Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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ART & INDUSTRIE
SOMMAIRE:
- Maxime Dethomas . . . . . . . . . . . . Léon Fauché.
- La Renaissance du Livre (suite) . . . Jules Rais.
- L'Art Décoratif en Belgique (suite). E. Hinzelin.
- Les Arts Décoratifs au Théâtre. . . Eug. Belville.
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40 pages 32 Illustrations
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5° ANNÉE FEVRIER 1913
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Maxime Dethomas
EST un artiste curieux, personnel, auquel sa nature, son indépendance ont laissé des facilités d'éducation et de production à part.
Une certaine timidité, une tranquillité distante et un peu hautaine, l'empêcha de se mêler sans réflexion aux faux enthousiasmes d'une jeunesse où l'on gaspille facilement son amitié en relations d'artistes quelconques. — D'abord il regarda prudemment réfléchit, observa en spectateur discret, cachant sous une impassibilité apparente les émotions qu'il éprouvait au contact des œuvres et des hommes.
Passant rapidement à l'Ecole des Arts Décoratifs sans profit, il entrait vers 18 ans, comme tout le monde dans un atelier, une académie plus ou moins en vogue où enseignaient Gervex puis Carrière. — Là il trouvait deux amis : Zuloaga et Henri de Toulouse Lantrec, qui tous deux devaient un jour être quelqu'un et eurent sur lui une certaine influence. — Le second surtout, Lantrec, élève bizarre et impressionnant, à la voix claironante et puissante qui rachetait sa petite taille de gnôme presque infirme et disgracié de la nature par le bruit violent de ses quolibets satiriques et mordants comme ceux dont résonnaient tous les ateliers encore gais de ce temps-là. — Ils se lièrent d'amitié et ce n'est pas un souvenir sans gaîté, pour ceux qui le connurent alors, de se rappeler l'apparition si amusante d'aspect de ce duo disparate mais réjouissant et sympathique, du petit Toulouse balançant sa minuscule personne, à côté de l'imposante et calme stature, pleine de sérénité du grand Maxime.
Leurs longues discussions d'Art, leurs échanges d'idées et d'enthousiasmes, leur admiration pour l'estampe japonaise encore peu répandue, et d'où Lantrec devait tirer son goût inné pour l'observation et la recherche du caractère, ne les empêchèrent pas cependant de constater avec stupeur qu'après un certain temps hélas ! ils n'avaient rien appris dans cet atelier. Ils se mirent donc en quête d'autre chose, d'autres sources d'émotions et d'instruction, voyagèrent ensemble, et c'est de cette époque que Dethomas s'esprit de l'Espagne et de l'Italie qu'il devait souvent revoir et habiter plus tard. — Ces pays du soleil et de la lumière devaient agir d'une façon unique sur lui et presque contraire à celle de tout le monde.
Il est nécessaire ici de jeter un coup d'œil sur la peinture à cette époque et d'en esquisser l'état. Elle était, à ce moment déjà, poussée vers une gamme claire, par l'Impressionisme sinon vainqueur, du moins très écouté et puissant, et qui devait de plus en plus faire de prosélytes pour entraîner toute l'époque, sauf de rares exceptions, vers une peinture
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Maxime Dethomas. — Fasc. I.
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blanchâtre, sans modelé et sans effet et qui malgré l'emploi de couleurs pures et rutilantes, ne garde à quelques mètres, aucune consistance, aucune résonnance, aucune fermeté. Tout devait, suivant les préceptes de cette école tourner à la pochade, à la recherche du petit ton fin, joli, nacré, charmant de près et nul à quelques pas. Jamais de mise en page frappante du tableau, jamais de silhouette imposante du motif ou du personnage, toujours de la soi-disant lumière, de l'atmosphère, de l'air, encore de l'air, on pourrait même dire des courants d'air.
Depuis vingt cinq ans, dans tout un monde d'artistes, cette école bannit pour toujours, avec une exécration à nulle autre pareille ces deux couleurs admirables, le Noir et le Brun, qui furent la base et l'élément dominant des plus beaux peintres de tous les temps et principalement de celui, du seul dont parmi les anciens se réclament, par un sacrilège incompréhensible, ces artistes du jour, celui qu'ils aiment citent et glo- rifient pour son côté vivant, naturaliste et apparemment spontané, c'est-à-dire ce grand Espagnol, très classique quoique fort original, Diego Velasquez, qui avait certainement sur le plein air et la lumière d'aussi belles doctrines que celles de Manet ou de Pissarro, mais qui savait fort bien que n'étant pas le moins du monde pictural (le plein air), il était tout naturel de ne pas s'en servir, ou de le transposer.
C'était donc à cette époque de peinture claire, amenée par l'abus du paysage, du motif sur nature, de la copie exacte et insignifiante de n'importe quoi, doctrine mise en vigueur par l'impressionisme, que Detho- mas sortant de l'Atelier, se mit à peindre. Mais ses voyages en Italie et en Espagne (pays de la lumière et des effets violents) agirent, ai-je dit sur lui fort heureusement et contrairement aux tendances d'alors. Quand il vit cette pittoresque population d'Italiens et d'Espagnols, accroupis, debout contre un mur, ou trainant lentement leurs silhouettes bizarres, dans quelque fond de rue étroite, tachée par ci par là de lumière violente, il fut frappé de la simplicité et du caractère qui donnait à tout cela ces deux grandes valeurs de l'ombre foncée et de la lumière crue ; et comme instinctivement il n'avait pas peur du noir, il sentit de suite se révéler en lui ce principe des belles taches simples, violentes et écrites, qui modèlent et caractérisent l'être humain ou le paysage, dans un bel éclairage d'effet. Avec la réflexion et le raisonnement, il comprit les belles simplifications qui se dégageaient, et qu'on pouvait tirer de ces spectacles, et aussi la belle interprétation qu'avec le souvenir on pouvait donner de la nature. C'est ce qui lui fit, d'ailleurs, après de très honorables réalisations dans ce moyen, abandonner subitement la peinture, et surtout la peinture sur nature, compliquée, incommode et jamais faite avec calme, mais au contraire engendrée au milieu de toutes les surprises et les multiples nervosités de la rue. — Il comprit et conclut que le silence de l'ate- lier, la réflexion, le raisonnement et un bagage sérieux, suffisant, de notes, de documents pris sur nature devaient le conduire bien plus sûrement et supérieurement à exprimer ses sensations d'artiste.
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VENISE
Et puis sa nature, pas violente, lymphatique et calme, lui demandait un effort plus lent, plus grand, plus puissant pour réagir. Il entrevoyait d'ailleurs, au lieu de s'éterniser sur des toiles passant par toutes sortes d'alternatives, au moyen du simple dessin, plus de choses à faire, plus d'études variées, trouvant dans un dessin tout ce qu'il y a à exprimer dans un tableau, la partie manuelle et la matière étant seules différentes.
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Lautrec, avons-nous dit, lui avait donné le goût du type, non pas comme lui, amer, satirique, cruel, cherchant les tares et la grimace de ses contemporains, hommes ou femmes, mais plus sain, plus réel, plus populaire et à peine narquois ; puis Forain qu'il connût aussi et étudia, pour son arabesque et sa mise en page. Une fois sa résolution prise, il s'esseya à rendre avec sa nature, dans des dimensions restreintes, des types simples, isolés d'abord, puis dans des paysages. Il exprima au début, avec une manière un peu lourde et par principe de sa nature, mais en cherchant toujours à s'en dégager, s'efforçant à trouver (et il y arriva) une façon de dessiner simple, équilibrée par une sorte de charpente, avec une ligne se continuant par une autre, pour faire en même temps une arabesque caractéristique et significative, tout en pensant à alléger un peu en mettant moins de noir, mais en gardant la même puissance. Il arriva ainsi à cette formule personnelle, originale et impressionnante, si simple et en même temps parfois si grande et rendant toutes choses avec le minimum de moyens, sans nuire à l'expression, au caractère, à la vie.
C'est alors qu'apparaît tout un monde de personnages pris dans la vie moderne, modeste, simple plutôt que mondaine. C'est tour à tour cette foule pleine de caractère et pittoresque, d'humbles employés, de petites gens, bourgeois minables, boutiquiers et commis, attardés parfois dans un pauvre café à lire l'illustré de la semaine, le modèle, à la maigre académie pas bien voluptueuse ni tentante, pauvre petit modèle qui se déshabille près du poêle, raconte sa vie en déboutonnant ses bottines et devient de suite un sujet ; c'est un ouvrier sans travail, un passant quelconque, garçon de restaurant ou de café, puis toute une série de Musiciens, l'Ambulant, celui de la rue, que nous connaissons tous, armé d'une contrebasse enrouée, qui joue au fond des cours, par une pluie battante, avec une sentimentalité exquise, les chansons de Printemps et de Soleil ; les violonistes, le premier, le soliste, brillant, élégant fascinateur et plein d'avenir, à côté du second violon sans prestige, éteint, faisant sa pauvre besogne de fonctionnaire dans les beuglants ou les cafés, pour un maigre salaire ; les vieux cabots à la face amère et fatiguée par le fard, les bourgeois au restaurant avec leur femme, les vieux retraités parlant politique, tout un monde enfin que nous coudoyons chaque jour et dont il tire une image, une silhouette saisissante. Puis, la série inépuisable des femmes, qu'il observe partout en philosophe un peu sceptique, mais sans y mettre la férocité de Lautrec ou de Forain, toutes ces dames de la Rue, des Music-Hall ou des bars, les grues, les trottons, depuis la débutante jusqu'à la grosse commère mûre et insolente, qu'accompagne un jeune gigolo, maigre amant très fier de sortir sa petite amie ; celles enfin qui attendent, sur un banc, dans les squares, devant un bock vide à la Terrasse des cafés, avec un chapeau défraîchi, des bottines à douze cinquante et une patience de cheval de fiacre, espérant le client généreux qui leur paiera un vrai diner ou une robe, pauvres créatures passant parfois par toutes les alternatives de la misère ou de la fortune, pour finir ensuite ouvreuses, ménagères ou concierges.
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VENITIENNE
(Dessin pour Les Esquisses Venitiennes, de Henri de Régnier)
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LA PROCESSION
(Illustration pour Le Trust, de Paul Adam)
Toutes ces études de types, observés et décrits avec cette volonté et ce caractère de simplicité, devaient amener Dethomas à trouver cette formule à la fois synthétique et grande, qui devint la marque caractéristique de son
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LE PLANTEUR
(Illustration pour Le Trust, de Paul Adam)
talent. Ajoutez à cela quelques portraits de littérateurs, d'amis ou d'actrices, nombre de dessins de paysage d'Italie ou d'ailleurs et vous aurez déjà une large idée d'une grande partie de son œuvre.
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Tout un domaine d'utilisation spéciale de son art s'offrit à lui en groupant ensemble un certain nombre de dessins de Venise qui parurent dans les Esquisses Vénitiennes d'Henri de Régnier ; et il ne tardait pas après ce premier ouvrage réussi à illustrer alors d'une façon directe et spéciale le roman : le Trust de Paul Adam, qui représente à lui seul toute une série considérable d'une mise en page variée, inattendue, d'un pittoresque et d'un caractère des plus séduisants. Quelques affiches, des couvertures de livres, faisaient enfin de lui un illustrateur recherché et original. Mais là ne devait pas encore se borner l'évolution de son talent. Un autre champ également très vaste allait bientôt s'offrir à l'exploitation et à une nouvelle mise en valeur de ses doctrines, de ses recherches et de tout ce qu'il avait jusqu'alors acquis, résolu et découvert. C'était un domaine particulièrement heureux auquel s'adaptait admirablement sa nature et ses facultés, c'est-à-dire celui de la décoration théâtrale.
LES RIVEURS
(Illustration pour Le Trust, de Paul Adam)
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L'intelligent Directeur du Théâtre des Arts, Monsieur Rouché, séduit par les intéressantes tentatives de mise en scène et de décoration des ballets Russes, s'adressait à Maxime Dethomas pour concevoir et exécuter la mise en scène et les décors d'une pièce.
Il faut, pour bien comprendre l'artiste qui nous occupe, examiner ici sommairement, l'état de la décoration théâtrale moderne, les habitudes de mise en scène et surtout les erreurs de doctrine qui depuis longtemps président à toute son énorme et inutile production.
Presque partout, de nos jours, les directeurs de théâtre et metteurs en scène, recherchent avec une peine infinie et antiartistique, la réalisation du trompe l'œil le plus parfait, de l'imitation textuelle de la nature la plus proche, dans le décor et les costumes copiés archéologiquement avec une exactitude ridicule qui n'est d'aucun intérêt et nullement en rapport avec l'optique de la scène et une salle de spectacle. Depuis longtemps l'on n'a pas compris qu'il faut au théâtre, en matière de décoration et de
DESSIN POUR "LA TURQUE" DE EUGÈNE MONFORT.
Maxime Dethomas. — Fasc. 2.