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ART & DÉCORATION 1946.1 B.J.L. revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS

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Voici donc que — enfin dissipé le cauchemar et revenue l'espérance — Art et Décoration entend participer, sur le terrain qu'il a dès longtemps prospecté, à cette renaissance qui a besoin de la ferveur de tous et singulièrement de la collaboration des artistes. Après les heures noires, les transes, la colère et les deuils, après le drame terrible, est-il possible de reprendre en toute quiétude l'entretien au point où il fut si cruellement interrompu, et de considérer la tourmente d'où nous sortons meurtris comme sans conséquences sur l'évolution du goût, sur l'invention artistique, sur tout ce dont cette revue faisait sa raison d'être? Soutenir que le domaine de l'art restera à l'abri de la tempête, ce serait pour les collaborateurs d'Art et Décoration oublier les efforts ici poursuivis depuis tantôt cinquante ans pour rendre sensibles l'interdépendance voire l'interpénétration de l'art et de la vie. Il ne fallait, il y a un demi-siècle, manquer ni de clairvoyance ni de courage pour rappeler aux artistes que la paresseuse copie du passé constitue une sorte de désertion, l'abandon d'un devoir dont il est sage de ne méconnaître ni la rigueur ni les difficultés. NOUVELLES TÂCHES Pas plus aujourd'hui qu'hier, un créateur ne saurait renoncer à voir dans le passé le magnifique exemple d'un perpétuel et nécessaire renouvellement. L'art du passé, il doit en assimiler la substance, mais pour y puiser la force d'exprimer le présent. Si l'art moderne n'a, fort heureusement, plus à faire la démonstration de sa bienfaisante efficacité, il lui faut prendre conscience du caractère que la conjoncture lui impose. Ce serait vaticiner bien en vain que de vouloir décrire dans son détail la belle aventure qu'il va courir, mais il n'est peut-être pas chimérique de souhaiter que cette aventure ne se poursuive pas dans le mépris ou

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DUPRÉ-LAFON Cheminée monumentale en pierre blanche et terre cuite rosée. L'encadrement et le fond du foyer sont en fer noir, ainsi que les landiers et les chenêts qui viennent s'accrocher sur une barre en cuivre rouge. Un éclairage indirect a été aménagé dans le dessus de la cheminée. Les boiseries sont en chêne naturel ciré. PHOTO M. DUPUIS

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l'ignorance des contingences, et qu'en ces temps difficiles les arts que l'on a le plus grand tort d'appeler mineurs ne se dérobent pas à la loi de la nécessité. --- Les problèmes que pose la lente ou brutale transformation de nos mœurs ne sont pas d'ordre esthétique. Certes, l'esthétique peut et doit intervenir dans la solution de problèmes dont il n'est cependant pas une des données. Il est, en l'occurrence, bien plus un effet qu'une cause. Moins que jamais les arts ressortissant à l'architecture et astreints à sa discipline, subissant son exigence, en définitive, donc, la naturelle exigence de l'homme arrivé à un stade déterminé de la civilisation, moins que jamais les arts justement dits appliqués ne peuvent être régis par le seul caprice, se targuer de cette gratuité qui fut toujours une source d'erreurs, le témoignage d'une déficience, l'origine d'un baroque et d'un pittoresque où se voit le signe des décadences. --- Etre de son temps, comme nous y invitait le grand Daumier, comporte une vigilance et une réflexion faute desquelles la paralysante routine a beau jeu. Ce n'est pas seulement par l'aspect que l'auto et l'avion diffèrent de la chaise à porteurs ou du carrosse. L'homme moderne a son véhicule, il attend encore sa demeure. --- C'est à dégager les caractères spécifiques de cette demeure, — le décor ne suffisant point à la rendre conforme aux nécessités de la vie actuelle — c'est à découvrir les conditions de ce véritable, de cet authentique modernisme, que l'artiste qui s'est donné pour tâche d'embellir la vie en embellissant le logis doit appliquer non seulement son goût mais aussi sa raison. Car il est illusoire de prétendre contenter l'œil du civilisé, si rien n'est tenté pour donner d'abord satisfaction et à ses besoins matériels et à l'impératif de son esprit. Francis JOURDAIN

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i n v e n Au seuil d’un âge que domine l’inconnu et devant lequel l’homme, partagé entre l’incertitude et l’espérance, ne peut éluder le choix qui décidera de son comportement, nous avons voulu, dans le domaine qui nous préoccupe, marquer un bref arrêt pour tenter un inventaire de la création française appliquée à l’ordonnance de nos demeures. Bien que dominés par un souci égal d’éclectisme et d’impartialité, nous ne pouvions — et nous n’avons pas voulu — échapper à cette obligation du choix, notre propre « engagement », comme on dit aujourd’hui, dût-il s’en suivre. Convaincus de la nécessité d’une volonté continue de création constamment adaptée, nous avons essayé de dégager les bases sur lesquelles peut être, aujourd’hui, repris le départ vers la qualité et cherché des éléments sur lesquels nos créateurs peuvent, nous semble-t-il, valablement « enchaîner » leurs recherches. Ces éléments, nous croyons en avoir trouvé — encore qu’à des degrés et sur des plans très différents — dans presque --- DUPRÉ-LAFON Secrétaire partiellement gainé de box-calf rouge. Le piétement est en fer noir, les casiers à courrier sont en box piqué « plein cuir » par Hermès.

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t a i r e toutes les réalisations récentes présentées ici. Du fonctionnalisme le plus rigoureux à la plus stricte obédience traditionnelle, nous verrons tous les « partis » auxquels peut s'arrêter un décorateur, selon le programme qui lui est proposé et la pente naturelle de son tempérament. --- Dire : le lit, la table, le bureau, la chambre, le bahut, la chaise, etc... ce n'est qu'indiquer la destination générale d'une pièce ou d'un meuble. --- La soumission de cette pièce ou de ce meuble à sa destination peut rester superficielle ou bien s'étendre au détail d'un certain nombre de fonctions complémentaires — essentielles parfois — et qui seront aussi bien d'ordre sentimental ou plastique que simplement utilitaire. --- C'est à la lumière de ces préoccupations que nous avons tenté de classer les pièces que nous versons au débat. Ce classement peut être contesté, mais non la valeur des arguments dont toutes ces réalisations illustrent l'intérêt et la nécessité de créer toujours.

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PHOTO PICARD Lorsqu'il s'agit de meubles ou d'ensembles de travail, la fonction est maîtresse, mais elle peut s'affirmer plus ou moins dans les lignes extérieures. Ici (ci-dessous et ci-dessus) la fonction seule commande la forme et même l'absence voulue de forme. Si elle ne commande plus que les lignes essentielles de ce bureau (ci-contre, en haut), elle reste étroitement servie... à l'intérieur et aucune diversion plastique ne cherche à en atténuer l'aveu extérieur. Encore un bureau (ci-contre, en bas) où la forme est soumise à la fonction, mais la recherche qui apparaît dans la ligne procède autant d'un souci purement plastique que d'une volonté de meilleure adaptation fonctionnelle. CI-DESSUS : Robert BOLLINGER Bureau en merisier. Montures et plateau en tôle bronzée « canon de fusil ». Repose-pieds en caoutchouc. CI-CONTRE : W. CLAVEAUX Meuble pour téléphones, en ébène de Macassar. Deux casiers pivotants : un pour le courrier « arrivée » et l'autre pour le courrier « départ ». Un autre casier est réservé pour les annuaires. A DROITE EN HAUT : René HERBST Bureau et boiseries en noyer verni clair. Cache-radiateur en tôle peinte en blanc. Tissu vert de Hélène Henry. A DROITE EN BAS : René GABRIEL Bureau en chêne blanc et dalle de glace brute. PHOTO BORREMANS

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PHOTO JEAN COLLAS PHOTO JEAN COLLAS

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René GABRIEL, Bahut en merisier verni, pour vaisselle, verrerie, argenterie et linge de table. Ce meuble comporte une porte sur charnières aux deux extrémités et deux portes coulissantes au milieu. Les différents casiers et tiroirs de ce meuble sont tous situés à des hauteurs commodément accessibles. CI-DESSOUS : Le même bahut, vu fermé. CI-CONTRE, HORS TEXTE : Projet de jardin intérieur ; quelques bacs de gazon encadrent des dalles portatives en mosaïque. Les meubles sont en métal laqué et fibre tressée ; une grande glace crée l'illusion de la profondeur et de la perspective. Un éclairage par lampes spéciales est prévu pour l'insolation artificielle des plantes. PHOTO JEAN COLLAS Ce beau bahut ne désavoue pas davantage sa destination purement utilitaire, mais il ne lui emprunte pas sa plastique extérieure d'une géométrie déjà très humanisée. Il en est de même de cet agencement pour la chambre de deux jeunes gens. DUPRÉ-LAFON Agencement pour la chambre de deux jeunes garçons. Lits et table en chêne naturel ciré. Tissu imprimé multicolore à fond blanc de Paule Marot. PHOTO CHEVOJON

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