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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - Ma Maison (Étude d'architecture domestique) - M. P.-VERNEUIL - Roubille - DU CHASNET - Fritz Erler - FRANÇOIS GOS SEPTEMBRE 1910 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFOYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. — Etranger : 2 fr. 50 14e Année, N° 9

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LÉONCE BÉNEDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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Ma Maison --- a construction d'une maison est en vérité une chose passionnante. Préparer la demeure où l'on va passer sa vie est une chose grave en même temps. N'est-ce pas l'une des conditions du bonheur que de trouver une maison accueillante, confortable, où il fasse bon vivre? Aussi, quelles études, quelles hésitations, quelles angoisses! Bâtir ma maison! Ce fut là, vraiment, mon rêve de toujours; et, suivant les périodes heureuses ou mauvaises, combien de plans, vastes ou plus modestes, furent composés et discutés! Tant que la chose reste dans le domaine du rêve, tout va bien. On y construit facilement, et l'on s'inquiète peu des ressources précaires. Mais que cela change, lorsque l'époque de la réalisation est arrivée! Ce temps, dont on souhaitait si ardemment la venue, on le voudrait lointain encore; car au rêve va succéder la réalité. Et alors qu'à un plan ayant cessé de plaire on en substituait autrefois si facilement un autre, il va maintenant falloir en composer un qui sera immuable, qui sera celui de la maison, de la demeure définitive. On se sent partagé entre la joie et l'angoisse. Si cette maison, depuis si longtemps désirée, allait être mauvaise? Quelle triste perspective que celle d'y passer une vie où chaque jour nous en montrera les imperfections, les tares! L'audace, l'enthousiasme se modèrent; on cherche un appui, le réconfort d'une compétence : on s'adresse à l'architecte. Là est le point délicat : savoir choisir l'architecte qui convient au genre de construction que l'on veut édifier. Mais aussi, il nous faut savoir très exactement ce que nous voulons demander à cet architecte. Car, que connaît-il de nos goûts, de nos conditions de vie intime? Rien, le plus souvent. Or, deux cas se présentent : ou bien il va nous construire une maison quelconque, banale, convenant aussi bien à tel individu qu'à tel autre; et je ne saurais, pour moi-même, envisager ce cas. Ou bien cette maison sera composée uniquement pour nous, pour que nous y trouvions nos aises, que nous y menions une vie confortable où nos habitudes seront respectées, et nos besoins prévenus. C'est pourquoi une véritable collaboration ---

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Art et Décoration Plan du Rez de Chaussée Sous-sol Comble Plan du 1er Etage

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Ma Maison Vue prise des Communs

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Art et Décoration s'impose entre l'architecte et le client pour lequel il va construire; et c'est pourquoi nous devons être assez clairvoyants pour composer le programme très net de nos désirs, et assez forts, assez tenaces, pour en imposer à l'architecte la réalisation. De mûres réflexions sont nécessaires. La vie de chaque jour doit être analysée, et la maison composée de telle sorte que cette vie y soit facile, agréable, confortable. En même temps, l'étendue des ressources est à envisager à chaque instant, de façon à éviter les méprises désagréables, ou désastreuses; et l'on sait combien sont fréquents les exemples des devis fortement dépassés, sinon doublés! Je fis, moi aussi, des plans innombrables; je bâtis en rêve jusqu'au jour où la réalisation devint imminente. Je résolus alors de m'adjoindre une compétence, et mes pauvres plans furent rapidement mis à mal. Les cinquante mille francs qui ne devaient pas être dépassés pour la bâtisse eussent été doublés presque, et mon expérience pratique eût pu me causer les déboires les plus sérieux. Je dois reconnaître, d'ailleurs, que la collaboration de M. Sézille n'a pas eu les tristes conséquences de l'exemple cité plus haut. Comprenant bien les exigences de la vie moderne, très averti des manifestations architecturales et décoratives de notre temps, je trouvais en lui l'architecte respectueux des désirs de son client, et s'appliquant à les satisfaire; n'hésitant pas à retirer une proposition accueillie sans chaleur pour en étudier une autre, au lieu de chercher à l'imposer. Les plans, la encore, se succédèrent, et dans le numéro d'août de cette Revue figurait l'avant dernier. Il était accompagné de la reproduction de

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Ma Maison Vue prise du Jardin d'eau

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Art et Décoration la maquette en relief de la maison, exposée au dernier Salon de la Société Nationale. Le plan définitif adopté en diffère très peu, d'ailleurs; la maison s'est trouvée allongée, et quelques détails intérieurs changés. Mais l'aspect général est resté le même. Voyons quel en fut le programme. La famille se compose du mari, de la femme et d'un petit enfant. Deux bonnes et un ménage de jardinier assurent le service. La maison devra comprendre, en des parties très distinctes: la partie du travail et la partie de l'habitation. — Partie du travail: un vaste atelier très clair, un bureau très fermé, un petit salon et une bibliothèque. Le tout totalement indépendant du reste de la maison. — Partie de l'habitation: vestibule, salle à manger, cuisine, office, laverie, salle de jeu des enfants. Grande chambre à coucher, avec grand cabinet de toilette et roberie, communiquant avec la chambre de l'enfant. Deux chambres à donner. Lingerie, chambres de bonnes. — Petite maison de jardinier; garage d'auto. Sans être très complexe, le programme était cependant assez chargé. Le plan qui peu à peu fut élaboré me donna pleine satisfaction, et répond entièrement à mes désirs. Comme architecture extérieure, la plus grande simplicité fut recommandée. Je trouve, en effet, que la maison simple et rustique s'allie infiniment mieux au paysage qui l'entoure que la maison prétentieuse, aux intentions architecturales, et déplorables le plus souvent. Et puis, pour une même somme dépensée, ne vaut-il pas infiniment mieux augmenter le confort intérieur, quitte à supprimer quelques corniches ou quelques sculpteurs?

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Ma Maison Detail du porche. Et ne vaut-il pas mieux habiter une grange confortable qu'un palais d'où le confort est exclu? Il semblerait ainsi que je veuille dire que l'art ne saurait intervenir dans l'édification d'une maison à la campagne. Et pourtant, combien une telle idée est loin de moi! Mais à un art prétentieux, je préfère un art simple et rustique. Et je prétends que par la bonne proportion de ses masses, par l'exact rapport de ses volumes, de ses pleins et de ses vides, par ses colorations judicieusement harmonisées, ma maison, sans ornementation accessoire aucune, et réduite à son essence même : des murs et des toits, peut donner une impression artistique incontestable. J'ajoute que l'on se fatigue infiniment moins vite de cette

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Art et Décoration Façade principale (a.o) clairement, aussi bien au rez-de-chaussée qu'à l'étage, le programme a été scrupuleusement respecté. Au rez-de-chaussée, les pièces forment deux groupes bien distincts séparés par un troisième groupe isolant : à gauche, l'atelier très vaste, le salon et le bureau, pièces spécialement réservées aux occupations particulières des parents, au travail. A droite, les pièces destinées à la vie courante : salle à manger, salle de jeu des enfants, cuisine et dépendances. Le groupe isolant est constitué par le vestibule et l'escalier. Voici un parti très net, et qui se continue à l'étage : à gauche, le vide de l'atelier, avec galerie et bibliothèque ouvrant sur lui ; à droite, la Communs - Plan du Rez de Chaussée reuses; la silhouette amusante et pittoresque ; les baies largement ouvertes de tous côtés, laissent entrer à flots l'air et la lumière, tout en mettant à chaque instant du jour le beau paysage environnant, le jardin heureusement composé, sous les yeux des habitants de cette agréable demeure. Comme la vue du plan le montre Communs - Plan du Premier Étage série des chambres, cabinets, salle de bains. Ainsi se trouvent nettement localisées la vie familiale et la vie laborieuse, l'une ne gênant point l'autre, comme cela arrive trop souvent. Or, un artiste a besoin de calme, de tranquillité dans son travail ; et ce calme, seul l'isolement peut le lui donner. L'attribution d'une pièce de jeu spéciale aux enfants contribue à cette quiétude ; ils s'y tiennent volontiers, car ils y sont maîtres, y trouvent réunis leurs jouets, y ont leurs aises, peuvent avoir facilement accès au jardin, jardin particulier qui leur est réservé, et qui met à l'abri de leurs devastations trop fréquentes le grand jardin qui entoure la maison. Cette question des jardins sera d'ailleurs traitée dans le prochain article. La position de cette pièce des enfants, en opposition des pièces réservées au travail, est très heureuse ; on ne Façade latérale (no.)

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Ma Maison peut regretter qu'une chose : que l'on n'y puisse accéder que par la salle à manger. Mais sans doute eût-il fallu trop remanier un plan, qui nous plaisait beaucoup, pour supprimer ce léger inconvénient, car nous résolûmes de passer outre. Nous allons, dans la suite de cet article, étudier tour à tour chacune des pièces de «Ma Maison». C'est pourquoi je n'insisterai pas aujourd'hui sur la disposition particulière de chacune d'elles. Quant à la maison en elle-même, à son extérieur, les quatre vues géométrales et les chapeau de pacotille et d'une robe de mauvais goût. Autant l'une est bien dans son milieu, dans son décor, autant l'autre fait tache, est pleine de ridicule prétentieux et lamentable. A mon avis, une maison de campagne doit avoir parmi ses qualités principales celle d'être campagnarde. Certes, des architectures plus raffinées peuvent être réalisées; mais elles appellent alors un décor plus en harmonie avec elle: un parc largement dessiné et de vastes espaces. Or ce n'est pas là le programme que nous nous sommes tracé. Pour continuer notre compa- deux perspectives qui accompagnent ces notes me dispensent d'un long commentaire. Une extrême simplicité, une grande rusticité d'aspect ont été obtenues sans cependant donner une apparence de pauvreté ou de sécheresse à l'ensemble. La maison est bien dans son milieu campagnard. Et l'on pourrait se permettre ici de dire qu'il existe, entre cette maison et la maison dont nous parlions plus haut, maison qui affiche de malheureuses tendances aux prétentions architecturales, la même différence qu'entre la belle fille de campagne, à l'aise sous sa coiffe et ses habits rustiques, et cette autre qui s'affuble d'un raison, au lieu de la paysanne de tout à l'heure, aux atours rustiques, c'est la grande dame aux champs, habillée d'une robe de la bonne faiseuse. Mais si la première court librement par les sentiers ronceux, elle a recours pour se promener, notre grande dame, à de larges allées, ou même à sa voiture, qui la protègent, qui lui composent le cadre qui lui reste indispensable et sans lequel elle ne peut logiquement exister. Les communs forment une agréable maisonnette, s'alliant heureusement au style de la maison principale. Ils se divisent en deux parties, comme le montre le plan: à droite,