Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LES ARTS N° 102 Juin 1910 F. FLAMENG. — PORTRAIT DE M.D... (Salon des Artistes français)

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS SALON DE 1910 DEVANT la crue toujours montante des œuvres inutiles, peut-être faudra-t-il se résoudre un jour à convoquer le jury des destructions nécessaires. Quand les bibliothèques archi-combles et les musées pleins jusqu'au faite déborderont sur les trottoirs, des mesures de voirie s'imposeront. Il faudra faire un tri entre les documents amorphes qui encombrent et les œuvres vivantes qui émeuvent. Je ne dis cela ni par vandalisme, ni par orgueil. Bien des choses se peignent et s'écrivent qui ont leur utilité ou leur agrément d'un jour. Cet effet produit, elles pour-raient, sans dommage, rentrer dans le néant. Car, à moins qu'une ruée de barbares ne déblaye le terrain, nous mourrons étouffés par les documents. On les entasse, on les publie, on les pille, on les démarque, on refait des livres nouveaux avec les platitudes anciennes et, sur le plus mince sujet, la documentation devient formidable et torturante. Que l'on me pardonne ce vœu platonique et cette plainte impuissante: comme le grenadier de Waterloo, le salonnier qui succombe a le droit de dire : « Ils sont trop ! » Ils sont trop, mais la garde tient ferme et nous rendrons d'abord hommage à sa vaillance. Pour la salle des fêtes de Baltimore, J.-P. Laurens raconte en un triptyque clairement composé, la reddition de Yorktown. Le général Cornwallis a défilié à la tête de la garnison anglaise entre la double haie des troupes franco-américaines. Il a mis pied à terre et rend son épée à Washington, qui la reçoit avec une dignité sans morgue; on reconnaît à ses côtés Rochambeau et La Fayette. Les drapeaux étoilés et fleurdelisés flottent au vent: on voit au loin les bastions et les remparts de la place, au bord des eaux bleues qui rient sous le ciel clair: récit expressif, types bien étudiés. Les grenadiers anglais, dans leurs brillants uniformes rouges et leur alignement correct, ont un peu l'air de sortir d'une boîte et rappellent trop les petits soldats de bois qui firent la joie de notre enfance. On retrouve dans une petite toile, le Catéchisme, l'intelligent illustrateur des récits mérovingiens; une châtelaine enseigne le dogme à de petits serfs qui l'écoutent avec des mines timides et futées. On sait que Detaille est le très légitime héritier du très national Horace Vernet, et qu'il s'entend comme pas un à faire revivre en un style alerte, avec un sens très juste du passé, les scènes de notre histoire. L'épisode qu'il a choisi pour rappeler les Trois Glorieuses est des plus significatifs. De la barricade qui ferme la rue du Petit-Pont et sur laquelle se pres-sent gardes nationaux et polytechniciens, ouvriers et femmes du peuple, on vient de voir flotter sur les tours Notre-Dame, le drapeau tricolore qui annonce la victoire des volontés populaires. Le combat s'arrête, un cri de triomphe sort de toutes les poitrines; L. BONNAT. — PORTRAIT DE M. EDMOND THÉRY

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1910 blessés et moribonds sont ranimés ou consolés par la bonne nouvelle. Une scène plus solennelle se déroule sous les remparts de Constantine où la brèche ouverte rappelle l'assaut qui F. GORMON. — LE XXIe LIVRE DE L'HIADE; — LA BATAILLE DES DIEUX ET LE SILLON D'ACHILLE (Appartient à M. le Baron E. de R.)

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LES ARTS vient de nous livrer la place. Les vainqueurs rendent un suprême hommage au général Damrémont tué par un boulet la veille même du triomphe. Zouaves et chasseurs, genou en terre, saluent l’hostie élevée par un prêtre du haut d’un tertre; le canon tonne, au centre se groupent les officiers généraux, parmi lesquels on reconnaît le duc de Nemours. Détaille connaît à merveille, non seulement le costume, mais l’allure, le port, les airs de tête de cette brillante armée d’Afrique qui mettait de l’élégance et de la crânerie dans l’héroïsme. Ses personnages ont la couleur de l’époque, ils évoquent nettement les mœurs militaires d’autrefois. Dommage que le décor soit si creux et si sec. Le récit historique fleurit toujours au Salon des Artistes français. La légende et l’histoire offrent à l’imagination du peintre d’admirables motifs, pourvu qu’il sache en pénétrer le sens et les renouveler par l’interprétation. La mythologie est un moule où chaque époque peut couler son rêve. L’histoire a des spectacles tragiques et grands qui invitent l’artiste à brasser hardiment la forme et la couleur. Fouqueray, le peintre des batailles navales, fait flotter sur la mer et les galères la fumée des canons et le vol des bannières; il dresse Strozzi contre Doria et cela est héroïque et sonore. Lalauze célèbre l’héroïsme du canonnier Barailler à Marengo; Sigristelance dans le chemin creux d’Ohain la charge des cuirassiers légendaires. Robiquet empourpre, des flam-bantes lueurs du soir, l’Agonie des derniers carrés de Waterloo; Scott fait crier à Cambronne le mot fameux et raconte avec esprit la conquête hivernale de la Hollande par les héros bohémes de la République. La Vestale condamnée de Jules Lefebvre frissonne sous ses voiles blancs. La Jalouse de Robert-Fleury épie, le sein frémissant, la trahison. Le chevalier de Laparra, avant de descendre au ravin fatal, jette un long Regard en arrière. En un vaste triptyque, Vayson évoque la légende de Saint-Gens, ce François d’Assise du Comtat-Venaissin qui mit à la charrue le loup près de la génisse et mérita d’être pleuré par ce frère farouche. En un jour de verve, Cormon a vu briller entre deux nuages la cime de l’Olympe, d’où les dieux et les déesses regardent, en se chamail-lant, les querelles des humains et la Photo Vizzavona. T. ROBERT-FLEURY. — JALOUSIE

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J. BAIL. — CUISINE DE L'HOPITAL DE BEAUNE; — L'HEURE DE LA DISTRIBUTION

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LES ARTS trouée que fait Achille au plus épais des rangs troyens. Avec un peu de bonne volonté on y peut retrouver la poésie d'Homère. Le plafond que Tardieu a exécuté pour la salle des fêtes de la mairie des Lilas est juché si haut, qu'il faudrait une longue-vue pour l'apprécier en connaissance de cause. Autant que j'en puis juger, il m'a paru meublé de figures distribuées avec art, bien plafonnantes et qui s'enlèvent avec autant de grâce que de vigueur sur l'immensité d'un ciel un peu pâle. Dans une formule plus connue et qui rappelle la manière d'Olivier Merson, Gorguet raconte, pour la Grand'Chambre du Parlement de Rennes, l'entrée de Henri IV dans la capitale bretonne. On y retrouvera toute l'élégance, souple et nerveuse à la fois, du savant illustrateur. Le vigoureux talent de Gontier est toujours intéressant, même quand sa pensée s'enveloppe de nuages. Il semble qu'il hésite encore entre le symbolisme hermétique de Gustave Moreau et le langage si clair et si largement humain de Puvis. Le Cyclope, qu'il nous montre cette année, tragique et seul dans un paysage volcanique, n'est certes pas banal, mais il nous laisse hésitants sur les intentions de l'auteur. Est-ce Polyphème ? Et si c'est lui, on se demande « où donc est Galatée »? On souhaite que cet esprit puissant, mais un peu embarrassé, se dégage de sa coque et s'épanouisse en grâce et en harmonie. Ces qualités semblent naturelles chez Dupas, un nouveau venu qui, dans un langage délicatement archaïque, inspiré à la fois de la Grèce antique et du pompéien Hamon, nous dit les bienfaits de la Paix, réjouissant le cœur des hommes et de la fileuse divine Athénè. Bien que je me méfie un peu des présents des Néo-Grecs, je reconnais qu'il y a dans cette toile de jolies promesses. Ce sont de toutes jeunes et gracieuses nymphes parisiennes que P. Chabas expose aux lueurs mauves de l'aube et fait se jouer parmi les moires de l'eau, d'un JULES LEFEBVRE. — LA VESTALE CONDAMNÉE

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1910 L. COMERRE. — AU SOLEIL

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LES ARTS vert un peu trop minéral, et c'est une Dame de la mer scandinave que le Norvégien Heyerdahl baigne dans les flots bleus ou assied sur une roche grise auprès d'une délicieuse fillette. Pour célébrer les charmes divins d'Aphrodite, Farré emprunte les formes terrestres de la diva Régina Badet. Mythologiques ou réalistes les nus sont nombreux cette année et plusieurs d'une qualité rare. Juste et sûr de dessin, très délicat de sentiment est celui que Bédorez appelle tout bonnement Nue. Modelée gras- sement, baignée d'une ambiance moelleuse et ambrée, la Femme à sa toilette, de Mademoiselle Delasalle, atteste de beaux dons de coloriste. Dans l'Après-midi d'été de L. Félix, les taches d'ombre et de soleil errent joliment sur la pâleur ambrée d'un beau corps fémi-nin. C'est encore une chose très distinguée que la toile de Martens, Sous les pommiers ; une jeune femme peu vêtue, à demi couchée dans un hamac; l'arabesque de la pose est jolie, et la couleur chantante. La Marmotte de Cayron plaira aussi par sa grâce mutine, par son souple et coulant dessin. Les jeunes corps drus et fermes que Comerre dresse, Au Soleil, sont d'un ferme dessin, d'une couleur un peu rêche. Billoul use, pour exprimer la beauté de la chair, du cream and cheese cher à l'Anglais Gandy, maitre de Reynolds; il modèle avec quelque mollesse. La Douceur de vivre, de Georges-Bergès, serait plus persuasive si la Vénus blonde qu'il étend parmi les fleurs n'était comme perdue au coin d'un paysage trop dispersé. Des Études de Sieffert et de Benner, l'Élégie de Mademoiselle Smith sont des œuvres délicates. La Didon couleur brique couchée sur un lit de repos au-devant d'une mer bleuâtre, atteste les visées héroïques d'A. Laurens et sa forte science. Les portraits ne brillent cette année, ni par l'intimité de l'accent, ni par l'intérêt pictural. On rencontre peu de ces images d'inconnus qui nous arrêtent au passage par la révélation d'une âme et d'un caractère et nous attirent comme une confidence fraternelle. Les uns sont apprêtés et pompeux, les autres inconsistants. J'ai loué trop souvent le talent sobre et fin de M. Baschet, talent qui s'affirme d'ailleurs par un joli pastel de fillette et par un distingué portrait de femme, pour ne pas dire franchement que son portrait de Jean Richepin est manqué. On n'y retrouve guère le mâle tempérament du modèle. C'est hésitant, mou, contradictoire. M BASCHET. — PORTRAIT DE Mme LA COMTESSE F. P.-W.

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1910 F. BAIL. — LA FONTAINE DE CUIVRE ROUGE Bail French 1910

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LES ARTS Les yeux semblent désaccordés. On dirait que le poète de la «Chanson des Gueux» discute avec l'académicien et que l'œil gauche, resté touranien, désapprouve l'œil droit, devenu bourgeois : la robe de chambre n'a pas le courage d'être franchement chaudron. «Il faut pourtant prendre son parti et s'y tenir», disait Diderot. Soyez dessinateur, analyste, si c'est votre talent, et marchez jusqu'au bout dans cette voie. Une faculté poussée à son extrême puissance intéressera toujours ; mais éclectisme et fadeur vont de compagnie. Pour que nous vous acceptions, il faut d'abord que vous vous acceptiez vous-même. Il y a temps pour tout : les devoirs d'élèves sont bons pour l'école; ici vous devez parler en votre propre nom. A part quelques artistes, que je citerai tout à l'heure, je trouve rarement ici un vrai sentiment de liberté. Un mot que j'ai entendu en passant m'explique cette vague odeur de servilité qui flotte dans les salles : «Pourvu, disait un jeune maître, que les talents modestes soient imbus de bons sentiments à l'endroit des vrais talents, nous les accueillons très volontiers. » La modestie est une qualité charmante, mais un peu de fierté ferait bien aussi dans le tableau. L'obsession de la médaille paralyse bien des jeunes talents qui n'osent parler selon leur cœur. Beaucoup d'artistes, en cela peu différents des autres hommes, se promènent dans la vie avec un masque. Comme des enfants nous aimons à nous effrayer les uns les autres, à nous étonner nous-mêmes. Nous nous déguisons, de peur de nous confesser. Ainsi nous restons distants de nos semblables, étrangers à nous comme aux autres, jusqu'au jour où quelque secousse violente nous révèle tels que nous sommes. Aux artistes qui ont pour fonction de se raconter au public, je dirais volontiers : Avouez vos nez ; n'essayez pas de refaire, par quelque sournoise rhinoplastique, l'appendice dont la nature vous a doté : portez-le hardiment, portez-le glorieusement, portez-le dangereusement. Qu'il soit en trompette, en serpette, en gouttière, en truffe, en bec, en aiguille, aubergine ou navet, pourpre ou blême, acceptez-le et nous finirons par l'aimer. Gabriel Ferrier possède un merveilleux instrument d'analyse, et, si la force incisive de son talent paraît plus apte à définir les caractères virils, il prouve cette année qu'il peut être un très agréable peintre de la femme. Le portrait de Madame de B... est une œuvre qui frappe, qui étonne et qui charme. G. Ferrier, c'est une affaire entendue, n'est pas un coloriste. Eh bien ! ce qui séduit d'abord, c'est le bleu charmant de cette robe bleu pâle, un bleu de lune, un bleu de campanule alpestre. Avec les guirlandes de roses qui la sertissent, avec ses plis, ses fronces rendus par un pinceau minutieux et savant, cette robe s'harmonise au fond vert-degrisé d'un paysage chimérique. Le buste frais, la tête aimable et fière, les bras nus sous la gaze brune, les mains fines dont l'une relève le sautoir, le sourire, tout est défini avec une dévotion attentive, tout est empreint d'un délicieux artifice. Ce n'est pas la nature, mais c'est une nature où les rapports sont transposés avec une A. DAWANT. — PORTRAIT DE M. S...

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1910 Photo Vizzaroua. F. SCHOMMER. — PORTRAIT DE Mme B...