Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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ART & INDUSTRIE
SOMMAIRE:
- L'art décoratif dans la Maison Ouvrière (Suite) . . . Emile Hinzelin
- L'art du Livre . . . Victor Berger
- Monographies d'Art Indo-chinois (Suite) . . . A. de Pouvoirville
- Le Houblon grimpant . . . Emile Nicolas
Hors-texte en couleurs
Trois Frontispices de l'Almanach du Bibliophile
40 pages 44 illustrations
3e ANNÉE OCTOBRE 1911
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L'Art Décoratif dans la Maison Ouvrière
(Suite)
La première loi française pour les logements ouvriers a été rédigée par un Alsacien, M. Siegfried. C'est l'initiative de Mulhouse qui commence à fructifier. On a dit que la France, en perdant l'Alsace, avait perdu une vertu. En vérité, une vertu ne se perd jamais que lorsqu'on veut la perdre.
Gambetta aimait à citer ce mot d'un économiste : « Le salarié a été jusqu'ici un passant ; tâchons d'en faire un habitant. » En cette matière, l'idéal, c'est assurément une habitation entourée d'un petit jardin, pour chaque ménage d'ouvriers.
A Paris, présentement, sur 884.000 locaux d'habitation, 682.000 comportent comme prix de location des sommes variant de 100 à 500 fr. Sans compter les bouges misérables, taudis sans nom, on a calculé que, pour 380.000 logements sains, il y en avait 362.000 suspects, voire dangereux. Et Paris, tous les ans, reçoit environ quarante mille habitants nouveaux !
Dans les très grandes villes, cette solution d'une maison pour une famille est inapplicable. Mais beaucoup d'ouvriers qui sont obligés de travailler dans les très grandes villes, ne sont pas obligés d'y demeurer. Les usines, les ateliers, les magasins, les rues, les quais, n'ont besoin du travailleur que pendant le jour. Le jour fini, il peut retourner à une maison de banlieue. Les chemins de fer offrent des moyens de transport de plus en plus accessibles à tous. Sur les routes, la traction électrique sera de moins en moins coûteuse. La ville pour le travail, la campagne pour le séjour : tel est le principe dont s'inspireront, un jour, les œuvres des habitations ouvrières.
Le but à atteindre se précise. Que l'ouvrier puisse placer sa maison dans un endroit qui lui agrée ; qu'il trouve autour de sa maison de l'air, de l'eau, de la verdure ; qu'il paye cette maison par annuités, afin qu'elle devienne véritablement sienne. Un foyer qu'on n'a pas uniquement à soi n'est foyer qu'à demi.
Les Sociétés philanthropiques qui se consacrent à ces œuvres montrent, avec des succès divers, un dévouement auquel nous devons rendre hommage. En plusieurs centres miniers ou métallurgiques, des entreprises individuelles se proposent la même tâche. Efforts généreux, mais si insuffisants encore ! Que l'Etat, les communes, les Caisses d'épargne leur apportent vite leur concours.
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Octobre 1911. — L'Art Décoratif dans la Maison Ouvrière. — Fasc. 2.
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HABITATION
CONCOURS D'HABITATIONS A BON MARCHE, ORGANISE PAR LE COMITE DE LA SEINE
MÉDAILLE D'HONNEUR 1909
(D'APRÈS UNE PLANCHE DE L'HABITATION PRATIQUE)
A. ET M. TURIN, ARCHITECTES
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PAVILLON A BAGNEUX
CONCOURS D'HABITATIONS A BON MARCHÉ ORGANISÉ PAR LE COMITÉ DE LA SEINE
PREMIER PRIX 1908
A ET M. TURIN, ARCHITECTES
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Les Caisses d'épargne, en favorisant le foyer, favorisent l'épargne elle-même d'une façon indirecte, mais sûre. On n'économise vraiment que « chez soi ». Quelle excellente manière de lutter à la fois contre la dépopulation et la dépravation ! Le vieux dicton « sans foi ni loi, sans feu ni lieu », apparaît tristement juste. Une habitation décente est saine à l'âme comme au corps.
Si nous approuvons sans réserve l'introduction de l'art à l'école, c'est parce qu'il y a là, non seulement un modèle idéal, mais un exemple pratique. L'art de tenir propre un logement est assez simple : cependant il doit être enseigné comme tous les autres arts.
La plupart des municipalités commencent à comprendre leur devoir et à l'accomplir : elles amènent l'eau potable, canalisent les égouts, percent des avenues où circule l'air pur, c'est-à-dire protègent autant que possible contre l'épidémie les agglomérations humaines. Ce sont là de très honorables progrès. En ce qui concerne l'habitation elle-même, les progrès sont moins rapides ; pourtant, ils ne sont pas moins nécessaires. Nous voyons tous les jours se muer en logements ouvriers des bâtisses qui ne devraient plus connaître que la pioche du démolisseur, suprême instrument de l'hygiène urbaine.
C'est par la transformation du logement à bon marché qu'on aura raison des deux fléaux de notre époque : la tuberculose et l'alcoolisme. Toutes les maladies physiques et morales se développent dans les taudis.
L'Angleterre a vu le péril et résolument s'est mise à l'œuvre pour en triompher. Les chefs d'industrie ont prêté leur concours à cette grande œuvre sociale. « Qui nous a guidés ? disent-ils avec modestie. Ce n'est pas l'esprit de solidarité. C'est le souci de notre intérêt. Un ouvrier qui vit dans un appartement salubre produit dans le même temps un effort plus efficace que celui dont la vie se passe dans un taudis ou au cabaret. » Les progrès réalisés par les Anglais semblent merveilleux. Leurs cités-jardins apparaissent comme d'exquises villas nichées dans la verdure et dans les fleurs. L'intérieur répond à l'apparence. Le monde entier a admiré Pord Sunlight, Margaret's hope, Bourneville, The City Beautiful.
Dans ce sens, l'Amérique dépasse parfois l'Angleterre. Les colonies d'ouvriers d'art, en Pensylvanie : la Cité Aurore, Rose Valley, ont l'attrait des chefs-d'œuvre.
Grâce aux moyens de préservation inscrits dans la loi, l'Angleterre a fait descendre la mortalité causée par la tuberculose de 30 %. À Paris, la tuberculose
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UTILISATION D'UN FOUR À PAIN COMME DÉCORATION DE SALLE À MANGER
DANS UN PAVILLON RUSTIQUE À PUYS, PRÈS DIEPPE
A. ET M. TURN, ARCHITECTES
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TRANSFORMATION D'UNE ÉTABLE EN TORCHIS EN PAVILLON D'HABITATION
A Puys près Dieppe
A. et M. Turin, architectes
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tue par an douze mille personnes. Les immeubles les plus dangereux, les locaux les plus surpeuplés, sont presque tous d'anciennes maisons ou jamais on n'a fait de réparations. Plusieurs de ces maisons ont une origine nobiliaire. Le centre des grandes villes s'étant déplacé, l'ancien hôtel du grand seigneur est devenu une habitation ouvrière, sans qu'il y eût le moindre souci d'adaptation hygiénique. On a improvisé des cloisons ou aveuglé des fenêtres. Les enfants se pressent aux marches gironnées des escaliers ; les linges rapiécés séchent aux balcons héraldiques.
Néanmoins, répétons-le, il y a déjà, en France, tant d'améliorations ! Pour s'en rendre compte, il suffit de se représenter les rues d'une grande ville, au moyen-âge. Les maisons aux pignons aigus se serrent les unes contre les autres et, par l'encorbellement de leurs étages, touchent presque aux maisons d'en face. Pas d'air. Pas même de soleil. A peine une bande de ciel cruellement déchiquetée. Sous les pignons, des galetas aux minces lucarnes. C'était là que se développaient mystérieusement les épidémies les plus dévas-tatrices. En bas, bruissait l'échoppe aux fenêtres garnies de papier huilé : le verre, si coûteux, était alors le diamant du pauvre. La vivaient les artisans, leurs familles, leurs apprentis. On rencontrait dans la rue, des poules, des vaches, des pourceaux. Il a fallu des siècles pour que l'on comprît que les deux agents vitaux les plus puissants, les plus indispensables, sont l'air et la lumière.
Tout rayon de soleil est une source de vie et de force. « La où entre le soleil, dit un proverbe italien, le médecin n'a pas besoin de venir. »
La science contemporaine a prouvé que la lumière constitue le désinfectant par excellence. Exposez à la lumière solaire pendant quarante-huit heures des matières chargées de tuberculose et vous obtenez leur complète stérilisation. Les plus redoutables bactéries sont véritablement des puissances de ténébres. Il faut donc que les rayons du soleil pénètrent dans chaque chambre de l'habitation et la balayent souverainement. Tous les congrès d'hygiène ont émis des vœux tendant à fixer la hauteur des maisons et la largeur des rues, de façon que les rayons solaires puissent atteindre, pendant quelques heures au moins, chacun des points de l'immeuble, depuis la base jusqu'au sommet.
L'air n'est pas moins nécessaire que le soleil. Un appartement, même sans être surpeuplé, peut devenir un foyer de maladies, par la seule émanation des produits toxiques : acide carbonique, oxyde de carbone, ammoniaque. Le défaut d'aération est le principal élément de la mortalité. Voici des chiffres d'une tragique éloquence. Au casier sanitaire, sur les huit cent vingt maisons désignées comme fatales, il y a cent quatre vingt quinze hôtels garnis qui, ayant une population de 13.630 habitants, ont compté en onze ans 2.888 décès : le cinquième de leur population.
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FONDATION ROTHSCHILD
POUR L'AMELIORATION DE LA CONDITION MATÉRIELLE DES TRAVAILLEURS
RUE DE BELLEVILLE, PARIS
(102 LOGEMENTS DE 260 A 525 FRANCS, 14 BOUTIQUES)
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Souhaitons que les habitations soient combinées de telle sorte que chaque fenêtre puisse être atteinte directement par l'air provenant de la rue, purifié et renouvelé sans cesse par les courants atmosphériques. Ainsi disparaîtront les cours fermées, puits malsains au fond desquels la science moderne distingue l'image de la mort.
Aujourd'hui, les usines se placent, sinon dans les villes mêmes, du moins dans l'entourage des villes, c'est-à-dire dans ce qu'on a appelé la banlieue immédiate. Tant que le mouvement industriel ne changera pas de direction, il y aura condensation de la population sur quelques points, dépeuplement partout ailleurs. D'une façon générale, comme nous l'avons dit, beaucoup de villes s'efforcent d'accomplir les devoirs multiples qui résultent pour elles de cette immigration constante ; elles percent des avenues, créent des services anti-épidémiques, organisent des égouts, distribuent largement l'eau potable, etc. Mais elles ne peuvent pas empêcher les loyers de s'élever et les logements d'être malsains.
On connaît le remède employé avec succès par des villes allemandes : Cologne, Francfort, Dusseldorf, Francfort-sur-le-Mein, etc. La municipalité achète une zone de terrain. Sur ce terrain, elle trace des rues commerciales et des rues d'habitation. Ensuite, elle en revend les différents lots. Les acquéreurs sont astreints à certaines servitudes destinées à empêcher le surpeuplement. Dans un quartier ne doivent se trouver que des hôtels entourés de jardins ; dans un autre quartier, les maisons ne doivent avoir que deux étages ; dans tous les quartiers, le constructeur devra s'assurer de l'orientation rationnelle et favoriser la pénétration des rayons solaires dans toutes les pièces habitables.
Que, dans le voisinage, il y ait autant d'arbres qu'on en puisse planter ! Ce n'est pas seulement la fraicheur aux heures brûlantes de l'été, ce n'est pas seulement le réconfortant spectacle de la vie solide et verdissante, que les arbres apportent à l'homme, c'est aussi un élément de santé. En face des sources si nombreuses et si formidables d'acide carbonique, les arbres se dressent comme des laboratoires d'oxygène. On sait que, pour se nourrir, les parties vertes des végétaux, sous l'influence des rayons solaires, décomposent l'acide carbonique de l'air, s'emparent du carbone et mettent l'oxygène en liberté. Certes, par leur respiration, les végétaux exhalent de l'acide carbonique, mais ce dégagement est très lent, tandis que la production de l'oxygène résultant de leur nutrition pendant le jour est très rapide. L'arbre, c'est un voisin précieux. Ajoutons que Paris, en dehors des espaces libres, squares ou places, possède, sur ses avenues et boulevards, 86.349 de ces bons voisins-la.
Il y a un demi-siècle au plus, l'eau était distribuée dans les maisons avec parcimonie. Nos péres la payaient à quelque Auvergnat, seaux par seaux.
Octobre 1911. — L'Art Décoratif dans la Maison Ouvrière. — Fasc. 3.