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LES ARTS N° 75 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Mars 1908 La Collection de M. Alexis Rouart BRULE-PARFUMS EN CLOISONNE. — CHINE, XVe SIECLE (Collection de M. Alexis Rouart)
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LES ARTS N° 75 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Mars 1908 La Collection de M. Alexis Rouart BRULE-PARFUMS EN CLOISONNE. — CHINE, XVe SIECLE (Collection de M. Alexis Rouart)
STATUETTES DE TANAGRA Collection de M. ALEXIS ROUART LA DÉESSE KWAN-YIN, — Statue en bois (Collection de M. Alexis Rouart) C e qui frappe surtout dans la collection de M.A.Rouart, c'est la très grande variété des œuvres d'art qu'il a composé, et l'on éprouve en la visitant une sensation analogue à celle que dut ressentir Raphaël de Valentin devant les richesses de la demeure où il trouva la fameuse Peau de Chagrin. Il est difficile, en effet, d'imaginer un ensemble d'œuvres de style et de nature aussi différents, et la facilité avec laquelle on y peut passer d'une lithographie romantique à une estampe japonaise, d'une statue hindoue à un laque, d'un portrait du xvm siècle à un bronze chinois, d'un tableau d'Eugène Lami à un pastel de Degas, témoigne mieux que tout de l'électisme avec lequel elle a été composée et en fait une collection très prenante et très personnelle. Lorsque l'on pénètre dans la bibliothèque du rez-de-chaussée, les yeux sont tout d'abord attirés par une grande vitrine qui renferme, mélangée à de merveilleux verres irisés, toute une série de statuettes de Tanagra réunies par M. Rouart à l'époque des premières fouilles. Tanagra! ce nom n'évoque-t-il pas une des plus belles manifestations de la beauté, et serons-nous jamais assez reconnaissants envers ces potiers de génie à qui nous devons la reconstitution pleine de charmes des élégances d'une petite cité grecque du ive siècle avant notre ère? Certes, ces humbles artisans ne pensaient guère, lorsqu'ils modelaient ces fines statuettes, destinées à être, suivant une antique tradition, enfouies dans les tombeaux, qu'un jour viendrait où elles seraient recherchées à l'égal des nobles statues dues au ciseau d'artistes célèbres. Et cependant, n'est-ce pas justice, y a-t-il rien de plus délicat et de plus charmant que cette jeune femme, entre autres, qui s'avance gracieusement drapée dans l'himation aux plis harmonieux, ou que cette jeune mère dont l'attitude pleine d'abandon est si naturelle? Toute proche des statuettes de Tanagra, une remar-
COLLECTION DE M. ALEXIS ROUART --- quable collection de bronzes nous introduit en plein art chinois; ce sont pour la plupart de très beaux spécimens des vases rituels qui servaient au culte des ancêtres. La matière, admirable et variant légèrement de teinte suivant les proportions de cuivre et d'étain qui la composent, est en outre recouverte d'une mince couche cristalline chaudement veinée de toutes couleurs; cette patine superbe a été en certains cas produite par une sorte de décomposition chimique de la surface des bronzes restés longtemps enfouis dans la terre, et en d'autres cas « mise à chaud » par des moyens artificiels qui en font de véritables bronzes émaillés, elle leur ajoute un charme de coloris et de « fondu » admirable. Ces bronzes sont décorés d'ornements géométriques en relief et de monstres mythologiques pour la conception Bois. — XVIe siècle (Collection de M. Alexis Rouart) Bronze. — XIXe siècle (Collection de M. Alexis Rouart) desquels le génie chinois n'a pas d'égal. Les formes de ces vases rituels remontent à la plus haute antiquité, les fondeurs chinois ayant en effet, jusqu'à ce que l'influence du bouddhisme se fit sentir, été tenus à la copie servile des anciens vases canoniques, et n'en ont que plus d'intérêt en évoquant les toutes premières créations de cet art.
LES ARTS --- Un très beau portrait d'une impératrice du xiii^e siècle nous donne une excellente idée de leur peinture, les tons éteints en sont délicieux; quant à la facture, par sa préciosité, sa netteté et sa simplicité, elle fait penser aux célèbres crayons du xvi^e siècle attribués à François Clouet. Un très beau spécimen de l'art hiératique particulier à la Chine est une superbe statue en bois doré et laqué de la déesse Kwan-Yin dont nous donnons une reproduction. Il est difficile d'exprimer le sentiment de repos et de calme qui se dégage de cette figure très belle, au masque si noble et si grand, aux draperies si habiles et si harmonieuses. Il est curieux de lui comparer cette statue hindoue représentant la déesse de l'Amour et de la Beauté, d'une conception artistique si différente. Il est une autre branche de l'art où les Chinois furent aussi sans rivaux, et dont M. Rouart possède une très belle collection : les porcelaines. Nous en reproduisons quelques-unes, très anciennes pour la plupart, puisque M.Rouart sans s'attarder aux productions du xvii^e siècle a recherché de préférence celles qui remontent à période des Ming, et même, pour quelques pièces, à celle des Sung. Ce que nous ne saurions malheureusement pas rendre, ce sont les tons admirables de ces vieilles porcelaines, dont quelques-unes sont des merveilles de coloris, le brillant des VASE CELADON CRAQUELÉ. — Chine, xiii^e siècle (Collection de M. Alexis Rouart)
PORCELAINES DE CHINE (Collection de M. Alexis Rouart)
VASE DE PORCELAINE AJOURÉE. — CHINE, XV° SIÈCLE (Collection de M. Alexis Rouart)
VASE DE PORCELAINE EMAILLÉE. — CHINE, FIN DU XIVe SIÈCLE (Collection de M. Alexis Rouart)
LES ARTS couleurs, le chatoiement des flammés, l'originalité et la variété des ornements, leur puissance décorative. Nous citerons une pièce particulièrement belle, une grande potiche en céladon craquelé vert pâle, qui orne le grand salon ; puis, à côté d'elle, une très belle garniture d'autel bouddhique, en cloisonné du xviie siècle. Cette science du décor qui domine dans les porcelaines chinoises, nous la retrouvons, modifiée et transformée par le génie de la race nipponne, dans l'art japonais, lui aussi très bien représenté chez M. Rouart, à commencer par un très bel ensemble de gardes de sabre allant du xe au xviiie siècle. Les plus anciennes, en fer, d'un travail rudimentaire mais d'un dessin vigoureux, puis à partir du xvie siècle, devenant de plus en plus artistiques, se cisellant, s'ajourant, se couvrant d'incrustations de divers métaux, quelquefois même d'émaux. Nous citerons en particulier celles de Kanaiyé, celles, d'une exécution si grasse et si originale, de Kinaï, d'autres de Nobouiyé, de Tembo, d'autres enfin d'Oumétada, avec qui la ciselure du fer atteignit, au xviiie siècle, son apogée. Ce sont en général de petites mer- GIRODET-TRIOSON. — L'ENLEVEMENT D'HÉLÈNE (Collection de M. Alexis Rouart) veilles dont le relief et la souplesse d'exécution nous remplissent d'étonnement lorsque l'on songe à la dureté du métal employé. Quant à celles du xviiie siècle, ce sont de véritables pièces d'orfèvrerie et où tous les différents genres d'incrustation, de ciselure, de dentelure, ont été essayés avec un égal succès. C'est ensuite toute une série de laques, boîtes et écritures du xiiie au xviiie siècle, qui, par les tons chauds de leurs ors en relief, comme patinés et éteints par le temps, la richesse des incrustations et des fonds aventurinés, l'originalité et la variété des compositions, sont de véritables chefs-d'œuvre. Plusieurs d'entre eux sortent de l'école de Kamakoura, et une boîte, particulièrement belle, est signée Ritsouò. Le salon du premier étage renferme en outre, monté sur un meuble moderne, un superbe panneau en laque du xvie siècle, représentant une maison entourée de bambous. Enfin une merveilleuse collection d'estampes termine la partie réservée à l'art japonais, et la termine admirablement; car cette collection est non seulement remarquable par le
COLLECTION DE M. ALEXIS ROUART nombre et la variété des estampes, mais aussi et surtout par la beauté et la rareté des épreuves dont M. Rouart, avec un goût très fin et très sûr, a su réunir un choix d'états des plus intéressants. Nous y avons particulièrement remarqué de très beaux exemplaires des premières gravures tirées en noir, de Moronobu; quelques-unes coloriées à la main, comme celle, de dimensions inusitées, de Massanobu, représentant une grande rue de Tokio, et où nous retrouvons toutes les qualités de réalisme et de vie de Moronobu, qui fut son maître. Suit toute une série très intéressante des premières HEIM. — LE VICOMTE S. DE LA ROCHEFOUCAULD (Collection de M. Alexis Rouart) HEIM. — S. A. R. MADAME ADÉLAIDE (Collection de M. Alexis Rouart) épreuves en couleurs, de tons très harmonieux, d'Harunobu; puis, de Koriusai, un remarquable faucon blanc se détachant sur un rocher blanc gris et sur le vert pâle d'une plante, ainsi que des costumes de femmes, aux étoffes merveilleusement rendues, entre autres une charmante scène d'intérieur, d'une très jolie impression grise et brune, qui nous montre une femme se faisant raser les cheveux de la nuque. Enfin, de Buncho, une délicieuse suite de femmes, dont une, assise, en robe rouge finissant dans le bas par un dégradé orange foncé, est vraiment étonnante de couleur et d'habileté de tirage. De lui aussi cette femme dans la neige en robe blanche, avec une ceinture gris bleuté et un para-pluie orange, qui est une merveille de coloris et de tonalité juste. Viennent ensuite les œuvres d'un tel relief et d'un dessin si étonnant de Kiyonaga, entre autres « la Pluie »; puis toute une très belle série d'Outamaro, dont « la Femme à la châtaigne », le merveilleux « Cortège du roi de Corée »,
LES ARTS de grandes têtes de femmes, la légende de Kintoki, des femmes faisant la cuisine, etc. Voisinant avec lui, Saraku, un artiste moins plaisant peut-être, mais dont les portraits d'acteurs, sur fonds argentés, ont un vigoureux caractère et des costumes très étudiés et très curieux. D'Hokusai, enfin, parmi tant de belles estampes, «la Pluie», «les Cent Vues du Fusi», et surtout «les Lis», dont la netteté du trait et la fraîcheur de coloris font une épreuve remarquable. De Keisai Yeisen, plusieurs épreuves curieuses; de Kuniyoshi, des scènes très intéressantes des fidèles Ronins. Quant à la série de paysages d'Hiroshighe, ce sont de véritables merveilles; la finesse d'exécution de ces gravures, sur le fond desquelles apparaissent toutes les veines du bois, les prestigieux dégradés des ciels, les délicieux et légers nuages voilant partiellement les clairs de lune, la richesse et la parfaite fraîcheur des tons, tout cela est impossible à exprimer et est une véritable révélation pour qui ne connaît que des épreuves ordinaires de cet artiste. Parmi ces œuvres d'Hiroshighe, nous citerons particulièrement: une rue, la nuit, avec les boutiques éclairées, et la transparence des cloisons en papier, qui est étourdissante et où apparaît pour la première fois l'ombre des gens projetée par le clair de lune; de féeriques échappées du lac Biwa, d'autres du Fusi; une sortie du Yoshiwara, au clair de lune, très curieuse aussi comme éclairage; un délicieux paysage d'hiver avec les branches pliant sous la neige; la planche très belle où tout un vol d'oies se détache sur un fond de paysage et un clair de lune; enfin toute la série des poissons qui, par la beauté des épreuves, la plupart sur fond micassé, termine dignement cette très succincte énumération des merveilles que contiennent les cartons de M. Rouart. Sans transition aucune, nous passons des japonaiseries dont nous venons de parler à un portrait de Sophie Arnould; c'est une première idée, brillamment enlevée, du célèbre portrait de la collection Wallace, avec lequel il présente quelques différences; la fameuse cantatrice, coiffée d'un immense chapeau gris à plumes, nous apparaît spirituelle et fine. Un magnifique portrait lui fait pendant; c'est celui d'un homme âgé, sans doute un généalogiste, dont la figure colorée et grasse est éclairée par deux petits yeux malins. Il est vêtu d'un habit vert bleu orné de galons dorés, qui laisse voir un gilet de soie blanche; il montre de sa main, extrêmement fine et dont la blancheur contraste avec le teint rouge du visage, un volume sur lequel nous lissons «Annales de la Noblesse»; c'est une très belle peinture, d'un coloris superbe et qui fait penser à Perronneau. Assez postérieure est une petite esquisse très claire de l'Enlèvement d'Hélène, de Girodet-Trioson. Nous citons encore: un charmant portrait d'enfant et un très beau portrait de femme, aux cheveux très blonds, vêtue d'un manteau écarterlate bordé de fourrures et dont le coloris magnifique rappelle certaines toiles de l'Ecole anglaise. Nous arrivons ensuite à une partie des plus importantes de la collection Rouart, à celle qui tient peut-être le plus au cœur DROLLING. — PORTRAIT (Collection de M. Alexis Rouart)
COLLECTION DE M. ALEXIS ROUART (Collection de M. Alexis Rouart) de son possesseur : les lithographies de l'École 1830, que son père lui avait appris à aimer et à connaître, et dont il achetait à dix-huit ans sa première épreuve, ne pensant certes pas qu'il aurait un jour une des collections les plus belles et les plus riches qui soient actuellement. Aux premières lithographies de Charlet et de Raffet reconstituant l'épopée impériale, s'ajoutèrent bientôt celles d'Horace Vernet et de Géricault; sa nature éclectique l'empêcha toutefois de se cantonner dans la recherche des lithographies militaires et il glanait en même temps des œuvres tout à fait romantiques d'inspiration, comme le Faust de Delacroix et le Sabbat de Louis Boulanger, mais surtout des lithographies racontant l'histoire des mœurs du temps, il semble même que ce soit cette dernière partie qui l'aît le plus passionné. À côté des petits bourgeois et des employés si finement présentés par Henri Monnier, à côté des politiciens bafoués par Daumier, nous voyons d'exquis portraits de femmes d'Achille Devéria, des Parisiennes de Gavarni, des portraits de Grévedon, des œuvres de Gigoux, d'autres d'Eugène Lami. Ce qui donne surtout de l'intérêt à cette collection si variée et si étendue, c'est la qualité des épreuves réunies; quand M. Alexis Rouart commença ses recherches, le public ne s'occupait pas beaucoup de cette catégorie d'œuvres, et il eut la bonne fortune de rassembler un choix de pièces introuvables aujourd'hui. À côté d'épreuves coloriées de plus en plus rares, sa collection renferme des états superbes, comme ceux de la « Revue nocturne » ou le « Bonaparte en Égypte » de Raffet, et le « Tigre dévorant un cheval sauvage » de Delacroix, qui aujourd'hui seraient follement disputés. (Collection de M. Alexis Rouart)

Cet ouvrage présente la collection d'art de M. Alexis Rouart, caractérisée par sa grande variété d'œuvres. Il détaille des pièces issues de l'art chinois (bronzés, porcelaines, laques), de l'art japonais (gardes de sabre, laques, estampes), ainsi que des œuvres d'artistes européens tels que Degas, Forain, Fantin-Latour et Jongkind. La collection met en lumière des statuettes de Tanagra, des peintures, des bronzes et des porcelaines, témoignant d'un éclectisme artistique.