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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - E. Degas LOUIS HOURTICQ - Le Chauffage comme thème décoratif ÉMILE SEDEYN - Les Affiches de Sports d'hiver M. GUILLEMOT - Planche hors texte : Portrait de Femme E. DEGAS --- OCTOBRE 1912 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS - 13, RUE LA FAYETTE - Télép. n° 139-22 Prix de la Livraison: 2 fr. — Etranger: 2 fr. 50 16e Année, N° 10

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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L'ART DE NOTRE TEMPS Collection Nouvelle d'Albums in-16 Grand-Jésus Comprendant chacun 48 planches hors-texte Accompagnées de Notices et précédées d'une Étude biographique et critique --- EN VENTE : - CHASSÉRIAUX - Par Henry Marcel - Ancien directeur des Beaux-Arts - Administrateur général de la Bibliothèque nationale - COURBET - Par Léonce Bénédite - Conservateur du Musée du Luxembourg - Professeur à l'école du Louvre - PUVIS DE CHAVANNES - Par André Michel - Conservateurs aux musées nationaux - Professeur à l'école du Louvre - MANET - Par Louis Hourtico - Inspecteur des Beaux-Arts de la Ville de Paris - DAUMIER - Par Léon Rosenthal - Docteur ès-Lettres - Professeur au Lycée Louis-le-Grand PARU EN JUIN 1912 : - CARPEAUX - Par Paul Vitry - Conservateur-adjoint au Musée du Louvre - Professeur à l'école des arts décoratifs --- En préparation : - Degas - Daubigny - G. Moreau — Millet --- PRIX DE CHAQUE ALBUM : - Broché, 3 Fr. 50 - Relié toile, 5 Fr. Librairie Centrale des Beaux-Arts, 13, rue Lafayette, Paris

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CHAUFFAGES MODERNES Par Radiateur apparent --- PAR L'EAU CHAUDE, LA VAPEUR A BASSE PRESSION, L'AIR CHAUD FACILEMENT APPLICABLES A TOUTES LES HABITATIONS CHATEAUX MONUMENTS PUBLICS, VILLAS, HOTELS, BUREAUX, etc. --- CHAUFFAGE DES APPARTEMENTS avec chaudière au même niveau que les Radiateurs INSTALLATIONS DEMONTABLES pour LOCATAIRES REGLAGE AUTOMATIQUE ECONOMIE CONSIDERABLE DE COMBUSTIBLE --- CALORIFÈRES À EAU CHAUDE OU À VAPEUR EN CAVE SUPPRIMANT les RADIATEURS dans les PIÈCES et UTILISANT les TRAVAUX EXISTANTS --- Distribution Facultative d'Eau chaude par le Chauffage pour SALLES de BAINS, DOUCHES, TOILETTES, etc. FONCTIONNANT MÊME EN ÉTÉ --- Calorifères GURNEY pour le CHAUFFAGE par L'AIR CHAUD LEGEREMENT SATURE --- CATALOGUES et DEVIS FRANCO AGENCES en FRANCE dans TOUS LES DÉPARTEMENTS et à ATHENES BARCELONE BRUXELLES CONSTANTINOPLE MADRID ODESSA ROUTSCOUK TIEN-TSIN BUENOS-AYRES, etc. Par Radiateur central en Cave --- DAVÈNE, ROBIN & Cie Ingénieurs Constructeurs 33, Rue des Tourneilles TÉLÉPHONE 1002-78 PARIS ADR TÉLÉGR. CALORIGUR-PARIS --- VOYAGES GRATUITS Nos monteurs voyageant dans toute la France, il n'est généralement pas compte de frais de voyage, si la commande nous est remise un ou deux mois à l'avance.

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Avant le départ. DEGAS. L. Degas P.-A. Lemoisne, bibliothécaire au Département des Estampes de la Bibliothèque nationale, publie, à la Librairie centrale des Beaux-Arts, un excellent volume sur Degas qui est le septième de la série, «l’Art de notre temps». Ce livre est le premier qui ait paru sur l’œuvre de cet artiste. Jusqu’à ce jour, il n’existait que des études partielles où l’auteur se proposait seulement de commenter l’un ou l’autre tableau, sans le souci d’être méthodique ou complet. M. Lemoisne a classé l’ensemble de cette œuvre, ce qui lui a permis de suivre l’évolution du peintre, depuis sa formation jusqu’à son plein épanouissement; il a clairement expliqué tout ce qui pouvait paraître un peu étrange dans ce talent original; il met sous nos yeux les renseignements et les faits qui peuvent le mieux nous aider à bien comprendre cette personnalité unique. Et il a bien du mérite à nous apporter un livre aussi plein, aussi riche; il lui a certainement fallu beaucoup de patience et de volonté pour en recueillir la matière. Car M. Degas jouit de ce privilège d’être à la fois illustre et très peu connu; son œuvre est dispersée dans les collections; on ne la rencontre jamais dans les expositions où le public et les artistes se retrouvent chaque année; M. Degas se tient en dehors du «monde artistique»; il vit même à l’écart du «monde»; c’est donc un absent, un invisible, que M. Lemoisne a réussi à nous montrer. Les documents littéraires sont aussi fort peu nombreux. Les artistes peuvent bien mépriser ou dédaigner les écrivains; mais, en général, ils ne le disent pas tout haut et il y a une entente tacite et parfaite entre les hommes de la plume et du pinceau. Ils se rendent tant de services mutuels: les confidences d’un peintre sont une admirable matière à copie et, d’autre part, l’imprimerie est un excellent instrument de publicité. M. Degas a dédaigné cet échange de services. Il n’aime pas les littératures; ce n’est pas seulement par ses mots cruels qu’il l’a prouvé; il a fait pire; il s’est refusé à l’interview, et les a privés de copie. On cite bien de lui de brèves formules, des mots incisifs, mordants comme le trait de son dessin; mais ce sont des mots de

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Art et Décoration l'examine avec des yeux qui se sont affinés, exercés, dans la contemplation des chefs-d'œuvre. Sans doute, il n'est pas d'artiste qui soit, plus que lui, détaché de toute influence, affranchi de toute imitation. Son talent ne s'en est pas moins formé dans l'étude de l'art antérieur. M. Degas a même été un excellent élève de l'école classique; quelques dessins de sa jeunesse, reproduits dans le livre de M. Lemoisne, révèlent un dessinateur de la famille d'Ingres. Ce sont des dessins au trait, — portraits, figures pour de grandes compositions, études de draperies — qui enferment dans leurs sinuosités les formes de la vie et captent même le mouvement. La parenté avec Ingres se montre ici, évidente, à cause de l'analogie des sujets; elle n'en restera pas moins étroite, quoique moins apparente, lorsque M. Degas représentera des chevaux de course ou des danseuses. Il ne cessera pas d'être avant tout un extraordinaire dessinateur de silhouettes en mouvement. Seulement Ingres recherchait parfois laborieusement la « beauté pure » et corrigeait volontiers la nature pour lui donner du style, tandis que M. Degas acceptant, ou même recherchant les bizarreries et les caprices de la réalité, préfère aux formes sinuouses des odalisques alanguies les silhouettes abruptes et les organismes osseux, le pur-sang et son jockey, la danseuse aux formes riches dans son tutu vaporeux. Car le naturalisme de M. Degas n'accepte pas indifféremment tous les aspects de la réalité. Il emploie son art pénétrant, son observation perçante, son dessin exact, à noter les aspects imprévus de l'existence moderne; on ne saurait être à la fois plus véridique et plus inédit. On dirait que ce peintre est le premier qui ait vu certains aspects qui sont pourtant exposés à tous les regards. M. Degas, parmi les naturalistes, aura été un de ces DEGAS. combat et on ne saurait construire une esthétique avec des épigrammes. Il faut accepter et admirer cette réserve, cette discrétion d'un peintre d'un tel talent et qui avive si fortement la curiosité des amateurs; en mettant sa personne à l'abri des indiscrétions, M. Degas nous donne une excellente leçon. Il nous rappelle qu'on doit étudier un artiste dans son œuvre plutôt que dans les anecdotes de son existence; c'est dans ses tableaux et non dans ses conversations qu'il faut aller chercher les confidences d'un grand peintre. M. Degas est une des figures les plus représentatives de cette école naturaliste qui s'est développée chez nous dans la seconde moitié du xix^ siècle. Mais son naturalisme n'est pas le naturalisme direct, ingénu ou brutal, à la Courbet; c'est celui d'un peintre formé par l'étude des maîtres; sans doute, il n'a rien fait que copier la réalité; mais il

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Edgar Degas observateurs à l'affût des impressions complexes ou factices. Ainsi il observe plus volontiers les hommes au théâtre que dans le monde, parce que le théâtre, c'est encore la réalité, mais une réalité artificielle. Et même quand il va au théâtre, M. Degas s'assied de préférence aux places où l'on voit mal, trop près de la rampe, ou trop haut, ou sur le côté, pour bien éviter l'aspect normal de la scène et des décors, celui qui risquerait de donner une impression de réalité. Quand il examine le héros ou l'héroïne en scène, ce n'est pas pour s'intéresser aux passions qu'ils expriment, mais pour noter le contraste ridicule entre la personne qu'ils sont et le rôle qu'ils tiennent. Un gros ténor s'égoisille devant la rampe enflammée et une foule répond à ses senti- ments exaltés; et tandis que de l'orchestre déchaîné monte une musique qui nous emporte dans ses rafales, M. Degas note cruellement que cet homme ventru et rose, fait une bien laide grimace; il s'amuse de voir combien sont piteux et grotesques ces pauvres choristes et que leur mimique est de gens bien peu intéressés par le drame et que leur sou- quenille dénonce l'économie excessive de l'Administration. Ou même le peintre, assis trop bas, aux premiers fauteuils, voit se découper sur la lumière de la rampe les silhouettes sombres des spectateurs ou des musiciens de l'orchestre; et sur ce fond incan- descent voici des écrans noirs aux formes bizarres: les manches énormes des contre- basses, la chevelure indisciplinée du violoniste, DEGAS.

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Art et Décoration DEGAS. le crâne lamentable du flûtiste, les chapeaux de femme... Mais nous reviendrons avec M. Degas au théâtre pour y suivre les évolutions de ses danseurs. Avant de s'attarder au foyer de la danse, il avait abordé le monde des courses. Il trouve là encore un des aspects inédits de notre société moderne. Les dessinateurs élégants et nerveux aiment à s'essayer à ces deux thèmes plastiques: la femme et le cheval. M. Degas les a également traité tous les deux mais comme il les a renouvelés! Parmi les chevaux, il est une race artificielle, le «pur-sang», créée à force d'entraînement méthodique, de croisements calculés, de déformations progressives, de manière à obtenir la machine à courir parfaite: bêtes fragiles, juchées sur de hautes pattes cassantes, le col long, la tête fine, le poitrail étroit; bêtes ardentes, incapables d'un effort prolongé, mais en qui se développe jusqu'au paroxysme l'instinct sportif, la volonté de vaincre. C'est ce cheval que M. Degas observe et dont il capte au passage la silhouette étrange, le pas indolent d'échassier, ou ses écarts imprévus, ou enfin le petit galop contenu par le jockey avant la course. Et c'est ainsi que s'il a étudié et connu aussi bien que personne le cheval, il ne saurait pourtant être accusé de l'avoir vu ou peint comme tout le monde. Cette bête réelle et paradoxale convient à son goût de vérité rare et curieuse. Mais c'est surtout à la peinture de la Danseuse, cet autre produit de notre civilisation que M. Degas s'est appliqué avec amour. Comme tous les grands dessinateurs classiques, depuis le Raphaël de la Galatée jusqu'à l'Ingres de la Source, il s'est plu aux sinuosités et aux souplesses de la figure féminine. Mais il s'est bien gardé de peindre des Dianes ou des Didons; ici encore il s'est ingénie à rechercher un type féminin pour le moins aussi artificiel que le pur-sang, à cela près cependant que l'on n'en développe point la race par des croisements appropriés. Avant que son corps ne soit formé, on soumet une fillette à une gymnastique impitoyable; on lui étire les jambes, on lui disloque les jointures; on lui apprend à marcher sans paraître toucher terre, sans poser le talon sur le sol; elle

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Edgar Degas Classe de danse (1874). — Collection de Camondo. --- doit, dans tous ses gestes et attitudes, paraître échapper aux lois de la pesanteur et contrarier le mécanisme du corps humain; elle pirouette, virevolte sur la pointe du pied, se servant de ses bras maigres comme de balanciers et dissimulant la fatigue et l'effort sous un sourire tendu et grimaçant; tel est le petit animal osseux et bondissant qui joue dans l'œuvre de Degas le rôle que tiennent dans celle d'Ingres les indolentes et grasses odalisques. Il faut voir avec quelle sympathie amusée M. Degas sent les évolutions de ces petits «rats». Ce qu'il nous montre, ce n'est pas tant le ballet féerique, avec la danseuse étoile, étincelante de paillettes d'argent, dans l'embrasement des feux de Bengale. Il préfère s'attarder dans la salle des répétitions et nous montrer tout ce travail préparatoire, durant lequel la danseuse n'apparaît pas transfigurée par la lumière, au rythme de l'orchestre, ---

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Art et Décoration Degas. mais attentive, appliquée à bien réussir une pirouette ou un entrechat. La voici qui s'avance, les talons en avant, les genoux en dehors, la tête inclinée, les mains ballantes au bout des bras tendus, avec de petites contorsions, des poses affectées, de gentilles mines pour un public qui n'est pas là. Et quand elle a fini, elle retombe sur ses talons et s'en retourne près du mur, d'un pas long et souple qui balance le tutu comme de grandes plumes. Maintenant elle est dans son coin; pour entretenir la souplesse de ses jointures, elle lève la patte, la pose sur la barre et consciencieuse, appliquée, reste dans cette attitude, dont l'étrangeté n'a pas l'air de l'étonner. Ou bien elle va s'asseoir sur la banquette et se replie sur elle-même pour caresser ses chevilles ficelées de satin, comme on fait aux chevaux avant la course. Que de jolies attitudes, parfois bizarres, parfois un peu ridicules, mais toujours variées et amusantes! On ne saurait toutes les noter; autant compter les voltes et les caprices d'un oiseau dans sa cage. On devine combien ce petit monde est remuant et bavard. L'une, devant la glace, arrange son tour de cou, sa ceinture, ou, les coudes haut, tapote doucement son chignon. D'autres s'étirent, baillent, jacassent, se caressent le coup de pied, ou, le bras replié en arrière, se grattent l'omoplate saillante. Au milieu de cette agitation, le maître de ballet, un vieux bonhomme qui est tout le contraire d'un prince charmant ou d'un berger d'églogue, rythme la mesure en frappant de sa grosse canne le plancher poussiéreux. Ce plancher lui-même, M. Degas n'a pas manqué de nous le bien montrer; il sent l'eau et la poussière; l'arrosoir est toujours là dans un coin et il y a tant d'esprit dans la manière de M. Degas que l'arrosoir lui-même est amusant.

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D'ailleurs M. Degas est peintre, exclusivement, et peu ou point moraliste. Ce sont les silhouettes, les attitudes et les gestes qu'il s'amuse à noter et non les traits de mœurs. Quand il a peint les champs de courses et le foyer de la danse, il s'est bien gardé de la moindre allusion au monde étrange, aux industries interlopes qui s'épanouissent autour du pur-sang et de la danseuse. Il s'est seulement intéressé à des mouvements de jambes, à des attitudes, à la mécanique osseuse et musculaire. Quelle existence mènent ces jeunes acrobates quand elles ont quitté la salle des répétitions? M. Degas ne s'en préoccupe point; c'est M. Forain qui se chargera de nous le dire. C'est à peine si l'on entrevoit parfois la bonne La famille Mante. — Collection Montgomery-Sears. DEGAS.