Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Art et Décoration
JEAN LARAN
- Au Salon des Décorateurs
LOUIS HOURTICOQ
- Croquis de guerre de Mathurin Méheut
HENRI MÉNABREA
- Cités-Jardins et Villes Ouvrières en Amérique
D'après JACQUES GREBER
- Planche hors texte : Nuit en Argonne
M. MÉHEUT
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MAI-JUIN 1919
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS • 2. RUE DE L'ÉCHELLE • Télèp. Louvre 33-87
La Livraison, provisoirement : 4 fr. — Étranger : 4 fr. 50
23e Année. N° 212
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Art et Décoration
REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE
Notre Publication a été arrêtée par la mobilisation après le numéro 7 de 1914 (juillet).
Pour compléter à 12 l’année ainsi interrompue, nous publions en 1919 une
SÉRIE SPÉCIALE DE 5 LIVRAISONS
PRIX DE LA LIVRAISON : France 4 francs. — Étranger 4 fr. 50
PRIX DE L’ABONNEMENT : France 16 fr. 50 — Étranger 19 francs.
De 1897 à 1914
La Livraison : 2 fr. 40 — L’Année brochée : 28 fr. 80 — L’Année reliée : 37 fr. 30
Nous tenons à la disposition de nos abonnés, des emboîtages pour reliure avec papier de garde spécial.
Chaque carton contient un semestre. Prix de chaque emboîte 5 fr. 50
A partir de 1920 nous reprenons la publication mensuellement.
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L’ART DE NOTRE TEMPS
Collection nouvelle d’Albums in-16 grand jésus,
comprenant chacun 48 planches hors-texte
accompagnées de notices et précédées d’une étude biographique et critique
PREMIÈRE SÉRIE
CHASSÉRIAUXPAR HENRY MARCEL
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DAUMIERPAR LÉON ROSENTHAL
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CARPEAUXPAR PAUL VITRY
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MANETPAR LOUIS HOURTICQ
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Gustave MOREAUPAR LÉON DESHAIRS
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DEGASPAR P. A. LEMOISNE
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COURBETPAR L. BÉNÉDITE
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MILLETPAR PAUL LEPRIEUR
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DAUBIGNYPAR JEAN LARAN
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PUVIS DE CHAVANNESPAR ANDRÉ MICHEL (épuisé)
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PRIX DE CHAQUE ALBUM : Broché 4 fr. 80 ; Relié toile 8 francs
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A LA LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2, Rue de l’ÉCHELLE, PARIS
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Inter Artes et Naturam. (Musée de Rouen.) PUVIS DE CHAVANNES.
Art et Décoration
N reprenant cette publication, que la guerre a interrompue au mois d'août 1914, nous avons pour premier devoir d'apporter notre hommage à la mémoire de son fondateur.
Émile Lévy, qu'une mort prématurée a enlevé, en janvier 1916, a attaché son nom à des éditions magnifiques, pour lesquelles aucun soin, aucun sacrifice ne lui paraissaient excessifs, parce qu'il voulait en faire ce qu'elles sont, en effet, l'honneur de la librairie française. Son goût affiné des belles choses, sa longue pratique du monde artistique, son expérience sans cesse renouvelée de la technique du livre, son souci de l'élégante présentation des œuvres, nous en avons constamment bénéficié ici même, car l'éditeur d'Art et Décoration en fut aussi le collaborateur le plus actif et le plus diligent. La conception élevée qu'Émile Lévy s'était faite de son rôle, à la tête de la Librairie centrale des Beaux-Arts, est un précieux héritage qui doit être et qui sera fidèlement conservé.
Lorsque cette revue s'est fondée, à la fin de l'année 1896, sous le parrainage de Puvis de Chavannes, Vaudremer, Grasset, J.-P. Laurens, L.-O. Merson, Fremiet, Roty et Lucien Magne, il fallait quelque audace pour consacrer un périodique français à l'art contemporain et plus encore pour y réserver une place privilégiée à l'art décoratif moderne.
C'est à peine si les arts « mineurs » venaient d'être admis dans les expositions. Malgré des efforts comme ceux de l'Union centrale des Arts Décoratifs, un public bien restreint encourageait les tentatives des trente ou quarante artistes qui luttaient pour la renaissance de nos arts industriels.
Il suffit de voir, au lendemain de la guerre, l'empressment de la foule autour des vitrines et des ensembles de nos décorateurs pour mesurer le chemin parcouru. Nul ne contestera la part prise par cette revue dans ce progrès de l'opinion.
Ce qu'elle a inlassablement demandé aux artisans comme aux artistes, c'est tout d'abord d'être de leur temps, de ne pas souscrire à cet aveu d'impuissance qu'est le pastiche des styles anciens.
La partie serait déjà gagnée si ce pays avait eu l'esprit d'organisation dont la concurrence internationale et les nécessités modernes font un devoir impérieux. Mais la guerre a passé,
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Art et Décoration
nous laissant de dures leçons, qui ne seront pas perdues. Ce n'est pas la routine qui résoudra les problèmes de l'heure présente : reconstruction des provinces dévastées, extension des villes, création de logements sains et accueillants pour tous.
Est-ce à dire que l'on a espéré, que l'on attend encore l'écllosion miraculeuse d'un style sans lien avec le passé? Jamais rien de tel n'a été dit ici. Il s'agit d'émonder les branches mortes et d'activer la montée de la sève et non d'arracher l'arbre avec ses racines. Nous ne rêvons pas de la nouveauté à tout prix, de la maison à l'envers et de la chaise à cinq pieds; mais nous approuvons une 24 HP de ne pas ressembler à un carrosse, et nous ne nous lassons pas de dénoncer le ridicule d'une banque camouflée en temple antique.
L'occasion du renouvellement espéré est suffisamment offerte à qui sait pratiquer les franches structures, les belles matières, les saines techniques, et consulter à propos la nature, « intarissable fontaine de beauté et d'invention. »
Si l'on a trop demandé à ces principes éternels, si des écoliers trop pressés ont cru y trouver la recette qui tenait lieu de la science et du talent, ce n'est pas la faute de ceux qui les ont formulés. Que l'on se reporte aux articles si sages d'un Grasset, d'un Lucien Magne, qui formèrent de leurs leçons une génération entière d'artistes, on y trouvera toutes les réserves qui mettent à leurs plans respectifs la pédagogie et l'art.
L'application rigoureuse des principes logiques de construction et d'ornementation ne suffit pas à faire naître l'œuvre d'art. L'œuvre d'art comporte essentiellement un artiste, c'est-à-dire un homme qui possède à un degré éminent tout d'abord la force, ou la grâce, ou la finesse, ou l'élégance ou la fantaisie, et aussi le courage de ses goûts, et aussi un instinct subtil du rythme et de l'harmonie, et aussi l'esprit d'invention, et aussi l'amour et l'expérience de son métier. Or, c'est le caractère, et l'imagination, et le sens des formes et des couleurs, et la conscience qu'il est le plus difficile de mettre en formules et en traités.
C'est pourquoi, si nous restons fidèles à une doctrine qui a fait ses preuves, nous pensons, toutefois, qu'il ne faut manier les règles et les théories que d'une main légère et discrète.
Exposer les faits, le plus de faits possible, faire connaître les œuvres et les artistes, le plus d'œuvres et le plus d'artistes possible, tel reste notre but essentiel.
Notre regretté collaborateur et ami Paul Cornu avait résumé, naguère, le passé d'Art et Décoration dans un mot qui demeure notre programme, parce qu'il comporte moins de parti pris dans les dogmes que de curiosité attentive pour les résultats : constituer au jour le jour la vivante encyclopédie de l'art actuel.
JEAN LARAN.
Noisetiers. Croquis pour une grille.
LUCIEN MAGNE.
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AU SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS
n ressent presque tou- jours, après une lon- gue interruption de notre vie normale, une surprise naïve à constater combien les choses changent peu, tandis que les hommes vieillissent et meurent; pour elles, le temps a « suspendu son vol » et observé le mora- torium. Quand on pousse le tourniquet du pavillon de Marsan, une curiosité nous presse de savoir comment la guerre a bien pu renouveler notre art décoratif. A notre impatience les faits répondent avec sérénité qu'il n'y a nulle raison pour que les événements qui bouleversent l'ancien et le nouveau monde apportent une forme inédite de pied de table.
Les grands événements politiques et mili-
taires ont, le plus souvent, la brusquerie imprévée d'un accident. Les formes artistiques évoluent avec plus ou moins de rapidité, mais avec la continuité des êtres qui vivent et contiennent en eux-mêmes la loi de leur développement. Comme la nature donc, l'art ne fait pas de sauts. Un gros pavé dans le ruisseau peut en troubler les eaux, mais non en interrompre le cours, ni en changer la direction. De Phidias à Praxitèle, la statuaire grecque a vécu sans s'apercevoir de la guerre du Péloponnèse et les maîtres hollandais du xvi^e siècle — qui n'ont fait que peindre l'existence quotidienne de leur pays— ont omis la guerre, qui fut presque constante contre l'Espagne, l'Angleterre ou la France. Sans doute la représen-tion des batailles, depuis les Assyriens et les Egyptiens jusqu'à Louis XIV et Napoléon, tient une grande place dans les arts figurés ; mais ce sont toujours des œuvres de commande; livrés à eux-mêmes, les artistes retournent aux thèmes habituels de leur école.
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Art et Décoration
Toile de Rambouillet.
BOIGEGRAIN.
Monastère au Mont Athos.
Jouve.
Rien donc ici ne rappellerait la guerre, si l'on n'avait demandé à nos décorateurs d'aider à en réparer les désastres en établissant des modèles de meubles simples pour la restauration des régions dévastées. Elle se rappelle encore par quelques lacunes qui lui sont imputables, l'absence de plusieurs artistes et celle de certaines matières. M. Brandt, sans doute, n'a pas été privé de fer ; mais le cuir a manqué à $M^{''}$ de Félice et, pour exercer l'originalité de son invention et l'élégance de son dessin, elle a dû chercher une compensation et une consolation en imprimant des papiers de reliure. N'importe, on éprouve dans cette exposition, et devant beaucoup de vitrines une légère impression d'indigence qui est bien du fait de la guerre. Les décorateurs ont souffert aussi de la restriction et ce n'est point pour diminuer la sympathie qu'ils nous inspirent.
Peut-être cette sobriété n'est-elle pas uniquement due à la rigueur des temps. N'est-elle pas en grande partie un effet de cette crise de rationalisme traversée naguère par notre art décoratif et dont il est sorti très sage ? Quand on vient de visiter la salle Lacaze où sont exposées momentanément les dernières acquisitions du Louvre, on trouve notre vocabulaire décoratif un peu restreint. Aux figurines persanes, aux fantaisies linéaires des Arabes, à la faune japonaise, nous ne pouvons guère opposer que des feuilles et des fleurs; les panneaux d'armoire, les dossiers de chaises, les innombrables tissus qui tapissent les murs de tons bariolés ne nous montrent jamais que des bouquets ou des fruits; notre langue décorative est au régime végétarien. Les animaux puissants de M. Jouve, aux attitudes imprévues et si justes, sont là pour nous rappeler pourtant les ressources de la faune décorative; une mention encore est due à M. Boigeagain qui a pris comme motif pour l'une de ses toiles le
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Au Salon des Artistes Décorateurs
Vase et Coupe-papiers fer forgé.
BRANDT.
casque immortel; à M. Lucien Vogel, pour la fantaisie originale de ses coussins. Il serait assurément facile à nos décorateurs d'enrichir leur vocabulaire ornemental. Nous avons trop écouté les critiques que l'on adressait, au nom de la logique, aux fantaisies qui ne se justifiaient par aucune utilité. C'est une maîtresse d'école tyrannique et bien austère que la pure raison.
Si on l'écoute, elle nous habillerait avec des sacs et nous logerait dans des baraques Adrian. C'est dans le mobilier que nous pouvons le mieux suivre les transformations de notre goût
Coupelles faïence.
AVENARD.
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Art et Décoration
décoratif. Nous avons, depuis le commencement du siècle, vu naître bien des meubles qui n'étaient point de même type ni de même race. Ces familles successives sont toutes représentées dans l'exposition actuelle; mais il en est qui sont déjà comme des espèces déclinantes et qui auront bientôt disparu. Ainsi, le bureau de M. Majorelle représente fort bien le style que nous avons appelé « moderne » vers 1900; il était alors caractérisé par une grande fantaisie linéaire qui s'est fort assagie.
Tout en conservant la souplesse des courbes enseignée par les Nancéiens, un style plus jeune apparut ensuite qui reprenait les proportions de notre mobilier Louis XVI. Ce fut un moment très heureux. Il fut un temps où les meubles de Dufrène, de Gaillard, de Follot offraient, en même temps que de belles formes à contempler, d'élégantes solutions pour les problèmes posés par les nécessités et conditions auxquelles un meuble est assujetti et qu'il doit mettre d'accord.
Mais la mode ne se stabilise guère plus pour les meubles que pour les vêtements et voici que les principes qu'on nous avait donnés, jusqu'à ce jour, comme les fondements de l'esthétique nouvelle sont maintenant délaissés par ceux-là mêmes qui en ont été les apôtres. Un des impératifs de cette morale du meuble était que le bois doit se montrer à nu; et voici que de nouveau il est revêtu de peinture, de laque ou d'or.
Un autre impératif non moins catégorique imposait aux meubles destinés à un même intérieur une parenté de forme et de couleur qui rendit visible l'unité de la famille. Or, il est bien évident que les somptueux objets éclos dans le boudoir de M. Dufrène ne sont pas de la même couvée. Les « ensembliers » se sont-ils lassés de porter ce vilain nom? Il désignait pourtant une bonne chose.
Après ces meubles de race indigène, et que l'on reconnaît pour français au désir qu'ils montrent de plaire, nous avons vu apparaître des silhouettes carrées, des formes issues de
Coupe en bronze.
DELAHERCHE.
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Au Salon des Artistes Décorateurs
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variations sur le parallélépipède quadrangulaire, fantaisies cubiques visiblement dérivées de l'architecture du béton. Le bois accepte d'autant mieux cette géométrie rigide qu'elle provient de la caisse en planches où l'on a coulé le ciment; il reconnaît des formes façonnées par le travail de la scie et du rabot. Quand le bois est beau, ou quand il est revêtu de fines couleurs, cette menuiserie prend quelquefois une distinction contre laquelle il est difficile de se défendre. Mais nous voici bien en présence d'un style tout à fait différent des trois précédents et ce quadruple aspect de notre décoration ne fait que résumer une évolution de quelques années.
Peut-être cette passion de l'originalité, de la nouveauté est-elle pour beaucoup dans la difficulté qu'un style moderne trouve à s'établir et à s'imposer avec quelque autorité. On nous a longtemps fait trembler avec cette menace que notre génération aurait dans l'histoire la honte suprême d'avoir vécu sans créer un style qui portât sa marque. Le péril me paraît plutôt d'en avoir créé un trop grand nombre. On a beaucoup parlé du danger de l'imitation; dans ces dernières années, j'ai surtout rencontré le danger de l'originalité à tout prix. Il nous fallait un style qui fût de notre époque; on a mis un tel zèle à faire naître l'enfant désiré que, en présence de tant de
DECŒUR.
PAUL LACHENAL.
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Art et Décoration
nouveau-nés, notre époque est en droit d'hésiter un peu avant de reconnaître le sien. Dans leur désir de faire du nouveau, nos décorateurs n'ont ils pas un peu subi l'influence et pris l'allure de la mode, de cette mode qui n'a pas d'autre raison d'être que sa nouveauté? Cette allure est naturelle dans le monde des chapeaux et des robes; on comprend, à la rigueur, que le couturier et sa cliente aient le même désir, sinon le même intérêt, à en changer à chaque saison les formes et les couleurs. Mais les meubles naissent pour une destinée moins éphémère. Devant une transformation trop rapide des styles, il est bien naturel que le public ressente quelque inquiétude. Tel meuble, né sous le septennat du président Lou-
Dressoir.
TONY SELMERSHEIM.
bet, paraît plus démodé qu'un contemporain du roi Louis XIV. Si chaque année apporte son style, que va donc faire cet honnête client qui veut bien vivre avec son temps, mais à condition qu'on ne l'oblige pas à changer de mobilier tous les cinq ans?
Quel remède à ce terrible esprit de nouveauté? J'ai lu quelque part que, chez les Thuriens, quiconque proposait une loi ou voulait en faire passer une nouvelle devait se présenter au peuple la corde au cou. La strangulation n'en suivait que plus vite l'échec de la proposition. Ce noeud coulant qui se resserre, quel frein pour les réformateurs! Les Thuriens exagéraient assurément ; il ne faut pas décourager les novateurs timides. Mais il ne faut pas les trop encourager non plus. Un style qui exprime une génération et une société ne peut être une invention individuelle ; il est nécessairement une œuvre collective. Or, le siècle précédent a été le siècle de l'individualisme et notre jeune xx° siècle pousse cette religion jusqu'au fanatisme de l'originalité. D'honnêtes jeunes hommes qui, en des temps plus stables, se fussent appliqués à continuer l'œuvre de leurs
Buffet.
TH. LAMBERT.
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Au Salon des Artistes Décorateurs
Salle à manger de campagne.
ERNEST PRÉCHET.
maîtres entrent dans la carrière en reniant toute tradition ; nous en avons fait des forçats du futurisme.
Sans doute, un des principaux ressorts pour la création artistique est l'ambition de faire du nouveau ; mais une des grandes satisfactions de l'historien est toujours de constater qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. S'il est un art qui impose cette remarque, c'est bien celui qui nous donne nos objets usuels. La constance des besoins de l'homme, la similitude des matériaux et des outils compensent et limitent les fantaisies de son imagination. En somme, les éléments sont toujours les mêmes ; la terre, le bois, le fer, la laine... qu'y a-t-il de changé depuis cinquante siècles ? Nos besoins se sont-ils modifiés ? Mais non ; il s'agit toujours de nous donner de quoi nous asseoir, nous coucher,
faire cuire nos aliments, nous vêtir et nous parer. Les outils, sans doute, semblent s'être perfectionnés ; mais la machine n'a jamais fait que développer la puissance de notre travail manuel ; elle ne fait que rendre plus rapide l'outil primitif manié par nos dix doigts. La production du machinisme ne sera jamais que la contrefaçon de la main-d'œuvre humaine.
Si nous étions tentés de croire à une trop grande supériorité de notre art sur celui de nos très lointains ancêtres, dès l'entrée de l'exposition, les belles vitrines de Delaherche nous rappelleraient que la céramique, depuis des milliers d'années, se pratique toujours par les mêmes moyens : faire tourner l'argile entre ses doigts, puis la faire cuire. Ces pots de forme élégante et robuste, de matière saine et somptueuse, nous donnent, avec un excellent