Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART DÉCEMBRE 1943 LE NUMÉRO : 15 F 13, RUE S’GEORGES, PARIS

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A NOS ABONNÉS, A NOS LECTEURS, De nouvelles réductions dans notre consommation de papier qui viennent de nous être imposées nous obligent à modifier temporairement l'aspect extérieur et la composition de notre revue : nous nous efforcerons néanmoins de maintenir sa valeur artistique et sa qualité. Ces mesures, dont nous nous excusons, auront aussi pour effet de réduire la quantité d'exemplaires mis en vente chaque mois. Quant aux abonnements — dont le nombre a été strictement limité — nous rappelons qu'il nous est impossible actuellement d'en accepter de nouveaux. IMAGES DE FRANCE. LE CINÉMA FILM D'ATMOSPHERE (B) : L'HOMME DE LONDRES, film français. - CADRE: Port de mer. - SUJET: La tentation d'un brave aiguilleur de s'approprier une grosse somme volée par de mauvais garçons. MISE EN SCÈNE: Decoin ; bien, malgré un rappel trop évident de l'atmosphère de Quai des Brumes et du Voyageur de la Toussaint. INTERPRÉTATION: Vraiment bonne et bien conduite : Ledoux, Berry (bien terne), Suzy Prim, Mony Dalms (quelconque), Hélène Manson, Modot, Brochard, etc. NOTE: Bon film moyen, sobrement et intelligemment traité sur une trame solide et suffisamment vraisemblable. COMÉDIE DRAMATIQUE (A) : DOUCE, film français. - CADRE: Grande famille de l'époque 1887. - SUJET: La belle passion conçue par la fille de la maison pour le régisseur de ses pères. MISE EN SCÈNE: Autant-Lara; bien faite. INTERPRÉTATION: Excellent ensemble avec le fin et délicat Debucourt, Odette Joyeux, Madeleine Robinson, Pigaut et Moreno, étonnante d'abattage et de force. NOTE: Aventure cohérente malgré un récit parfois assez elliptique et un rythme un peu sacré. DRAME (B) : TITANIC, film allemand doublé. - CADRE: Le paquebot Titanic. SUJET: Après lutte d'hommes d'affaires se terminant dans le naufrage tristement fameux du paquebot. MISE EN SCÈNE: Harald Bratt: consciencieuse, soignée, mais insuffisante pour la grandeur du sujet. INTERPRÉTATION: Très bonne: Fürbringer, Heiberg, Loos, Nielsen, Sibylle Schmitz, Schönbück, etc. NOTE: Film inégal; le naufrage, malgré de visibles efforts et d'assez grands moyens, reste la partie faible; maquettes un peu trop visibles; omission regrettable du petit noyau de passagers qui s'enfoncèrent dans les flots au chant du cantique « Plus près de toi, mon Dieu ! », rachetant ainsi les lâchetés de certains. LE FILM DU MOIS L'ÉTERNEL RETOUR C'est un spectacle ravissant que cette transposition moderne du thème de Tristan et Yseult; un spectacle qui se caractérise surtout par une mise en scène d'une souplesse, d'une mesure et d'un équilibre rares. Il en résulte une harmonie qui habilite prestigieusement ce que la version poétique de Jean Cocteau peut avoir d'un peu froid, d'un peu « cérébral » plutôt que de passionnel. La passion, en effet, cette passion dont pourtant deux êtres vont mourir, on ne la sent guère sourdre, envahir, s'épanouir en eux et cette flamme dévorante que l'on attend. Ce sont presque des amoureux bien sages que nous voyons, bien raisonnables. Sans doute, un excès de discrétion est-il cent fois supérieur à un excès d'expression... Toutefois, il est sincèrement dommage qu'un peu plus de sang ne circule pas dans les veines de ces héros stylisés, car avec ce léger appoint le film serait un vrai chef-d'œuvre. Déjà, tel qu'il est, c'est une grande œuvre, riche en nuances, en détails. L'interprétation de Madeleine Sologne et de Jean Servais est de grand style, quoique le dernier soit un peu trahi par sa voix. Murat lui-même trouve de l'accent et les débuts d'Yvonne de Bray à l'écran sont bons. Jean d'Yd et Rignault font des créations curieuses et bien typées. Quant au nain Piéral, il a fait une composition pittoresque, à retenir. La photographie est belle, merveilleusement adaptée au ton de l'ouvrage. Elle dégage une poésie intense, qui atteint à une grandeur vraiment pathétique avec le dernier tableau. L'auteur de cette œuvre de grande classe est Jean Delannoy, une des deux seules véritables révélations de l'après-guerre avec Jacques Becker. MARCEL LASSEAUX. BIOGRAPHIE FILMÉE (B) : MERMOZ, film français. - CADRE: La ligne de l'Aéroportale. - SUJET: Les principales scènes de la vie de Mermoz. MISE EN SCÈNE: Cuny; adroite, mais pas de grande classe; des longueurs; des faiblesses. INTERPRÉTATION: Hughes-Lambert; assez médiocre; Jean Marchat, Lucien Nat. NOUVEUR hybride, moitié documentaire, moitié film par suite de l'alternance des scènes parlées et de celles commentées par un speaker. Dans l'ensemble, cette grande vie est traitée avec discrétion, respect et suffisamment de sobriété, mais sans cette flamme qui brûlait Mermoz et dont on aurait aimé retrouver le reflet. FILM D'ATMOSPHERE (A) : TORNAVARA, film français. - CADRE: Laponie, ou réputée telle. - SUJET: La vie oppressante dans l'extrême Nord, avec toutes les folies et les brutalités qu'elle peut engendrer. MISE EN SCÈNE: Jean Drévile; sans grande consistance, mais de jolies photos. INTERPRÉTATION: Renoir; forcé, mauvais; Chevrier, Parély, Servais; honorables. NOTE: Film sans intérêt, se déroulant dans une atmosphère où le « chiqué » est vraiment gênant. MÉLODRAME (A) : VÉNUS AVEUGLE, film français. - CADRE: Un cargo dans un cimetière de bateaux. SUJET: La grande misère d'une jeune personne qui perd à la fois l'homme qu'elle aime et la vue, pour retrouver finalement l'un et l'autre. MISE EN SCÈNE: Abel Gance; délaisseure de mauvais goût et de pensifs qui fuient par être réjouissants. INTERPRÉTATION: Romance et Flamant; rivalises de « pompiersisme » entre eux et avec le metteur en scène; Lucienne Lemarchand, Guisol, Landry, Aquistapace, Marie-Lou, etc. NOTE: Film ahurissant par l'accumulation des sorties, d'effets faciles et de sensibiliser pleurnicharde. Un chef-d'œuvre de niaiserie. Abrév.: A. Adultes seulement. — B. Toutes personnes. --- LA MUSIQUE L'OPERA, qui nous avait révélé il y a deux ans un ballet de Werner Egk: Joan de Zarissa, vient d'inscrire à son répertoire le Peer Gynt du même compositeur. On sait que le livret de cet opéra librement adapté de la légende dramatique d'Ibsen retour à sa manière les aventures multiples auxquelles se trouve exposé l'indocile héros — d'abord illusionné par d'éphémères réussites, victime, en fin de compte, de son imagination déréglée — jusqu'au jour où, après avoir longtemps erré sur la terre et à travers les régions fantastiques que hantent les trolls, il se réfugie dans l'amour de Solveig comme l'enfant prodigue dans le sein de sa famille. En le suivant dans chacune de ses péripégrinations, la musique n'a pas prétendu imposer sa domination à cet être indomptable, c'est elle au contraire qui se plie à ses exigences et consent à passer par où il lui plaît de l'entrainer. La situation commande, elle obéit et n'hésite point à se faire la docile servente de l'action. Dirà-t-on qu'elle manque d'unité, que le style en est composite, voire disparate, que cela apparaît sensible non seulement dans la déclamation tour à tour solennelle, ironique, familière ou pathétique, mais aussi dans l'orchestre, qui tantôt emprunte au music-hall ses couleurs voyantes et sa verve outrancière et tantôt atteint à la même pureté limpide que l'âme de Solveig? Ce serait constater que Werner Egk a réalisé précisément ses intentions et qu'il n'aura pas en vain renoncé à construire coûte que coûte un édifice homogène. Un tel pouvoir de mimétisme, qui dénote une singulière liberté d'expression, ne l'empeche d'ailleurs point d'écrire en passant l'étonnant dialogue du Vieux Roi et de la Femme rousse ou les cheurs imposants de la scène des trolls, qui donnent un relief si remarquable à tout le début du troisième acte. Décidé par-dessus tout à ne pas sacrifier l'esprit de son œuvre à de mesquines préoccupations de succès facile, le compositeur de Peer Gynt n'a pas hésité à la terminer par une scène intime, tout empreinte de douceur, au lieu de « tirer tous les jeux » pour finir avec éclat, selon le procédé traditionnel auquel Prussorgsky avant lui prétendit un jour se soustraire, sans d'ailleurs y parvenir. A ce trait on devine comme il m'éprise la routine et place haut son idéal. Le cinquantenaire de la mort de Gound aura été commémoré avec décence et même avec une certaine ampleur. Animés par exception d'une louable émulation, théâtres, concerts et studios radiophoniques ont simultanément prodigué leur zèle en faveur d'un certain nombre d'ouvrages dont le renom demeure indiscuté, mais que l'on n'a pas, il faut l'avouer, l'occasion d'entendre tous les jours. A côté de Faust, de Roméo, de Mireille, piliers éprouvés du répertoire, à côté du Médecin malgré lui et de Philémon et Baucci, triés depuis quelques années déjà de l'injurieux oubli où ils demeuraient confinés, oratorios, messies, symphonies et mélodies ont été, à l'envi, exhumés. On a beau recueillis volontiers que le Soir renferme tout le secret de l'art de Gound et qu'à vingt ans l'auteur de la Reine de Saba avait découvert ce secret une fois pour toutes, il n'est pas superflu de feuilleter Mors et Vita ou Galila pour comprendre la portée exacte de ce jugement et pour prendre à l'audience de ces chefs-d'œuvre un plaisir que celle de certains ouvrages, fréquemment exécutés, sont bien loin de nous procurer aussi généreusement. Au cours d'un récital consacré à Schumann et à Chopin, suivi d'un concert donné avec l'orchestre du Conservatoire sous la direction de Charles Münch, le pianiste Wilhelm Kempff, dont nous avons à plus d'une reprise signalé ici même le talent, a dépassé ce que l'on attendait de lui. Jamais, semble-t-il, l'aisance et la sonorité de son jeu n'étaient si bien parvenues à donner un sens neuf aux pages les plus connues. MAURICE BEX.

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Photographies « Images de France ». MARIN 29, FAUBOURG-SAINT-HONORÉ, PARIS « TROPHÉE » et « BELLE DE JOUR » Deux délicats parfums du CHEVALIER D’ORSAY sont simultanément présentés dans ce coffret de laque orné d’une torsade en métal d’or. --- IMAGES de FRANCE PLAISIR de FRANCE REVUE MENSUELLE 13, RUE SAINT-GEORGES, PARIS-9e Tél. : TRU. 82-54 Ch. postaux : Paris 178.705 R. C. Paris 261.513 B (Seine) Olivier QUÉANT, Directeur ; Roger BASCHET, Rédacteur en Chef. N° 103 — 17e ANNÉE DÉCEMBRE 1943 --- Sommaire Pages --- IMAGES DE VERRE : LE VITRAIL, par MARCEL LASSEAUX.. --- RIVERNAGE EN HAUTE MONTAGNE, par CLAUDIE MARCEL-RUBOIS. --- UN AMI DE PARIS : LE POÈTE RILKE, par GEORGES GRAPPE. --- LE SOULIER DE SATIN » A LA COMÉDIE-FRANÇAISE, par OLIVIER QUÉANT --- NOËL --- DANS L’INTIMITÉ DES BÊTES SAUVAGES.. --- L’ART DE LA TABLE, par MARINA PAUL-BOUSQUET.. --- LA LEÇON DE « SODOME ET GOMORRHE », par JEAN HERBAULT --- LE CINEMA — LA MUSIQUE — LE THÉÂTRE Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures) Copyright by Images de France a, 1943. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l’objet d’une réclamation. Bureau de LYON : 87, cours Gambette. Téléphone : Montay 52-09 Chèques postaux : Lyon 954-22 TARIF DES ABONNEMENTS A. FRANCE, COLONIES FRANÇAISES ET MONACO. --- Fr. 168 --- B. ÉTRANGER --- Paris à l’ordre le plus fort d’abonnement. --- Fr. 380 --- Paris à l’ordre le plus fort d’abonnement. --- Fr. 340 --- Calvaire à St-Véra. Phot. M. N. A. T. P.

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Images de verre : --- Saint-Pothin,par Decorchemont. --- Vitrail de l'égliseSainte-Odile, à Paris. ---

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Le Vitrail par MARCEL LASSEAU --- E vitrail est une de ces expressions d'art dont la technique semble avoir atteint du premier coup une perfection qui rende inutile, voire impossible, toute amélioration ultérieure. En fait, nos maîtres verriers d'aujourd'hui travaillent à peu de chose près comme le faisaient leurs prédécesseurs du XIIe siècle, époque où se forma véritablement l'art du vitrail. On ne peut considérer comme différences importantes le fait que les gorges destinées à recevoir les verres dans les rubans de plomb du sertissage sont aujourd'hui le résultat d'un passage à la filière alors qu'hier elles étaient obtenues par le moyen d'un rabotage ; ni que l'étirage du verre a remplacé le soufflage et la coupe au diamant celle au fer rouge. La différence la plus sensible réside surtout dans l'accroissement considérable de la gamme des coloris employés. Les artisans du XIe siècle n'utilisaient guère que le bleu, le rouge, le pourpre, le vert, le jaune. A l'heure actuelle, le verrier dispose par exemple de 3.000 tons de vert et de 100 violets. Profusion d'une utilité contestable, de l'aveu même de certains peintres verriers, car elle n'a pas permis de surpasser ou même d'égaliser les résultats obtenus par les vieux maîtres avec leurs cinq teintes. Au contraire, il semblerait que le nuancement trop poussé tendrait à affadir la verrière, à lui enlever son mordant, son accent. Un autre point sur lequel la technique moderne se sépare de celle du XIe siècle, haute époque du vitrail, pour s'apparenter à celle du XVIe, qui est, hélas ! la basse époque, c'est le goût des larges espaces non cloisonnés, ornés de motifs en grisaille. C'est, en somme, la substitution dans une certaine mesure du procédé de la peinture sur verre à celui de la mosaïque, employé à peu près exclusivement par les gens du moyen âge. En ce temps on comptait quelque 300 à 400 fragments de verre au mètre carré au lieu de 150 aujourd'hui. Les surfaces individuelles étaient donc beaucoup plus réduites autrefois qu'à présent. Cette particularité, jointe au réticulage serré produit par les encadrements de plomb cernant chaque morceau, donnait au vitrail de jadis un « pointillisme » qui répartissait très harmonieusement les lumières, équilibre que l'on ne retrouve pas toujours avec l'augmentation des surfaces. Ceci dit, voici comment naît un vitrail. Le peintre verrier commence par l'établissement d'une maquette, généralement au 1/10e. De cette maquette est tiré ensuite un « carton », grandeur naturelle, que l'on calque pour le reporter sur un papier bulle. Ce dernier est alors découpé en autant de « patrons », appelés calibres, qu'il y a de morceaux de verre à tailler. Les ciseaux dont on se sert à cet effet sont construits de façon à rogner automatiquement chaque calibre de l'épaisseur nécessaire au logement du plomb de sertissage. On échantillonne alors les verres en se reportant au carton ; on les coupe conformément aux calibres, puis on les assemble une première fois soit au plomb, soit par simple collage à la cire sur une vitre. --- Saint François préchant aux oiseaux par JEAN HEBERT STEVENS. --- Saint Christophe, par LABOURET. (Vitrail en dalles de verre, cloisonné au ciment.)

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C'est alors qu'intervient l'opération de la peinture dite «en grisaille», chargée de donner le modèle d'un corps, d'une draperie ou de camper un paysage, un décor. On procède au moyen d'un oxyde de fer que l'on fait adhérer sur le verre par application d'une solution de gomme laque et de vinaigre. Le vitrail est ensuite démonté et les morceaux peints sont mis au four après avoir été séparés les uns des autres par des lits de craie ou de plâtre. Un séjour dans une température de 670-680 degrés fait pénétrer de façon indélébile l'oxyde de fer dans le verre ramolli sans que ce dernier atteigne cependant son point de fusion. La dernière opération est celle du montage définitif. Les verres sont assemblés sous des baguettes de plomb que l'on soude au fer. Le vitrail est alors brossé avec un mastic liquide chargé d'assurer l'étanchéité du joint en pénétrant entre tous les interstices de l'assemblage. Pour le travail du vitrail on se sert de verre spécial dont la composition et la facture tendent à se rapprocher le plus possible de la matière employée au xiiie siècle, c'est-à-dire irrégulier, bulleux et plutôt translucide que transparent : tous facteurs qui jouent dans la réfraction et la dispersion de la lumière. Cette question de la nature du verre de vitrail souleva de très curieuses polémiques au xixe siècle, époque où le romantisme «découvrit» le moyen âge. Les xviiie et xviiiie siècles n'ayant, pour des raisons diverses, à peu près rien produit en fait de vitrail et les tentatives de l'école de Viollet-le-Duc pour renouer la tradition n'ayant pas été convaincantes, on fut persuadé qu'il existait un «secret» de fabrication du verre, secret perdu, bien entendu, et que l'on se mit à rechercher avec ardeur. Sans succès d'ailleurs, puisque les analyses du chimiste Léopold Appert démontrèrent enfin en 1900 que le fameux verre du moyen âge était des plus ordinaires, et même des plus grossiers généralement. Toute la réussite tenait dans le tour de main et non dans la matière. Il n'empêche que, profitant de l'engouement général, on ne compta plus les aigrefins qui s'établirent chercheurs de formules perdues et soutirèrent par ce moyen des sommes importantes aux amateurs de merveilleux... Nihil novi... A côté du vitrail sous plomb, que notre siècle se borne à continuer dans sa forme traditionnelle, il est intéressant de signaler une technique curieuse et originale : le vitrail en ciment armé... Dans ce procédé, le ciment remplace le plomb pour l'assemblage des verres. Ceux-ci sont taillés dans de véritables dalles de 25 millimètres d'épaisseur et non plus dans des feuilles minces. Les bords de ces dalles sont «éclatés», c'est-à-dire qu'on y provoque au marteau des éclats chargés de faire jouer la lumière au niveau du cerne d'ombre que constitue le joint de ciment. Ce qui est fort intéressant dans cette technique, c'est qu'elle ne comporte aucune peinture. Tous les effets sont obtenus au moyen d'une véritable mosaïque de morceaux de verre noyée dans un cadre en ciment. Détail curieux : l'extrême fractionnement que nécessite ce procédé est peut-être ce qui rappelle le plus la manière du vitrail ancien, compte tenu, bien entendu, de la facture ultra-moderne du dessin. La construction d'églises nouvelles ayant demandé la création de nombreux vitraux, on s'aperçut tout à coup que cet art agonisait... Comme par hasard, on ne formait plus d'apprentis dans ce métier et la moyenne de l'âge des artisans verriers avoisinait soixante ans. Alors qu'il y a cinquante ans les ateliers des peintres verriers comptaient encore cent à cent cinquante ouvriers, ils n'en comprennent plus que huit !... Aujourd'hui, des organismes comme le «Centre de formation professionnelle des métiers d'art» entreprennent de redresser la situation par l'éducation de jeunes à qui une solide instruction artistique est donnée en même temps que l'instruction purement technique ou d'exécution. Ainsi sans doute pourra renaître et se perpétuer l'art du vitrail, un des plus beaux et des plus harmonieux qui soient ; art si solidement implanté chez nous qu'il était considéré dès le viiiie siècle comme un art essentiellement français. M. L. Sertissage au ciment d'un vitrail dans l'atelier de Labouret. La mise sous plomb au Centre de formation professionnelle des métiers d'art. Le peintre Gruber terminant un carton. Photographies et autochromes «Images de France»

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village le plus haut de France, Saint-Véran, à 2.040 mètres d'altitude. HIVERNAGE en haute montagne Deux toits étagés chaperonnés de neige, des murs mi-poutres et mi-pierres, deux cadrans solaires frôlés par les premiers rayons du soleil : ce sont les maisons de la « Pointe du Jour », celles qui dominent Saint-Véran. « Saint-Véran est la plus haute montagne où il se mange du pain », dit un proverbe queyrassin. Il s'en mange toute l'année, car on vit là-haut toute l'année. On profite des mois d'été pour faire tous les travaux des champs et l'hiver on vit au chaud, on vit dans la maison-étable, dans la chaleur du poêle et des bêtes; on vit dehors vers midi à la chaleur fulgurante du soleil ; on vit en vase clos, replié sur sa chaleur individuelle, attentif à ne pas la laisser se perdre dans le froid ambiant, dans le terrible froid qui suffoque dès que l'on quitte le sillage d'un rayon de soleil. On vit replié peut-être, ralenti parfois, mais non endormi. De paysan l'été, le Sanvéranais l'hiver devient artisan. Cela se passe en Queyras, dans les Hautes-Alpes. On quitte à Château-Queyras la route de Guillestre à Abriès et, surplombant l'Aigue Blanche, on monte vers la Chap Sainte-Agathe, et ce sillon sombre là-bas ce sont les maisons de Saint-Véran. Dès l'arrivée on est dominé par une croix de la Passion qui se découpe, sombre, vierge de neige devant les chaînes neigeuses. Guidé par cette croix, on pénètre dans ce village mi-catholique, mi-protestant. Et voici l'enchevêtrement indescriptible des habitations. Voici les poutres sombres des murs, des balcons, les poutres-gouttières pointant du rebord du toit, les poutres devinées sous la neige. Voici l'accumulation des masses sombres et des masses blanches étagées, reliées entre elles par une pente blanche, dodue, arrondie comme une chair qui prend sous la caresse la forme de la paume, pente qui est toit ou terrain, on ne sait plus ; on est perdu dans un foisonnement de murs, de toits, de balcons débordants, de neige amassée.