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Plaisir de France FÉVRIER 1968
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
Plaisir de France FÉVRIER 1968
COMMENT RECONNAITRE UN CHEF-D'ŒUVRE ? Un poète l'a dit : à première vue il est impossible de reconnaître un chef-d’œuvre. Mais nous, nous affirmons qu’on reconnaît du premier coup d’œil une bonne machine à écrire électrique. Il suffit de l’essayer. Il suffit d’essayer une Olivetti électrique : à ruban de soie ou de polyéthylène, à espacement constant ou variable. N’hésitez pas à nous dire les besoins de vos bureaux, vos préférences personnelles, ce que vous devez écrire et combien vous devez écrire, et bien entendu le secteur de vos activités : Olivetti ne se contente pas de vous offrir de bonnes machines à écrire électriques, mais bel et bien la possibilité de choisir les modèles les mieux adaptés à chaque bureau, à chaque tâche et, dans chaque cas, la certitude de bien choisir. Pour tout le monde, Olivetti, c’est l’écriture électrique. Dans le monde entier, Olivetti, c’est la gamme la plus complète de modèles de machines à écrire électriques. OLIVETTI
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Plaisir de France Images de France Revue Mensuelle 40, Rue du Colisée - Paris-VIIIe Bal. 34-90 - Ély. 78-83 --- Notre Couverture: Cette tête de saint Jean d'Arimathie, en pierre polychrome, provient d'un calvaire du XVIIe siècle. C'est l'un des trésors les moins connus du musée des Beaux-Arts de Tours, qu'une donation récente est venue encore enrichir. Mais la grande cité des bords de Loire ne vit pas repliée sur son passé : elle a su s'adapter aux temps modernes par une série d'opérations d'urbanisme d'une belle audace. Voir nos articles sur Tours ancien et moderne à partir de la page 40. (Phot. Pierre Jahan.) No 352 --- Sommaire 1. Éditorial Une affaire de cœur, par Olivier Quéant. 2. Trésors de l'art bouddhique Les grottes de Mai-T'si-Chan en Chine, par Egly Alexandre. 3. Paul Klee à travers ses paysages Un poète de la métamorphose, par Alain Bosquet. 14. Lumière sur un chef-d'œuvre Un cabinet italien du XVIe siècle. 18. Les chenets Louis XVI La fiche technique de «Plaisir de France», par Arnault-Plessis. 20. Un maître du cinéma japonais Kenji Mizoguchi, par Roger Régent. 25. La médaille-portrait d'aujourd'hui Six effigies de six pays différents, par Pierre Dehave. 28. Hommage à Paul Claudel Une lettre du grand poète à Edwige Feuillère, par Jeanine Delpech. 32. Un «Picasso» au Xe siècle L'Ange et le Démiurge, par Régine Pernoud. 34. Les grands collectionneurs Chez Jacques Helft. 40. Tours Moderne : le passé conjugué au présent, par Arnault-Plessis. Musical : la grange de Meslay, par Marcel Schneider. Ancien : Tours et alentours, par René Briat. 54. Du moderne dans de l'ancien L'indispensable décor préparatoire, par Anne Fourny. 58. Promenade tourangelle chez l'antiquaire 62. Actualités des arts : Théâtre, Cinéma, Télévision, Livres, Art, Ventes en France et à l'étranger. Disques de jazz et de variétés. --- Olivier Quéant : Directeur Général, Rédacteur en Chef. Paul Lorenz : Rédacteur en chef adjoint. Marie Pellé : Directrice artistique. Gilles Quéant : Secrétaire général de la rédaction. René Briat : Rédacteur. Anne Fourny : Adjointe à la direction artistique. Simone Toboul : Secrétaire de la direction. Gilles Tassigny : Mise en pages et Fabrication. Yves Marescot : Conseiller commercial. Gilles Mahé et Gilbert Milhorat : Publicité. --- «PLAISIR DE FRANCE» EST ÉDITÉ PAR LE «RAYONNEMENT FRANÇAIS» S.A. CONSEIL D'ADMINISTRATION : PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL : FRANÇOIS OLLIVE, ADMINISTRATEURS : EMMANUEL OLLIVE, OLIVIER QUÉANT. --- FÉVRIER 1968 - 34e ANNÉE --- NOTRE NUMÉRO DE MARS Deux rénovations : l'ambassade d'Allemagne revient à l'Hôtel de Beauharnais, à Paris, par René Briat; la première reine des Belges retrouve son cadre à Laeken. Peinture : la collection Oscar Ghez et les insurgés de l'Ecole de Nice, par Pierre Restany. Tourisme : un grand voyage, l'Ethiopie sacrée, par Jules Leroy, et l'église de Saint-Martin-aux-Bois, par Arnault-Plessis. Danse : un chorégraphe vu par une étoile, Claire Motte. Un objet d'art : le heurtoir. Décoration : toute l'année dans une tour, par Anne Fourny.
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L'ÉDITORIAL D'OLIVIER QUÉANT UNE AFFAIRE DE CŒUR De graves amis s'étonnent que je prenne intérêt à la lecture des quotidiens. Ils préfèrent porter leur attention sur les œuvres du passé, fussent-elles plastiques ou littéraires, en bref ne pas regarder le présent. Comme si dans les rameaux de ce présent n'étaient pas sous-jacentes toutes les racines du passé et, déjà perceptibles, les fleurs de l'avenir. Ce n'est ni dans les titres préfabriqués, ni dans le jargon journalistique que je puise mon miel, mais bien plutôt entre les lignes lorsque transparaît à mes yeux le reflet de la vie du monde d'aujourd'hui. C'est par les quotidiens que nous avons appris cette étonnante transplantation d'un cœur, et là, avouons-le, il y a matière à grand intérêt et longue réflexion. D'abord, pourquoi ce cœur transplanté continue-t-il à battre? Un cœur bat-il pour faire circuler le sang ou parce que le sang, en circulant, le fait battre? La réponse est sans doute que le cœur transplanté obéit aux nerfs de son nouveau propriétaire — à son grand sympathique en particulier — eux-mêmes commandés par le cerveau qu'anime le principe de vie. Mais ce qui m'a le plus frappé dans cette fantastique audace de la science, à la fois prodige et forfait — n'est-ce pas un vol avec effraction? — c'est la réaction de refus par le corps de ce cœur étranger. L'organisme d'un homme s'oppose donc, de toutes ses cellules, à toute intrusion dans sa chair d'éléments vitaux provenant d'un autre homme. Il n'en veut pas. Il entend garder jalousement dans son sac de peau tout ce qui lui a été donné en propre à sa naissance. J'écrivais récemment que la reproduction de l'espèce — loi de nature — pouvait par sa poussée abusive créer des conditions de vie contre nature. On pourrait donc dire aussi que la transplantation d'un cœur va contre la nature. Le père de cette jeune fille dont le cœur avait été greffé dans le thorax d'un homme se sentait — ai-je lu — une parenté avec cet homme pendant les dix-huit jours qu'il a survécu : c'est là une novation bouleversante. Je sais bien que dans d'autres pays — l'Inde notamment ou la Malaisie — c'est le foie ou le rein qui jouit du prestige d'organe vital ou de symbole sentimental, que nous, Occidentaux, attribuons au cœur. Le cœur nous paraît plus noble. Avec lui, on touche à l'affecivité, on frôle déjà le psychisme. On conserve dans une urne le cœur d'un roi, d'un capitaine, d'un poète, plutôt que son cerveau qui est pourtant le siège de l'intelligence, mais non de la personnalité — l'âme — qui doit être ailleurs, ou bien qui, comme je le crois, étant immatérielle, n'est nulle part, au sens physique du terme. Transplanter un cerveau serait, si la chose devenait un jour possible, plus audacieux encore que la greffe du cœur — peut-on dire plus monstrueux? Oui, puisqu'il s'agirait bien, cette fois, de fabriquer un monstre. Passionnante actualité : jamais le critère de conscience ne se sera imposé aussi fort à la science. Qu'on y ajoute ou non l'autre critère : religieux. Dans un tout autre sens, figuré celui-là, parlons encore de cœur. Par les journaux, j'ai appris que l'on avait récemment publié dans un livre, ou bien livré aux enchères d'une salle des ventes, des lettres d'amour écrites par deux grands hommes disparus. Je connais assez mes lecteurs pour penser que je ne serai pas le seul à trouver cette profanation scandaleuse. Des lettres d'amour ne peuvent avoir qu'une seule fin : le feu. Les brûler lorsque l'amour dure encore, lorsqu'elles sont encore vivantes? On craindrait de les faire souffrir! Mais quand tout est mort, c'est aux flammes seulement que des descendants ou des héritiers ont le devoir de les livrer. Tirer argent de tels secrets sans respect pour l'homme qui a mis, dans ces lettres plus que personnelles, ses pensées intimes — lequel homme ne peut protester parce qu'il est mort — devrait révolter les consciences. J'ai lu qu'un « lot » de trente-deux lettres d'amour avait « fait » treize mille francs, soit quatre cents francs la lettre. Combien la ligne ? En lisant les chroniques littéraires de la presse, j'ai goûté l'hommage rendu à Julien Green à l'occasion de la publication de son journal (1958-1967) intitulé : Vers l'invisible (Plon, édit.). On se plaît à reconnaître en lui l'écrivain à l'état pur, s'abstenant tout à la fois du journalisme, de la politique et de l'apologétique. Il ne veut point être un écrivain catholique, mais bien seulement un catholique qui écrit. Il croit à Dieu et au démon et décrit leurs luttes quotidiennes dans nos âmes. Je voudrais maintenant ajouter un post-scriptum à mon dernier éditorial dans lequel je commentais les effets d'encombrement — donc de névrose — dus à une repopulation intensive. La veille de Noël, dans une église de la région parisienne, dix confessionnaires dont la petite lampe frontale est allumée, témoins d'une présence. Devant chacun d'eux, environ vingt-cinq personnes assises, qui surveillent leur tour. Et ce contingent est sans cesse renouvelé. Dix fois vingt-cinq, cela fait deux cent cinquante pénitents assis en même temps dans une église, mais entre cinq et sept heures du soir, il en sera bien venu cinq cents (et l'on dit que la France se déchristianise). Il serait déplacé d'employer le mot de confessions « à la chaîne », plus encore « en série », ou de faire le sévère jeu de mots : « confession de confection ». Mais on peut constater, en ce domaine aussi, un encombrement fâcheux que traduit, ici comme ailleurs, la file d'attente. Car le recrutement des prêtres est loin de suivre la croissance de la population. Imaginez la tension nerveuse de celui qui, en deux heures, aura entendu trente confessions! Ol. Q.
Un des hauts lieux de l'art bouddhique
LES GROTTES DE MAI-TS’I-CHAN PAR EGLY ALEXANDRE Pendant longtemps, l'Europe n'a connu de l'art chinois que les « chinoiseries » chères au XVIIIe siècle. Quand la sculpture bouddhique lui a été révélée, un étonnement émerveillé a convaincu l'Occident qu'un des grands moments de l'art humain était éclos en Chine. Dès le Ve, et pendant plusieurs siècles, avec la floraison du bouddhisme, le « pays du Milieu » allait se couvrir de sanctuaires rupestres sculptés et peints. Le site de Mai-Ts'i-Chan, peu connu en Occident, peut être considéré comme l'un des hauts lieux de l'art bouddhique. Il est situé dans le Kansou, sur le prolongement chinois de la Route caravanière, à 45 km au sud-est de la ville de Tian-Shui, à l'extrémité ouest de la chaîne des Tsin-Ling. Au bout d'un petit chemin, le long d'une rivière qui serpente, se dresse une colline gris-rougeâtre de 142 mètres. Sa forme étrange, en tronc de cône un peu resserré dans le bas, lui a valu le nom de Mai-Ts'i-Chan : « montagne en meule de foin ». Au cours des âges, plusieurs étages de grottes y furent creusés, que la ferveur des rois et des fidèles enrichit sans cesse de sculptures peintes et de peintures murales. De longues files monotones de « Mille Bouddhas », des statues colossales furent taillées dans la pierre de la façade abrupte; mais, fait curieux, seules les deux extrémités du versant sud (est et ouest) ont été excavées, laissant entre elles un grand espace nu. Des textes chinois du Xe siècle mentionnent l'existence, dans des cryptes creusées à Mai-Ts'i-Chan, de moines bouddhiques retirés là dès l'an 420 de notre ère. À plusieurs reprises, ces grottes sont encore citées dans des textes ultérieurs. Ces sanctuaires, redécouverts vers 1949, n'ont été explorés et étudiés qu'en 1952. La pierre, tendre et friable, n'a pu en permettre l'accès qu'après une installation complexe de ponts volants accrochés à la paroi. Ainsi furent dénombrées et examinées cent quatre-vingt-quatorze grottes. Dans plusieurs d'entre elles, personne n'avait pénétré depuis des siècles. À l'intérieur, des stèles sont ornées de bas-reliefs ou portent des inscriptions relatant les diverses donations. Un grand éclectisme semble avoir régné dans l'élaboration de l'architecture : simples niches renfermant un Bouddha; grottes plus profondes, formées d'une seule cellule; grottes à plan complexe, avec plusieurs cellules ouvertes les unes sur les autres; parfois des colonnes longent une terrasse bordant l'entrée. Bien que l'on y trouve quelques œuvres de pierre, la plupart de ces statues sont modelées en terre « sur une âme de bois », selon une technique venue de l'ouest (Afghanistan). UNE SCULPTURE RELIGIEUSE. Il est difficile de faire une étude chronologique exacte faute de documents : le rapport officiel des fouilles de 1954 nous est pratiquement inaccessible. C'est assez dire l'intérêt du reportage de Dominique Darbois, l'une des rares Européennes à avoir visité Mai-Ts'i-Chan; ses photographies font défiler un Panthéon bouddhique, à vrai dire assez réduit, mais indéfiniment reproduit dans le style et l'esprit de chaque période dynastique de l'art chinois. Il est évidemment hors de propos de faire ici une étude détaillée, l'esthétique du site restant notre but principal. On a voulu dater les œuvres les plus anciennes du VIe siècle après J.-C., époque des Wei du Nord. Ces barbares d'origine turque avaient uniifié, au Ve siècle, la Chine du Nord. Vierges de traditions religieuses anciennes et de l'imuable pensée confucéenne des Chinois, ils adoptèrent avec ferveur le bouddhisme, étranger comme eux, mais qui allait, lui aussi, se siniser. Persécuté, proscrit et exalté tour à tour (jusqu'à devenir religion d'État), ce bouddhisme allait permettre l'écllosion de la plus grande sculpture religieuse qu'ait connue la Chine, celle dont Grousset a écrit qu'« il s'agit ici avec huit < 1. Versant sud-est du site. Parmi les ponts volants et les nombreuses ouvertures des grottes, un Bouddha et deux Bodhisattvas, d'époque Souei, conservent la tradition des statues colossales qui se perpétuent depuis Bamiyan en Afghanistan. 2. Dans les figurations bouddhiques, les gestes de la main ont toujours une signification précise. Chacun d'eux, décrits dans les textes canoniques, symbolise une représentation mentale que le fidèle comprendra. Un auteur indien (A. Coomaraswamy) écrit que « par eux les arts plastiques se rattachent à la danse mimée ». Ici, la main droite indique l'absence de crainte, la main gauche fait le geste de la charité, dit « abhaya-mudra ».
3. La secte bouddhique Tch'an, fondée au début du VIe siècle en Chine, n'est peut-être pas étrangère au sourire méditatif des Bouddhas de l'époque Wei. On sait l'extension qu'allait prendre dans le temps et dans l'espace cette forme de Bouddhisme qui, au Japon, portera le nom de Zen. 4. Représentation réaliste du Bouddha. Son vêtement orné est une hérésie, car, selon la formule traditionnelle, il doit être dépourvu de toute parure (époque T'ang). 5. Kouan-yin : représentation chinoise, sous un aspect féminin, du Bodhisattva originel, être de compassion parvenu à la bouddhéité, mais qui refuse d'entrer au Nirvana pour sauver le reste des humains. L'attitude de cette statue rappelle celle des belles dames de la cour T'ang, dont elle est contemporaine. La nudité du torse relève d'une influence indienne. La tête seule semble être une restauration de l'époque Song.
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Cette revue mensuelle présente une variété d'articles sur l'art et la culture. Le numéro de février 1968 inclut des sujets tels que la reconnaissance des chefs-d'œuvre, l'art bouddhique, Paul Klee, le mobilier, le cinéma japonais, la médaille-portrait, Paul Claudel, et une exploration de la ville de Tours sous ses aspects anciens et modernes. L'éditorial aborde la transplantation cardiaque et ses implications philosophiques.