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ART D'AUJOURD'HUI LA PEINTURE AUX ÉTATS-UNIS REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 2 • NUMÉRO 6 • JUIN 1951 • PRIX 225 FRS
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ART D'AUJOURD'HUI LA PEINTURE AUX ÉTATS-UNIS REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 2 • NUMÉRO 6 • JUIN 1951 • PRIX 225 FRS
SOMMAIRE 1. Couverture: - Fritz Glarner. Relational Painting 1950 (photographie circulaire). - Pollock. - Avertissement par L. Degand. 2. Vue d'ensemble et tendances diverses. 3. Paris-New-York 1951 - par Michel Seuphor. 4. La Peinture Abstraite aux U.S.A. - Textes de George L.K. Morris, Willem de Kooning, Fritz Glarner, R. Motherwell, Stuart Davis, A. Gottlieb, T.B. Hesse. 5. Quelques jeunes Américains de Paris - par J. Alvard. 6. Schneider par R.V. Gindertael. 7. Expositions. - Expositions à l'Etranger. - Bibliographie. - Critique de la Critique - par P.E. Sarisson. --- ART D'AUJOURD'HUI Directeur : André BLOC Comité : - M. BLOC, DEL MARLE, L. DEGAND, P. FAUCHEUX, E. PILLET. Secrétaire Général de la Rédaction : - Edgard PILLET Revue Mensuelle, 5, rue Bartholdi, Boulogne-sur-Seine - MOLitor 61-80 Edition de l'Architecture d'Aujourd'hui C.C.P. PARIS 1519-97 Abonnements : - FRANCE : 1.500 frs (8 numéros) - Etranger : 1.800 frs DISTRIBUTEURS : - Argentine : Editorial Victor Leru, Calle Congallo, 2233 Buenos Aires. - Belgique : Eric Lemesre « Formes Nouvelles », 60, rue Ravenstein, Bruxelles. - Brésil : Sociedade de Intercambio, Franco Brasileira Ltda, 275, Rue Barao de Itapetininga Sao Paulo. - Italie : Saise, 24, Via Monte di Pieta, Torino. - Suède : Charles Portin, Baztugatan 40, Stockholm. --- LA PEINTURE AUX AVERTISSEMENT NOUS MANQUONS DE CONTACT AVEC LA JEUNE PEINTURE DES ETATS-UNIS PRESQUE AUTANT QU'ELLE-MEME AVEC NOTRE JEUNE PEINTURE EUROPEENNE. IL IMPORTE QUE NOUS LE RECONNAISSIONS, DE PART ET D'AUTRE, AVEC LE MAXIMUM DE FRANCHISE ET DE LUCIDITE, ET QUE NOUS PRENIONS, LES UNS ET LES AUTRES, TOUTES LES DISPOSITIONS VOULUES AFIN D'AMELIORER CETTE SITUATION. AUCUN EFFORT NE SERA ICI SUPERFLU. SOUHAITONS QUE LES BONNES VOLONTES QUI SE SONT DEJA MANIFESTEES DANS CE SECTEUR PARTICULIER DES ECHANGES CULTURELS SERVENT D'EXEMPLE. ON GAGNE TOUJOURS A SE RENCONTRER, SURTOUT ENTRE JEUNES CHERCHEURS PREOCCUPES DES MEMES PROBLEMES, ET A SE RENCONTRER AMICALEMENT, SANS PARTI PRIS. AFIN DE COOPERER AU RAPPROCHEMENT, ART D'AUJOURD'HUI EST HEUREUX D'OUVRIR SES COLONNES AU TEMOIGNAGE DE MICHEL SEUPHOR, QUI RENTRE DES ETATS-UNIS. TEMOIGNAGE PERSONNEL, SANS DOUTE, D'UN CRITIQUE ENGAGE LUI-MEME, COMME NOUS TOUS, DANS SES PROPRES RECHERCHES, TEMOIGNAGE CRITIQUE AUSSI, MAIS AUQUEL ON NE SAURAIT REFUSER DEUX QUALITES, EN DEHORS DE BIEN D'AUTRES : L'AMPLEUR DE L'INVESTIGATION ET LA BONNE FOI. LÉON DEGAND NEW-YORK LA NUIT - Photographie de BENERCIE ABBOTT. Coll. du Musée d'Art Moderne, New-York.
ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE VUE D'ENSEMBLE ET TENDANCES DIVERSES --- JOSEF ALBERS. --- ROBERT WOLFF. --- LEON POLK SMITH. --- HANS HOFMANN. --- TWORKOV. --- ADOLPH GOTTLIEB. --- ARTHUR G. DOVE. --- GEORGE L.K. MORRIS. --- CONGDON. --- PEREIRA. ---
--- BALCOMB GREENE. --- WILLIAM BAZIOTES. --- SEONG MOY. --- MARK ROTHKO. --- PIETRO LAZZARI. --- FRED CONWAY. --- T. STAMOS. --- CLIFFORD STILL. --- GEORGE Mc NEIL. --- JEAN XCERON. ---
Arbre pseudo-généalogique de la peinture en U.S.A. par Ad Reinhardt (le renard). L'ordre choisi est le plus logique et le plus simple, c'est l'ordre alphabétique. De la sorte Soutine voisine avec Seurat, Pollock se trouve sur la même branche que Patinir, De Kooning donne le bras à Stuart Davis et a Diller, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. IMAGINARY MUSEUM 1951 MODERN ART IN AMERICA BY AD REINHARDT DETOUR NOT THE MAIN ROAD SOCIAL REALISTS & SURREALISTS AT WORK NO HUMAN THERAPISTS ALONE!
MARCEL R. MOTHERWELL : « Le Voyage ». (Kootz Gallery.) PARIS NEW-YORK 1951 par Michel SEUPHOR « Ce qu'il ne faut jamais oublier », me dit Marcel Duchamp dans l'élégant appartement des Donati qui nous avaient invités à dîner, « ce qu'il ne faut jamais oublier, mon cher, c'est qu'il y a seulement un siècle la vingt-troisième rue c'était la campagne, je dis bien la campagne ». Aujourd'hui, le centre de New-York va de la trente-deuxième à la cinquante-huitième rue, un rectangle au milieu duquel se trouve le Rockefeller Center, le Musée d'Art Moderne et Times Square, et que bordent au sud l'Empire State Building, au nord les galeries d'art alignées dans la cinquante-septième rue. Le vieux fagot des gratte-ciel de Wall-Street est là-bas, tout au bout de la pointe de l'île, loin, très loin de l'actuelle vie new-yorkaise. Mais ce fagot lui-même à moins d'un demi-siècle d'existence. Il y a quarante ans, en effet, le Singer-Building était la plus haute de ces maisons-tours, aujourd'hui on ne le remarque plus guère : le nombre et la masse de ses voisins l'écrase. Il reste que ce quartier de la haute finance est le New-York le plus « antique ». Je me suis promené dans ces rues étroites, très sombres, les seules de toute la ville qui ne soient pas rectilignes, comme à Paris un touriste se promène dans la rue de la Huchette. Il faut s'imaginer un Paris encore réduit, autour de 1850, aux seuls quartiers Latin et Saint-Germain-des-Pres et devenu en cent ans ce qu'il est aujourd'hui. Mais ces quartiers primitifs eux-mêmes complètement transformés, rebâtis en hauteur dans ce même laps de temps. Tel est le prodige de New-York. *** L'art vient toujours en dernier. Il apparaît quand les richesses sont constituées. Luxe, dessert. Mais il survit aux richesses. S'il a vécu par elles et quelquefois, travaillé pour elles, son esprit est ailleurs. Ce qui est essentiel en lui ne doit rien aux richesses, ne rend rien aux richesses. Il est un monde nouveau dans le vieux monde des avidités ; il est désintéressement, il est gratuité, il est création pour le seul plaisir de la création. Dans un univers gris, encombré de l'utile, il apporte l'indispensable inutilité : l'esprit. Et subitement tout s'éclaire de soleil. Est-ce pour cela que la cinquante-septième rue m'a toujours paru ensoleillée, même par temps de neige ? Ou est-ce le sourire de Sidney Janis, la voix sautillante de Witten-born, l'humour voilé de Egan ou, juste derrière le coin, sur Madison Avenue, l'accueil toujours cordial de Koots ? Cette rue du commerce d'art a des trottoirs très larges : place pour tout le monde. Si les maisons sont hautes, elles sont toujours très claires, au dedans comme au dehors. Espace et lumière pour tous. Artistes et galeries d'art sont d'ailleurs moins nombreux qu'à Paris. Pour cent à New-York nous sommes mille ici, et il n'y a pas de place pour tout le monde paraît-il. Gare à ceux qui ne jouent pas des coudes. Parmi les modestes, parmi ceux qui n'intriguent pas, lequel aura sa chance ? A New-York, j'ai l'impression que tout le monde a sa chance. Mais là aussi elle passe. Peut-être même plus vite qu'ailleurs. *** Il n'y a que cinq ou six ans que la jeune peinture a commencé à vivre, je veux dire qu'elle est « entrée » dans le monde, qu'elle fait parler d'elle. Avant cela tout était d'importation. Du moins tout l'art moderne visible dans les galeries, les musées. Presque toute la nouveauté venait de Paris. Aujourd'hui Paris garde un très grand prestige aux yeux de la plupart des Américains, mais ils pensent que leurs jeunes peintres valent les nôtres. Certaines personnes, légèrement tintées de nationalisme, prétendent même que leurs peintres sont beaucoup plus forts que ceux d'une Europe exsangue, vieux monde à la fin de sa course. Ils ont évidemment tort. Tel peintre américain, en visite à Paris il y a quelques mois, n'eut que des jugements sévères sur la peinture qu'il y vit. Il eut pourtant l'occasion de visiter d'excellentes expositions, de grands salons où il y avait du bon et du mauvais, mais rien, absolument rien ne trouva grâce devant lui : toute finesse fut appelée faiblesse ou romantisme désuet, toute force manquait de force. Il ne cessa, pendant ce temps, de me chanter l'éloge de la peinture américaine, de vanter sa puissance, sa nouveauté, ses mille audaces. Je viens de voir cela sur place, j'ai fait le tour complet du monde new-yorkais de l'art, j'ai reniflé dans tous les coins et je peux dire qu'il y a, en effet, une jeune peinture américaine qui se fait beaucoup remarquer avec des accents parfois très purs, souvent très violents, mais je ne saurais affirmer que ce que j'ai vu là-bas soit supérieur aux mouvements d'avant-garde de Paris. Ni d'ailleurs inférieur. Les diverses tendances qui se manifestent ici se font jour aussi là-bas, les problèmes que les artistes se posent sont parallèles, la qualité des œuvres est souvent très voisine. Sidney Janis a montré cela avec évidence dans une exposition récente où douze peintres de New-York étaient confrontés avec douze peintres de Paris. Sur quoi mon nationaliste s'écrie que les œuvres des peintres de Paris étaient les meilleures de ces peintres, tandis que celles des Américains étaient mal choisies ! Ainsi les gens passionnés ont toujours réponse à tout, ils font danser leur idée fixe et remplissent le monde de folie. *** J'ai dit que la jeune peinture américaine n'a fait son entrée dans la vie publique que depuis peu d'années. En revanche, elle a eu une longue pré-histoire qui est aussi une longue et très sérieuse éducation. L'influence de Marcel Duchamp a été ici prépondérante, qui commence avec la fameuse exposition de l'Armory, en 1913. C'est en 1920 que Katherine Dreier fonde avec Duchamp et Man Ray la Société Anonyme, collection prestigieuse qui contient actuellement des œuvres de presque tous les peintres qui se sont signalés dans l'art abstrait entre 1910 et 1945. Ayant d'abord un but didactique, une partie de cette collection est toujours en voyage à travers les Etats-Unis, familiarisant ainsi les milieux universitaires éloignés avec les expressions d'art les plus typiques de notre temps. C'est vers la même époque (1920) que A.E. Gallatin commença la collection, également fort importante, qui reçut un peu plus tard le nom de Museum of living art. Elle se trouve actuellement au Musée de Philadelphie. Une troisième collection non négligeable est celle de la Guggenheim Foundation (Museum of non-objective painting), dirigée par Hilla Rebay. Ce musée semble avoir été constitué uniquement pour Rudolf Bauer et Kandinsky, quoique de très belles œuvres d'autres peintres y soient aussi présentes.
A.E. GALLATIN : « Forms and Red ». Rose Fried Gallery. GALLATIN est né à Villanova (Pensylvanie) en 1882. Fonde la « Gallery of Living Art » qu'il ouvre au public en 1927. Depuis 1937 il expose chaque année avec le groupe des Artistes Abstraits Américains. Vit à New-York. S. MACDONALD-WRIGHT : Synchromie en bleu. 1916. STANTON MACDONALD-WRIGHT est né à Charlottesville (Etats-Unis) en 1890. Son nom réel est Van Kranken. Vint en France en 1907. Fréquente diverses académies et fonde le Synchronisme avec Morgan Russel. Rentre aux Etats-Unis en 1916 et retourne à la peinture figurative en 1919. Vit actuellement en Californie. Exposition « Jeunes Peintres en U.S.A. et en France », Sidney Janis Gallery, novembre 1950. De gauche à droite : DUBUFFET, DE KOONING, ROTHKO, DE STAEL, SOULAGES, KLINE, LANDSKOY, POLLOCK, en haut COULON, en bas CAVALLON.
ARSHILE GORKY : « Agonie », 1947. Coll. du Musée d'Art Moderne, New-York. BURGOYNE DILLER : Composition, 1945. CHARLES R. HULBECK (Richard Huelsenbeck), Peinture, 1951. La dernière en date des collections, mais qui déjà tend à surpasser toutes les autres, est celle du Musée d'Art Moderne. Fondé en 1929, ce Musée n'eut de bâtiment propre que dix ans plus tard. Il possède actuellement près de neuf cents œuvres dont seulement un sixième peut être exposé à la fois. Mais c'est la Société Anonyme qui reste la plus riche en œuvres diverses authentiquement modernes. En lui adjoignant la collection particulière de Miss Dreier on formerait le plus vaste ensemble du monde pour l'étude de l'art d'avant-garde de la première moitié de ce siècle. Telle qu'elle se présente aujourd'hui à New Haven, dans le Musée de l'Université de Yale, cette collection groupe déjà cent soixante-neuf artistes de vingt-trois pays différents avec plus de cinq cents œuvres, la plupart abstraites. Pour donner un exemple de la perspicacité américaine en matière d'art, je dirai seulement que chacun de ces quatre musées possède depuis longtemps des toiles importantes de Mondrian, peintre complètement absent des musées de France où il passa pourtant vingt-quatre années de sa vie. Vie très effacée, il est vrai. Mais cela n'empêcha nullement une miss Dreier, un Gallatin, d'autres Américains encore, de le découvrir et de lui acheter des toiles... il y a de cela plus de vingt ans. C'est à Miss Dreier que revient l'insigne mérite d'avoir osé écrire dès 1926 : « La Hollande a produit trois grands peintres, lesquels tout en étant une expression logique de leur pays, se sont élevés au-dessus de lui par la vigueur de leur personnalité. Le premier était Rembrandt, le second fut Van Gogh, le troisième est Mondrian. » Ainsi une Américaine en voyage a su voir, il y a plus d'un quart de siècle, ce que les critiques d'art parisiens commencent seulement à deviner. *** Mais l'homme est partout l'homme, et là-bas comme ailleurs on vérifie parfois que nul n'est prophète en son pays. Témoins, Macdonald-Wright et Morgan-Russel qui faisaient figure de pionniers à Paris autour de 1913 et, à la même époque, exposèrent à New-York à l'Armory Show. Malgré le livre de Willard Huntington Wright, publié à New-York en 1915, dans lequel leur art (le Synchromisme) est longuement analysé, ils sont restés dans l'oubli jusqu'à ces derniers mois. C'est la Galerie Rose Fried qui, la première, en novembre 1950, a fait une exposition des œuvres anciennes de ces deux grands précurseurs, auxquels on joignit fort opportunément Patrick Bruce, autre peintre américain dont la vie fut assez obscure et qui mourut à New-York en 1937. J'ai connu ce dernier à Paris vers 1930. Il m'a laissé le souvenir d'un homme triste et taciturne ; il habitait, place de Fürstemberg, un atelier sombre qui m'a paru vide et inhospitalier. Henri-Pierre Roché, qui l'a connu vers la même époque, a sauvé du feu une partie de son œuvre. *** S'il est vrai qu'une association des Artistes Abstraits Américains, fondée par George L.K. Morris, organisa des expositions dès 1936, j'ai l'impression très nette que c'est au cours GORKY est né en Arménie en 1904. Vint en Amérique en 1920. Commence à peindre sous l'influence de Picasso vers 1929. Formes abstraites-organiques à partir de 1936. S'est suicidé en 1948. DILLER est né à New-York en 1906. A étudié avec Hans Hofmann. Depuis 1934 peint dans la tradition de Mondrian et du Stijl. Vit à New-York. HULBECK, l'ancien dadaïste allemand Hälsenbeck, est né vers 1888. Établi à New-York depuis une quinzaine d'années, il y exerce le métier de médecin psychiâtre... et peint.
TOMLIN: « N° 14 ». Betty Parsons Gallery. BRADLEY WALKER TOMLIN est né à Syracuse (New-York) en 1899. Première exposition en 1924. Après une longue influence cubiste devient abstrait vers 1946. Vit à New-York. de l'hiver 1950-1951 que l'art abstrait américain est entré dans ce que l'on pourrait appeler son apogée. Plusieurs remarquables expositions eurent lieu dans diverses galeries, couronnées, à la fin de janvier, par Abstract Painting and Sculpture in America au Musée d'Art Moderne. Le 5 février, le jour même où Sidney Janis inaugura une magnifique exposition de Mondrian, eut lieu dans ce même Musée une soirée de conférences où cinq peintres et un sculpteur répondirent à la question : « What does abstract art mean to you? — quelle signification donnez-vous à l'art abstrait? » CLIFFORD STILL : « N° 9 ». Betty Parsons Gallery. CHARMION WIEGAND : « The Red Plane ». 1950. TOBEY est né à Centerville (Wisconsin) en 1890. Première exposition en 1917. Voyage en Europe en 1925-1926. Séjourne en Angleterre de 1931 à 1938. Voyage au Japon et en Chine en 1934. Vit actuellement à Seattle. (Etats-Unis). MARK TOBEY : « Multiple margins of space ». 1948. Willard Gallery.
MORGAN RUSSEL photographié avec sa femme en 1950 devant la grande Synchromie qui fut exposée au Salon des Indépendants, à Paris, en 1914. C'est également une des principales pièces de l'exposition « Abstract Painting and Sculpture in America » au Musée d'Art Moderne de New-York, janvier et février 1951. Photo Douglas Borgstedt. MORGAN RUSSEL est né à New-York en 1886. Il vint en France en 1906, fonda le Synchromisme avec Macdonald-Wright vers 1912. Exposition à Munich en 1913. La même année chez Bernheim jeune à Paris. Participe à l'Armory Show (New-York) en 1913. Après 1919 il retourne à la peinture figurative. Il resta en France jusqu'en 1946. Vit actuellement à Broomal (Pensylvanie).
Ces six artistes, choisis par M. Ritchie comme étant les plus représentatifs des diverses tendances de l'art abstrait en Amérique, sont : Morris, Motherwell, Glarner, De Kooning, Calder, Stuart Davis. On trouvera plus loin la traduction de ce que ces diverses causeries contenaient d'essentiel. La grande salle du Musée était comble pour entendre ces Messieurs, mais je dois avouer que la discussion publique qui suit les « statements » n'était pas d'un niveau intellectuel plus élevé que ce qui se passe en semblable circonstance à Paris. *** Après cette très grave et très solennelle séance il y eut une réception au penthouse du Musée. Comme je parlais — de Mondrian, cela va sans dire — avec Mme Charmion Wiegand, je trouvais tout naturel qu'elle m'accompagnât. Mais des voix amies s'y opposèrent et le mot « officiel » fut prononcé plusieurs fois. Mme Wiegand, n'étant pas invitée officiellement, dut quitter l'ascenseur à mi-route, interrompant une conversation qui précisément concernait le but de mon voyage en Amérique. Je fus à tel point consterné que, arrivé au sommet de l'immeuble, je fus incapable de me joindre tout de suite à la trouppe des élus. J'allai rêver quelque temps sur la terrasse, devant les lumières du Rockefeller Center, à la très humble vie de Mondrian et aux temps difficiles de l'art abstrait devenu, ce jour-là, officiel à New-York. Quelqu'un, qui était en colère, avait dit à très haute voix dans l'ascenseur : « When things become official they are dead, lorsque les choses deviennent officielles elles sont mortes ». Semblable idée, évidemment outrée, provient de notre longue habitude de lutte avec ceux qui, en matière d'art, représentent l'Etat, les prébendes, les récompenses et les honneurs de toute sorte, autrement dit le monde officiel. En d'autres époques, par exemple pendant la Renaissance italienne, ce même monde officiel s'est montré perspicace, audacieux même, munificent, et nul ne songerait à contester ce qu'il favorisa. Les « officiels » ce sont des hommes aussi, et c'est de la qualité de l'esprit de ces hommes, de leur clairvoyance, que tout dépend. Est-ce le regard déformant de l'étranger ? En Amérique, tous ceux que j'ai eu le plaisir d'approcher, les Barr, les Wheeler, les Ritchie, les Clifford, m'ont paru si généreux, si naturellement accueillants, si bien informés aussi, que l'on ne saurait avoir de plus sûre garantie pour que l'art protégé par eux, loin de devenir un stérile académisme, se développe librement selon l'infinie variété des talents et des modes d'expression. L'art d'aujourd'hui, je veux dire en substance l'art abstrait, est un langage universel dans lequel chaque individu peut créer son style propre avec, suivant ses dons et sa personnalité, plus ou moins de bonheur, d'originalité, de force. Tout le monde y est convié, tout le monde y est appelé, cela il faut le dire très haut ; mais ne seront « élus », comme toujours, que les persévérants tenaces, les grands conquérants d'eux-mêmes, ceux qui sont prêts à tous les sacrifices plutôt qu'à la plus mince concession, cela, il faut le dire aussi. Il me semble que ces qualités sont présentes en Amérique chez de nombreux peintres et c'est grande merveille de voir que le Musée d'Art Moderne, qui là-bas mérite vraiment son nom, connaisse ces artistes, les expose, achète leurs œuvres, les convie à de grandes soirées publiques. REINHARDT est né à Buffalo (N.Y.) en 1913. Etudie à New-York. Expose avec le groupe des Artistes Abstraits Américains depuis 1939. Vit à New-York. BRUCE est né en Virginie en 1880. Arrive à Paris en 1907. Etudia chez Matisse, plus tard joignit le mouvement orphiste de Delaunay. Expose aux Indépendants en 1914 et à New-York (Armory Show 1913). Mort en 1937 à New-York. PATRICK HENRY BRUCE : Peinture, vers 1928. Rose Fried Gallery

Cette revue mensuelle d'art contemporain, numéro 6 de sa deuxième série, se concentre sur la peinture aux États-Unis. Elle présente une vue d'ensemble des tendances artistiques américaines, des témoignages de critiques comme Michel Seuphor, et des analyses d'artistes majeurs et émergents.