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ART ET DÉCORATION
NOVEMBRE 1924
- MAILLOL, PAR ROBERT REY.
- LA SERRURERIE DÉCORATIVE, PAR H. MARTINIE.
- LAURE BRUNI, PAR L. FLORENTIN.
- RAYMOND SUBES, PAR ADOLPHE DERVAUX.
- LA FERRONNERIE ET LES VITRAUX DU NOUVEL HOTEL DE “L’INTRANSIGEANT”, PAR RENÉ CHAVANCE.
- CHRONIQUE : EXPOSITIONS, LIVRES.
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EDITIONS ALBERT LEVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2 RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS
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CE NUMÉRO :
France : 7 fr. Étr. 8 fr.
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ART ET DÉCORATION
et l'Art Décoratif
REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE
Rédacteur en Chef : Léon Deshairs
28e année. — N° 275
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue.
Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs.
Le Numéro
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France . . . 7 francs
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L'Abonnement
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France . . . 70 francs
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Étranger . . . 8 francs
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(12 numéros)
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Étranger . . . 85 francs
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L'année parue, brochée : 72 francs. Reliée, en 2 volumes : 96 francs (Étranger, port en sus)
Emboîtages (chaque emboîage contient un semestre), 8 fr. (Port en sus : France, 2 fr. Étranger, 3 fr.)
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ÉDITIONS ALBERT LÉVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2, Rue de l'Échelle, PARIS (fer)
Compte chèques
Postaux 6690
R. C. Seine 64696
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Louvre 33-87
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ART ET DÉCORATION
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ART ET DÉCORATION
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À la veille de l'Exposition Internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, une collection nouvelle est créée, véritable anthologie des œuvres imaginées ou réalisées dans le domaine de l'architecture et des arts décoratifs et présentées de façon nouvelle, à la fois technique et artistique, en des planches d'une extrême lisibilité, d'un format commode, groupant un très grand nombre de reproductions à grande échelle, en noir et en couleurs. Cette collection qui comprendra au moins 10 volumes in-4° raisin est indispensable aux artistes, aux artisans et aux industriels d'art.
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ÉDITIONS ALBERT LÉVY — LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
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ART ET DÉCORATION
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ART ET DÉCORATION
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Haut relief
A. MAILLOL
MAILLOL
Marly-le-Roi. Par des chemins silencieux on arrive jusqu'à la porte de jardin derrière laquelle deux canards pleins d'une indignation discrète accueillent le visiteur.
Un petit hangard, aux murs blancs, tout encombré de jambes, de torsos, comme si l'on eût disséqué là quelques géants insensibles; et parmi ces majestueux débris, un homme vêtu de grosse toile bleue. Ses yeux rapprochés luisent clair, au fond des orbites, sous le crin mêlé des sourcils. Un nez long, un peu coupant, au modèle très fin; et puis la barbe longue et légère, presque toute blanche. Du fond de cette barbe une voix parvient, pleine de belles diphtongues arrondies; les R font le bruit d'une dégringolade de galets au fond d'un gave. C'est que Maillol dit des paroles de bienvenue et qu'en même temps il s'étonne. Il s'étonne, non point qu'on vienne le voir, mais qu'on vienne si tard.
Sans doute, au temps de sa jeunesse, des esprits chaleureux ou clairvoyants, Mirbeau et Maurice Denis, ont célébré son œuvre.
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ART ET DÉCORATION
A. MAILLOL
Mais comment le caractère de grandeur qui domine en ses créations a-t-il pu ne pas subjuguer encore tout notre temps, précisément épris de grandeur ?
Posées au hasard, par la brusquerie savante de ses mains d'ouvrier, des formes en terre attendent que Maillol les mette dans son rustique four. Leur échelle est petite mais elles sont gigantesques. Ce sont des figurines représentant des déesses, car seules des déesses peuvent avoir, sans impudeur, l'absolue sérénité de ces contours. Elles sont souvent accroupies ; leurs cuisses puissantes et courtes s'ouvrent sur des sexes féconds qui font penser aux immenses parturitions des légendes antiques. Leurs forts bras ronds enlèveraient, au besoin des guerriers, dans la mêlée. Nulle peine et nul trouble humain ne rompra la lente harmonie de leurs gestes. Leur tête elle-même, réduite, ronde et pure, n'est pas plus que leurs flancs ou leurs genoux la capitale d'une pensée qui ne leur appartient pas. Un souffle divin, qu'elles ignorent, comme les arbres et les bêtes des bois ignorent le dieu qui les meut, anime leur puissance apaisée. Elles sont parentes de ces vastes nymphes au front bas, que Renoir étendait, pleines d'une joie végétale, dans des herbes diaprées de soleil.
C'est que Maillol est un gréco-latin. Il a
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MAILLOL
vogué sur la mer que la barque d'Ulysse a frappée de ses rames; il a vu se lever dans le soleil les monts sacrés où les immortelles se donnaient gravement aux héros élus. Il les à vus puis reconnus dans la mer, dans les montagnes de son pays de Banyuls où jadis tant de trières ont abordé; et, sans effort, il a suivi la mystérieuse injonction d'un atavisme pieux; son rêve plastique domine presque toujours les désirs de simple volupté; il les agrandit à la mesure d'un amour constamment tendu vers une beauté très indépendante des âges et des sites, vers une sorte de conception religieuse et comme antithétique, rejoignant par là, sans le vouloir, sans le savoir, la très haute dévotion platonicienne qui fut l'inoubliable aptitude de l'âme antique.
Je ne crois pas que dans ce sens la sculpture contemporaine ait créé deux figures d'une plénitude égale à la grande Vénus que Maillol façonne depuis près de dix ans sans se résoudre à l'achever. Il en a cent fois modifié la ligne, insatisfait chaque fois. On comprendrait combien ce labeur est énorme et subtil en comparant les différents états par lesquels cette statue a passé, s'acheminant chaque jour vers un sentiment plus ample et plus religieux.
Mais c'est un gréco-latin de Gaule. Parfois son rêve, se départit d'une trop immuable pureté. Comme Virgile qui récitait Homère
A. MAILLOL
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naïveté grave et qui, auprès des raffinés du siècle d'Auguste, eût semblé provinciale. Je me figure que les antiques créés sous Tibère par les robustes et sérieux ouvriers de la narbonnaise devaient avoir cet air. Et quand je songe à la Vénus d'Ille, dont Mérimée conta la redoutable amour, je vois une figure de Maillol.
Cette rusticité méditerranéenne fut sans doute sa force. Il faut rendre grâce aux dieux de ce fait que Maillol n'aît point été nourri sur des genoux d'académiciens, parmi le respect des convenances esthétiques. S'il porte en son cœur cet appétit d'absolu que nous avons essayé de définir, il ne parvient à le satisfaire qu'à travers le contact très matériel de la nature.
Dans son atelier existe une figure tronquée aux hanches; jambes fines, toutes clissées de longs muscles, genoux nerveux, chevilles étroites. Le réalisme minutieux en est poussé jusqu'à l'évocation d'un moulage sur nature. Si bien que ces jambes de femme, tout animées d'une vie pittoresque, font penser aux jambes d'adolescent dont la vérité fit accuser Rodin, jadis, d'avoir exposé, avec l'Age d'airain, non point une œuvre originale, mais, précisément un moulage. Encore existe-t-il, dans l'Age d'airain, je ne sais quelle tension crispée dont le lyrisme aurait dû prévaloir contre une telle erreur. Tandis que l'étude sculptée de Maillol, avec sa méticuleuse sérénité, facilite la méprise.
Or ce sont ces jambes mêmes, en quelque sorte parisiennes, et ces hanches, qui serviront à Maillol de point de départ pour la construction de sa Vénus si splendidement massive. Encore maintenant il ne travaille à cette statue que d'après le modèle; de même que Géricault pour peindre ce Pégase de feu que chevauche le lieutenant de chasseur de 1812, voulut avoir auprès de lui, à toute heure, un cheval vivant, à la longe, dans l'atelier, de même Maillol ne peut parfaire les flancs et les hanches fécondes de sa Vénus qu'en touchant, de l'œil et de la main, les flancs et les hanches d'une mortelle.
Nu
A. MAILLOL
avec un accent de Padoue, Maillol façonne de l'antique avec des mains gallo-romaines. Toutes ses figures sont grandes, certaines sont lourdes, certaines laissent apercevoir dans leur détail un achèvement un peu hâtif, certaines enfin sont ornées avec une
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MAILLOL
A maintes reprises, dans sa vie, Maillol demeura à l'étage du réalisme. Sa figure du jeune coureur cycliste avait une sorte de charme à la fois donatellesque et vériste qui semble d'abord très inattendu parmi ses œuvres quand on n'a point aperçu leur genèse.
La transition qui le mène de ces moyens objectifs à l'expression si largement idéaliste de ses principales sculptures, ne se fait pas chez Maillol, sans certaines angoisses. Elles se manifestent par une gaucherie puissante. On sent que le sentiment dépasse, fausse et force les rythmes possibles et habituels de la forme humaine. Tous les grands fervents ont subi cette rupture. Elle est inéluctable aussi bien dans l'ordre littéraire que dans l'ordre plastique; et Vigny, dans ses poèmes les plus parfumés d'ambroisie, a mis ses vers les plus laborieux.
Je crois donc fermement que ce patavisme de la forme donne une saveur précieuse au grand style de Maillol. Ce gallo-romain est gourmand. Il y a dans son atelier un vieux cadre tout vermoulu, branlant, rattaché par des ficelles. C'est un de ces jolis travaux que d'obscurs et très artistes ouvriers sculptaient en se jouant, sous Louis XV. La richesse, la bonne grâce infinie, l'équilibre léger, la fausse dissymétrie de ces coquilles, de ces fleurs, l'enroulement discret et joyeux de ces rocailles enchante Maillol. Et ce méditerranéen, que sa flânerie conduit souvent jusqu'à Versailles, goûte là des plaisirs à la fois naïfs et profonds. Certainement il éprouve le charme, fait de vigoureux délices, d'un Bouchardon comme d'un Fragonard. Il en soupèse de l'œil les aimables sphéricités. Il en apprécie la sensualité chaude et rieuse. Et dans maintes de ses œuvres on retrouve le fin enroulement de ces vagues combinées jusqu'à devenir des femmes dodues et harmonieuses, comme celles à qui Falconnet confiait le soin scabreux de porter une pendule de prix.
Au surplus, son évocation est toujours personnelle et drue comme serait le récit fait à des matelots, sur le port de Collioure, d'un marin qu'on eut conduit un jour dans l'atelier de Fragonard.
Il est un manuel, comme on dit communé-