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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - L'Architecture et l'Art décoratif aux Salons de 1905 M. P.-VERNEUIL - La Sculpture aux Salons P. VITRY - De l'Étude documentaire de la Plante x... - Planche hors texte : Étude de Ronces BACARD --- JUILLET 1905 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 9e Année, N° 7

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

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L'Architecture et l'Art décoratif aux Salons de 1905 --- Nous allons, dans ce second article, non seulement parler du Salon des Artistes français, mais encore compléter nos notes sur la Société Nationale. Aussi bien n'avons-nous encore parlé ni de l'architecture, dont les manifestations sont peu nombreuses, du reste, ni du mobilier. Ce sont là, cependant, les parties essentielles de l'art ornemental. L'architecture commande en quelque sorte le style des aménagements intérieurs, et par là même, logiquement, le mobilier en découle. Car on doit déplorer le goût bizarre qui nous amène, dans une construction renaissance, à avoir une chambre Louis XV, un salon LAVERRIÈRE Villa à Morges

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Art et Décoration Empire, un boudoir Louis XVI, etc. Quelle unité voulez-vous avoir ainsi? Quel ensemble! N'est-il pas plus artistique, plus logique. aussi, de composer un tout? De rattacher par un lien commun, par le style, les différentes pièces de l'habitation et l'habitation elle-même? On arriverait ainsi à donner enfin un caractère plus individuel à la demeure, et à sortir de la banalité courante qui fait que toutes les maisons se ressemblent plus ou moins, extérieurement et intérieurement. Si rien n'est à signaler comme tentative moderne à la Société des Artistes français, nous trouvons par contre à la Société Nationale des envois peu nombreux, il est vrai, mais intéressants, ce qui est plus important pour nous. Et nous y trouvons des maisons simples et habitables, charmantes d'aspect, gaies, com- SÉZILLE Maison à Ecouen

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L'Art décoratif aux Salons de 1905 modes de dispositions, confortables en un mot. Parmi les auteurs de ces projets, il convient de citer M. Lavergière qui, dans le style qui lui est propre, nous envoie les plans et façades de deux maisons. Celle que nous reproduisons ici a été édifiée à Morges, en Suisse. Les dispositions du plan en sont commodes, la façade et table, et un art pratique d'une autre portée sociale que l'art soit-disant officiel. M. André Collin en est persuadé, lui aussi, et nous le montre dans ses envois annuels. Il expose à ce Salon une assez importante maison d'habitation au bord d'une vallée profonde. Le plan en est vaste et bien compris; la silhouette générale simples et agréables. Une polychromie très discrète relève l'ensemble. Une autre maison, plus importante, révèle d'aussi heureuses dispositions. C'est là pour les architectes qui daignent délaisser les projets de Palais du Parlement, et autres programmes d'Ecoles, un excellent exemple. Ils peuvent s'y persuader que l'on peut faire de l'art en construisant une maison simple et habi- construction en elle-même est d'un caractère un peu rustique, plein de force, s'alliant à merveille avec le caractère du cadre qui l'entoure. Car c'est là encore souvent une erreur des architectes, ne pas tenir suffisamment compte du site qui doit recevoir la construction qu'ils vont édifier. Et la simplicité, quel cas en font-ils? Cependant une construction simple, un peu rustique, ne s'allie-t-elle pas mieux, ANGST Buffet

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Art et Décoration cent fois mieux même, à un paysage, que ces constructions banales et surchargées que l'on nous inflige trop souvent? M. Sézille fait preuve, lui aussi, d'esprit pratique et de sens artistique. Il n'a guère qu'à chercher à se dégager d'une légère sécheresse de lignes. Son plan est très simple, bien com- ché, et confortable cependant? Ce regret nous vient précisément à cause de l'ingéniosité qui a dû être déployée dans les études dont nous parlons en ce moment même. Quoi qu'il en soit, les tentatives intéressantes d'esprit moderne et pratique ne manquent pas à la Société Nationale, à côté d'œuvres d'un ANGST Desserte pris, et sa façade ne manque pas de charmes. D'autres encore seraient à signaler. On peut regretter aussi parfois certains efforts qui pourraient être dirigés dans un sens peut-être plus immédiatement pratique. Telles sont ces maisons de pêcheurs dans les rochers, maisons de pêcheurs dans les dunes, dans les falaises, etc. Ne vaudrait-il pas mieux étudier les cas plus fréquents d'une maison de campagne bon mar- caractère purement architectural, et dont nous n'avons pas à parler ici, nous y limitant à l'architecture familiale. Le mobilier nous semble bien pauvre, comparé à ce que fut cette section il y a quelques années seulement. Et les quelques ensembles exposés se trouvent dissimulés, cachés presque dans les trous les plus obscurs, les réduits les plus sombres du palais, voire même sous les esca-

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L'Art décoratif aux Salons de 1905 liers! Devant cette lamentable présentation, une chose doit nous étonner : l’admirable persévérance des artistes qui consentent à exposer dans des conditions ainsi déplorables, condamés d’avance à n’être pas vus, ou trop mal vus pour que leurs efforts apportent des résultats pratiques. Mieux partagé que les autres, M. Angst est en bonne place. Disons de suite aussi que son envoi est l’un des plus intéressants. Il nous montre une salle à manger d’un beau style, dont le buffet et la desserte me paraissent être les pièces les mieux réussies. La chaise me semble grêle, quoique bien établie, et la table de lignes un peu sèches. Le buffet est fort bien, de disposition ingénieuse et commode. L’artiste y a tiré un beau parti des bois différents et noueux, frêne et orme, dont les nervures forment une ormentation riche et sobre à la fois. La décoration proprement dite se résume à peu de chose, mais encore ce peu de chose est-il à signaler. Le thème est celui du blé, si souvent employé, mais dont l’artiste a su ici tirer de bons effets. Une gerbe orne la porte centrale et des épis rompent la sécheresse des moulures latérales. Mais le plus important est l’ornementation en bas-relief des portes pleines de la partie supérieure. Sous un dur soleil rayonnant, l’homme fauche les épis, et la femme ayant un moment interrompu son travail, caresse son enfant. Largement taillés dans le bois, ces panneaux sont d’un beau caractère et d’une exécu- RAGUEL Armoire

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Art et Décoration tion large et savoureuse, laissant apparaître le coup de gouge et en tirant du caractère. Cela nous change des bois raclés, limés et arrondis transforme. Fleur des blés, le bleuet entre aussi pour une large part dans l'ornementation de ces meubles; incrustation ou pâte rapportée, je ne sais. Mais le bleu en est un peu dur, et, à mon avis tranche un peu trop avec le ton des bois. La desserte, plus sobre d'or-nementation, est, elle aussi, bien composée. Et c'est là l'ensemble de meubles le plus intéressant de ce Salon, parce que la recherche y est plus artistique. Cependant, M. Gaillard a un pupitre ingénieux et une chaise bien établie; et M. Hérold une cheminée et une jardinière intéressantes. Dans cette dernière, cependant, je regrette l'emploi du frêne de Hongrie en grande surface, ce qui complique beaucoup et nuit à l'unité d'effet. Mais l'ensemble est harmonieux et on doit louer la simplicité des lignes générales. M. Raguel nous montre une chambre à coucher, où se remarquent de sérieuses qua- NOWACK Buffet que nous voyons trop souvent et qui, sous le prétexte d'un travail plus soigné, plus fini, arrivent à perdre complètement le beau caractère que doit donner à la matière l'outil qui la

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JALLOT Buffet

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Art et Décoration lités de goût, de simplicité et d'ingéniosité. L'armoire me semble être la pièce de l'ensemble qui doive être particulièrement signalée. M. Jallot a pris pour ses meubles des formes simples, très simples, et c'est donc uniquement dans les parties sculptées que réside l'intérêt. Le décor de passiflores de son buffet est d'ailleurs très bien traité, mais le plateau de sa table me semble bien lourd pour des pieds qui, vus de profil, sont bien frêles. M. Majorelle nous montre un important ensemble de cabinet de travail dans lequel on retrouve ses caractéristiques ordinaires. Enfin, aux Artistes français, M. Nowak expose des meubles de salle à manger qui ne sont pas sans intérêt. Dans la ferronnerie, nous avons deux envois intéressants : celui de M. Robert et celui de M. Brandt, conçus dans un esprit tout différent. M. Robert nous montre une grille enfer forgé dont la clématite est le principe ornemental. Cette grille est incontestablement une des meilleures choses de l'artiste. Le couronnement de fleurs est riche, quoique de composition simple, et l'ensemble est d'un beau caractère. Inutile de dire combien l'exécution est intéressante : M. Robert nous a habitué à sa maîtrise. — M. Brandt s'attaque à des pièces de petite ferronnerie de préférence et nous montre de charmants objets bien conçus et bien exécutés. Il ne se borne pas à forger le fer, du reste, mais s'attaque aussi à l'argent. De nombreux bijoux nous le montrent : boucles, pendentifs, simples de composition, et d'exécution large. C'est là un excellent envoi. D'ailleurs les bijoux sont ici présentés par MM. Lalique et Gaillard, qui ont, suivant leur habitude, des vitrines pleines d'intérêt. M. Lalique se renouvelle incessamment; et ses bijoux dont le motif principal est formé de petites urnes de cristal sur lesquelles sont gravées de fines figures de femmes, sont pour nous une joie délicate. De ces urnes légères sortent des feuillages d'eucalyptus en diamants. L'effet est sobre, riche cependant, d'une finesse admirable et d'une sûreté de goût incomparable. D'autres pièces, plus dans sa manière habituelle, accompagnent celles-ci. Ci-

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tons encore deux coupe-papier, l'un en corne, orné d'épis taillés dans la masse, l'autre en corne et métal, dont la poignée est formée par une grosse cigale d'un caractère puis- sant. Ce sont là de belles pièces encore. Chez M. Gail- lard, bien plus que ses bijoux, ses bronzes semblent intéressants, cette année. Ce sont surtout des vases de bronze, où l'in- terprétation de formes animales constitue le décor. Citons un vase un peu trapu et plat, dont les anses sont formés par deux têtes d'oiseaux. Un autre fin et au col allongé porte un lon- gicorne à la patine curieuse. Un autre, de grandes dimen- sions, est orné de lucanes cerfs- volants émaillés de bleu lapis. Mais j'aime moins un autre vase, aux formes agressives et hérisseées de pointes. Il y a là cependant un bel ensemble ornemental, qu'accompagnent quelques bijoux bien compris. C'est aussi aux formes ani- males que fait appel M. Ha- bert Dys, dans des orfèvreries d'un tout autre caractère. Ci- tons un grand vase formé de trois cigales accolées, reposant sur la pointe des ailes, ce qui semble un peu paradoxal, et des vases ou jardinières, dont les sauterelles forment le prin- cipe ornemental. Il y a là un gros effort. Lesformesanimalessemblent être du reste en faveur cette année. M." Krasnik nous en fournit plusieurs exemples; tel ce petit vase en bronze, LALIQUE Pendant interprétation architecturale d'un singe ac- croupi, bien dans le caractère de l'Ecole de Vienne. Un lapin en cristal taillé était aussi un curieux exemple de la simplification des formes naturelles. M. Feuillâtre nous montre plusieurs pièces émaillées inté- ressantes. Parmi elles, je cite- rai plus particulièrement un vase en cristail et émail, dont de grands papillons forment l'ornementation principale. Pour les cuirs, il n'y a guère à parler ici que de ceux de M. Bénédictus. L'artiste a cette année un envoi impor- tant. Nous y retrouvons le panneau de hiboux déjà vu au Salon d'automne, et toute une série de buvards et de liseuses ornés d'orchidées étranges, de papillons nocturnes, d'anhu- riums, de cobéas, d'insectes, dont le caractère particulier est bien propre à faire valoir le goût de l'artiste, et sa person- nalité. Cependant, il convient de citer encore un beau panneau de cuir incisé de M. Cauvy, intitulé la Chasse. Quoique l'ensemble soit un peu confus, on y reconnaît cependant LALIQUE