Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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N° 103 LES ARTS Juillet 1910 WATTEAU. — GILLES, SCARAMOUCHE, SCAPIN ET ARLEQUIN (Collection de Mme Jules Porgès) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin

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Photographische Gesellschaft (Berlin). WATTEAU. — MEZZETIN DANSANT (dessin). — Collection de M. Gaston Menier EXPOSITION D'ŒUVRES DE L'ART FRANÇAIS AU XVIIIe SIÈCLE (*) A l'Académie royale des Arts (Berlin) Académie royale des Arts, à Berlin, qui naguère exposait dans ses belles salles de la Pariser-Platz un fort bon choix de maîtres anglais du xviiie siècle, a réuni cette année près de deux cents tableaux français de la même époque. Les Watteau, les Lancret, et les Pater que possède l’empereur d’Allemagne sont célèbres, et l’on se souvient d’en avoir vu quelques-uns, en 1900, à l’Exposition Universelle. Sa Majesté a prêté à l’exposition de l’Académie royale, dix Watteau, quatre Pater, autant de Lancret, un Boucher, deux Chardin et des portraits très précieux d’Antoine Pesne, si mal connu chez nous. Ces tableaux donnent à l’exposition de Berlin son intérêt le plus grand. Après l’Empereur, d’autres collections princières ont distrait à leur tour de belles œuvres : le grand-duc de Bade a envoyé des Chardin, comme aussi le prince de Lichtenstein et la princesse de Hesse; le duc d’Arenberg a envoyé un Watteau et deux Pater. De Berlin, ou d’Allemagne sont venus, le Perronneau du comte de Seckendorff, le Pajou du baron Gevers, le Pater de M. Frenkel, etc. Puis les collections françaises enrichirent et complétèrent le premier appoint. Notre ambassadeur, M. Jules Cambon, composa, à Paris, un comité dont le président fut le prince d’Arenberg, entouré du duc Decazes, de MM. Bonnat, Louis Metman, Gustave et Carle Dreyfus, du baron Maurice de Rothschild et du baron de Berckheim. Dans le groupe important des collectionneurs dont ce comité obtint le concours, il faut citer, parmi d’autres, Madame la princesse de Poix, Madame la marquise de Jaucourt, Madame la comtesse Jean de Castellane, Madame Por-gès, Madame Édouard André, le marquis de la Ferronnays, le comte de La Riboisière, le comte Pillet-Will, le chevalier de Stuers, les barons Henri et Maurice de Rothschild, MM. Jean Charcot, Noël Bardac, Menier, Fenaille, etc. (*) Nous avons suivi, en ce qui touche les légendes des gravures, les indications du Catalogue publié à Berlin, aussi bien pour les attributions que pour les dénominations, au sujet desquelles nous déclinons, ici comme ailleurs, toute responsabilité. N. D. I. D.

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WATTEAU. — LA DANSE (Collection de S. M. l'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin Photographische Gesellschaft (Berlin).

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LES ARTS Enfin, l'État français a prêté les tapisseries de la Suite d'Esther, d'après De Troy, et le Musée des Arts décoratifs l'Atelier de Houdon, par Boilly. Ces points de détails et d'organisation une fois donnés, nous dénombrerons maintenant toutes ces richesses, en commençant par Watteau, qu'on ne peut pas séparer de ses deux ombres : Pater et Lancret ; nous ne quitterons pas ces peintres, qui sont les poètes de la fantaisie, sans leur adjoindre Fragonard et Hubert Robert. Les lavandières de ce dernier nous mèneront aux Servantes de Chardin et de Lépicié, après quoi nous arriverons au groupe important des portraitistes qui, de Largillière à Prud'hon, nous montrent successivement ici les visages de tout un siècle. *** Dans cette exposition, presque tous les tableaux de Watteau, de Pater et de Lancret, sont la propriété des collections impériales ; et, en temps ordinaire, ils ornent les deux Photographische Gesellschaft (Berlin). WATTEAU. — LES COMÉDIENS FRANÇAIS (Collection de S. M. l’Empereur d’Allemagne) Exposition d’œuvres de l’art français au XVIIIe siècle, à Berlin châteaux de Potsdam et le château de Berlin. Tous, ils ont été achetés par Frédéric II, celui qu’on nomme le Grand, et qui, comme chacun sait, fut le correspondant de Voltaire. La silhouette de ce personnage, l’un des plus importants du XVIIe siècle, est populaire, même hors d’Allemagne. « Étonnant caractère, écrit Michelet, qui, parmi ses défauts, ses fautes, n’en donna pas moins à son temps la plus haute leçon : le triomphe de la volonté. » Cette volonté si forte explique comment Frédéric II sut entretenir et satisfaire de la façon la plus continue ses penchants d’artiste parmi ses devoirs de roi. Michelet raille un peu Frédéric le Grand « qui se croyait épicurien ». Épicurien n’est peut-être pas le mot qu’il faut dire, mais assurément ce joueur de flûte était « un voluptueux », qui, malgré « sa vie terrible, tendue de stoïcisme », savait trouver sans cesse le temps de goûter et d’honorer, autant que

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EXPOSITION D'ŒUVRES DE L'ART FRANÇAIS AU XVIIIe SIÈCLE, A BERLIN la musique et les femmes, nos meilleurs peintres français. Un ouvrage fort précieux d'un savant allemand (1), M. Paul Seidel, étudie la formation de ces collections. Il est fort probable que Frédéric connut et aima d'abord l'art de Watteau par Antoine Pesne. Ce peintre français, fixé à la cour de Berlin depuis 1711, admirait beaucoup Watteau, auquel il envoie d'Allemagne, en 1720, l'esquisse de son morceau de réception à l'Académie, un Samson et Dalila. De plus, Lancret était l'un des amis de Pesne, auquel nous reviendrons tout à l'heure. Enfin, le grand architecte du temps, Georges Wenceslas de Knobelsdorff, admirait également beaucoup nos peintres, et Knobelsdorff était un familier très écouté du Roi. Outre ces deux artistes qui vivaient près de lui, Frédéric avait à Paris même, une sorte d'ambassadeur, qui était, somme toute, plutôt chargé de commissions que d'affaires; c'est Jean-Baptiste Boyer, marquis d'Argens. D'Argens n'avait pas pour l'art de Watteau le même goût WATTEAU. — LA FEMME AU TOURNESOL (CLYTIE) (Collection de M. le baron Maurice de Rothschild) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin que son souverain; il l'égalait tout naturellement à Van der Werff et trouvait qu'il n'avait « jamais rien fait de sérieux qui méritât l'estime des connaisseurs ». Il prônait, au contraire, beaucoup Poussin, que Frédéric n'appréciait guère; et, chose assez rare pour un Français de cette époque, il collectionnait les estampes d'Albert Durer. (1) Les collections d'œuvres d'art français du XVIIIe siècle, appartenant à Sa Majesté l'Empereur d'Allemagne, roi de Prusse, par Paul Seidel; traduit par Paul Vitry et J.-J. Marquet de Vasselot (Giesecke et Devrient, Berlin). Lorsque Frédéric monta sur le trône, il employa pour ses achats d'œuvres françaises son ambassadeur à Paris, le comte de Rothenbourg. Les lettres que le Roi et le diplomate échangèrent à propos de ces achats sont nombreuses et précieuses. Frédéric donnait à Rothenbourg des instructions très détaillées: « Quant aux tableaux dont j'ai besoin pour orner mon nouvel appartement, il m'en faut trois; ainsi vous tâcherez d'avoir, avec les deux tableaux de Watteau

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LES ARTS --- Page 6 Text Content dont vous êtes en marché, encore un du même maître, mais qui soit d'un travail exquis, et de la même belle grandeur que les deux autres. » Rothenbourg répond que rien n'est moins facile que de trouver des Watteau, et que ceux qu'on trouve coûtent fort cher ; et il cite des prix. Frédéric n'est pas content : « Le prix de 8,000 livres qu'on vous a demandé de deux tableaux de Watteau est exorbitant, et vous avez bien fait de ne pas conclure à pareil marché; aussi n'ai-je besoin que d'un seul tableau, que vous tâcherez de me faire avoir, s'il est possible, à un prix convenable. » On apprend par la correspondance de Rothenbourg que, en 1744, presque tous les tableaux de Watteau sont en Angleterre, « où, dit-il, on en fait un cas infini ». Un Watteau à cette époque se payait 1,400 livres; un Lancret « avec toutes sortes de figures agréables et bien finies », 1,200 livres. Cet ambassadeur n'aimait pas les esquisses : « Sur ses der- PATER. — RÉUNION DEVANT LE MUR D'UN PARC (Collection de S. M. l'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin niers temps, dit-il, en parlant de Watteau, ses tableaux paraissent comme des essais, ce qui ne fait pas mon affaire. La plupart de ces tableaux allèrent embellir les salles de la construction préférée de Frédéric : Sansouci, le délicieux pavillon qu'il nommait « ma vigne », et dont la façade à cariatides est un des bibelots d'architecture les plus réussis qui soient. Le goût allemand ne s'y applique pas à imiter la construction française, mais y garde sa mollesse un peu lourde, ses proportions épaisses et ses colorations soutenues. Lorsque Sansouci fut décoré et que le plaisir que Frédéric trouvait aux tableaux du XVIIIe siècle français se fut émoussé, le marquis d'Argens et les autres « fournisseurs » du Roi n'achetèrent plus pour lui que de la peinture italienne et flamande. A Dayet, qui, en 1759, lui proposait dix tableaux de Lancret, le Roi répond: « Quant aux tableaux dont vous me parlez, je vous dirai que je ne suis plus dans ce goût-là, ou plutôt j'en ai assez dans ce genre. J'achète à présent volontiers des Rubens, des Van Dyck, en un mot les tableaux des

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Photographische Gesellschaft (Berlin). WATTEAU. — L'AMOUR PAISIBLE (Collection de S. M. l'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin Photographische Gesellschaft (Berlin). WATTEAU. — LE CONCERT (Collection de S. M. l'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin

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LES ARTS grands peintres. » Peu à peu, et avec l'âge, Frédéric en vint à n'aimer plus que Raphaël et Le Guide, Corrège et Solimène. La galerie de peinture qu'il forma, alors, tout à côté de Sansouci, montre, au bas des plus médiocres toiles, les plus grands noms. On est surpris de voir que ces froids et laids morceaux d'école et d'atelier aient pu satisfaire un amateur qui, au temps où il recherchait nos peintres, se montrait si difficile. Le seul intérêt de cette galerie morose, on le trouve dans les très beaux cadres qui entourent ces méchantes toiles : cadres français de la meilleure époque, le plus souvent en parfait état, et qui témoignent que, malgré tout, et peut-être malgré lui, Frédéric reconnaissait encore à l'art de Photographische Gesellschaft (Berlin). PATER. — FEMMES AU BAIN (Collection de S. M. l'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin notre pays cette séduction légère, naturelle et aisée, dont il trouvait sans doute l'expression suprême dans les lettres de son ami Voltaire. Avec la série très variée du Louvre, et le magnifique ensemble de la galerie Wallace, à Londres, c'est à Berlin, sans doute, que l'on peut voir les plus beaux Watteau. Si l'on joint par la pensée les quatre toiles du musée de l'Empereur Frédéric à celles des collections impériales, on aura une histoire presque complète, par l'image, de cette vie si chargée, si courte, et qu'il convient peut-être de rappeler en deux mots, avant de parler en détail des tableaux qui nous occupent ici. Watteau naît à Valenciennes, le 10 octobre 1684; son père est un petit entrepreneur de couverture qui ne le contrarie qu'à demi dans le penchant à peindre que Watteau montre de bonne heure. A quatorze ans, il entre chez un peintre de sa ville, nommé Gérin, sans grande valeur. A la mort de ce Gérin, il gagne Paris et l'on sait qu'il y fit d'abord des décors de théâtre. Puis, il est employé au pont Notre-Dame, chargée, si courte, et qu'il convient peut-être de rappeler en deux mots, avant de parler en détail des tableaux qui nous occupent ici. Watteau naît à Valenciennes, le 10 octobre 1684; son père est un petit entrepreneur de couverture qui ne le contrarie qu'à demi dans le penchant à peindre que Watteau montre de bonne heure. A quatorze ans, il entre chez un peintre de sa ville, nommé Gérin, sans grande valeur. A la mort de ce Gérin, il gagne Paris et l'on sait qu'il y fit d'abord des décors de théâtre. Puis, il est employé au pont Notre-Dame,

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PATER. — FÊTE EN FLEIN AIR (Collection de S. M. l'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin Photographie Gröllschaff (Berlin).

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LES ARTS chez un industriel, où, sans relâche, il répète le mieux qu'il peut la figure de saint Nicolas. Misère et germes, sans doute, de sa tristesse, de sa future et mortelle maladie. C'est là que le découvre Gillot, le charmant et amusant peintre des masques. A Gillot, assurément, Watteau doit les sujets de son inspiration, et Gersaint dit : « C'est chez lui que Watteau se débrouille totalement. » Mais après quelque temps, s'accordant mal, ils se séparent. Watteau entre alors chez Audran, de la famille des célèbres décorateurs. Cet Audran demeurait au Luxembourg, dont il était en quelque sorte le conservateur. Là, Watteau voit Rubens, et le beau jardin, l'un des plus sauvages et des plus vastes qu'il y eût alors à Paris, et dont déjà, sans doute, confusément, il éprouve la poésie vivante qu'il mettra quelques années plus tard dans ses tableaux. En 1709, on trouve son nom sur les registres de l'Académie : il voulait gagner PATER. — LE JEU DE COLIN-MAILLARD (Collection de S. M. L'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin Rome. Il n'y parvient pas. Las d'avoir un maître, il choisit, pour quitter Audran, le prétexte d'une nostalgie peut-être point tant feinte, et retourne à Valenciennes. Il s'y ennuie vite et revient à Paris, « où, dit encore Gersaint, sa réputation commençait à s'établir ». C'est seulement maintenant, vers 1709, qu'il commence à être vraiment Watteau. En un peu plus de dix ans, il ira de la Scène nuptiale des ducs d'Arenberg à l'Enseigne de Gersaint. Jusqu'alors, il n'a peint que des sujets militaires, où il n'est pas impossible de deviner sa grâce future, son goût de l'élégance et de la nature choisie. A partir de ce moment nous ne séparerons plus le récit de la vie de Watteau de l'étude des tableaux qui le représentent à l'exposition de Berlin. Nous avons adopté pour classer ces toiles chronologiquement une méthode où l'opinion et le sentiment personnels ont forcément plus de part que le document. Les œuvres datées de Watteau sont fort rares, et le plus

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LANCRET. — LA DANSE DEVANT LA FONTAINE DE PÉGASE (Collection de S. M. l'Empereur d'Allemagne) Exposition d'œuvres de l'art français au XVIIIe siècle, à Berlin Photographie: Gruelhöch (Berlin).