Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART NOVEMBRE 1943 LE NUMÉRO : 15 F° 13, RUE S'GEORGES, PARIS

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LES DISQUES La révélation de ce mois est le début dans nos studios phonographiques du chef d'orchestre Jean Giardino. Très connu et hautement apprécié dans les milieux professionnels par sa brillante activité à la Radiodiffusion nationale, ce remarquable animateur n'avait pas encore eu l'occasion de présider à l'enregistrement d'une œuvre importante. Les deux disques dont il vient d'assurer la gravure, en dirigeant l'orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, sont des réussites éclatantes qui le placent immédiatement au premier rang des « as » du studio. C'est d'abord le Boléro de Ravel (P.), dont il nous donne une édition parfaite. Son mouvement est exact, ni précipité ni traînant et toujours vivifié par une vitalité secrète. Et il a réussi à nous conserver le relief et la couleur de chaque timbre instrumental que la cire nous restitue avec une pureté et une transparence exceptionnelles. Mais plus surprenante encore est la qualité de l'enregistrement de son Till Eulenspiegel (P.). On sait que la richesse orchestrale si foisonnante de ce chef-d'œuvre de Richard Strauss oppose aux moyens mécaniques de reproduction une résistance redoutable. Jean Giardino est parvenu à clarifier cette bouillonnante polyphonie sans lui faire perdre sa somptuosité et sa magnificence. C'est un véritable tour de force qui réjouira tous les collectionneurs, heureux de pouvoir mettre en bonne place dans leur discothèque une édition aussi rare de ces deux partitions. Ce double exploit nous permet de fonder les plus grands espoirs sur la carrière d'un jeune chef aussi bien doué. Ravel a été une seconde fois à l'honneur dans nos catalogues de disques avec sa Valse (GR.) enregistrée par le même orchestre sous la direction de Charles Münch. Ce poème symphonique est encore plus rebelle à l'enregistrement que ceux de Richard Strauss. Nous n'en possédons aucune édition entièrement satisfaisante. Ravel estimait qu'il n'avait pas à tenir compte des exigences de la machine, dont la mission était de s'adapter au caractère de son orchestration. C'était, hélas ! retarder de plusieurs années une gravure parfaite de son œuvre. M. Charles Münch a lutté courageusement contre les difficultés redoutables de sa tâche ingrate. Et il est parvenu, plus d'une fois, à triompher des pièges acoustiques dont cette page est hérissée. On n'a pas oublié le succès remporté à l'Opéra-Comique par Ginevra (P.), la comédie lyrique de Julien Luchaire et Marcel Delannoy. Cette œuvre aimable et élégante nous avait présenté, sous un jour nouveau et singulièrement agréable, le talent de l'auteur du Poirier de mistre. Le disque nous en restituait les pages principales avec les artistes de la création sous la direction de Roger Désormière. On retrouvera avec plaisir les scènes interprétées par Irène Joachim, Eliette Schenneberg, Martha Angelici et M. Etcheverry. Sous la direction de Johannes Schüler, l'orchestre philharmonique de Vienne nous donne une bonne édition de la Symphonie no 35 en ré majeur, de Mozart (P.), complétée par la célèbre ouverture du Directeur de théâtre, du même auteur. M. Gilles Guilbert a déployé de très intéressantes qualités pianistiques dans la Cordoba, d'Albeniz (C.). Il s'est attaqué également à la Grande Porte de Kiev, le dernier des « tableaux d'une Exposition », de Moussorgski. Malheureusement la version éblouisante que Ravel nous a donnée de cette page ne permet plus à un pianiste de lutter efficacement contre ce souvenir. Le clavier ne peut pas atteindre à la splendeur sonore et à la majesté de la transcription orchestrale qui hante notre mémoire. Enfin, signalons l'intérêt musical du Concerto romantique (P.) qu'André Lavagne vient d'écrire pour violoncelle et orchestre et qui nous est présenté au disque par Paul Tortelier accompagné par l'orchestre des Concerts Lamoureux sous la direction d'Eugene Bigot. Dans cette œuvre André Lavagne affirme un tempérament sain et équilibré et un métier solide que l'on a plaisir à saluer avec sympathie. EMILE VUILLERMOZ. Abréviations : P., Pathé; Gr., Gramophone; C., Colombia. LE CINÉMA COMÉDIE MUSICALE (B) : MON AMOUR EST PRÈS DE TOI, film français. CADRE : Milieux de music-hall et de marinières. SUJET : Les troubles amnésiques d'un chanteur fameux, ce qui complique sa vie sentimentale. MISE EN SCÈNE : Richard Pottier ; interminable, de jolies images. INTERPRÉTATION : Tino Rossi ; affirme brillamment son incapacité congénitale à jouer la comédie ; Azais ; très « nature » ; Annie France, Mona Goya, Delmont, Tissier, Génin ; bien. NOTE : Film aussi agile qu'une charrette embourbée ; on a envie de pousser derrière ! Les chansons de Tino Rossi sont agréables. FANTAISIE (B) : L'INÉVITABLE MONSIEUR DUBOIS, film français. CADRE : Usine de produits de beauté, dans le Midi. SUJET : La femme « forte », selon l'Écriture, la femme d'affaires dans le style moderne, vaincue par l'amour. MISE EN SCÈNE : Pierre Billon ; très bonne, rapide, bien rythmée. INTERPRÉTATION : Luguet ; fantaisie pleine de finesse, de tact et de mesure ; Ducaux ; force trop son personnage ; une excellente scène pourtant ; celle de l'ivresse ; Tramel, Mony Dalmés ; bien. NOTE : Enfin un film ne confondant pas gaieté et grossièreté ! Brillant dialogue de M. G. Sauvaion. Ensemble prestement enlevé et amusant de bout en bout, malgré le thème le plus usé qui soit, grâce à une grande légèreté de main et une riche invention de détails. COMÉDIE DE CARACTÈRE (A) : LES ROQUEVILLARD, film français. CADRE : La région de Chambéry. SUJET : Le drame de la famille mise en péril par la faute d'un de ses membres, tel qu'on le concevait autrefois. MISE EN SCÈNE : Drévile ; très soignée, nette et probe quelque lente. INTERPRÉTATION : De premier ordre : Vanel, Mila Parély, Clariond, Varennes, Valère, etc. ; tous parfaitement à leur place et constituant un ensemble vigoureux et homogène. NOTE : Bon film un peu lourd, massif, rigide, bien en accord avec les sentiments qu'il exprime. Conflit traité avec tact, non sans puissance et émotion. COMÉDIE BOUFFONNE (B) : ADÉMAI BANDIT D'HONNEUR, film français. CADRE : Paysages corses (ou réputés tels). SUJET : Les affres du célèbre « Adémaï » appelé à l'héritage indésirable d'une vendetta de famille, avec tout l'imprévu qu'elle comporte. MISE EN SCÈNE : Gilles Grangier ; assez bonne ; des longueurs ; aurait gagné à être plus serrée. INTERPRÉTATION : Noël-Noël, Georges Grey, Gaby Andreu, de Sax, Rignault, Génin, etc., forment un ensemble plein de saveur et d'entrain. NOTE : Bouffonnerie amusante ; des effets souvent gros, mais qui portent, alternant avec des passages pleins de finesse. Une soirée agréable. COMÉDIE DRAMATIQUE (A) : LE CORBEAU, film français. CADRE : Une petite ville de province. SUJET : Le drame des lettres anonymes qui, parfois, bouleversent un pays par le fait d'un maniaque ; les ravages et les injustices qui en découlent. MISE EN SCÈNE : Clouzot ; intelligente, vigoureuse, variée, gâtée malheureusement par une propension à la grossièreté. INTERPRÉTATION : Excellente, choisie avec soin jusque dans les moindres rôles et conduite d'une main ferme ; Fresnay, Larquey, Ginette Leclerc, Micheline Francoey, Roquevert, Brochard, Lancret, etc. NOTE : Film âpre, vigoureux, coloré, amer et caustique. Intérêt adroitement menagé jusqu'aux dernières images. Œuvre curieuse et intéressante, malheureusement assez répugnante du fait de toute la boue qu'elle remue et de la piètre figure qu'elle nous donne de l'humanité. COMÉDIE DRAMATIQUE (A) : LE VAL D'ENFER, film français. CADRE : Vaste carrière de pierre et la population qui en vit. SUJET : Éternel drame des mariages mal assortis en âge et en condition. MISE EN SCÈNE : Tourneur ; honnête mais sans éclat. INTERPRÉTATION : Ensemble assez disparate, animé de mérites divers : Ginette Leclerc, Gabrio, Gallas, Cordy, Raybaz, fond sur lequel se détachent spécialement Delmont et Gabrielle Fontan. NOTE : Film long et suffisamment ennuyeux ; dialogue trivial. MARCEL LASSEAUX. A. Adultes seulement. — B. Toutes personnes.

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DÉCORS DE A PAP UN APPARTEMENT À LA PORTE DAUPHINE Le fleuve vert de l'avenue Foch vient battre les murs de l'immeuble... Les meubles pourraient être ceux d'une belle villa... --- Après avoir pendant tant d'années assassiné des arbres et sacrifié à la pierre les moindres espaces, la mode a brusquement changé : les urbanistes ont inventé les espaces verts, la ceinture verte et les îlots de verdure. Les Parisiens se sont rués sur les appartements dont les fenêtres donnaient sur un arbre ou un bout d'horizon et n'ont pas hésité à ensemencer au besoin leurs balcons et leurs toits ; ils s'aperçurent alors que le décor entrevu dans l'encadrement de leurs fenêtres valait bien les tableaux et les trompe-l'œil auxquels se heurtaient la vue et l'esprit. Et dans tous les quartiers de Paris ils se sont disputés la jouissance des arbres survivants. Voici deux exemples : un appartement et une maison. L'appartement est celui de M. et Mme N..., à proximité de la porte Dauphine. Le fleuve vert de l'avenue Foch qui vient battre les murs de l'immeuble est à l'origine de toute l'installation intérieure : les sièges du salon, recouverts d'un chintz à fleurs, pour-

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RIS VERDURE raient être ceux d'une belle villa. La salle de bains, trop souvent sacrifiée bien qu'une femme aime à y rester, occupe l'une des plus belles pièces ; c'est un observatoire d'où Mme N... suit chaque jour l'éclosion des marronniers et des tulipiers au printemps, le jaunissement des feuilles en automne. Enfin, dans la salle des enfants se balance, comme à la campagne, une escarpole. La maison est celle de M. et Mme J. L... C'est une petite construction du siècle dernier, enfouie dans un minuscule îlot de verdure en plein Paris, près de la place des Ternes. Là, malgré la laideur des murs voisins, les arbres et les arceaux garnis de roses arrêtent le regard, et le parterre en miniature est un nid de fraîcheur. Un vaste living-room, garni de livres et donnant de plain-pied sur le jardin, reflète sur ses murs blancs les ombres mouvantes des branches. La ville, cependant si proche, est momentanément éloignée ; une campagne de 100 mètres carrés suffit à accomplir ce miracle. Un vaste living-room donne de plain-pied sur le jardin. C'est une petite maison du siècle dernier... UNE MAISON AVENUE DES TERNES Le minuscule jardin est un îlot de verdure.

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JOINVILLE PORT de MER Le paquebot tel qu'on le verra à l'écran... et tel qu'il est à Joinville. Pour donner l'illusion du mouvement, la camera et les personnages restés à terre se déplacent sur un « travelling ». Et le paquebot semble ainsi glisser lentement le long du quai.

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P OUR les besoins du film Je suis avec toi, qu’Henri Decoin tourne avec Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, il fallait absolument un bateau. Et qui plus est un transatlantique ! En temps ordinaire, une promenade au Havre et l’affaire eût été réglée. Malheureusement, en 1943 les transatlantiques ne courent pas les rues, si j’ose m’exprimer ainsi, et moins au Havre qu’ailleurs. Heureusement pour lui, le cinéma a des ressources que le commun ne connaît pas. Et aussi quelque sagesse. Ne pouvant avoir un bateau qui aille sur mer, il sut se contenter d’un bateau qui aille sur terre. A dire le vrai, ce n’est pas tout à fait un bateau que celui reconstitué à Joinville. C’en est tout au plus un morceau : la partie médiane du paquebot, celle de la coupée. A première vue, ce navire sans poupée ni proue, autrement dit sans queue ni tête, est un peu déroutant. Mais il faut savoir le regarder sous l’angle qui convient, celui qu’utilisera la camera, c’est-à-dire en se plaçant sur le quai entre des bâtiments de douane et des entrepôts judicieusement disposés pour masquer ses extrémités tronquées. De là, l’illusion est parfaite. Ce gigantesque décor — qui n’est bien entendu qu’une façade — mesure 35 mètres de long sur 25 mètres de haut, la hauteur d’une maison de sept étages. Son poids total est de 52 tonnes ! Et pour maintenir en équilibre cette énorme feuille de plâtre et de bois il ne faut pas moins de 30 tonnes d’échafaudages. Des fils à plomb, accrochés aux parties hautes du décor, permettent de contrôler constamment son assise et de corriger les inclinaisons éventuelles au moyen de palans compensateurs. Les tôles de la coque sont… en staff — mélange de plâtre et de filasse — et sont imbriquées les unes dans les autres à la hauteur de chaque bande de rivets. Bien entendu, ceux-ci sont aussi faux que le reste, mais comme l’ensemble a été moulé sur des éléments vrais l’illusion est absolue. L’édification de ce monument demanda douze jours à quatre-vingts compagnons, ce qui est en somme très court si l’on considère l’importance du travail et les difficultés techniques rencontrées par le décorateur Lucien Aguettand. C’est ainsi que faute de bois les planchers des ponts ont dû être réalisés… en asphalte — 5 tonnes de charge pour les cinq ponts ! — tandis que les boiseries desdits ponts, qui eussent dû être en légers panneaux de contreplaqué, sont en lattis de bois crépi de plâtre, d’un poids total de 12 tonnes. Telle est cette réalisation monumentale qui fait le plus grand honneur au cinéma français ; ce cinéma qui manque de tout, à qui tout est mesuré, et qui supplée à coups d’ingéniosité, d’intelligence, d’habileté technique à tout ce qui lui fait défaut. Joli exemple de cette souplesse qui nous permet de créer quelque chose avec rien et faire de l’art avec des matériaux de démolition. M. L. Un officier sur le pont des embarcations. L’envers des canots de sauvetage, à la hauteur d’un sixième étage. Tendres adieux. Pierre Fresnay et Yvonne Printemps se doutent-ils que cette passerelle de 15 mètres de portée a été réalisée par l’assemblage savant de planches ne dépassant pas 3 mètres de long seuls matériaux dont disposait le décorateur ? Tour de force technique.