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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - Edme Couty. - GUSTAVE SOULIER. - Décoration d'un Restaurant. - FERNAND WEYL. - La Céramique Moderne de Meissen, - WILLIAM RITTER. - Les Travaux de l'Ecole Guérin. - LUCIEN MAGNE. - Planches hors texte : - La Rêverie, par Edme COUTY. - Décoration de Restaurant (détail), par HURTRÉ. --- JANVIER 1899 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13. RUE LAFALETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 3e Année. — N° 1

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE. Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Edme Couty Le talent de M. Edme Couty est de ceux qui séduisent dès le premier abord, et contre cette séduction on a mauvais vouloir à se défendre, car on sent tout de suite dans son art quelque chose de spontané et d'intuitif; et lorsqu'on cherche à pénétrer les secrets de cette grâce souriante et aisée, où l'on ne reconnaît aucune trace de contrainte et d'affectation, on s'aperçoit de la sûreté consciente des moyens employés et de l'assiduité de travail que nécessite toujours cette conquête du charme et de l'élégance. Nous allons pouvoir nous rendre compte, en effet, des ressources de cette imagination souple et variée, abondamment nourrie dans l'étude et la contemplation de la nature, et éprise aussi des matières riches et nobles et des belles pratiques de métier. Edme Couty pourrait, à vrai dire, être présenté comme le type de l'artiste décorateur, et il nous apparaît pénétré exclusivement du sentiment d'art propre à notre pays, et formé par les traditions vraiment françaises. Peut-être n'est-il pas exagéré d'appeler ici l'attention sur un caractère assez rare dans notre art décoratif français contemporain. Car bien d'autres préoccupations, inconscientes ou voulues, altèrent souvent ou supplantent la lucidité de nos qualités nationales. Cette sorte de fluidité aimable dans l'ajustement du décor, telle qu'elle se signale du premier coup chez M. Couty, l'artiste l'applique également à tous les arts mobiliers, mais sans monotonie et sans répétition, avec le sens divers de ce que commande chaque technique, et comme si un instinct merveilleux lui en permettait toujours la réalisation avec le moindre effort dépensé. Cependant, cette victoire continue sur les difficultés matérielles, quelque apparence d'enjouement et d'insouciance qu'elle revête, n'en dévoile pas

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Art et Décoration moins pour les esprits attentifs tout un passé d'observation et de discipline. Et s'il était besoin d'autre chose que de son œuvre même pour affirmer cette richesse d'expériences personnelles et la fermeté d'un système réfléchi chez l'artiste qui nous occupe, nous rappellerions que M. Couty a professé longtemps, à l'École Nationale des Beaux Arts de Nice, un cours de composition décorative et d'histoire de l'art. Voilà bien qui indique, n'est-ce pas, un idéal documenté, si l'on peut ainsi dire, et des principes sérieusement établis. Nous pouvons même dire que c'est sans doute la solidité et l'ardeur de ses convictions qui l'ont engagé à les exposer et à les communiquer à d'autres; et aujourd'hui encore, M. Edme Couty continue son enseignement par des articles et des conférences, pleins d'aperçus pratiques. Nos lecteurs n'oublient pas que notre Revue elle-même a profité récemment de cette doctrine écrite. Il nous est possible, d'ailleurs, de chercher à déterminer, par l'examen de son œuvre, les principes qui guident Edme Couty. Et il y a fort à penser que ces compositions claires et franches, — ainsi qu'un regard qui n'a rien à dissimuler, — ne refuseront pas de nous livrer tout au moins quelques-uns de leurs secrets, assez pour délimiter et pour comprendre cette physionomie d'artiste, et aussi pour en tirer quelques leçons salutaires. Nous avons déjà relevé le charme des compositions de M. Couty: ce charme n'est pas seulement une

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Edme Couty HYGIENE L'Hygiène (Couverture de revue). consequence des qualités personnelles de l'auteur; mais il est érigé par lui en principe. On semble trop souvent oublier, en effet, que l'art ornemental, qui prétend animer tous les objets de notre entourage, doit avant tout se proposer de plaire. La grâce est dans tout ce domaine une condition principale. Or, s'il nous est loisible de découvrir peu à peu les qualités accessoires, les mérites de facture ou les trouvailles d'ingéniosité, la grâce doit s'imposer à la première vue et nous solliciter de toutes les façons. En satisfaisant notre sentiment secret du rythme et de l'harmonie, l'objet doit nous offrir des contacts moelleux et des contours caressants. Mais pour atteindre à cette séduction immédiate, l'artiste doit moins se préoccuper de surprendre que de flatter. Il ne faudrait pas croire cependant que ce mot comprend de fâcheuses concessions et de blâmables compromis. L'artiste doit rester maître de son sentiment et diriger doucement le goût du public. Mais il importe de remarquer que le décorateur travaille pour satisfaire les besoins d'un certain public, tels que les a constitués le mouvement des siècles et des idées. C'est le confort d'une époque déterminée qu'il a en vue, et il ne peut à sa guise violenter cette époque et modifier les influences qui lui ont donné son caractère. Par suite, si son œuvre demeure extravagante et d'une individualité exagérée, elle ne peut recevoir l'adhésion d'aucun public, elle manque à sa destination; et par cela même, elle reste vaine et mauvaise. Le public a donc le droit de reconnaître dans les productions nouvelles de l'art domestique quelque chose de sa propre tournure d'esprit; il doit s'y retrouver, pour ainsi dire, et il a besoin de se sentir chez lui dans cet entourage nouveau qu'on lui prépare. L'artiste n'a donc pas à craindre d'accepter le thème ornemental qui se présente naturellement à lui, comme si toute floraison spontanée devait être sacrifiée à la laborieuse élucubration de formules nouvelles. La recherche de la rareté est dangereuse, car elle épuise et restreint de plus en plus les ressources de l'artiste, en même temps qu'elle risque de le faire sortir toujours plus des voies normales. Ce n'est pas l'étrangeté qu'il convient de poursuivre, mais il faut s'attaquer sur une forme simple à la préciosité nerveuse, à l'élégance rigoureuse et fine; et l'aisance et le naturel ne doivent pas être Étoffe de tenture.

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Cheminee en bois.

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Edme Couty confondus avec la banalité. La nature n'est jamais banale, parce que dans la répétition des mêmes formes elle est toujours exacte et variée; il en est de même de l'artiste véritable qui consent à rester lui-même. Et il y trouve, au surplus, cette rare vertu de discrétion et de distinction, qu'il faudrait s'efforcer de conserver comme la marque la plus authentique et la plus précieuse de notre art français. M. Couty a compris jusqu'au bout la force de ces vérités, et il en a fait la base même de son art. On peut s'apercevoir déjà, par ces arrangements de pages que M. Couty a bien voulu composer pour nous, de cette sorte d'instinct décoratif qu'il possède, mais un instinct cultivé et maîtrisé; et l'on peut remarquer aussi que la grâce naturelle n'exclut pas le beau caractère, la libre et puissante interprétation, comme dans ce tronc de pin, de superbe allure, écartant ses branches, et dont les aiguilles se groupent et frisent comme des pétales. Les mêmes qualités trouvent immédiatement leur application dans la disposition de papiers peints, d'étoffes, de frises, dont M. Couty a composé un grand nombre. On se souvient que nous en avons déjà donné des reproductions. L'artiste y recherche toujours les qualités d'élégance, de sobriété et de clarté. Les enchevêtrements de branches n'y ont jamais rien d'inextricable et de trop touffu; sur les fonds unis ou rompus, l'artiste laisse apprécier la jolie souplesse des rameaux, d'une inflexion toujours cherchée et décorative. M. Couty n'a pas peur même d'encourir parfois le reproche d'une simplicité trop naïve, et quelques-uns trouveront peut-être qu'il use de combinaisons trop élémentaires, et qu'il devrait s'interdire les rosaces schématiques ou les maigres feuillages posés à plat, comme des lauriers en passement. Etoffe tissée (exécutée par Saurel).

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Art et Décoration rie. Pour nous, nous dirons qu'il faut se demander d'abord quel est l'effet que l'artiste a voulu réaliser, et qu'il serait injuste de réprouver radicalement ces moyens simples. On peut, en effet, en renouveler éternellement l'aspect, et ils peuvent être employés avec beaucoup de bonheur dans des compositions légèrement teintées d'archaïsme, et rappelant par l'aspect général un souvenir de Louis XVI effacé ou de timide Empire. M. Couty l'a, d'ailleurs, prouvé, croyons-nous, à côté de compositions en fleurs, palmes verdoyantes, entre lesquels s'inscrivent des noms de musiciens, comme sur les tablettes de la Renommée, parmi les trophées de feuillages. Le dessus du piano offrait un espace pour une composition plus ample : l'artiste y a groupé trois figures de femmes personnifiant l'Harmonie, la Mélodie et le Rythme, dans des attitudes sobres, en longues robes à plis droits. Autour d'elles, les grandes lignes d'un paysage évoquant les mélodies naturelles : un large fleuve, des bouleaux fris- plus corsées, mais où les amateurs de turbulence et de complexité ne trouveront jamais leur compte. Les lecteurs d'«Art et Décoration» savent déjà combien Edme Couty a eu recours, pour ses travaux décoratifs, à l'art de la marqueterie. Après tous les exemples de cette technique que nous avons fait connaître naguère dans l'œuvre de M. Couty, nous n'en citerons qu'un nouveau, d'une importance particulièrement notable, et où la douceur harmonieuse de ce tempérament a trouvé un champ d'expression significative. C'est un coffre de piano, dont toutes les parois sont décorées de bois incrustés : lauriers sonnants, des branches légères, et toute une guirlande d'oiseaux accourus auprès des chanteuses. On ne peut s'empêcher de retrouver sur ce panneau une suavité de poésie antique. On songe aux poèmes où une épithète suffisait pour donner toute une émotion de nature ; M. Couty en use de même, avec des moyens différents : il effleure et esquisse, sans jamais appuyer. C'est une grâce discrète qui nous pénètre. Ajoutons aussi que la composition reste également sobre de moyens, qu'elle garde nettement sa destination décorative et qu'elle ne vise pas au tableau. Le jeu des bois divers, loin de feindre des effets purement picturaux,

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Edme Couty ajoute à l'imagination de l'œuvre un intérêt de métier scrupuleusement approprié. Le piano de M. Couty peut passer pour un moyen terme entre les applications pratiques du dessin ornemental et l'art de l'ameublement proprement dit. Mais l'artiste ne s'en est pas tenu là; il estime que le talent véritable de décorateur doit étendre toujours plus son action et acquérir de nouvelles ressources d'expression; et il a composé lui-même plusieurs pièces de mobilier, où c'est l'architecture qui joue le rôle primordial et qui régit toute la conception de l'ornement. Nous en produisons ici plusieurs exemples, mais nous pouvons citer d'abord cette cheminée de bois, comprenant des détails de sculpture et de céramique, dont on sent tout de suite la parenté avec les ouvrages que nous avons envisagés précédemment. C'est le même mépris de ce qui étonne le spectateur, la même recherche d'arrangement soigneux et tranquille, d'un détail un peu minutieux peut-être par endroits pour demeurer architectural. Loin de vouloir effacer le souvenir de tout ce que l'on a vu jusque là, M. Couty semble se proposer, au contraire, pour ne pas affoler le public, de lui permettre le souvenir de formes déjà connues, qui lui fournissent un point de repère et un point de départ pour comprendre les éléments nouveaux qu'il rencontre. Cet esprit de retenue, ce système de modération et de persuasion vis-à-vis du public vaut la peine que nous en dégagions plus profondément la portée. Remarquons dès maintenant, en présence de cette cheminée, que M. Couty ne craint pas d'user de la ligne droite, alors que beaucoup semblent surtout tourmentés aujourd'hui du désir de la supprimer; et cela confirme ce que nous avons déjà montré du sentiment classique que M. Couty veut maintenir dans son art. Conscient, en effet, du rôle que chaque talent doit jouer dans le renouveau de nos arts industriels, et disposant lui-même de moyens d'action variés par la possession de techniques diverses, Edme Couty ne veut cependant pas s'engager à la légère, sans s'être nettement demandé d'où il vient et où il doit aller. Le style moderne qui réussira à s'imposer doit forcément marquer un lien entre les arts divers de notre époque, et cette communauté d'esprit et de direction ne devrait pas seulement être manifeste entre les ouvrages d'un même artiste, mais encore entre tous les objets usuels sortis

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Art et Décoration Écran. faut-il reprendre le contact? Telle est la question qui se pose pour tout décorateur soucieux de faire une œuvre efficace. Quelques-uns, séduits par des qualités de saine et loyale robustesse, par un système de décoration à la fois sobre et ingénieuse, et fortement attachée à la matière, tentent de faire dériver notre art contemporain de l'art du moyen âge. Il ne faut assurément pas laisser sans profit pour nous l'admirable production de cette époque; nous avons bien des choses à apprendre à l'école des vieux maîtres ouvriers, et notamment la franchise et l'accent de la main-d'œuvre, qui laissent à chaque matière sa saveur d'origine. Mais il ne faudrait pas, croyons-nous, chercher dans l'ensemble de cet art, dans sa physionomie architecturale, l'indication de ce que doit être notre art actuel. Trop de siècles nous séparent des Gothiques, et il s'est établi pour nous des préoccupations de vie trop différentes pour que nous puissions utilement nous approprier ces principes d'esthétique. Nous avons à créer autour de nous un décor un peu moins rébarbatif, plus accueillant et plus enveloppant, à réaliser, pour la vie du foyer, une intimité plus souriante. Il nous faut donc renouer avec les manifestations d'art soutenu qui sont le plus proches de nous, non seulement par la date, mais par d'ateliers différents. C'est seulement alors que le style nouveau aura toute la cohésion nécessaire et qu'il sera véritablement constitué. Auparavant, on risque de ne rencontrer que des efforts isolés et accidentels, accusant une individualité spéciale plutôt qu'aspirant à l'adoption de tous. Mais pour arriver à la réalisation d'un art domestique présentant ce caractère d'ensemble, il serait bon de s'étendre d'abord sur les principes qui doivent guider la conception. L'évolution du mobilier doit suivre celle des habitudes et des idées, par un cours insensible et presque involontaire. La difficulté pour nous, c'est que ce cours normal a été brusquement rompu dans notre siècle par le goût délibéré de l'anachronisme, et qu'il faut renouer avec des traditions oubliées, non pour en perpétuer à jamais l'expression immuable, mais pour en reprendre l'incessante et naturelle transformation. A quel moment de nos traditions Étoffe.

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Edme Couty qu'entend M. Couty lorsqu'il veut partir de l'influence du xviiie siècle pour concevoir des modèles nouveaux. Il semble surtout jaloux de donner à ses meubles les contours qui paraissent le plus immédiatement venir sous le crayon du constructeur. Les lignes semblent naturellement commandées par le souci d'adapter aussi exactement que possible l'objet à son meilleur résultat. Tout ce qui trahirait un effort prémédité est aussitôt banni par l'artiste. Mais avec cette impression de calme que M. Couty recherche partout, il met une séduction dans le dessin même de toute chose, dans la souplesse et l'inflexion douce des formes. La partie ornementale, traitée avec mesure et simplicité, ajoute aussi son agrément, et l'on aura vite remarqué la ressource de ce thème décoratif du pavot, que M. Couty a pris pour une chambre à coucher, et qui se retrouve sur les meubles en motifs de marqueterie, sur les étoffes ou les tapis, et sur les murs en hautes frises imprimées. Le charme et la discrétion résident encore chez Edme Couty dans la recherche de la tonalité, qui réalise toujours un accord subtil et aimable. C'est donc, dans tout ouvrage de cet artiste, une note d'élégance sans tapage et de paisible intimité qui s'impose d'abord. Il y a dans tout cela un bon ton et une délicatesse Étude. la tournure d'esprit, et c'est aux modèles du xviiie siècle qu'il vaut mieux demander une ligne de conduite. Non pas tant au style Louis XV, où le sentiment de l'élégance s'exaspère un peu dans les fêtes d'une cour frivole et dépensière, qu'au Louis XVI, plus assagi avec le même souci de charme et de goût, et qui nous révèle une grâce noble et tempérée, un sens de la richesse sans faux éclat, de la quiétude confortable qui convient à la demeure. A vrai dire, c'est bien là le style le plus français et le plus organisé qu'ait produit l'histoire de l'art de notre pays. Toutes les industries de l'ameublement et de la parure y ont participé, et plus tard, nous n'avons plus vu se succéder que des formules imposées, comme celles de l'Empire, brusque entorse donnée à la filiation naturelle des styles, ou des formes inaptes et indifférentes, comme celles des époques postérieures, de plus en plus envahies jusqu'à nos jours par la répétition stérilisante de modèles tombés en désuétude. On peut se rendre compte maintenant, par l'ensemble d'aménagement intérieur que nous reproduisons ici, et par les détails de la table et du fauteuil tirés de cet ameublement, de ce Étude.