Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART
TAPIS AU POINT NOUÉ, PAR YVONNE FOURGEAUD
ÉDITÉ PAR LES GRANDS MAGASINS "A LA PLACE CLICHY"
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N° 30
JANVIER, 1928
8, frs.
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RÉDACTION ADMINISTRATION
2 & 4, RUE MARTEL
PARIS, 10e A!
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TÉLÉPHONE & LIGNES
PROVENCE, 04-04 ET LA SUITE
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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS MODERNES, PARAISSANT TOUS LES MOIS, PUBLIÉE PAR "LES ECHOS" LA GRANDE REVUE COMMERCIALE FRANÇAISE
LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART
TROISIÈME ANNÉE
ABONNEMENT : FRANCE ET COLONIES FRANÇAISES 80 FRANCS PAR AN, ÉTRANGER, SELON LE PAYS DESTINATAIRE, 120 OU 160 FR. PAR AN
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SOMMAIRE
N° 30 (Janvier 1928)
TAPISSEIES ET TAPIS, par GUILLAUME JANNEAU, Administrateur du Mobilier National
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SALONS ET BOUDOIRS
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— Divans et Sièges
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— Meubles de Salon
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ABAT-JOUR
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LES FAIENCES STANNIFÈRES DE JEAN GAUGUIN
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ÉCHOS ET NOUVELLES
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Le N° 31 (Février 1928) sera consacré aux Vestibules, Entrées, Halls, à la Ferronnerie et à la Serrurerie d’Art, ainsi qu’aux Revêtements et Dallages décoratifs. Demander sans engagement de votre part, le tarif de publicité, 2, Rue Martel, Paris (Xe)
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LES ÉCHOS
LA GRANDE REVUE COMMERCIALE FRANÇAISE
INDISPENSABLE à tous les commerçants et industriels
Les Echos éditent les “Echos des Industries d’Art”
2 et 4, Rue Martel — PARIS (10e)
Téléphone 8 lignes : PROVENCE 04-04 et la suite
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L’Edition Hebdomadaire et à l’Edition Quotidienne ainsi qu’à l’inscription gratuite de 50 mots aux petites annonces de l’une ou l’autre édition. Les abonnés, résidant à l’étranger, peuvent seuls souscrire à chaque édition séparément au prix de 150 ou 200 fr. par an, selon le tarif postal pour l’une ou l’autre édition hebdomadaire ou quotidienne.
LES ÉCHOS ne sont pas seulement un journal, mais une organisation puissante, mise sans aucun frais à la disposition de leurs abonnés.
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Tapisseries et Tapis
Texte par Guillaume Janneau
Administrateur du Mobilier National
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Paul Véra : Dossiers de Chaise pour le Mobilier "Les Beaux Dimanches" Exécution par la Manuf. Nat. de Beauvais
L'art du tapis, lui, n'a pas connu la décadence profonde où était tombée la tapisserie depuis Louis Philippe, et d'où les efforts de quelques hommes d'action vont enfin la tirer. Car nous allons assister, avant qu'il soit longtemps, au renouveau de la tapisserie. De sûrs indices le font augurer. Il y a, présentement, comme aux époques brillantes dont les grandes collections se disputent les œuvres, des amateurs de tapisserie : de la tapisserie de siège et même de la tenture. Mieux, ce n'est point seulement par mode ou par goût que l'on va, d'une manière effective, c'est-à-dire par des achats, favoriser cette renaissance d'un art essentiellement français : c'est par nécessité. Comme au moyen-âge et même au grand siècle les tapisseries vont redevenir un élément nécessaire de l'ameublement. Elles vont reprendre une fonction utile, une destination pratique, une place logique dans l'appartement. Elles cesseront d'être des pièces de collection, n'ayant qu'un intérêt d'érudite curiosité, pour redevenir ce qu'elles étaient à leur belle époque : des objets d'usage. Elles vont rentrer dans la vie interrompue pour elles depuis la fin du dix-huitième siècle.
Qu'étaient autrefois les tapisseries de lisse ? C'était des cloisons mobiles. L'appartement, dans le passé, ne connaissait pas les distributions morcelées auxquelles nous ont accoutumés les architectes du dix-neuvième siècle. C'était une enfilade de grandes salles se commandant l'une l'autre, et sans affectation préfixée par le constructeur. On n'y distinguait ni salon, ni chambre à coucher, ni salle à manger, organisés pour cette destination, et décorés d'une manière convenue. L'on se contentait de monter le lit, de dresser la table, de donner audience dans la pièce qui plaisait le mieux, et qu'on débarrassait ensuite de ce mobilier spécial. C'est seulement dans la première moitié du dix-septième siècle qu'on prévoiera le "cabinet", simple réduit où l'on pouvait se retirer hors de la vie toute publique d'autrefois. Ce fut une invention de la belle marquise de Rambouillet. Mais elle ne modifia pas l'organisation générale de l'appartement.
Or, dans ces vastes pièces communiquantes, qui fermaient
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CAMILLE CLESS: CARTON DE TAPISSERIE “LA RIVIÈRE, SES PLAISIRS ET SES TRAVAUX”
mal, et dont les cheminées chauffaient peu, d’après les contemporains mêmes, régnait un vent des plus dangereux : un vent qui rappellera les “ouragans de l’Amérique” à Madame de Maintenon. On s’en protégera par tous les moyens : la même Madame de Maintenon s’installera dans une sorte de guérite capitonnée dont Saint-Simon se gausse avec insistance. On entourait les tables, et surtout les lits, de courtines, de brocarts ou de lainages. Les seigneurs, les fermiers généraux, les grands bourgeois y employaient des tapisseries. Il y en avait de très belles, très précieuses, très soignées, qui coûtaient fort cher, et venaient d’ateliers réputés. On en faisait de plus vulgaires, dont les parties secondaires étaient exécutées par les artisans ordinaires, et les parties difficiles,
telles que les nus, par des maîtres plus habiles qu’on appelait “officiers de têtes”. On en tissait enfin de grossières, à chaîne épaisse, à tissu moins serré. La tapisserie ne constituait donc un luxe que quand elle offrait un grand intérêt d’art. La tapisserie moyenne était un meuble d’usage. C’est là ce qui explique l’extraordinaire développement qu’avait pris sa production jusqu’au dernier tiers du XVIIIe siècle. Elle était aussi nécessaire, à l’appartement, qu’une porte ou qu’une cloison.
En 1782, l’Ami des Hommes signalait, pour s’en indigner comme d’une molesse indigné de lecteurs de Plutarque et de Jean Jacques, la mode nouvelle des “petits appartements”. Les architectes, à ce moment, cherchaient à créer du confort
COUDYSER: TAPIS POINT NOUÉ, FOND BLEU PASTEL, DÉCOR CAMAIEU, GRIS, BEIGE ET OR EXÉCUTÉ PAR LE “POINT SARRAZIN”
Photo Roseman
Photo Vizzacana
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R. JOUBERT ET PH. PETIT : TAPIS POINT NOUÉ “JUDÉE”. HARMONIE HAVANE BEIGE ET NOIR ÉDITÉ PAR DIM
en limitant la capacité des vaisseaux immenses dans lesquels avaient vécu les devanciers. Ils étaient conduits à imposer une destination spéciale aux petites pièces qu'ils taillaient, ou mieux, pratiquaient dans les grandes. Les cloisons fixes rendirent inutiles les courtines de tapisserie. D'autre part, les figures à grande échelle qui peuplent les tentures de lisse, prenaient trop d'importance dans de petites pièces. En effet, les tissus imprimés et peints, employés en texture murale, vont se substituer aux beaux tissus de lisse. Les ateliers du Roi continueront, pendant quelques années, à travailler pour la cour et les appartements officiels. Mais Beauvais périclite, les Gobelins débauchent. Et la Révolution ne ruinera qu'une ruine. Le dix-neuvième siècle a trouvé l'architecture des petits appartements bien établie. Mais si la Restauration construisait encore avec une robustesse et une probité dignes de Vauban, le Second Empire va tolérer
LES ARTS DE FRANCE: TAPIS POINT NOUÉ, “LES PANACHES”, BLEUS FONCÉS ROUGES ET NOIRS
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FRANCIS PAUL: “LES PAPILLONS”, POINT NOUÉ
ABD-EN-NOR : TAPIS POINT NOUÉ A LA MAIN. COULEUR BLEUE ET BIS AVEC QUELQUES TOUCHES ROUGE, VERT ET NOIR. EXÉCUTÉ PAR LA MANUFACTURE DE TAPIS D'ART DE LA COTE D'ARGENT
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MAURICE DUFRÈNE : TAPIS POUR L'ESCALIER D'HONNEUR DE L'ÉLYSÉE
(ÉDITÉ PAR “LA MAÎTRISE”)
l'avilissement du métier. Comme la multiplication des murs de séparation, qui sont en même temps des supports, limite la portée des plafonds, les entrepreneurs substituèrent, économiquement, des matériaux grossiers de remplissage, agglomérés autour de quelques rails, aux poutres solides qu’employaient leurs prédécesseurs. Il est des maisons où l’on ne saurait abattre une cloison sans déterminer de graves désordres. Mais une révolution morale et sociale s’accomplit. Le développement de l’automobile provoque des habitudes plus nomades, la pratique même du voyage stimule l’initiative et aiguise le sentiment de l’indépendance individuelle, enfin la pénurie de personnel domestique détermine des simplifications dans l’arrangement du logis. Toutes les recherches, dans l’ameublement, tendent à la commodité, à l’hygiène, à la clarté, comme elles tendent à la netteté dans les formules esthétiques. En aménageant le living-room, l’architecture moderne revient, par un curieux détour, à la “salle” des ancêtres. Dans les projets de Le Corbusier, la pièce où toute la vie s’organise ne comporte aucune cloison fixe ; mais seulement des divisions mobiles. Le moment est prochain, où la tapisserie, le plus solide et le plus magnifique des tissus, recouvrera son ancienne fonction.
Quel est l’atelier qui trouvera la formule de la tapisserie moderne ? Il est bien évident que cette formule est encore à établir. Aubusson choisit mal ses cartons ; aux Gobelins, la judicieuse direction de M. Planès est trop récente pour avoir
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encore obtenu des résultats appréciables. Toutefois, les deux cartons de Zingg et de Cappiello qu’a choisis et mis sur métiers le distingue directeur, sont des mieux composés, et c’est avec une joie sans mélange qu’on le félicite ici du retour qu’il impose aux vieilles et saines méthodes d’exécution. De nouveau, le lissier devient l’interprète du peintre, et non le servile copiste qu’il fut trop longtemps. De nouveau, le tapis- sier exprime le modèle, non plus par des mélanges pig- mentaires de fils, mais par le franc et énergique procédé du battage, qui consiste à croiser les hachures, d’épaisseur et de longueur variables, de deux teintes juxtaposées pour ob- tenir la teinte rompue. Le lissier, de cette manière, obtient une équivalence optique du mélange matériel élaboré par le peintre. Il obtient, non pas une copie littérale, mais un effet identique. Mais quand les années ont passé, emportant les tonalités fragiles, le robuste et franc modelé par battage subsiste, et conserve toute son énergie. C’est là la vérité en matière de tapisserie. Il est heureux qu’on y revienne. A Aubusson, M. Marius Martin avait ramené ses élèves à la vieille méthode abolie par Oudry. Aux Gobelins, M. Planès, moins libre, mais secondé par quelques artistes plus com- préhensifs, donne la bonne impulsion. A Beauvais, la même démonstration avait été fournie, voici quelque dix ans, par M. Ajalbert Ses sièges, des Contes de Perrault, compo- sés par Jean Veber, sont en effet tissés selon la méthode ancienne. Et si l’on néglige certaines erreurs de composition, la démonstration faite à Beauvais demeure concluante : dans
Photo Harand
ELISE DJO-BOURGEOIS : TAPIS POINT NOUÉ
DA SILVA BRUHNS : TAPIS POINT NOUÉ, HARMONIE BEIGE ET NOIR
Photo Rep
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le siège comme dans la teniture, la tapisserie veut de grands effets.
La prodigieuse délicatesse du tissu qu'a produit Beauvais entre 1815 et 1900 émerveille, mais sans persuader. On admire la finesse du fameux bouquet, mais rares sont les panneaux qui possèdent le caractère de la tapisserie. Le grain serré, la chaîne fine, le dessin menu suggèrent d'abord l'idée d'une soie cotelée peinte. Il est même des mobiliers, tels que celui des Papillons, dont la finesse est telle qu'on croit une étoffe imprimée. C'est l'erreur des virtuoses que de prendre le moyen pour la fin et la réussite technique pour l'art. Beauvais, après une série d'essais conduits avec une courageuse ténacité par l'éminent directeur de la Manufacture, auteur de ces trois ouvrages, aussi riches de doctrine que d'histoire : le Bouquet de Beauvais, (Flammarion) Autour des Cartons de Beauvais (Baudinière), Beauvais (Morancé).
Beauvais a trouvé plusieurs excellentes formules de tapisserie de siège. Elle a réalisé, notamment, des cartons d'André Groult, de Gaudissart, de Paul Poiret, de Paul Véra, de Cappiello, de Raoul Dufy, neufs, agréables et bien compris. Ce sont leurs bois qui leur portent préjudice. Vraiment, nous n'avons pas encore élaboré le siège de salon moderne :
J. ET J. ADNET : POINT NOUÉ HAUTE LAINE
DOMINIQUE : TAPIS D'AUBUSSON
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