupement, entrepris dès 1920, aussitôt après la réintégration de l'ancien fonds de l'Ermitage (dont la plus grande et la plus précieuse partie avait été, comme on le sait, évacuée à Moscou en 1917, à la veille du coup d'état bolchéviste), n'a été rendu vraiment réalisable que par l'affectation au Musée de la majeure partie du Palais d'Hiver : «Palais des Arts», «Dvoretz Iskousstv», comme on l'appelle aujourd'hui. De ces vastes travaux, qui sont encore loin d'être achevés, nous témoigne une série ininterrompue d'expositions temporaires, ayant pour but de montrer, au fur et à mesure, aux savants et aux artistes, comme au grand public, les anciennes collections nouvellement classées, ainsi que les richesses qui ont afflué dernièrement et mainte pièce ensevelie jusqu'ici injustement dans les magasins.
Deux expositions de ce genre ont été inaugurées au cours de l'été 1923 : l'exposition d'Armes de guerre et de chasse, composée d'objets provenant, pour la plupart, des collections de «l'Arsenal» du Palais impérial Anitchkov et installée dans deux grandes salles («Alexandrovski» et «Piketny») du Palais d'Hiver, et celle des Gemmes antiques, ne comprenant qu'une partie — d'ailleurs magistrale — de la collection des gemmes de l'Ermitage, dont le nombre total dépasse 20.000.
En septembre 1923 a été ouverte une riche exposition de Lithographies françaises de la 1re moitié du xixe siècle. Cette exposition fut suivie, en novembre, par celles de la Peinture européenne du xixe siècle. (Russie non comprise) et de la Peinture italienne des xviiie et xviiiie siècles, installées toutes les deux dans la «Pervaia Zapasnaia Polovina» du Palais d'Hiver (appartements réservés, avant la Révolution, aux hôtes des souverains russes). La première de ces deux expositions, constituée par des pièces de la galerie de Kouchélev et de quelques collections privées, était surtout intéressante comme le premier pas de l'Ermitage vers l'élargissement de son programme au delà du terme traditionnel de 1800. Quant à la deuxième exposition, elle brillait par de superbes Belotti (la fameuse série de vues de Dresde, transportée du Palais de Gatchina) et Ant. Canaletti (deux vues des environs de Venise), par plusieurs toiles d'Alessandro Magnasco et de ses élèves et un magnifique Bacchus du Caravage, acheté au début de la Révolution à un collectionneur de Pétrograd (1).
Ensuite, dans le «Pavillon» du «Petit Ermitage» fut ouverte une intéressante exposition de dentelles italiennes, flamandes et françaises, du commencement du xviiie siècle à 1850, de montres, bagues, miroirs, flacons, boîtes à fard et à mouches, et autres menus objets de toilette du xviiie siècle.
Enfin, on doit signaler la réouverture de l'ancien Musée Stiglitz (soumis maintenant également à l'administration de l'Ermitage), dont plusieurs collections — entre autres la riche collection de faïences hispano-moresques, italiennes et françaises — ont été déjà reclassées. Dans la grande salle de ce Musée a été exposée une merveilleuse collection de faïences architecturales musulmanes, contenant, par exemple, de splendides plaques provenant de mosquées du Turkestan Russe.
Pour chacune de ces expositions, a été publié un petit guide, quelquefois illustré, renseignant le visiteur, en termes concis, sur l'importance historique et artistique des objets exposés et lui expliquant l'essentiel des procédés techniques.
V. RAKINT.
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LES EXPOSITIONS
LES SALONS DE 1924
La Société des Artistes décorateurs
Cette exposition, qui est la dernière avant la grande manifestation internationale de 1925, prend de ce fait même une exceptionnelle importance. Les décorateurs, au reste, n'ont pas manqué de le comprendre. On s'en aperçoit tout de suite à l'effort évident qui s'y manifeste.
Du local, moins morcelé sinon plus vaste, mis à la disposition de la Société au rez-de-chaussée du Grand Palais, M. Sézille, l'architecte chargé de l'aménagement général, a tiré le plus ingénieux parti. Les deux vestibules, celui de la porte d'angle Alexandre III, formant une
(1) V. Gazette des Beaux-Arts, janvier 1922. E. de Liphart, Le Premier tableau peint à Rome par Le Caravage