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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - George Auriol, Arsène Alexandre. - La Peinture Décorative au Salon. Léonce Bénédite. - Le Blé et le Lin par Léon Frédéric. Octave Maus. - Un Service de Table en Cristal (Concours). Gustave Soulier. - Planche hors-texte : Scherorazade, par GEORGE AURIOL. --- JUIN 1899 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 3° Année. — N° 6

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, FRÉMIET, ROTY LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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George Auriol URIOL que le pauvre Jules Jouy appelait de façon si gaie et si juste : « Monseigneur l'évêque des Campanules », se présente sous la triple personne de l'écrivain, du peintre et de l'ouvrier. Le premier ébaudit les lecteurs du Journal et autres feuilles; le second enchante les yeux des raffinés; le troisième secoue rudement les ateliers et réussit à y introduire, de gré ou de force, des idées et des méthodes qui ne sont que les grandes traditions oubliées ou méconnues. Du fantaisiste et plaisant écrivain qui sert « sur le pouce » tant de burlesques scènes, où évoluent de vivants et risibles fantoches, il ne m'appartient pas de parler ici. Tout au plus pourrais-je dire à ce propos que cette face de son talent, encore, est double, et que l'observateur de types et de travers, est, lorsque le vent apporte de quelque océan lointain ou de quelque lande sauvage, des souvenirs de musiques exotiques et d'arômes grisants, un bon chanteur de ballades, qui excelle à transcrire la rêverie de la Bretonne, de l'Écossaise et le cri du courlis,—tireli! Là aussi, l'on trouverait les mêmes éléments qui ont toujours inspiré, les mêmes règles qui ont toujours guidé Georges Auriol dans son œuvre graphique : l'étude attentive et attendrie de la nature, la simplicité dans l'interprétation et la fermeté dans l'exécution. Il faut donc se limiter à parler du peintre, lithographe, décorateur et typoplaste. La matière sera déjà assez importante pour que cette étude demeure trop brève, et l'on verra non sans quelque surprise à quel point de fécondité peut aller la production d'un flâneur. Je prends à dessin ce mot de flâneur; je le relève comme un des plus beaux éloges que je puisse faire d'un homme et d'un artiste; Écosse et Bretagne (couverture en lithographie). comme un de ses titres à ma sympathie et à mon envie! L'homme qui flâne est l'homme qui voit; l'homme qui voit est l'homme qui

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Art et Décoration comprend; l'homme qui comprend est l'homme qui créé; l'homme qui créé est le seul qui C'est, comme vous commencez à le voir, une façon de flâner qui est pas mal laborieuse; Programme. laisse sa trace au milieu de la banalité des mitations, redites et plates copies. Voici donc Monseigneur l'évêque des Campanules en tournée pastorale. Il s'enfonce dans la forêt et il écoute les mousses, fougères, violettes et liserons réciter leur petite et grande leçon. Il les admire de tout son cœur et les bénit sans cérémonie. Puis le voilà qui se vautre dans l'herbe de la plaine, pour compulser le brin d'herbe, la pâquerette et le pis-senlit et en tirer le sujet de son prochain man-dement. L'iris, cela va sans dire, est fréquemment son confident et son inspirateur, et sur le bord des rivières lorsqu'ils se rencontrent, ils ont plus d'une chose à se raconter, qu'ils ne rediront jamais, par exemple, à Mme Madeleine Lemaire ni à M. Zacharie Astruc. Cet évêque passionnément in partibus n'aurait garde de ne pas se rendre dans ses provinces maritimes, afin de constater par lui-même comment se comportent les algues, les pins et les tamaris. Et le voici rentré chez lui avec une belle touffe de fleurs à son chapeau et quelques précieux scarabées sur sa manche. Couverture en lithographie. et beaucoup d'indifférents ne voudraient pas être condamnés à regarder tant de choses. Il est vrai que peu de gens regardent, aiment à regarder, et c'est pour cela que les artistes comme George Auriol sont fort rares à notre époque. Daumier, déjà de son temps, avait formulé cette triste vérité en une composition pleine de bon sens et de robuste malice : il montrait un peintre, en pleines prairies, assis à son chevalet et travaillant avec ardeur, les yeux largement ouverts sur la campagne; puis derrière lui, installé à un chevalet semblable, un autre peintre qui, lui, travaille avec assez d'ardeur aussi, mais le regard fixé sur la toile du précédent. Comme légende — et c'est même une des très rares qui soient du propre cru de Daumier — ces simples mots : « Le premier copie la nature, le second copie le premier. » Auriol, qui a déjà pas mal d'imitateurs, tous aussi médiocres les uns que les autres, ne se contente pas de copier la nature, il retrace ses aspects essentiels. Il en dessine la silhouette caractéristique, en note les harmonies dominantes et fait servir ces éléments simplifiés à des arrangements toujours logiques et absolument décoratifs.

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George Auriol C'est cet amour de la nature qui l'a mis dans sa voie, qui lui a suggéré cette formule ou plutôt cet ensemble de formules personnelles, grâce auxquelles il est devenu un des décorateurs les plus originaux, les plus sûrs et les plus séduisants de ce temps. Ils sont très peu comme cela, une demi-douzaine au grand maximum, dont Grasset et Rivière. Et encore une fois, cette pénurie de décorateurs vraiment personnels vient de ce que naturellement on s' mime sans frein ; on prodigue l'arabesque à tort et à travers ; on semble croire que les métiers s'improvisent, qui jadis étaient si lentement appris, si jalousement enseignés, si bien placés en dehors de l'intrusion des profanes. « Quand on déforme, quand on simplifie, s'écrie volontiers George Auriol, il faut savoir pourquoi, il faut agir selon des règles qu'on s'est créées, et qui sont dictées par la nature elle-même, non par l'âge du bizarre ou le démon du vermicelle ! » Ah ! cette odieuse école du coup de fouet, du macaroni épileptique et sans fin, de la nouille d'Archimède ! Comme on est content, après l'indigestion de ces choses munichosives ou bruxelloises, de respirer quelques bonnes herbes françaises, interprétées avec une élégante bonne humeur, par ce japonais de Paris ! Est-il donc besoin de tant se mettre martel en tête! Ne nous a-t-on pas assommés et dévoyés en nous servant tant de propos plus ou moins profonds sur le progrès et la nouveauté en art ? Dites-nous donc un peu quel progrès ont fait depuis le commencement du monde la marguerite et la fleur du pécher, quelle nouveauté on a créée en art depuis les Égyptiens, les Grecs, les Persans, les Chinois, les Japonais, les Italiens primitifs et les Français du xve siècle ? « Conserver la tradition de certaines choses immuables, proclame encore Auriol dans ses entretiens familiers, c'est véritablement créer, bien plutôt que d'esquinter les formes en les surchargeant de reliefs qui leur ôtent tout leur charme. » D'autant plus qu'en conservant ces formes, un véritable artiste, comme le nôtre, y apportera toujours son accent. La même éternelle chanson, dite par une voix nouvelle, est en réalité une nouvelle chanson. Quant à l'utopie qui consiste à croire que la machinerie peut amener un progrès en art, utopie dans laquelle coupent généralement, ou semblent couper les fonctionnaires, hommes politiques et autres démocrates, nous la laisserons, si vous voulez bien, décôté. D'ailleurs, si les Industries mécaniques peuvent répandre quelques bonnes formules, et encore en leur retirant toujours la "Contes pour les Bibliophiles" (couverture).

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Art et Décoration fleur de la « chose faite à la main », elles contribuent à en répandre un nombre non moins égal de mauvaises, et nous ne voulons nous occuper ici que d'invention, non de vulgarisation. C'est encore un trait distinctif du caractère et du talent d'Auriol d'avoir la haine vigoureuse de tout ce qui est de mauvais goût; il rêve et il trouve des lignes heureuses et simples et des aspects gais pour les objets les plus modestes, qu'ils servent à la table, à la cuisine, à la chambre où l'on dort, au cabinet où l'on travaille. En cela, il se montre de tempérament vraiment français, aimant par-dessus tout la clarté, la simplicité et la sobriété, ce qui n'exclut ni la joie, ni le luxe le plus splendide. Il s'agit de s'entendre sur le mot luxe : il n'y a rien de plus luxueux, pour nous, qu'une belle estampe d'Outamaro, c'est-à-dire un bout de papier imprégné de quelques tons plats, et il n'y a rien de plus luxueux pour tels autres que de ronflantes cariatides, mufles et emblèmes englués d'ors aveuglants. Il n'y a rien demoins luxueux pour ceux-ci qu'un tesson de faïence persane; il n'y a rien de moins luxueux pour ceux-là qu'un immense vase de Sèvres, « orné » de torsades de bronze doré et bleu d'un bleu qui ne peut être, tant il est atroce au regard, que le ciel de l'enfer. Or, à ce luxe vrai, et qui ne coûte pas cher, Auriol a contribué de la façon la plus large et la plus variée. Les incessantes observations de la nature que nous avons désignées du terme relatif de flâneries, lui ont fourni mille thèmes applicables à dix métiers. L'ornementation du livre est un de ces prétextes qui lui tiennent le plus à cœur; puis l'ornementation des étoffes, du papier peint, de la céramique, du mobilier sous forme de paravents, d'écrans, de tentures; puis l'affiche, la couverture d'albums, de romances, de Keepsakes de toutes sortes, enfin la gravure pour le plaisir de l'estampe : lithographie, gravure sur bois,

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George Auriol au noir et en couleur; les éventails, et bien d'autres travaux encore. *** Une simple énumération, maintenant, des principales œuvres, va achever de déterminer menus, des programmes, quelques pointes sèches; il fait les couvertures d'une vingtaine de « Plaquettes Sarrazin »; un petit journal montmartrois, fort alerte, se fonde sur les hauteurs de la rue des Martyrs, Auriol l'illustre en couleurs d'une façon ingénue et spirituelle, L'Enfant-Dieu (couverture en lithographie). la part d'Auriol dans le mouvement artistique de ces dernières années. Tout d'abord, il cherche un peu son orientation, et il est plutôt illustrateur avant de devenir décorateur proprement dit. Il exécute alors diverses aquarelles, des dessins, des et la collection de la Lanterne japonaise, très recherchée tout de suite des amateurs, est devenue rarissime. Ses collaborations à la Vie Franco-Russe, au Pick me up, et à diverses autres publications auraient pu, dès ce moment, lui donner une excellente et lucrative

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Art et Décoration spécialité; mais il n'est pas de ces artistes qui consentent à être parqués, et condamnés à une seule besogne. Un champ plus large lui était nécessaire; il le comprit, et de l'illustration pure il s'évada délibérément dans la décoration. Ses premiers titres ornés paraissent dans le Magazine français. Il s'adonne également à quelques essais de céramique; et il est même bien dommage qu'il n'ait pas alors rencontré dans cette Industrie, dont nous parlions tout à l'heure en passant, l'appui matériel ainsi que l'intelligence des ressources qu'il apportait. En Angleterre, les choses se fussent passées autrement: on n'eut point allégué les goûts de la «clientèle», cette abstraction tyrannique autant qu'indéterminée; on eût créé la clientèle en créant les objets, et nous aurions eu des services exquis de gaieté et de fraîcheur; mais ce qui ne s'est pas trouvé alors peut se présenter de nouveau, et nous ne perdons pas l'espoir de voir un jour sur nos tables des assiettes et des plats auriolesques, qui fassent, pour l'avenir, honneur à quelque Nevers, Limoges, Paris ou Gien. Les titres et couvertures de journaux furent aussi une des premières applications du talent Étude (aquarelle). Étude (aquarelle).

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George Auriol décoratif de notre artiste. En voici les principaux exemples : la Revue encyclopédique, French illustrators (pour la maison Scribner, de New-York), la Semaine illustrée, la Lecture illustrée, l'Image, l'Estampe et l'affiche, les Peintres graveurs, la Vie franco-américaine la Vie drôle, le Journal des artistes, De Paradox (La Haye), Après l'école, etc., etc. Dans tous ces titres et couvertures, l'ornementation était entendue de la façon la plus large et la plus franche, dégageant bien la net- teté de la belle et svelte lettre, et la combinant avec autant d'aisance que de grâce à la silhouette florale. La couverture du livre devait être le « Sélim » (estampe en couleurs). corollaire, et des plus importants, de cette catégorie de travaux. Ici, Auriol redevenait illustrateur tout en demeurant décorateur : il pouvait multiplier caprices et spectacles; il avait loisir de s'en donner à cœur joie et de faire apparaître non plus seulement la fleur et le beau caractère, mais encore le paysage, peuplé de saines et nobles figures de femmes. Parmi les couvertures en couleur pour musiques et livres, je citerai les suivantes : Rondes et Chansons d'avril, Chansons d'Écosse et de Bretagne (dont il était le rythmeur, Dauphin et Claudius Blanc les musiciens), Sur le pont d'Avignon ; les Bucoliques, de Jules Renard; Belle d'Aout, de Marin; Les yeux clairs, de G. d'Esparbès; Chansons naïves et perverses, de G. Montoya; l'Embarquement pour ailleurs, de G. Mourey; Mimes, de Marcel Schwobe; le Thyrrse, de Goffin; Breton de Salons, de Hoschedé; Contes du Chat Noir (deux séries); Chat Noir Guide, Album du Concours de Bruxelles 1888, Méthode de dessin, chez Larousse; l'Enfant-Dieu, de Fragerolle; les Chansons fleuries, Simples Chansons, de L. Dauphin; Contes pour les bibliophiles, d'Octave Uzanne; Chansons de France, de Ch. de Sivry, etc., etc.; enfin la série complète des Programmes du Chat Noir, qui demeurent des modèles de grâce et de franche harmonie. La grâce ne s'analyse pas : on la goûte

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Art et Décoration comme elle est, en admirant bien fort ceux qui ont le don de la faire surgir à nos yeux. C'est un don que tout artiste ne possède pas en partage. Il est même assez inégalement réparti. On a fait la remarque qu'elle est, comme bien des phénomènes dans la nature et dans la vie, une question de contrastes inattendus. Tel homme rugueux d'aspect, rude de voix, est créateur de spectacles charmants; les travaux les plus délicats sont exécutés par des géants; au contraire les rêves de puissance, de férocité, de terreur, sont réalisés en art par des êtres sympathiques et doux. Mais la grâce, j'entends en dehors de toute banalité, — car il y a un idéal du gracieux dans l'illustration moderne qui est absolument écœurant, — est tout ce qu'il y a de plus rare. Auriol, dans ses couvertures des Chansons d'Ecosse et de Bretagne et des Chansons fleuries, l'a rencontrée sans effort. Ce sont des choses sans date, et qui pourtant garderont la saveur prononcée de notre époque. Ces figures charmantes pourraient être rapprochées de celles des vases gres en tenant compte des différences de techniques et de race. Comme ces légères créations des potiers de l'Attique, elles ont la légèreté, la simplicité et la noblesse. Elles sont bâties à peu de frais, et évoluent avec une aisance analogue. L'harmonie de la couleur dans toutes ces compositions, a été également signalée à l'instant. Le goût des tons employés est très sobre, mais pourtant plein de fraîcheur et d'éclat. Il procède surtout par à-plats, à la façon des émaux cloisonnés plutôt encore que des estampes japonaises avec lesquelles on a fait à propos d'Auriol et de Rivière des rapprochements qui ne sont pas toujours judicieux. Au surplus, puisque ce mot se présente en ce moment à notre esprit, nous sommes heureux de nous expliquer sur le Japonisme de tels artistes. Nous avons appelé Auriol tout à l'heure un « Japonais de Paris ». Mais que voulions-nous dire? Tout simplement qu'il apportait dans ses travaux la même attention, le même plaisir de créer à ses heures, la même joie à faire besogne de raffinement. Prenez comme exemple un des programmes du Chat Noir où des fleurs se détachent sur un fond noir plein. Il n'y a rien de moins japonais quant à la forme, mais cela n'empêchera pas pendant longtemps encore, jusqu'à ce que l'éducation de l'œil soit en France plus subtile et plus judicieuse, un tas d'indifférents de voir là des ressemblances qui n'existent pas. Auriol aime, admire, comprend le Japon à merveille, — il demeure cependant un vrai imagier de France. Comme on l'a remarqué par les spécimens de tous les titres reproduits ici, la lettre y joue un des rôles les plus importants; la bienfaisante, captivante et ornementale lettre que nos artistes aieux avaient en si grand respect et amour. La lettre est un des plus beaux dessins qui soient puisqu'elle est à la fois signe et motif. Auriol a enrichi la typographie moderne d'une quantité de beaux ornements typographiques, variant chaque fois avec le caractère de la publication qu'ils sont destinés à annoncer ou à escorter. Il a aussi trouvé une proportion et un jet de lettres pures qui sont aussi pratiques pour le liseur que satisfaisantes pour l'artiste.

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$\mathcal{E}$ Étude.