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ART ET DÉCORATION LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE-PARIS. N° SÉRIE N° 2 Ce Numéro (en France): 40 fr. F.L.
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ART ET DÉCORATION LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE-PARIS. N° SÉRIE N° 2 Ce Numéro (en France): 40 fr. F.L.
DÉCOR MEUBLES ET LUMIÈRE Pour la première fois, le Salon des Artistes Décorateurs et celui de la Lumière ne font qu'un. Les organisateurs avaient là à résoudre un délicat problème. Ils étaient pauvres d'espace : trois galeries brisées à angle droit, trouvées avec peine dans ce vieux bâtiment à toutes fins qu'est le Grand Palais. Ils disposaient, d'autre part, des merveilleux éléments de fête et d'illusion qu'offre, grâce aux procédés les plus neufs, la lumière électrique. Plutôt que d'aligner, dans leurs galeries en zig-zag, les stands du bon vieux temps, ils ont décidé de frapper un grand coup et d'offrir au public la plus belle des fêtes : une fête de nuit. Ils avaient parmi eux des architectes comme MM. Cassan, Louis Sûe, Beaudouin, des ingénieurs comme MM. Dourgnon, Salomon. Ils dressèrent les plans d'une ville irréelle. Des rues, des places, une rivière qu'enjambent des ponts vénitiens. De ces rues, de ces places, chaque maison ne serait qu'une façade de fantaisie, ouvrant une série de cadres sur les stands illuminés. L'architecture elle-même — simplifiée, provisoire, artificielle — s'offrirait comme un écran à d'étonnants éclairages. Les objets décoratifs — et tous plus ou moins usuels — qui constituent le fonds de l'exposition se verraient présenter dans un décor de féerie. Le salon tout entier serait une immense salle de théâtre dont chaque mur, chaque fraction de mur, s'ouvrirait sur une scène différente... Exécuté dans le désordre, l'empirique et la promiscuité qui règnent sur les expositions universelles, un tel programme eût pu conduire au désastre. Mais à une société d'artistes qui se recrute dans l'élite de chaque métier, il ne fallait plus que l'esprit d'équipe pour tenter l'expérience avec la quasi certitude d'un succès. Et l'esprit d'équipe a régné au-delà de tout espoir. Pour arracher d'emblée le visiteur à l'optique du quotidien et du terre à terre — à l'optique diurne — M. Cassan et Mlle Colette Guéden ont fait de la rotonde d'entrée un décor de nuit absolue. Des baies arrondies semblent s'ouvrir sur le bleu sombre du ciel sans lune. Dans les intervalles, d'autres baies sont ornées de figures lumineuses d'un saisissant effet, motifs de rhodoïd découpés et courbés, que la « lumière noire » colore et rend irradiants. Une minute de recueillement, puis, soulevant une portière, nous voici, sous un ciel figuré, entre les façades étincelantes de la première « rue » (Adnet, maître d'œuvre). C'est une voie incurvée, qui franchit sur un pont à larges gradins une rivière factice. Comment ne pas s'accorder au para-pet du pont, lorsque c'est le spirituel Touchagues qui peignit cette perspective de comédie italienne et régla ces « machines » dont les rayons mystérieux font passer dans le ciel des nuages de rêve et nager dans le courant des fantômes de poissons ? Musique. Nous arrivons maintenant à une rotonde (réalisateur : Porteneuve) où, selon une formule plus traditionnelle, les meubles exposés individuellement alternent avec les vitrines. Cette rotonde donne accès à la section du livre et de la reliure, et à une rétrospective consacrée à la mémoire de Lucie Renaudot (dans le même esprit, le souvenir de Georges Bastard sera évoqué plus loin). Poursuivant notre route, nous trouvons une nouvelle rue, laquelle aboutit à une place dessinée dans l'esprit du XVIIe siècle, et avec un rare bonheur, par M. Louis Sûe. Place à pans coupés. Deux petits pavillons, une grille en marquent l'entrée. A gauche, le porche de l'église ; à droite, les portes du palais ; au fond, fermant la perspective, la statue de Chateaubriand de M. Auricoste. Il ne nous reste plus qu'à visiter le palais. De toutes ces constructions la seule « praticable », il est dû à M. Arbus, et si bien équilibré que lorsque l'on a franchi la cour d'honneur, la galerie transversale, le hall composé par M. Adnet, le patio, jeté un regard sur les chambres, le salon et la fraîche petite « salle d'été », on est tenté d'oublier que tout ceci n'est qu'un conte... Et pourtant c'en est un. Et la fiction prend, en ce salon, une
si large place, qu'elle risque parfois de fausser, aux yeux du public, le sens réel de la plus grande manifestation décorative de l'année. Quiconque voudra se mettre en garde contre les attraits un peu dangereux d'une présentation trop aimable considérera, dans la première rue, les deux pavillons qui s'y présentent d'abord. C'est, à main droite, un vaste portique, tout en dalles de verre, construit par M. Adnet. Tout au long de ce mur de lumière, une série de vitrines se découpent, et les objets qu'elles contiennent — orfèvrerie, céramique, — importants et par leur qualité et par leur destination, attirent d'eux-mêmes le regard. A main gauche, au contraire, s'élève un édifice fragile et charmant, fait de staff, de cartonnage et de verre coloré, qui a pour titre « Théâtre des rêves » et où l'on a fait jouer à plaisir l'accessoire, la plume et le chiffon, avec une grâce dont nul ne songe à nier que Paris ait le secret. Mais c'est là, ne l'oublions pas, un art mineur entre tous, qui commence au plaisant et finit à la plaisanterie. Un salon composé tout entier sur le modèle de la galerie de M. Adnet eût été austère. Réalisé, d'une bout à l'autre, dans l'esprit du « Théâtre des rêves », il eût été futile. La sagesse, le bon goût lui-même, voulaient que les deux tendances fussent représentées. Les formes les plus durables, l'ornement le plus noble ne devaient pas faire proscrire absolument la fantaisie légère, le badinage, voire le colifichet. Mais la fantaisie du décor, c'est, qu'on le veuille ou non, au badinage, au colifichet, qu'elle offre un cadre inespéré. Et cette part de baroque — tempéré, mesuré, discipliné — que de grands décorateurs ont décidément choisi d'intégrer à leurs plus solides créations, risque de pâtir devant les outrances légitimes de la boutique de frivolités. Face à face dans les vitrines de la « rue », la composition d'un intérieur ne lutte pas à armes égales contre les prestiges de l'étalage, et le décorateur qui ne sera pas prodigieusement vertueux, comment échappera-t-il aux dangers de la surenchère ? Ceci dit, ne boudons pas contre notre plaisir et avouons qu'il était impossible d'être plus habile dans le maniement du baroque que Mme Claude Salvy avec son « magasin de fanfreuches » ou Mme Chauvelqui, de la glace et des perles de verre, tire mille effets colorés. Mme Paule Marrot présentant un tapis d'Aubusson et des étoffes imprimées, Mlle Colette Guéden encadrant en son alvéole une table aux cristaux étincelants, montrent dans l'art de la présentation un talent égal à celui qu'elles prouvent une fois de plus dans la création de l'œuvre véritable. Avant de s'arrêter aux grandes pièces et aux ensembles mobiliers, l'œil se pose encore avec joie sur maints détails : les motifs de staff de Mme Tita Terrisse qui, à plusieurs reprises, font d'elle un brillant auxiliaire de l'architecte, les meubles de jardin de M. Subes, ceux de M. Sognot, évocateurs d'un confort « colonial », les appareils d'éclairage de Perzel, de Véronése, les céramiques de M. Mayodon, de M. Savin, de Mme Dem, et ces riens charmants signés des « 4 potiers ». Et il serait injuste de ne pas citer les noms de ceux qui imaginent les décors de fond permettant de relier entre-elles toutes ces créations : nous voulons parler des Portel, des Marrot, des Chassagne, poètes des papiers de tentures. Mais revenons aux grands ensembles. Les principaux exposants se pourraient répartir sinon en deux écoles, du moins en deux camps. Les uns, fort à l'aise dans l'atmosphère de ce salon, se plaisent à combiner les motifs de style classique et ce goût de la simplification qui s'est imposé à tous depuis plus de 15 ans. Ils multiplient des variations et des transpositions, souvent habiles et séduisantes, dont le thème va de l'antique au style jésuite. Les néo-classiques se nomment Sue, Arbus, du Plantier, Poillerat, Ingrand. Les autres, plus fidèles à des disciplines naguère générales, demeurent attachés à ce qu'on pourrait appeler la volonté de 1925 : dessin du meuble particulièrement travaillé, mais toujours subordonné à l'expression de l'ensemble. Voyez les envois de MM. Dufrène, Jallot, Dominique et celui de M. Leleu, si logiquement étudié. En vérité on eût pu faire deux salons distincts. On eût même pu en faire trois, en invitant certains exposants de jadis, qui quittèrent la Société des Décorateurs il y a près de dix ans, mais dont l'absence, aujourd'hui encore, ne doit pas faire oublier que leur talent est demeuré bien vivant : les Mallet-Stevens, Le Corbusier, Pierre Chareau, René Herbst, Francis Jourdain, André Lurçat, Charlotte Perriand, Pingusson, Prouvé, Puiforçat... Ainsi réaliserait-on un Salon unique mais tripartite... Est-il trop audacieux de proposer, au nom d'Art et Décoration, l'étude, pour l'an prochain, d'une telle entreprise ? Montrer, dans l'évolution d'un art, des tendances diverses, voire divergentes, ce n'est pas diminuer son prestige ni ralentir sa course. C'est multiplier les chances de faire de justes choix. Que penser d'une bibliothèque d'où les livres de M. André Gide seraient éliminés pour laisser toute la place à ceux de M. Giraudoux ? G. BRUNON-GUARDIA Masque en terre cuite de BACHELET. Vases décoratifs en staff de TITA TERRISSE.
MARC DU PLANTIER. Chambre à coucher. Murs recouverts de glaces teintées bleu nuit. Lit bois doré recouvert de satin rose. Coiffeuse bronze doré et marbre. Tapis dessiné par M. du Plantier exécuté par Jean Lauer, Statue de Zadkine. Photo Schneider-Lengyel.
Photo Schneider-Leroyel. MAXIME OLD. Living-room. Lit en cuba et sycomore verni recouvert satin jaune. Table gigogne en sycomore. Mur gris à colonnettes bleutées. Statue de Belmondo dans une niche rouge brique.
Photo Dumas-Saligny. J. LELEU. Bureau Salon. Meubles en noyer. Meubles d'appui avec motif bronze doré de Champseix. Fauteuils recouverts de velours vert ou de tapisseries de Gernez. Tapis de Madame Pepper Leleu exécuté par J. Lauer. Sculpture de Dejean. (Cette pièce a été installée dans les conditions exactes d'une installation réelle et avec les meubles qui devront y prendre place.)
Photo Schneider-Lengyel. LOUIS SUE. Lit en bois laqué blanc recouvert de tissu vert deux tons avec garniture blanche.
J.-C. MOREUX. Salle fraîche en staff. Peinture murale avec la collaboration de Despierre. Tapis de Gorse exécuté par Jean Lauer.
ANDRÉ ARBUS, Salle d'été en collaboration avec Paule Marrot.
Photo Schneider-Lengyel. J. ADNET. Grand bahut en cuir rouge avec ferrures de Poillerat. Panneau décoratif et tapisseries des sièges de Gilbert Ollivier. Tapis de Da Silva Bruhns.

Cet ouvrage présente une exposition conjointe du Salon des Artistes Décorateurs et du Salon de la Lumière, organisée au Grand Palais. L'exposition est conçue comme une fête nocturne, avec des rues, des places et une rivière factices, où les façades des maisons s'ouvrent sur des stands illuminés. L'architecture et les objets décoratifs sont présentés dans un décor féerique, transformant le salon en une immense salle de théâtre. L'exposition met en balance des créations plus austères et des fantaisies légères, explorant l'équilibre entre l'art mineur et les créations plus solides.