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ART et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne Sommaire - Henri Sauvage, GUSTAVE SOULIER. - Le Castel Béranger, EMILE MOLINIER. - La Société de « l'Art dans Tout. » G.S. - Un Store (Concours), - Planche hors texte : - Marqueterie. par HENRI SAUVAGE. MARS 1899 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13. RUE LAFOYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 3° Année. — N° 3

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY LUCIEN MAGNE. Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Henri Sauvage u nombre des artistes qui fournissent une contribution particulièrement active et variée à la rénovation de nos arts domestiques, il faut faire une place à M. Henri Sauvage, dont l'œuvre est déjà très importante et très diverse. M. Sauvage est architecte : c'est sa profession fondamentale ; et il entend rester architecte dans toutes ses recherches décoratives. Nous avons déjà eu nous-mêmes l'occasion d'insister ici sur la notion complète de leur rôle qu'il était désirable de voir reprendre aux architectes, et de rappeler que la capacité de construire ne trouvait pas seulement à s'appliquer dans l'art de la bâtisse ; mais que tout ce qui doit ensuite meubler et garnir la maison demande la connaissance des mêmes principes, la même sûreté de logique et de coup d'œil. A des degrés divers, c'est donc tous nos objets d'usage qui ont à gagner à la collaboration de l'architecte ; car non seulement il s'agit d'établir une forme qui doit être conçue suivant certaines lois, mais il faut aussi constituer un accord entre nos arts usuels et les édifices qui leur servent de cadre. C'est pourquoi M. Sauvage estime, en particulier, qu'un architecte est seul qualifié pour mener à bien une décoration d'ensemble, et nous ne chercherons pas à le contredire sur ce point. Il est bien certain que le sens architectural joue en pareil cas un rôle prédominant. Aussi voyons-nous M. Sauvage s'employer à la création de mobiliers nouveaux, d'étoffes de tenture, de modèles de serrurerie, et à biens d'autres travaux accessoires, à la reliure, par exemple. On trouvera dans cette livraison de nombreuses reproductions d'objets très divers ; et l'on pourra remarquer que si la personnalité de l'artiste établit entre eux tous un lien de parenté, fait du constant concours de la réflexion individuelle pour obtenir le rendement le plus pratique et le plus rai- Frise d'étoffe au pochoir (exécutée par la maison Jolly et Sauvage).

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Art et Décoration sonnable, on ne peut cependant pas relever rapprochements de matières que l'on n'était pas habitué à envisager. Cela rentre encore dans sa qualité d'esprit curieux et chercheur, toujours en éveil, discernant le parti intéressant quel'on peut tirer des résultats acquis de droite et de gauche. On peut voir, par exemple, dans les différents modèles de tentures que nous reproduisons, à quelle diversité d'inspiration se laisse aller M. Sauvage. Ses tentures sont en général exécutées au pochoir sur des étoffes très simples et très sobres, toiles ou peluches de lin, dont la tonalité seule joue parfois le rôle de fond mural, alors que de simples tiges de fleurs s'élancent en large frise, soit en haut, soit à la partie inférieure. C'est là le premier degré, pourrait-on dire, lorsqu'on part de la nature pour concevoir le décor d'un revêtement mural : une assimilation, à peine détournée dans un sens ornemental, de la surface qui arrête notre vue avec la perspective du dehors, l'aspect des jardins et des champs. Mais le plus souvent, c'est le décor qui doit fournir un jeu de fond, par un motif restreint se raccordant avec lui-même pour la répétition. Le parti de composition doit par suite être plus apparent et plus délibéré; et le sujet de tulipes que nous reproduisons, quoiqu'on y retrouve encore une observation assez exacte des don- dans tous ces différents travaux une uniformité de genre et de procédé. M. Henri Sauvage semble sans cesse désireux de ne pas se répéter et de multiplier à l'infini ses recherches et ses efforts. Tantôt, ce sera l'interprétation de la plante qui le séduira; tantôt, il préférera s'affranchir complètement d'un thème naturel pour se laisser guider dans le sens ornemental par les nécessités mêmes de la ligne constructive, qu'une simple inflexion, un léger modèle, suffisent à rendre élégante et plaisante. Cet éclectisme, que l'on sent cependant toujours sincère et scrupuleux, est ici un attrait de plus; et l'on est séduit par cette absence de parti pris, ce besoin de ne rejeter aucun des moyens qui viennent au secours de l'imagination décorative, et de les employer tour à tour suivant la matière ou la raison d'être de l'objet, ou suivant le caprice de la conception. M. Sauvage se préoccupe aussi d'une utilisation nouvelle des divers matériaux, d'appropriations inédites et d'ingénieux nées naturelles,—de la fleur et de la feuille et de

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Henri Sauvage leur allure, — obéit pourtant visiblement à une direction voulue, qui allonge et assouplit les semant çà et là quelques points de clarté. Déjà la fantaisie du décorateur est entière et tiges pour les faire onduler en guirlandes de feuillages. Ailleurs, les éléments fournis par la nature subissent une interprétation beaucoup plus large encore. Nous pouvons voir sur certain modèle la fleur détachée de la tige et traitée, à côté d'un entre-lacs de feuilla-ges qui forme un motif séparé, comme un diagramme systématique où l'on peut reconnaître un lys épanoui ou un iris. Ailleurs encore, nous trouvons le thème végétal combiné plus ouvertement même dans un unique souci de ligne et de tache. En vérité, la composition est alors presque purement graphique, et c'est pour un plus grand agrément des yeux qu'elle emprunte des formes assez générales de corolles de fleurs nous achemine vers ses autres compositions, qui ne cherchent même plus à s'attribuer une origine florale, et qui sont conçues seulement pour l'assemblage des formes et des valeurs colorées. Et s'il nous est encore possible d'y retrouver le souvenir de certains mouvements de tiges et de certaines découpe-ures de feuilles, c'est que le répertoire de la Nature est infini, et que nous ne pouvons imaginer aucune ligne dont elle n'aît déjà donné l'indication. C'est le spectacle de la nature qui nous a légué notre compréhension du dessin; nous ne combinerons point de forme en dehors des lois que nous avons tirées d'elle et qui nous ramènent vers son exemple. Tout le secret de l'art décoratif réside dans

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Art et Décoration le mélange de l'observation de la nature et du sentiment personnel, mélange qui peut légitimement être opéré à des degrés divers, sans jamais repousser complètement l'une des deux parties. Veut-on savoir comment M. Sauvage procède, alors même qu'il veut s'inspirer le plus directement d'un modèle de plante déterminé? Il étudie son sujet, non pas en prenant des croquis, mais en se servant uniquement de ses yeux, et en se fiant ensuite à sa mémoire visuelle. Le procédé paraît tout à fait recommandable, pourvu que l'on soit doué d'une bonne faculté d'observation; et l'artiste en retire un double avantage. N'ayant plus le modèle devant les yeux au moment du travail, il en évitera une imitation mesquine et servile; il se sent plus libre d'interpréter avec ampleur le type choisi, de lui donner une expression mieux définie, une adaptation plus complète à la matière et à la forme générale; et d'autre part, la force de son souvenir l'empêche d'aller trop loin dans ses libertés, et, tout en apportant du style à son travail, il conservera le caractère vivant et particulier du modèle naturel, qui se sera surtout imposé à sa contemplation. Il pourra arriver que l'artiste soit mal servi par sa mémoire pour la reconstitution d'un détail matériel, et qu'il accorde, par exemple, à la fleur un nombre de pétales erroné; mais il ne saurait en tout cas se tromper sur l'effet réel, sur l'impression qu'il a lui-même reçue et qu'il veut rendre; et c'est ainsi que le véritable respect de la nature sera assuré : il ne viendra pas à l'idée du décorateur d'interpréter la glycine de la même façon que la rose trémière. Cette recherche du caractère apparaît nettement dans la composition en couleurs qui accompagne cette étude; les aspérités épineuses propres au chardon s'y retrouvent jusque dans cette interprétation très libre de fumées qui viennent s'enrouler autour des tiges, et l'introduction du métal dans la marqueterie a bien ici sa signification décorative. Une poursuite analogue du style et du caractère se voit aussi ailleurs que dans les exemples tirés de la flore. Si l'on considère cette frise formée de va- gues interprétées, on y retrouvera un juste sentiment delanature; et d'autre part, l'esprit de systématisation qui y est apporté ne se borne pas à une transcription des estampes japonaises. Il y a véritablement stylisation indépendante et personnelle; et l'on peut voir que par cette bordure de vagues hérissees d'écume, M. Sauvage a très heureusement rénové et agrémenté la vieille disposition des postes classiques. Les différents degrés de naturalisme et d'interprétation que nous avons observés dans ses tentures, M. Sauvage les échelonne encore dans ses pièces de serrurerie. L'une des plaques de porte que nous montrons ici révèle, dans la découpure du métal, une sorte de dentelle florale; l'entrée de serrure et la penture portent des feuilles légères, tandis qu'une autre plaque est uniquement composée d'un entrelacs de courbes, capable de s'allier à merveille avec le cadre des salons pseudo-Louis XVI que répètent bien des maisons actuelles; mais ces lignes entremêlées manifestent cependant un sens moderne de la décoration. Quant à la crémone et au bouton de porte, qui donnaient matière non plus à la décoration plane, mais au modelé, nous y pouvons observer le même principe que nous découvrirons dans les meubles de M. Sauvage : une agrégmentation discrète de la ligne essentielle, une décoration prise dans la masse elle-même et dont l'inspiration peut être rapportée au mouvement des tiges végétales, à la naissance des feuilles et des boutons. Nous rapprocherons de ces diverses pièces de serrurerie un encrier, également fondu en métal, où ce principe de modelage s'accuse encore.

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Henri Sauvage Page 69 La variété d'expression que j'ai voulu signaler dans les ouvrages d'Henri Sauvage n'empêche donc pas une continuité de principe et de sentiment, qui se manifeste précisément dans les appropriations diverses du genre au résultat cherché. Mais plus encore que dans les travaux restreints, l'unité de conception de l'artiste et sa détermination fondamentale se révèlent à l'examen attentif des meubles qu'il a exécutés et des décorations d'apparitements auxquelles il a déjà pu apporter ses soins. En présence d'un programme de décoration à arrêter et à réaliser, M. Sauvage se pose méthodiquement plusieurs questions qui précisent de plus en plus le champ de ses recherches et guident son imagination. Il se demande d'abord, non seulement quel est l'état social de la personne pour laquelle il s'agit de créer un intérieur, quelles sont aussi ses habitudes et ses prédilections, mais encore quel est le caractère de la pièce qu'il doit décorer. Et sur cette matière, M. Sauvage a quelques idées spéciales dont il n'est pas sans intérêt de donner ici un aperçu; car rien ne pourra mieux montrer comment le système de cet artiste s'appuie toujours sur la réflexion, reprenant les questions qui semblent le plus solidement résolues, critiquant les usages consacrés que l'on s'habitue trop à accepter sans contrôle, pour les juger par lui-même, à la lumière de ses expériences et de ses vues personnelles. Si c'est un salon dont on lui confie la disposition mobilière et ornementale, M. Sauvage songe que c'est surtout chez nous la pièce réservée à la réception. Il faudra donc se préoccuper d'établir un cadre correspondant au caractère d'une réunion mondaine : non seulement composer un ensemble clair, élégant et gai, mais penser à mettre en valeur les toilettes des femmes, à assurer le confort à la causerie. Le fond sur lequel ressortiront les silhouettes vivantes ne devra donc pas venir lutter avec le teint et l'habillement des visiteuses, Lit (en collaboration avec M. Peigné). mais il devra fournir une base à la fois riante et neutre, capable d'harmoniser entre eux des tons divers. M. Sauvage souhaiterait même que le fond de tenture restât uni presque jusqu'à hauteur d'homme, et que la décoration murale ne se donnât cours qu'à la partie supérieure du salon, au-dessus des personnes qui s'y trouveront réunies. D'autre part, le salon demeure le royaume particulier de la maitresse de maison; celle-ci doit donc l'organiser selon son goût, et elle doit même, afin de s'y plaire toujours et d'y trouver sans cesse un agrément nouveau, pouvoir en changer l'ordonnance, en modifier les perspectives selon ses préférences du moment.

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Art et Décoration Car n'y a-t-il pas un charme même dans l'ins- tabilité du goût féminin? Par suite, les meu- bles seront légers et faciles à déplacer. Peut-être cependant y aura-t-il lieu, si le salon est vaste et peut comprendre un coin plus spécialement réservé à l'intimité, d'y disposer une partie plus fixe, où l'on retrouve mieux les habitudes journalières du foyer. On le voit, c'est toute une psychologie de la maison à laquelle se livre M. Sauvage, pour dégager une conception logique et nouvelle de chaque partie de la décoration domestique. Pour une salle à manger, en effet, les considérations seront assez différentes. Disons d'abord, d'une façon générale, que rien n'oblige à ce caractère sévère et sombre dont on s'accorde aujourd'hui, sur la foi des tapissiers, à faire l'apanage particulier des salles à manger. Il semble que le repas de famille ou d'amis, ou même le diner plus cérémonieux, n'aient rien à perdre à être égayés de lumière, entrant franchement par les fenêtres et se réfléchissant sur des tentures, des boiseries et des meubles de tons clairs. Plusieurs s'imagine encore que la distinction consiste sur ce point dans une claustration morose entre des étoffes sourdes et des meubles au brou de noix, sous un jour pauvrement distribué qui donne l'illusion d'un perpétuel décembre; nous ne saurions trop nous élever contre cette doctrine, que nulle appréciation sensée ne justifie. Et si l'on donne avec nous la préférence aux joyeux rayons illuminant la nappe, jouant parmi les cristaux, les faïences et l'argenterie, et faisant reluire le métal des appareils d'éclairage, on pourra ensuite se demander, comme le fait M. Sauvage, quel est le mode de décoration qui paraît ici le plus convenable. Il faut songer que la position normale à la salle à man- ger, c'est la position assise. Le point de vue est donc très bas; et au contraire de ce que nous avons proposé pour le salon, c'est la partie inférieure de la pièce qui profitera des dispositions ornementales. Par conséquent, le sys ème de décoration murale le plus logique sera ici une haute frise courant au bas de la salle, au-dessus de la plinthe; ou si l'on préfère un revêtement de boiserie, les lambris ne devront pas rester nus et froids, puisque c'est d'eux que l'on attendra la plus grande contribution ornementale. D'ailleurs, les murs ne sont pas seuls à constituer la décoration d'une chambre, et les meubles eux-mêmes y ont leur part impor- tante. A la salle à manger, le mobilier devra donc être conçu dans une recherche de perspective particulière; et les dressoirs, les buf-

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Henri Sauvage fets, au lieu de s'étager vers le plafond, devront être assez bas et s'étendre plutôt dans la largeur. Poussant ses investigations au bureau, au cabinet de travail de l'homme d'affaires ou d'études, M. Sauvage observe que c'est une impression de sobriété et de sévérité qui doit dominer. La tonalité générale sera choisie dans des tons gris; le dessin de tenture sera assez uniforme, ne comptant pas par lui-même, de façon à ne pas arrêter le regard. Les meubles doivent ici s'interdire une recherche d'élégance raffinée; et leur caractère sérieux et fixe doit s'allier avec l'atmosphère silencieuse d'une chambre de travail. Il est certain que le meuble capital est le bureau qui doit occuper la place centrale, également à portée de tous les meubles accessoires, bibliothèques ou cartonniers, qui sont aussi des auxiliaires du travail. De plus, le bureau lui-même doit être conçu le plus confortablement et le plus pratiquement qu'il est possible; nous pouvons même dire scientifiquement, car si l'on doit trouver aisément autour de soi, sur un bureau vaste et intelligemment disposé, tous les objets dont on peut avoir besoin pour le travail courant, le meuble doit être également combiné et élevé de façon que l'on puisse écrire dans la position recommandée par la meilleure hygiène. A ce point de vue, le fauteuil de bureau est un com- plément indispensable, qui doit réclamer les soins les plus scrupuleux de l'architecte. Mais il est dans la maison une autre pièce qui, si elle ne réclame pas de l'artiste une décision plus approfondie, peut du moins donner cours à des attentions plus délicates, à un éveil plus généreux de l'imagination : c'est la chambre à coucher. Il s'agit, en effet, de disposer ici la retraite intime où les maîtres du logis ont le droit de se sentir plus particulièrement entourés et flattés par les prédilections de leurs goûts personnels. La décoration peut donc se faire ici plus individuelle, plus minutieuse aussi et, pour ainsi dire, plus grouillante, agrémentée d'un chiffonnage où l'on sent la main d'une maitresse de maison imposant sa marque à son chez-elle, et peuplée de bibebots affectionnés. Le centre logique de la pièce est constitué par le lit, vers lequel toute la décoration doit converger, se faisant plus riche et plus séduisante à mesure qu'on s'en rapproche, et devenant plus simple dans un cercle plus éloigné.

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Art et Décoration Ainsi, par l'application d'un même effort de pensée, Henri Sauvage varie sans cesse les ensembles décoratifs, qui se révèlent pour le spectateur avec une grâce naturelle et animée, un charme peu usité encore de lucidité et de raisonnement. Car non seulement M. Sauvage veut réaliser des accords logiques, mais il se préoccupe aussi des harmonies plastiques et colorées qui en découlent. Pour toute pièce, il choisit d'abord une coloration générale, à laquelle il subordonne les différentes parties de l'ornementation. C'est pourquoi ses ouvrages d'aménagement et de décoration intérieure, aux degrés divers de simplicité ou de richesse, plaisent tout de suite aux yeux par leur discrétion et leur entente. Au choix de la tonalité vient s'ajouter le choix des matériaux, qui l'assure et le complète. Cette détermination est encore fort importante, car M. Sauvage veut tirer ses ressources de la matière qu'il emploie, de ses aspects naturels, qu'il ne déguise ou ne défigure jamais. Le bois d'un meuble est beau par lui-même, pour qui sait le choisir et le traiter convenablement; il en est de même du grain des étoffes ou du cuir, ou des patines diverses que prennent les métaux. La qualité primordiale du décorateur, c'est non pas de charger d'ornements une matière naturelle, mais de savoir choisir ces collaborateurs inertes, auxquels son ingéniosité fera jouer un rôle. Il est de toute importance en décoration de faire rendre ainsi à la matière tout l'intérêt qu'elle comporte. De même le sculpteur ne se décide pas au hasard pour le marbre ou le bronze, et il escompte ce qu'il devra, dans l'œuvre achevée, aux transparences ou aux richesses de la pierre ou du métal. Cette façon de considérer la substance plastique comme un auxiliaire puissant, et ce respect qu'on accorde à ses qualités propres, déterminent chez M. Sauvage, comme chez quelques autres artistes de notre temps préoccupés de saine doctrine, ce mode de décoration dans la masse dont nous avons déjà touché un mot. Non seulement chaque matière est traitée pour elle-même, suivant sa consistance et son aspect; et non seulement l'artiste obéit à des subordinations successives de la matière à la forme générale, à la destination de l'objet, puis de la forme plus précise et plus particulière à la matière elle-même. Mais dans cette forme plus serrée, l'artiste fait marcher de pair la construction et la décoration. L'agrément ornemental ne vient pas d'une virtuosité d'exécutant, accrochant par endroits des reliefs indépendants qui amusent le regard: il réside dans la recherche même de la ligne essentielle, Entrée de serrure. Poignée de porte. Crémone. (Pièces de serrurerie exécutées par Camus.) Plaques de portes.

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Henri Sauvage dans les profils et les silhouettes ; et une fois que les nécessités de construction les plus rigoureuses ont été comprises, l'artiste s'efforce d'y apporter un sentiment d'aisance et d'élégance aussi poussé qu'il est possible. On peut sentir, par les meubles que nous reproduisons, quel est l'effort que nous voulons exprimer; et nous avons déjà eu l'occasion, d'ailleurs, de relever chez quelques autres artisans du mobilier des tendances identiques, où il faut voir les conditions prédominantes de notre style moderne tel qu'il arrivera à se généraliser. M. Sauvage ne craint pas de laisser des surfaces pleines et unies, et c'est là qu'il compte sur l'effet de la matière seule; mais il se préoccupe d'incurver les lignes pour leur donner plus de séduction, de souligner les soutiens de ses meubles d'un modelé à la fois ferme et assoupli, d'une modulation grasse et caressante, reprenant largement dans le bois qu'elle affine, dont elle précise les contours plus nerveux, et il détermine des inflexions et des épanouissements empruntés aux mouvements des tiges végétales. On peut voir aussi, dans la disposition des joints, dans la façon dont les consoles ou les arcs-boutants se relient au corps du meuble, dans les surfaces évidées, un effort pour approprier au traitement du bois une plastique nouvelle, qui cherche à imiter l'élégance plus libre de la nature, la croissance spontanée des branches d'arbres. Il y a là un principe fécond et excellent, pourvu qu'on ne s'enhardisse pas à poursuivre par des ajustements de pièces, au moyen de chevilles ou de mortaises, les ramifications que peuvent seuls donner le jet unique, la continuité de la sève circulant dans le bois. Il faut louer M. Sauvage de ce qu'il sait res- ter modéré dans ses recherches les plus neuves, et de ce que, tout en ne se cantonnant pas dans Encrier (exécuté par Camus). les procédés déjà acquis, il entend maintenir un lien traditionnel entre les productions de notre époque et les formes légitimes de notre art passé, celles où nous reconnaissons le caractère uniforme et décisif d'un style. Il est aisé, je crois, de rapprocher les meubles de M. Sauvage de la conception générale du mobilier au XVIIIe siècle; mais l'artiste reprend la tradition pour la moderniser, et c'est dans un esprit très différent, avec un tout autre système d'interprétation, que M. Sauvage envisage les courbes et les volutes. Rappelons qu'il est d'abord guidé par le souci architectural, et qu'il veut assurer à son ouvrage des conditions d'équi-