Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- La décoration du livre oriental
MEYER-RIEFSTAHL
- A propos d'une nappe de dentelle
L. DE LAPRADE
- La Mosaïque d'Émail
LUCIEN MAGNE
- Planche hors texte : Intérieur de reliure persane
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AOUT 1912
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
PARIS - 13. RUE LA FAYETTE - Télécopie 139-22
Prix de la Livraison: 2 fr. — Etranger: 2 fr. 50
16e Année, N° 8
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
ÉTRANGER . . . 25 francs
Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50
L’Année parue ...
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L'ART DE NOTRE TEMPS
Collection Nouvelle d'Albums in-16 Grand-Jésus
Comprendant chacun 48 planches hors-texte
Accompagnées de Notices et précédées d'une Étude biographique et critique
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EN VENTE:
CHASSÉRIAU
PAR HENRY MARCEL
Ancien directeur des Beaux-Arts
Administrateur général de la Bibliothèque nationale
COURBET
PAR LÉONCE BÉNÉDITE
Conservateur du Musée du Luxembourg
Professeur à l'école du Louvre
PUVIS DE CHAVANNES
PAR ANDRÉ MICHEL
Conservateur aux musées nationaux
Professeur à l'école du Louvre
MANET
PAR LOUIS HOURTICQ
Inspecteur des Beaux-Arts de la Ville de Paris
DAUMIER
PAR LÉON ROSENTHAL
Docteur ès-Lettres
Professeur au Lycée Louis-le-Grand
CARPEAUX
PAR PAUL VITRY
Conservateur-radio NT au Musée du Louvre
Professeur à l'école des arts décoratifs
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PARU EN JUIN 1912:
En préparation:
- DEGAS
- DAUBIGNY
- G. MOREAU - MILLET
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Prix de chaque album:
- Broché, 3 Fr. 50
- Relié toile, 5 Fr.
Librairie Centrale des Beaux-Arts, 13, rue Lafayette, Paris
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Divan de Hafiz. Ecole de Hérat (1521).
A M. CLAUDE ANET.
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LA DÉCORATION DU LIVRE ORIENTAL
L’ART musulman nous a été révélé en grande partie par les manuscrits, qui au moment de son apogée furent estimés comme des œuvres d’art de la plus haute valeur. Mais les Orientaux les voient d’un œil différent du nôtre. Nous nous sommes laissé séduire surtout, par les miniatures, les Musulmans, au contraire, ne voient qu’un décor secondaire dans ces créations charmantes.
C’est l’écriture et tout ce qui s’y rapporte directement, qui leur sert de base pour l’appréciation d’un manuscrit. La calligraphie est considérée chez eux comme un art égal si non supérieur aux autres.
Les calligraphes jouent un rôle important aux cours princières, où nous les voyons amis intimes des souverains, et ceux-ci ne dédaignaient pas de rivaliser avec eux dans l’art d’écrire; la calligraphie passe même pour un art nécessaire à l’éducation d’un prince. Quelle différence entre le calligraphe musulman et les pauvres scribes européens, qui se plaisent à ajouter à la fin de leurs manuscrits des plaisanteries plutôt vulgaires.
Cette différence de l’état social crée une différente conception de l’œuvre à créer. Le scribe européen exécute son travail dans une écriture qui correspond à l’usage et à la tradition. Si une écriture est belle, c’est par hasard, le scribe ne raisonne pas sur son art et les nombreuses abréviations des manuscrits de notre moyen âge sont la meilleure preuve qu’il ne demandait une chose : terminer vite le travail entrepris. Son métier est fondé sur un enseignement purement technique qui est sans intérêt pour les autres.
Il en est tout autrement en Orient. La méthode d’enseignement est bien la même qu’en Europe : analyse des caractères et des traits en une série de carrés juxtaposés; mais nous constatons en plus un souci constant de beauté et de perfection. Ce souci est tout à fait raisonné et les auteurs orientaux qui ont écrit sur la calligraphie ont développé toute une esthétique de l’écriture. Cl. Huart a donné des extraits extrêmement curieux de ces livres de calligraphie qui nous
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Art et Décoration
Reliure (Turquie, XVIe siècle)
A. M. FERNAND JEUNIETTE.
donnent par centaines les noms des calligraphes célèbres et qui nous racontent des anecdotes de la vie des maîtres du temps passé où ceux-ci se montrent graves, sérieux et pénétrés d'un constant souci de beauté et de perfection de leur travail.
Les calligraphes d'Orient ont donné une importance toute particulière aux différents genres d'écritures et nous les voyons se consacrer à telle ou telle spécialité. Nous rencontrons à l'époque primitive l'écriture koufique de caractère sévère et monumental, suivie plus tard par différentes écritures cursives: le neskhi, le taliq, le nastaliq et autres, qui sont d'un usage courant pour le texte des livres tandis que le koufique a continué à servir d'écriture monumentale et décorative.
Ces écritures diverses, fondées sur une esthétique raffinée et perfectionnées par une application continuelle sont considérées par les Orientaux comme des œuvres d'art: Les princes musulmans ont collectionné des spécimen d'écritures, comme un amateur Européen collectionnerait les dessins des maîtres. Nous possédons des recueils d'écritures, où chaque écriture est entourée d'une riche bordure pour la mettre mieux en valeur, et les cachets à la tête du volume nous prouvent que ces
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A M. FERNAND JEUNIETTE.
Page de titre du Coran (xvi° siècle).
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Art et Décoration
Reliure au petit fer (Egypte xvi° siècle)
A. M. HENRI VEVER.
recueils appartenaient aux bibliothèques les plus illustres de l'Orient. Ces pages-spécimen ne sont point des pages découpées de manuscrits, elles sont indépendantes, leur texte est sans importance, et elles n'ont été écrites que pour mettre en valeur l'art du calligraphe.
Déjà aux époques primitives on a commencé à orner les manuscrits. C'étaient probablement les calligraphes eux-mêmes qui exécutaient le décor. Les têtes des chapitres humaine fut défendue par l'Islam, c'était plutôt faute d'exemples. L'Islam n'a jamais formellement défendu la représentation de la figure humaine. Mohammed qui était indifférent à l'art a tout simplement emprunté au Vieux Testament cette aversion contre la représentation de la figure humaine. Il ne la défend pas, il la déconseille. Dans la pratique elle a été tolérée et admise un peu partout. Les Schiites surtout en usent librement; on l'évite seulement dans
sont traitées avec une richesse particulière. Les premières pages des corans koufiques sur parchemin sont richement peintes en or, en rouge et en noir et nous révèlent cet extraordinaire instinct décoratif qui est le propre de l'art musulman. Les premiers manuscrits décorés de figures sont postérieurs. Nous n'en connaissons pas avant le xiii° siècle. C'est probablement sous l'influence byzantine que la figure a été introduite dans le livre musulman. Si elle n'y figure pas plus tôt, ce n'est guère parce que la représentation de la figure
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La décoration du livre oriental
Moitié d'un "Unwān" (Egypte xiv au xv siècles).
A M. CHARLES VIGNIER.
les livres sacrés et dans les édifices destinés au culte. Le contact avec l'art byzantin l'in- troduit bientôt dans les manuscrits, où l'on copie naïvement les nimbes des Saints byzan-
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Art et Décoration
tins, même quand il s'agit de représenter les pharmaciens de la pharmacologie de Dioscorides, ou les guerriers musulmans dans les Makamat de Hariri.
C'est ce contact avec l'art byzantin qui a donné un premier essor à la miniature musulmane. Peu de temps après nous constatons une autre influence, plus puissante encore : celle de l'art chinois qui avait eu son apogée à la période des Tang et des Sung.
Les conquêtes des Mongols ont rendu plus intenses les rapports séculaires entre les pays musulmans et l'Extrême-Orient : A partir de la fin du xiii^ siècle cette influence chinoise devient de plus en plus intense. En même temps une nouvelle technique commence à se répandre : des pages entièrement gouachées remplacent le dessin au trait, rehaussé d'or et de rares couleurs, qui était d'usage aux époques primitives.
Cette évolution technique a des conséquences importantes pour l'art du livre; le livre exécuté primitivement par une seule personne et par le même « Kalâm » occupera deux artistes différents : le calligraphe et l'enlumineur. Ce dernier peindra ses miniatures sur un papier extrêmement mince qui sera collé à la place que le calligraphe avait réservé à l'œuvre de son collaborateur.
Si la miniature à sujets se détache lentement du manuscrit il n'en est pas de même pour les pages ornementales qui sont une partie intégrante de chaque manuscrit, et qui sont même le décor unique des manuscrits religieux. C'est ici que se révèle un art raffiné et subtil, un art essentiellement musulman.
Il sera intéressant d'étudier les différentes possibilités du décor ornemental dans les livres orientaux, les différents styles qui se sont développés, les différentes influences que ce décor a subies; le rapport du décor des livres avec l'art ornemental en général et enfin les différentes techniques qui ont été appliquées.
Le livre oriental ressemble au livre européen, avec la seule différence qu'on le feuillette en sens inverse. Le titre de l'ouvrage est en général agrémenté d'un décor très riche. Le premier feuillet montre habituellement au recto un motif en forme d'étoile ou de rosace. Les deux pages suivantes forment le « unwân », un ensemble décoratif composé de deux moitiés égales remplissant les deux pages entières. Chaque moitié est formée par un centre rectangulaire, rempli d'une étoile, d'une rosace ou d'un motif d'entrelacs. Ce centre est entouré de multiples bordures. Le commencement au texte est décoré de façon diverse. Dans les manuscrits de grand luxe nous trouvons encore deux pages décoratives, semblables à celles du « unwân » et dont le centre est rempli par le titre et les premières lignes du texte dans une écriture particulièrement riche. Dans les manuscrits plus modestes le livre commence par une vignette rectangulaire ou en forme de pyramide renversée. Ces vignettes se retrouvent dans l'intérieur du livre pour marquer le commencement d'un nouveau poème. Les différents chapitres d'un poème sont marqués par des vignettes de moindre dimension et de coloris plus simple. La fin du volume est souvent d'un décor presque aussi riche que celui du « unwân » mais généralement le volume se termine par des lignes d'écriture décorative dessinant une pyramide renversée. En dehors de ce décor le livre peut-être orné de miniatures, illustrations du texte, qui souvent débordent sur le cadre rectangulaire et envahissent le texte et la bordure du manuscrit. L'écriture ne remplit en général qu'une petite partie de la page, elle est encadrée par des filets multicolores. Les bordures des pages sont souvent décorées d'un semis d'or sur papier de couleurs diverses, c'est le décor habituel pour les manuscrits enrichis d'enluminures. On évite les bordures à motifs de personnages quand le manuscrit contient des miniatures, si au contraire le manuscrit est sans miniatures, le décor des bordures est souvent d'une grande somptuosité. Cela prouve un goût sobre et raffiné et ce n'est qu'aux périodes de décadence que les figures de la bordure se heurtent contre celles des illustrations.
Par sa disposition l'écriture devient elle-même un élément décoratif. Elle est souvent arrangée en un ensemble harmonieux de lignes diagonales et transversales : les réserves triangulaires qui se forment par ce genre de disposition sont remplies par des motifs décoratifs.
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Intérieur de reliure (filigrane, 2e moitié du xvie siècle).
A. M. HENRI VEVER.