Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART AOUT 1944 LE NUMÉRO : 17 Fre 13, RUE S’GEORGES, PARIS

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A NOS ABONNÉS, À NOS LECTEURS Une décision impérative qui nous est communiquée par le Groupement Corporatif de la Presse Périodique Générale nous oblige à suspendre, à partir du 31 juillet, la publication de notre revue. En attendant qu'il nous soit possible de reparaitre, nous demandons à nos abonnés et à nos lecteurs de nous garder la fidélité et la sympathie qu'ils nous ont si souvent témoignées. Il est bien entendu que les droits de nos abonnés seront pleinement réservés dans des conditions qui seront réglées par la suite. --- IMAGES DE FRANCE --- REVUE MENSUELLE 13, rue Saint-Georges, Paris (9) Tél.: Tru. 82-54, Ch. post.: Paris 178-205, R.C. Paris 26-513 B (Seine). Bureau de Lyon : 87, cours Gambetta. Tél.: Moncey 52-09, Ch. post.: Lyon 984-22. --- OLIVIER QUÉANT, Directeur. --- ROGER BASCHET, Rédacteur en Chef. --- TARIF DES ABONNEMENTS A. France, Colonies françaises (à ss) Monaco . . . . . . Fr. 178 B. Étranger : Affranchissement demi-tarif Fr. 300 Affranchissement plein tarif Fr. 390 --- SOMMAIRE Pages --- L'ÉCOLE DES ARTS APPLIQUÉS, par MARCEL LASSEUX. --- LES CHANSONS DE NOTRE ENFANCE --- BRETAGNE, par GEORGES G.-TOUDOUZE. --- L'ART DÉCORATIF AU SALON DES TUILERIES, --- par ROGER BASCHET. --- AOUT 1944 FEUILLES D'OR, JEUX DE GLACE, par MARINA PAUL-BOUSQUET EN VERSO DE COUVERTURE : LE CINÉMA — LE THÉÂTRE LE GOUT PRIME LA QUALITÉ, par OLIVIER QUÉANT. --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by « Images de France », 1944. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation. --- LE CINÉMA Le contingentement de l'électricité a porté un coup très dur à l'industrie cinématographique : la plupart des studios ont dû être fermés et l'exploitation des salles est devenue difficile. La production se trouve donc ralentie et les grandes œuvres en chantier grave ment menacées. Les seules nouveautés sont des documentaires anciens comme la Croixière jaune, que dix années de progrès techniques n'ont pas vieilli, ou des films terminés avant les récentes restrictions. « L'ÎLE D'AMOUR », film français réalisé par Maurice Cam (A). On pourrait classer les Français en deux catégories : ceux qui portent aux nues Tino Rossi et ceux qui ne peuvent le supporter. Les uns ont le culte de sa voix bien timbrée et énoumée ; les autres attendent en vain quelques rudes sonorités génératrices d'émotion plus humaine. Mais presque tous s'accordent à déclarer que ce chanteur de charme n'a pas la vocation d'un acteur de cinéma. Sans doute est-il généralement victime de scénarios insuffisants, montés autour de quelques chansons inspirantes par des auteurs qui le traitent d'un couplet à l'autre à travers de plates intrigues. Mais il n'en reste pas moins vrai que les qualités exigées sur un plateau de studio sont essentiellement différentes de celles que nécessite une scène de music-hall. Dans l'île d'Amour Maurice Cam a enfin réservé à Tino Rossi un rôle plein de ressources : celui d'un Corse ombrageux et enthousiaste qui cultive à la fois la paresse et le courage, l'amour et le goût de la liberté. Dans un décor qui est, par le fait des circonstances, celui de la Côte d'Azur, mais que complètent quelques vues anciennes de l'île, l'artiste retrouve l'atmosphère de son pays natal, s'anime, sort de son impassivité et, pour la première fois, campe un personnage. Habitant de la terre sauvage, ardent et simple, le héros du film est amoureux d'une jeune fille snob et riche, habituée des palaces et venue en Corse avec son oncle pour bâtir des casinos et des villes de plaisir. Initiée, en touriste, à la vie du maquis, celle-ci se montre sportive et loyale et se portant au secours d'un réprouvé et en évitant à son amant les rigueurs d'une injuste vendetta. Elle n'en est pas moins en butte à l'animoïsité des insulaires, pour qui elle reste une étrangère prête à exploiter leur domaine, et se voit contrainte de partir. Et l'homme qu'incarne Tino Rossi ne pourra ni la retenir ni se décider à la suivre. Il tombera, le jour même de la séparation, sous les balles d'un de ses ennemis. Le heurt entre deux mentalités et deux conceptions de vie aurait pu faire de ce film une étude psychologique intéressante : mais les caractères des personnages et les dialogues en font simplement une comédie gai, coupée de mélodies sentimentales : une comédie d'ailleurs bien jouée par Josseline Gaël, Delmont, Charpin. Abréviation : (A) Adultes seulement. Par intérim : R. B. --- LE THÉÂTRE Le spectacle que le théâtre des Mathurins a courageusement monté en dépit de circonstances adverses — le Malentendu, de M. Albert Camus — dépasse cette fois mon goût de l'originalité que prime l'amour de la clarté. On connaît mon penchant pour les pièces à idées ; mais encore faut-il qu'il y en ait une. Or, il semble, d'après l'analyse, que l'auteur ait mis un point d'honneur à s'en passer. Cette pièce, qui se place seulement sur le plan tragique, repugne à toute théorie. Cependant, il s'allait absolument que l'auteur ait une pensée (sic)... » Ma foi, c'est généralement le minimum que nous soyons en droit d'exiger de lui. Et l'analyse de conclure par cette formule : « On voit seulement que ce pourrait être le sujet d'une autre pièce. » Autrement dit, il nous reste à souhaiter que M. Albert Camus fasse mieux la prochaine fois. Nous reviendrons. Dieu ! que tout cela est prétentieux et faussement littéraire ! Voyons la trame : un homme revient vers l'âge de trente ans dans son village natal, qu'il a quitté vingt ans auparavant. Il désire garder l'incognito. Cette fois, ce n'est plus le voyageur qui est sans bagage, c'est sa famille ! Mais comment admettre qu'une mère, même ayant la vue basse, ne reconnaît pas son enfant ? Basée sur une invraisemblance, la pièce s'édifie sur le mélo : la mère, aubergiste, et sa fille ont accoutumé pour accroître leur chiffre d'affaires d'occire leurs clients pendant leur sommeil pour les voler. J'ai déjà vu cela rue Chapital. Le fils n'échappe pas à cette spécialité-maison. Les deux hôtes apprennent par hasard qui elles ont tue : la mère se suicide, la fille veut en faire autant : le combat va caresser toute de constante... Certes, le style, assez beau, la peinture psychologique, vigoureuse et colorée, valent mieux que ce résumé, cependant sincère, de l'action ; de même que Mme Marie Kalff (la mère) et Mlle Maria Casarès (la fille), toutes deux remarquables, méritent mieux que la pièce dont elles se tirent à leur honneur. Mlle Hélène Vercors s'acquitte avec gêne d'un rôle éminemment ingrat, moins encore toutefois que celui du serviteur muet que l'excellent comédien Paul Ettly a accepté avec une noble abnégation. Je crains que le malentendu ne se produise surtout entre la salle et le plateau. Il fallait évidemment un miracle pour trouver dans la Rome antique une vieille femme qui non seulement fut le sosie de l'imperatrice Agrippine, mais qui eût également le même accent russo-berrichon. Cette plaisanterie à laquelle je ne puis résister est la seule que je me permettrai au sujet de Néron (théâtre Hébertot) : car ce spectacle, qui eut déjà été fort appréciable en temps normal, représente, en cette période de dure épreuve pour le théâtre, un véritable exploit. Une pièce de plus empruntant la tige à l'histoire et ses fleurs à l'imagination, de l'auteur. Qu'intéresse la banalité du procédé : c'est le résultat scénique qui compte ; et M. Jean Bachoville écrit une langue assez plate, il a un sens dramatique aigu. A défaut d'un texte riche en images, subtil et fort qui eut fait de cette pièce une grande œuvre, les muscles de l'action et ceux de M. Georges Marchal emploignent l'assistance et — je précise — pas seulement les femmes, toutes en extase devant ce jeune dieu. Servi par un physique rare, que mettent encore plus en valeur des costumes superbes, ce comédien vient ici d'affirmer sa classe : il n'est pas que beau, il est bon. Une autorité et un style qui promettent. Mme Marcelle Génial, Agrippine hautaine et mère émouvante, M. Raymond Faure, affranchi équivoque, encadrent admirablement cet athlète intelligent. Véridique ou non, la version du Néron descendu de son piédestal d'orgueil, de son pilori de cruel débauché, du Néron à âme d'enfant, assioffé de tendresse maternelle, prête à de jolies modulations, à des inflexions touchantes dont M. Jean Bachoville a joué avec dextérité. Et c'est pourquoi on passe une bonne soirée au théâtre Hébertot, tout en admirant l'ingéniosité de cette costumière qui eut l'idée de composer les tuniques des gardes de Néron avec quelques centaines d'anneaux de rideau. Il est des cas où les débrouillards ont droit au titre de croyants, où l'artifice rejoint la foi. Il ne faudra pas oublier ce que les théâtres ont fait pour ne pas mourir et continuer à faire vivre autour d'eux... JEAN HERBAULT.

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UTI PARIS CHEZ VOTRE JOAILLIER --- Appliqués par MARCEL LASSEAUX --- MERCIER FRÈRES AMEUBLEMENT DÉCORATION ANCIEN MODERNE 100, FAUBOURG SAINT-ANTOINE PARIS --- LES MEILLEURS CRUS DE S'EMILION sont récoltés ou sélectionnés par... Jean Jacques GALHAUD Propriétaire Négociant à S'EMILION

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A NOS ABONNÉS, Une décision impérative qui nous est communiquée. Périodique Générale nous oblige à suspendre, à partir de cette décision. En attendant qu'il nous soit possible de repartir avec les lecteurs de nous garder la fidélité et la sympathie que nous avons accordées. Il est bien entendu que les droits de nos abonnés seront réglés par la suite. --- REVUE MENSUELLE 13, rue Saint-Georges, Paris (9e) Tél.: Tru. 82-54. Ch. post. : Paris 178-705. R.C. Paris 261-513 B (Seine). Bureau de Lyon : 87, cours Gambetta. Tél.: Moncey 52-09. Ch. post. : Lyon 984-22. --- IMAGES DE PLAISIR DE OLIVIER QUÉANT, Directeur. --- N° 111 — 11e ANNÉE Pages --- L'ÉCOLE DES ARTS APPLIQUÉS, par MARCEL LASSEAUX. --- LES CHANSONS DE NOTRE ENFANCE --- BRETAGNE, par GEORGES G.-TOUDOUZE. --- L'ART DÉCORATIF AU SALON DES TUILERIES, par ROGER BASCHET. --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by « Images de France », 1944. Les marques commerciales sont déposées. --- LE CINÉMATOGRAPIQUE L'atelier de peinture décorative. Un élève exécute une composition. --- l'Ecole ---

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Un bas-relief en taille directe. des Arts Appliqués par MARCEL LASSEAUX L’Ecole des Arts appliqués à l’industrie est née en 1923 de la fusion de deux organismes remontant l’un et l’autre à l’époque de la Restauration : l’Ecole Germain-Pilon et l’Ecole Bernard-Palissy. Son but, comme celui de l’Ecole des Arts décoratifs que nous avons étudiée précédemment, est de constituer un réservoir d’activités humaines en formation où nos industries d’art viennent puiser périodiquement des artistes et des créateurs de tous genres. Deux cent cinquante élèves constituent le contingent permanent, dans lequel quatre-vingts candidats sont annuellement choisis par voie de concours. Le cycle des études est de quatre ans. La première année de présence est employée à dégrossir le sujet, à le « tâter » pour découvrir ses qualités dominantes et à l’orienter. Pour cela, on fait suivre à l’élève de nombreux cours généraux : dessin, modelage, composition décorative, histoire de l’art et des styles, géométrie, technologie, c’est-à-dire l’étude des principaux métiers enseignés à l’école et entre lesquels il aura à faire son choix. Lorsqu’il est aiguillé définitivement sur la voie qui lui convient le mieux, l’élève partage désormais son temps entre des cours de technique générale — de « l’amphi », selon le terme consacré — qui ont lieu le matin, et des cours de technique pratique, qui occupent l’après-midi. En deuxième, troisième et quatrième année les cours théoriques passent au stade supérieur et les exercices pratiques se compliquent en fonction des progrès de l’élève. Sur cette instruction professionnelle proprement dite vient se greffer pendant les deux premières années une instruction générale, poussée jusqu’au degré primaire supérieur environ pour ceux de ces jeunes gens qui ne possèderaient pas de diplôme de l’enseignement secondaire. A cela s’ajoute encore, et pour tous les élèves cette fois, deux cours de composition par semaine sur d’autres branches que leur spécialité. En cas d’échec au concours d’obtention du diplôme, l’élève sortant disposera néanmoins d’un certificat de scolarité. En haut : le cours de publicité. En bas : recherche de décor pour un film. IMAGES DE FRANCE

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La gamme des professions dont l'étude s'offre au choix de l'élève après son admission à l'Ecole des Arts appliqués est une des plus étendues qu'il soit possible de rencontrer dans un même centre d'enseignement : dessin d'ameublement et décoration d'intérieurs ; dessin publicitaire, affiches, etc. ; papiers peints, impression, tissus, tapis ; peinture décorative (vitraux, tapisserie, mosaïque), fresque ; céramique ; dinanderie (ou repoussage du métal au marteau) ; orfèvrerie, ciselure ; sculpture sur bois et sur pierre ; staff et moulage ; tabletterie ; laque, encadrement, dorure ; émail ; maquettes pour décors de cinéma et de théâtre, dioramas publicitaires et arrangements de vitrines... Il y a véritablement dans ce vaste champ une chance pour chaque tempérament artistique de trouver le mode d'expression qui lui convient. Une des particularités intéressantes de l'enseignement donné à l'Ecole des Arts appliqués est le souci constant de ne pas faire des élèves des théoriciens, des dilettantes enclins à se décharger plus tard sur d'autres des basses besognes du métier, de la préparation d'un travail dont ils se réserveraient la finition. Par exemple, les sculpteurs apprennent d'abord à débiter eux-mêmes les blocs de pierre ou les billes de bois avant de les travailler. Plus tard, ils ne seront ainsi, et en tout état de cause, tributaires de personne et, s'ils accèdent aux cadres supérieurs de l'industrie : agents de maîtrise, chefs d'atelier, directeurs, ou patrons, c'est en toute connaissance qu'ils sauront apprécier le travail de leurs subordonnés, en faire une critique équitable et, en cas de contestation, faire eux-mêmes la démonstration du bien-fondé de l'observation. La pratique quotidienne de la matière révélera aussi à l'élève mieux que n'importe quelle argumentation théorique les possibilités et les impossibilités. La comparaison des diverses techniques lui démontrera que tout a sa raison d'être dans la pratique ; que, par exemple, certaines formes sont réalisables en dinanderie parce que la matière-métal s'y prête, mais qu'elles ne sont pas de mise dans la céramique parce que l'argile ne s'en accommode pas. Et de tout ainsi. La prévoyance du corps enseignant de l'école ne se borne pas seulement à donner à l'élève, si l'on peut dire, l'outil de sa future carrière. Elle s'occupe déjà de le « classer », selon ses facultés, aux divers échelons que comporte la profession qu'il a choisie : créateurs de modèles, artistes décorateurs, artistes simplement exécutants. Cette classification, qui d'ailleurs n'est nullement rigide, comme tout l'enseignement de l'école, a pour but de mettre le plus d'atouts dans le jeu de l'élève en lui évitant de perdre son temps là où il est le moins doué au détriment de ce pour quoi il l'est le mieux. Exemple : un dessinateur d'ameublement peut reproduire et au besoin interpréter brillamment les idées des autres et n'avoir personnellement aucune imagination créatrice ; au contraire, un excellent modelliste peut n'être et ne demeurer qu'un médiocre exécutant. A l'un comme à l'autre il importe de donner de bonne heure l'orientation qui leur permettra de se « réaliser » et de se perfectionner le plus complètement. A cette formation professionnelle proprement dite s'ajoute encore une formation morale qui tend à amener l'élève à s'attacher particulièrement à la recherche de la beauté et de la commodité de l'objet usuel : lutte contre les méfaits de la fabrication en grande série, abandonnée sans réaction du public entre les mains d'industriels plus soucieux de prix de revient que d'esthétique. Or, une tasse à déjeuner en porcelaine courante, par exemple, peut être une œuvre d'art au même titre qu'une aiguère en argent ciselé, autant par l'harmonieuse combinaison de ses lignes qui la mettent bien en main que par le choix de son décor. L'influence de l'objet usuel, d'un maniement quotidien, est considérable sur la formation du goût de la masse d'un peuple. A en juger par nombre d'« objets d'art » que nos grands magasins populaires dispensent en temps ordinaire aux foyers modestes et même moyens nous sommes encore assez loin de ce raffinement extrême qui caractérisa toutes les classes de la société grecque et fit sa gloire. C'est cet effort en vue de perfectionner et de généraliser le goût français que poursuit avec ténacité et clairvoyance M. Fressinet, directeur de l'Ecole des Arts appliqués à l'industrie, architecte et fonctionnaire de beaucoup d'allant. Son but est de former des artistes qui soient aussi des techniciens impeccables ; des hommes qui agissent comme un ferment sur l'évolution esthétique de leurs compatriotes ; des hommes de qui les œuvres soient à l'étranger des propagandistes de l'idée française ; des hommes, enfin, qui se rendent utiles en faisant peser dans notre balance commerciale cet impénétrable qu'il faut, bon gré, mal gré, payer à prix d'or : le goût, l'élégance et la grâce. Toutes qualités qui naissent assez volontiers d'un cerveau français. MARCEL LASSEAUX. De haut en bas : l'atelier d'orfèvrerie. La gravure et le ponçage des laques. Le four de cuisson de la céramique. IMAGES DE FRANCE

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Les chansons de notre enfance --- Les chansons de notre enfance, lorsque nous les fredonnons au chevet des tout-petits, ressuscitent, dans l'ombre de la chambre, des personnages qui, pendant des années, ont animé notre univers tout neuf et que nous avions un peu oubliés. La Mère Michel, le Roi Dagobert, le Petit Mari, la Bergère étaient des héros à notre mesure que nous espérions bien rencontrer au détour du chemin ; mais l'âge où l'on redoute les « enfantillages » a tout balayé. Parfois un imagier ou un conteur retourne à ses premiers émois : c'est le cas de Louise-Edmée Chevallier, céramiste ; jeune fille, celle-ci a continué de voir l'humanité à travers ses petits fantômes d'autrefois devenus entre ses mains des bonshommes en terre cuite, naïfs, spirituels, vivants, tombés de ses rêves et cependant copiés sur le vif. Car « le Meunier » ou « l'Ami Pierrot », avant de s'endormir au pied d'un minuscule moulin --- Il pleut bergère... --- Savez-vous planter les choux... ---

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« Mon père m'a donné un mari... » ou de chanter au clair de lune, ont été des inconnus rencontrés dans la campagne ou le Métro. Un jour elle vit une religieuse toute jeune et toute rose poussant dans un fauteuil d'infirme sa vieille supérieure au teint jaune ; et, parce qu'elle trouvait que les deux visages « avaient l'air, dans le plissé des cornettes, de petits fours à la groseille et au citron » elle réalisa deux charmantes figurines. Les héros mêmes de ses lectures dansent autour d'elle ; et les personnages du Grand Meaulnes exposés au Salon de l'Imagerie en sont la preuve. Poète à sa manière, elle s'exprime avec humour, mais se défend de rechercher la drôlerie : « Je ne me moque de personne ; et lorsque je fais un petit âne à genoux ou un saint Joseph prosterné la tête contre le sol avec son chapeau posé par terre, c'est pour montrer l'adoration de toute la nature. » L.-E. Chevallier a commencé par peindre des personnages à la gouache sur des bouteilles ; puis elle eut l'idée d'en faire des santons. Et maintenant son atelier est encombré de blocs de terre d'où sort un petit peuple acharné à nous convaincre qu'entre le monde des grandes personnes et l'univers des moins de douze ans il n'y a peut-être qu'une très fragile cloison. R. B. « La boulangère a des écus... » « Meunier, tu dors... »

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BRETAGNE par GEORGES G.-TOUDOUZE A ŒUVRE on connaît l'artisan... C'est à ce très vieux proverbe de l'antique sagesse de chez nous que je songe irrésistiblement en tournant page à page l'album « Vieux Métiers bretons » édité par les Horizons de France, presque aussi miraculeux que les manuscrits des bénédictins de jadis. Dans ces pages, Mathurin Méheut vient de fixer pour l'avenir les petits et vieux métiers de notre beau pays de Bretagne. Dicton que le brave Littré traduit et paraphrase : « Le mérite d'un homme se connaît à ce qu'il fait. » Quant à Larousse, tout en nous précisant que l's du mot artisan doit se prononcer z , il cherche une explication du mot et ne la trouve guère, ou plutôt, à mon avis, l'interprète avec faux sens. « L'étymologie, expose-t-il assez pesamment, est au fond de la distinction entre ces deux mots : l'ouvrier, de opéra, œuvre, fait un ouvrage; l'artisan, de ars, exerce un art mécanique. L'artisan est un ouvrier, l'ouvrier n'est pas un artisan ; bref, artisan, retenant toujours son étymologie, indique l'homme exerçant un métier mécanique. » Et enfin il ajoute : « L'Académie ne donne pas le féminin : artisane ; cependant les lexicographes réclament l'enregistrement de ce mot, qui, en effet, se dit : une artisane, la femme d'un

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les caractères essentiels, congénitaux de la race celtique. En effet, depuis trois mille ans que sous des noms successifs — Celtie, Armorique — elle existe, vit et travaille, la Bretagne est pays artisan. A travers cent générations, dont la plus ancienne est antérieure aux Vénètes, la péninsule occidentale des Gaules n’a connu, n’a nourri, n’a honoré que des artisans. Et c’est à eux, de père en fils et de mère en fille, que Méheut, imagier au trait incisif, au crayon taillé comme un burin et qui mord le papier comme il mordrait bois ou cuivre, rend un étonnant hommage. Je disais : rappel de miniatures. Je devrais dire aussi: transcription de vitraux. Car il y a des deux dans ses dessins aux couleurs flamboyantes. Regardez, regardez beaucoup, et vous verrez un peuple entier qui, devant vous, se lève et travaille : hommes, femmes, enfants, tous ensemble. Tournant la glaise modelée, artisan; la classe artisane, la classe des artisans. Belle et bonne érudition qui, toute livresque, passe entièrement à côté de la vivante, de la prestigieuse réalité cent fois plus puissante, et je dirai même, héroïque... Héroïque, oui, en vérité : l’adjectif vous semble bizarre, et même exagéré ? Regardez Méheut ; et lisez surtout le texte si plein, si savoureux de Florian Le Roy : vous me comprendrez alors. Ici le vieux proverbe a raison : le mérite, les mérites des hommes et des femmes — car ces artisans ont des artisanes qui ne sont pas seulement leurs femmes, comme le veut le dictionnaire, mais qui travaillent comme eux, avec eux, autant et aussi bien qu’eux — saisis dans leur vie quotidienne, montrent la haute valeur de ce qu’ils font. Le proverbe a raison, car, ici, rien, absolument rien n’est mécanique et tout est, au contraire, d’une variété, d’une personnalité étonnantes. Variété et personnalité qui sont,

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NOVEMBRE 1943 ERCLIERS PRES DE DINAN